‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 108 sur 249 · A L OFFICE DE LA NUIT · texte numérisé non relu

A L OFFICE DE LA NUIT

î'oFFiCE des Matines et des Laudes des trois derniers jours de la Semaine sainte ditîère en beaucoup de choses de celui des autres jours de l'année.

Tout y est triste et sombre, comme à des funérailles ; et rien n'est plus propre à nous donner une idée de la tristesse à laquelle l'Eglise est en proie, en ces jours de deuil. Elle s'interdit, à tous les Offices du Jeudi, du Vendredi et du Samedi, ces cris de joie et d'espérance par lesquels elle commence la louange de Dieu. On n'entend plus retentir: Domiyie, labia mea aperies: Seigneur, ouvre:^ mes lèvres pour votre louange ; ni Deus, in adjutorium meum intende : O Dieu, vene.'^ à mon aide; ni Gloria Patrie à la tin des Psaumes, des Cantiques et des Répons. Les Offices divins ne conservent plus que ce qui leur est essentiel dans la forme, et ils ont perdu toutes ces aspirations

Le Jeudi Saint. 353

vives que les siècles y avaient ajoutées. Une psalmodie sévère, des lectures lamentables, des chants lugubres: voilà ce qui leur reste. Chacune des Heures Canoniales se termine par le Psaume Miserere^ et par une mention de la Mort et de la Croix du Rédempteur.^

On donne vulgairement le nom de Ténèbres à l'Office des Matines et des Laudes des trois derniers jours de la Semaine sainte, parce que cet Office se célébrait autrefois la nuit, comme dans les autres jours de l'année. Ce nom lui appartient encore pour une autre raison ; c'est qu'on le commence à la lumière du jour, et qu'il ne se termine qu'après le coucher du soleil. Un rite imposant et mystérieux, propre seulement à ces Offices, vient aussi confirmer cette appellation. On place dans le sanctuaire, près de l'autel, un vaste chandelier triangulaire sur lequel sont disposés quinze cierges. Ces cierges, ainsi que les six de l'autel, sont en cire jaune, comme à l'Office des Défunts. A la fin de chaque Psaume ou Cantique, on éteint successivement un des cierges du grand chandelier; un seul, celui qui est placé à l'extrémité supérieure du triangle, reste allumé. Pendant le Cantique Éenedictiis, à Laudes, les six cierges qui brûlaient sur l'autel sont pareillement éteints. Alors le Cérémoniaire prend l'unique cierge qui était demeuré allumé sur le chandelier, et il le tient appuyé sur l'autel durant le chant de l'Antienne qui se répète après le Cantique. Puis il part et va cacher ce cierge, sans l'éteindre, derrière l'autel. Il le mamtient ainsi loin de tous les regards pendant la récitation du Miserere et

364 ^^ Jeudi Saint.

de rOraison deconclusion cjui suit ce Psaume. Cette Oraison étant achevée, on frappe avec bruit sur les sièges du chœur, jusqu'à ce que le cierge qui' avait été caché derrière 1 autel reparaisse, et annonce par sa lumière toujours conservée que l'Omce des Ténèbres est terminé.

Expliquons maintenant le sens de ces diverses cérémonies. Nous sommes dans les jours où la gloire du Fils de Dieu est éclipsée sous les ignominies de sa Passion. Il était « la lumière du monde », puissant en œuvres et en paroles, accueilli naguère par les acclamations de tout un peuple; maintenaiit le voilà déchu de toutes ses grandeurs, « l'homme de douleurs, un lépreux », dit Isaïe; « un ver de terre, et non un homme», dit le Roi-Prophète; « un sujet de scandale pour ses disciples », dit-il lui-même. Chacun s'éloigne de lui : Pierre même nie l'avoir connu. Cet abandon, cette défection presque générale sont figurés par l'extinction successive des cierges sur le chandelier triangulaire, même jusque sur l'autel. Cependant la lumière méconnue de notre Christ n'est pas éteinte, quoiqu'elle ne lance plus ses feux. et que les ombres se soient épaissies autour d'elle. On pose un moment le cierge mystérieu-^sur l'autel. Il est là,comm.e le Rédempteur sur le Calvaire où il souffre et meurt. Pour exprimer la sépulture de Jésus, on cache le cierge derrière l'autel ; sa lumière ne paraît plus. Alors un bruit confus se fait entendre dans le sanctuaire, que l'absence de ce dernier flambeau a plongé dans l'obscurité. Ce bruit, joint aux ténèbres, exprime

Le Jeudi Saint.

les convulsions de la nature, au moment où le Sauveur ayant expiré sur la Croix, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres furent ouverts. Mais tout à coup le cierge reparaît sans avoir rien perdu de sa lumière ; le bruit cesse, et chacun rend hommage au vainqueur de la mort.

Après ces explications générales, nous allons donner maintenant le texte de la sainte Liturgie, en l'accompagnant de nos gloses, selon que le besoin s'en fera sentir.

AU PREMIER NOCTURNE

Le premier Psaume fut inspiré à David lorsqu'il fuyait devant les poursuites parricides de son fils Absalon. Il se rapporte aia Christ, dont il décrit les douleurs et l'abandon aux jours de sa Passion. Le fiel pour nourriture et le vinaigre pour breuvage, offerts à celui qui se plaint dans ce Psaume, montrent suffisamment qu'il est prophétique, puisque l'on sait que David n'a jamais éprouvé ce traitement.

Ant.

LE zèle de votre , maison m'a dévoré ; et vos injures sont devenues les miennes. ,

Ant.

ZELUS domus tuae comedit me, et opprobria exprobrantium tibi ceciderunt super me.

Page 1