PSAUME LXX
EN VOUS, Seigneur, j'ai mis mon espérance ; que mon attente ne soit pas confondue ; délivrez-moi dans votre justice, et tirez-moi du péril.
Prêtez-moi une oreille favorable, et sauvez-moi.
Soyez-moi un Dieu protecteur, et un sûr asile où je trouve mon salut.
Vous êtes mon rempart :
vous êtes mon refuge.
O mon Dieu, tirez-moi des mains du pécheur, des mains du violateur de la loi et de l'impie;
Car vous êtes, Seigneur, mon attente, mon espérance, Seigneur, dès mes premières années.
Vous fûtes mon appui dès le sein de ma mère , mon
IN te. Domine, speravi :
non confundar in aeternum ; * in justitia tua libéra me, et eripe me.
Inclina ad me aurem tuam : * et salva me.
Esto mihi in Deum protectorem, et in locum munitum : * uf salvum me facias.
Quoniam firmamentum meum : *et refugium meum es tu.
Deus meus, eripe me de manu peccatoris : * et de manu contra legem agentis, et iniqui.
Quoniam tu es )atientia mea, Domine • * Domine, spes mea, a juventute mea.
In te confirmatus sum ex utero : * de ventre
Le Jeudi Saint.
matris mcae tues prolcctor meus.
In te cantatio mca scmper: * tamquam prodigiumfactussum inultis, et tu adjutor foriis.
Repleatur os mcum laude, ut cantem gloriam tuam : ' tota die magnitudinem tuam.
Ne projicias me in tempore sencctutis : * cum defecerit virtus mea, ne derelinquas me.
Quia dixerunt inimici mei mihi : * et qui custodiebantanimam meara, consilium fecerunt in unum.
Dicentes : Deus dereliquit eum, persequimini.
et comprehendite eum : * quia non est qui eripiat.
Deus, ne elongeris a me : 'Deus meus, inauxilium meum respice.
Confundantur et deficiant detrahentes animae meas : * operiantur confusione et pudore , qui quaerunt mala mihi.
Ego autem semper sperabo : * et adjiciam super omnem laudem tuam.
Os meum annuntiabit justitiamtuam : ' iota die salutare tuum.
protecteur dès ma naissance.
Vous serez à jamais l'objet de mes chants ; j'ai semblé un prodige aux yeux des autres, d cause de vos bienfaits :
car vous êtes un puissant protecteur.
Que ma bouche se remplisse de louanges pour chanter votre gloire, pour célébrer vos grandeurs tout le jour.
Ne me rejetez pas dans le temps de ma vieillesse ; ne m'abandonnez pas quand mes forces m'abandonneront.
Car mes ennemis m'ont menacé ; ceux qui ont l'œil sur moi pour me perdre se sont réunis dans leurs complots.
Ils ont dit : Dieu l'a abandonné ; poursuivez-le et saisissez-vous de lui : car il n'a personne pour l'arracher de nos mains.
O Dieu, ne vous éloignez pas de moi ; mon Dieu, songez à me secourir.
Que mes détracteurs soient confondus ; que ceux qui me veulent du mal soient couverts de honte et d'ignominie.
Pour moi, j'espérerai toujours, et j'ajouterai pour vous la louange à la louange.
Ma bouche chantera votre justice; elle publiera tout le jour le salut qui vient de vous.
Le Jeudi Saint.
Quoique je n'aie pas étudié les sciences humaines, je pénétrerai les secrets de la puissance du Seigneur ; je ne m'occuperai que des oeuvres de votre justice, Seigneur !
C'est vous, Seigneur, qui, dès ma jeunesse, m'avez instruit ; et jusqu'à présent je n'ai cessé de célébrer vos merveilles.
Je continuerai de le faire jusque dans ma vieillesse ; o Dieu, ne m'abandonnez pas :
Afin que je fasse connaître la force de votre bras à toutes les générations futures ;
Afin que je publie, ô Dieu, votre puissance, votre justice, et les merveilles que vous avez opérées. Qui donc, ô Dieu, est semblable à vous ?
Par combien de nombreuses et amères tribulations vous m'avez fait passer ! Un retour de votre bonté m'a rendu la vie, et vous m'avez rappelé du fond des abîmes de la terre.
Vous avez multiplié sur moi vos dons, et vous tournant vers moi, vous m'avez consolé.
Je chanterai donc sur le psaltérion la fidélité de vos promesses : ô Dieu ! je vous célébrerai sur la harpe, ô Saint d'Israël !
Mes lèvres chanteront avec joie des cantiques à
Quoniam non cognovi litteraturam, introibo in potentias Domini : * Domine, memorabor justitiae tuae solius.
Deus, docuisti me a juventute mea : * et usque nunc pronuntiabo mirabilia tua.
Et usque in senectam et senium : * Deus, ne derelinquas me.
Donec annuntiem brachium tuum: * generationi omni, quae ventura est.
Potentiam tuam, et justitiam tuam, Deus, usque in altissima, quae fecisti magnalia : * Deus, quis similis tibi ?
Quantas ostendisti mihi tribulationes multas et malas, et conversus vivificasti me : * et de abyssis terras iterum reduxisti me.
Multiplicasti magnificentiam tuam : * et conversus consolatus es me.
Nam et ego confitebor tibi in vasis psalmi veritatem tuam : * Deus,psallam tibi in cithara, Sanctus Israël.
Exultabunt labia mea cum cantavero tibi ; " et
Le Jeudi Saint.
anima mca, quam redemi s t i .
Sed et lingua mea tota die meditabitur justitiam tuam : * cum confusi et reveriti fuerint qui quaerunt mala mihi.
Ant. Deus meus, eripe me de manu peccatoris.
j^. Avertantur retrorsum. et erubescant,
fil. Qui cogitant mihi mala.
votre gloire, et mon âme que vous avez délivrée tressaillera de bonheur.
Ma langue publiera tout le jour votre justice, lorsque ceux qui cherchaient ma perte seront eniin couverts de nonte et d'ignominie.
Ant. O mon Dieu, tirezmoi des mains du pécheur.
j^. Qu'ils soient renversés et confondus,
^. Ceux qui forment des conseils pour ma perte.
Les Leçons du premier Nocturne de chacun de ces trois jours sont empruntées aux Lamentations de Jérémie. Nous v voyons le désolant spectacle qu'offrit la ville de Jérusalem, lorsque son peuple eut été emmené captif à Babylone, en punition de son idolâtrie. La colère de Dieu est empreinte sur ces ruines que Jérémie déplore avec des paroles si vraies et si terribles. Cependant ce désastre n'était que la tigure d'un autre désastre plus épouvantable encore. Jérusalem prise et réduite en solitude par les Assyriens conserve du moins son nom; et le Prophète qui se lamente aujourd'hui sur elle avait annoncé lui-même que la désolation ne durerait pas au delà de soixante-dix ans. Mais, dans sa seconde ruine, la ville infidèle perdit jusqu'à son nom. Rebâtie par ses vainqueurs, elle porta pendant plus de deux siècles le nomd'.^lia Capitolina; et si, à la paix de l'Eglise, on l'appela de nouveau Jérusalem, ce n'était point un hommage rendu à Juda, mais un souvenir au Dieu de l'Evangile que
Le Jeudi Saint.
Juda avait crucifié dans cette ville. Ni la piété de sainte Hélène et de Constantin, ni les vaillants efforts des croisés, n'ont pu rendre d'une manière durable à Jérusalem l'ombre même d'une ville d'ordre secondaire; son sort est d'être esclave, et esclave des infidèles, jusc[ue vers la fin des temps. Cette affreuse malédiction, c'est en ces jours qu'elle l'a attirée sur elle: voilà pourquoi la sainte Eglise, pour nous faire comprendre la grandeur du crime commis, fait retentir à nos oreilles les plaintes navrantes du Prophète qui seul a pu égaler les lamentations aux douleurs. Cette touchante élégie se chante sur un mode plein de mélancolie, qui remonte peut-être à l'antiquité judaïque. Les noms des lettres de l'alphabet hébreu, qui divisent chaque strophe, indiquent la forme acrostiche que ce poème retient dans l'original. On les chante, parce que les Juifs les chantaient eux-mêmes.
PREMIERE LEÇON
Ici commencent les Lamentations du Prophète Jérémie.
K^ elle assise dans la solitude, cette ville autrefois si peuplée ? La maîtresse des nations est devenue semblable à une veuve désolée ; celle qui commandait à tant de provinces est maintenant assujettie au tribut.
Beth. Elle pleure toute la nuit, et ses joues sont inondées de larmes. De tous ceux qu'elle aimait, pas un ne la
Incipit Lamentatio Jeremiae Prophetae.
V^ sedet sola civitas plena populo ?
facta est quasi vidua domina gentium, princeps provinciarum facta est sub tributo.
Beth. Plorans ploravit in nocte, et lacrymae ejus inmaxillisejus : non est qui consoletur eam ex
Le Jej{di Saint.
omnibus charis cjus.
Omnes amici ejus spreverunt oam, et facti sunt ei inimici.
Ghimel. Migravit Judas propter amictionem, et multitudinem servitutis : habitavit inter Rentes, nec invenit requiem.
Omnes persecutores ejus apprehenderunt eam inter angustias.
Daleth. Viae Sion lurent eo quod non sint qui veniant ad solemnitatem : omnes portae ejus destructas, sacerdotes ejus gementes, virgines ejus squalidas, et ipsa oppressa amaritudine.
He. Facti sunt hostes ejus in capite, inimici ejus locupletati sunt : quia Dominas locutus est super eam propter multitU' dinem iniquitarum ejus.
Parvuli ejus ducti sunt in captivitatem, ante faciem tribulantis.
Jérusalem , Jérusalem, convertere ad Dominum Deum tuum.
^ iN monte Oliveti ^* 1 oravit ad Patrem : Pater, si fieri potest, transeat a me calix iste: * Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma.
console. Tous ses amis l'ont méprisée, et sont devenus scg ennemis.
Ghimel. La fille de Juda est sortie de son pays pour fuir l'affliction et la rigueur de la servitude; elle est allée parmi les nations, et n'y a pas trouvé le repos; ses persécuteurs l'ont serrée de si près, qu'elle est enfin tombée entre leurs mains.
Daleth. Les rues de Sion pleurent, parce que personne ne vient plus à ses fêtes ; toutes ses portes sont détruites, ses prêtres ne font que gémir ; ses jeunes filles ont caché sous la cendre leurs attraits, et elle-même est plongée dans l'amertume.
He. Ses ennemis ont marché sur sa tête ; ils se sont enrichis de ses dépouilles :
parce que le Seigneur l'a ainsi ordonné, à cause de la multitude de ses iniquités. Ses petits enfants ont été emmenés en captivité; le persécuteur les chassait devant lui.
Jérusalem. Jérusalem, con- Tortis-toi au Seigneur ton Dieu.
UR le mont des Oliviers, Jésus fit cette prière à son Père : Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ; " Car l'esprit est prompt, mais la chair est faible.
Le Jeudi Saint.
f. Veillez et priez, pour que vous n'entriez point en tentation;
* Car l'esprit est prompt, mais la chair est faible.
f. Vigilate, et oratc, ut non intretis in tentationem.
Spiritus quiden promptus est ; caro autem I infirma.
DEUXIEME LEÇON
-y |7T la fille de Sion
VAu. J^ ^ perdu tous ses charmes ; ses princes ont été dispersés comme des béliers qui ne trouvent point de pâturages : ils se sont enfuis lâchement devant l'ennemi qui les poursuivait,
Zaïn. Jérusalem s'est souvenue des jours de son affliction et de sa désobéissance, et de son opulence d'autrefois, lorsqu'elle a vu son peuple tomber entre les mains de ses ennemis, sans être secourue par parsonne. Ses ennemis l'ont regardée avec mépris, et ils se sont moqués de ses sabbats et de ses fêtes.
Heth. Jérusalem a commis de grands crimes : c'est pour cela qu'elle est errante et sans asile. Tous ceux qui autrefois la glorifiaient, la méprisent aujourd'hui , en voyant son ignominie ; elle, toute en proie aux gémissements, a tourné la tête en arrière.
Teth. Ses souillures ont paru sur ses pieds ; elle ne pensait pas qu'elle dût jamais finir. La voilà renversée avec violence, et elle n'a personne
Vatt "T t egressus est
^^u. t a filia Sion omnis décor ejus : facti sunt principes ejus velut arietes non invenientes pascua , et abierunt absque fortitudine, ante faciem subsequentis.
Zain. Recordataest Je' rusalem dierum afflictionis suas, et praevaricationis omnium desiderabilium suorum, quae habue^ rat a diebus antiquis, cum caderet populus ejus in manu hostili, et non essetauxiliator. Viderunt eam hostes, et deriserunt sabbata ejus.
Heth. Peecatum peccavit Jérusalem; propterea instabilis facta est.
Omnes qui glorificabant eam, spreverunt illam:
quia viderunt ignomi" niam^ejus. Ipsa autem gemens conversa est retrorsum.
Teth. Sordes ejus in pedibus ejus, nec recordata est finis sui. Deposita est vehementer, non habens consolatorom.
Le Jeudi Saint.
Vide, Domine, afflictioncm meam : quoniam ercctus est inimicus.
Jérusalem , Jérusalem, convertere ad Dominum Deum tuum.
• RisTis est anima mea usque ad mortem : sustinete hic, et vigilate mecum : nunc videbitis turbam quae circumdabit me : * Vos fugam capietis , et ego vadam immolari pro vobis.
j^. Ecce appropinquat hora, et Filius hominis tradetur in manus peccatorum.
* Vos fugam capietis, st ego vadam immolari pro vobis.
qui la console. Elle a dit .
Voyez, Seigneur, mon affliction, et l'insolence de l'ennemi qui s'est élevé contre moi.
Jérusalem, Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu.
ON ame est triste jusqu'à la mort ; demeurez ici, et veillez avec moi ; bientôt vous allez voir une troupe de gens qui va m'environner ; " Vous prendrez la fuite, et moi j'irai me sacrifier pour vous.
j^. Voici l'heure qui approche, et le Fils de l'homme sera livré aux mains des pécheurs.
* Vous prendrez la fuite, et moi j'irai me sacrifier pour vous.
TROISIEME LEÇON
lOD.
MANU M sua m misit hostis ad orania desiderabilia ejus : quia vidit genres ingressas sanctuarium suum , de quibus çraeceperas ne intrarent in ecclesiam tuam.
Caph. Omnis populus ejus geraens, et quaerens panem, dederunt pretiosa quasque pro cibo ad refocillandam animam.
Vide, Domine, et consi-
lo
'ennemi s'est emparé de tout ce qu'elle avait de plus précieux ; elle a vu pénétrer dans son sanctuaire les nations auxquelles vos ordres ne permettaient pas d'entrer dans votre assemblée.
Caph. Tout son peuple gémit, et cherche du pain; ils ont donné tout ce qu'ils avaient de précieux pour soutenir leur vie près de s'éteindre. Voyez, Seigneur, et
3yg
considérez l'abaissement dans lequel je suis tombée,
Lamed. O vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est douleur pareille à la mienne. Mon ennemi m'a dépouillée comme la vigne que l'on vendange, comme le Seigneur m'en avait menacée, pour le jour de sa fureur.
Mem. Du haut des cieux il a lancé un feu jusque dans mes os, et il m'a châtiée : il a tendu un filet à mes pieds, et m'a fait tomber en arrière ; il m'a jetée dans la désolation, dans un chagrin qui m'accable tout le jour.
NuN. Le joug des iniquités est venu fondre sur moi : la main du Seigneur en a fait un collier qu'il m'a mis au cou ; il m'a livrée à une puissance dont je ne pourrai me délivrer.
Jérusalem, Jérusalem, convertis-toi au Seigneur ton Dieu.
\ ous l'avons vu, et il n'avait ni beauté ni éclat : son aspect était méconnaissable; c'est lui qui porte nos péchés , et qui souffre pour nous ; il a été percé pour nos iniquités;* Et nous avons été guéris par ses meurtrissures.
dera , quoniam facta sum vilis.
Laemd. O vos omnes, qui transitis per viam, attendite, et videte si est dolor sicut dolor meus :
quoniam vindemiavit me, ut locuîus est Dominu?
in die irae furoris sui.
Mem. De excelso misit ignem in ossibus meis, et erudivit me : expandit rete pedibus meis, convertit me retrorsum : posuit me desolatam tota die mœrore confectam.
NuN. Vigilavit jugum iniquitatum mearum : in manu ejus convolutae sunt, et impositre coUo meo : infirmata est virtus mea : dédit me Dominus in manu , de qua non potero surgere.
Jérusalem, Jérusalem, convertere ad Dominum Deum tuum.
A rrCCE vidimus ^* t eum non ha-
bentem speciem , neque decorem ; aspectus ejus in eo non est : hic peccata nostra portavit, et pro nobis dolet : rpse autem vulneraîus est propter iniquitates nostras : * Cujus livore sa • nati sumus.
Le Jeudi Saint.
^ . Vcre languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse portavit.
* Cujus livorc sanati sumus.
On répète: iiccc vidi-
mus.
f. Il a pris véritablement sur lui nos maladies, et il s'est chargé de nos douleurs.
* Et nous avons été guéris par ses meurtrissures.
On répète : Nous l'avons vu.
AU DEUXIEME NOCTURNE
Le quatrième Psaume, qui célèbre avec tant de pompe les grandeurs du fils de David, semble, au premier abord, déplacé dans cet Office, où il ne s'agit que de ses humiliations. Nous avons chanté ce beau cantique avec triomphe dans la nuit de la naissance de l'Emmanuel, et nous le retrouvons aujourd'hui mêlé à des chants de deuil. La sainte Eglise l'a choisi parce que, au milieu des splendeurs qu'il prophétise à notre libérateur, il annonce que ce Fils du Roi « arrachera le pauvre des mains du puissant, le pauvre qui n'avait point d'appui ». Le genre humain est ce pauvre; le puissant est Satan ; Jésus va nous soustraire à son pouvoir, en souffrant en notre place la peine que nous avions méritée.
Ant,
LIBERAVIT Dominus pauperem a potente, et inopem, cui non erat adjutor.
Ant I ^ Seigneur a ar- ' 1- raché le pauvre
des mains du pauvre qui d'appui.
puissant , le n'avait poinl