‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 132 sur 249 · LA RECONCILIATION DES PENITENTS · texte numérisé non relu

LA RECONCILIATION DES PENITENTS

y^ANS l'antiquité, on célébrait aujourd'hui JL) trois messes solennelles, dont la première était précédée de l'absolution solennelle des Pénitents publics et de leur réintégration dans l'Eglise. La réconciliation avait lieu en cette manière. Us se présentaient aux portes de l'église, en habits négligés, nu-pieds, et ayant laissé croître leurs cheveux et leur barbe depuis le Mercredi des Cendres, jour où ils avaient reçu l'imposition de la pénitence. L'Evêque récitait dans le sanctuaire les sept Psaumes dans lesquels David épanche son regret d'avoir offensé la majesté divine ; on ajoutait ensuite les Litanies des Saints.

Durant ces prières, les pénitents se tenai-snt prosternés sous le portique, sans oser

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franchir le seuil de réglise. Trois fois da le cours des Litanies, l'Evûque leur déput;' plusieurs clercs qui venaient leur apport, en son nom des paroles d'espérance et ' consolation. La première fois, deux Sou Diacres venaient leur dire : « Je vis, dit Sci^gneur; je ne veux pas la mort du pécheu: mais Qu'il se convertisse et qu'il vive, w I seconde fois, deux autres Sous-Diacres leur portaient cet avertissement : « Le Seigneur dit : Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche. » Enfin, un troisième message leur était porté par le Diacre, qui leur disait : « Levez vos têtes ; votre rédemption est proche. »

Après ces avertissements qui annonçaient les approches du pardon, l'Evèque sortait du sanctuaire, et descendait vers les pénitents jusqu'au milieu de la grande nef, où on lui avait préparé un siège tourné vers le seuil de la porte de l'église, où les pénitents demeuraient toujours prosternés. Le Pontife étant assis, l'Archidiacre lui adressait ce discours:

PONTIFE vénérable, voici le temps favorable, les jours où Dieu s'apaise, où l'homme est sauvé, où la mort est détruite, où la vie éternelle commence. C'est le temps où, dans la vigne du Seigneur des armées, on fait de nouveaux plants pour remplacer ceux qui étaient mauvais. Sans doute il n'est aucun jour sur lequel ne se répandent les largesses de la bonté et de la miséricorde de Dieu : néanmoins le temps où nous sommes est marqué plus spécialement par l'abondante rémission des péchés, et par la fécondité de la grâce en ceux qui reçoivent une nouvelle naissance. Notre nombre s'accroit, et par ces nouveau-nés, et par le retour de ceux qui s'étaient éloignés de nous. S'il y. a le bain d'eau purifiante, il y a aussi le bain des larmes. De là double joia

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pour l'Eglise : l'enrôlement de ceux qui sont appelés, l'absolution de ceux qu'a ramenés le repentir. Voici donc vos serviteurs qui, ayant oublié les commandements célestes et transgressé la loi des saintes mœurs, étaient tombés dans divers crimes ; les voici maintenant humiliés et prosternés. Ils crient au Seigneur avec le Prophète : « Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité ; ayez pitié de nous, Seigneur 1 » Ils ont compté avec une entière confiance sur cette parole de l'Evangile : « Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. » Ils ont, comme il est écrit, mangé le pain de la douleur ; leur couche a été arrosée de leurs larmes ; ils ont affligé leur cœur par la douleur et leur corps par le jeijne, afin de recouvrer la santé de l'âme qu'ils avaient perdue. La pénitence est une ; mais elle est à la disposition de tous ceux qui veulent y recourir.

L'Evêque se levait alors et se rendait auprès des pénitents. Il leur adressait une exhortation sur la miséricorde divine, et leur enseignait la manière dont ils devaient vivre désormais; puis il leur disait: « Venez, mes enfants, venez; écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » Le Chœur chantait ensuite cette Antienne tirée du Psaume xxxiii^ : « Approchez du Seigneur, et soyez illuminés ; et vos visages ne seront plus dans la confusion. » Alors les pénitents, se levant de terre, venaient se jeter aux pieds de l'Evêque ; et l'Archiprêtre , prenant la parole, lui disait:

RETABLISSEZ en eux, Pontife apostolique, tout ce que les suggestions du diable avaient détruit ; par l'entremise de vos prières, par la grâce de la divine réconciliation, faites que ces hommes soient rapprochés de Di^u. Jusqu'à cette heure, le mal leur était à charge ; maintenant qu'ils triomphent de l'auteur de leur mort, ils jouiront du bonheur de plaire au Seigneur dans Ig terre des vivants.

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L'Evoque répondait: « Mais savez-vous s'ils sont dignes d'être réconciliés? » Et V\v chiprêtre ayant dit : « Je sais et j'atteste qu'i , en sont dignes», un Diacre leur ordonna: de se lever. Alors l'Evêque prenait l'un d'ci tre eux par la main; celui-ci donnait so autre main au suivant, et successivement tous les autres pénitents se tenant de la même manière, on arrivait au siège dresse pour l'Evêque au milieu de la nef. On chantaitpendant ce temps-là cette Antienne: " iQ vous le dis, il y a de la joie parmi les Anges de Dieu, même pour un seul pécheur qui fait pénitence » ; et cette autre :« Il vous faut vous réjouir, mon fils : car votre frère qui était mort est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. » L'Evêque ensuite, prenant la parole sur le ton solennel de la Préface, s'adressait ainsi à Dieu:

IL est juste de vous rendre grâces, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, à qui vous avez donné dans le temps une naissance ineffable, afin qu'il vînt acquitter la dette d'Adam envers vous, détruire notre mort par la sienne, recevoir sur son corps nos blessures, effacer nos taches par son sang : en sorte que nous qui étions tombés par la jalousie de l'antique ennemi, nous revinssions à la vie par la miséricorde de ce Sauveur. C'est par lui, Seigneur, que nous vous supplions de nous exaucer au sujet des péchés d'autrui, nous qui sommes hors d'état de vous implorer suffisamment pour les nôtres. Rappelez donc. Seigneur très clément, ces hommes que leurs péché» avaient séparés de vous. "Vous n'avez pas repoussé \'h.-^~ miliation d'Achab ; mais vous avez suspendu, à cause de son amende honorable, la vengeance que méritaient ses crimes. Vous avez exaucé les larmes de Pierre, et vous lui avez ensuite confié les clefs du royaume ces cieux. Daignez donc, Seigneur miséricordieux. accueilL:

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;eux-ci qui sont l'objet de nos prières ; restituez-les au giron de votre Eglise, afin que l'ennemi ne triomphe plus a leur sujet ; mais que votre Fils, qui vous est semblable, les purifie de tous leurs péchés ; qu'il daigne les admettre uU festin de cette très sainte Cène ; qu'il les nourrisse de sa chair et de son sang, et qu'après le cours de cette vie il les conduise au royaume céleste.

Après cette Prière, toute l'assistance, clercs et laïques, se prosternait avec les pénitents devant la majesté divine ; et l'on récitait les trois Psaumes qui commencent par le mot Miserere. L'Evêque se levait ensuite et prononçait sur les pénitents, toujours prosternés, ainsi que l'assistance tout entière, six oraisons solemnelles dont nous donnerons ici les principaux traits :

ECOUTEZ nos supplications, Seigneur, et quoique j'aie besoin plus que tous de votre miséricorde, daignez m'exaucer. v ous m'avez établi, non à cause de mes mérites, mais par le don de votre grâce, votre ministre dans cette œuvre de réconciliation ; donnez-moi la confiance nécessaire pour l'accomplir, et opérez vousmême dans mon ministère qui est celui de votre bonté. C'est vous qui avez rapporté au bercail, sur vos épaules, la brebis égarée ; vous qui avez exaucé la prière du publicain. Rendez donc la vie à ces hommes, vos serviteurs, dont vous ne voulez pas la mort. Vous, dont la bonté nous poursuit quand nous errons loin de vous, reprenez à votre service ceux-ci qui sont corrigés. Laissez-vous toucher de leurs soupirs et de leurs larmes; guérissez leurs blessures ; tendez-leur une main salutaire. Ne permettez pas que votre Eglise éprouve une perte dans la moindre partie de ses membres, que votre troupeau souffre un détriment, que l'ennemi triomphe d'un désastre dans votre famille, que la seconde mort dévore ceux qui avaient pris une nouvelle naissance dans le bain sacré. Pardonnez, Seigneur, à ces hommes qui confessent leur iniquité ; qu'ils échappent aux peines que décrétera la sentence du jugement à venir ;

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qu'ils ignorent l'horreur des ténèbres, et le pétillement de la flamme. Ramenés du sentier de l'erreur et rentres dans la voie de la justice, qu'ils ne reçoivent plus désormais de blessures ; mais que l'intégrité d'âme quils avaient d'abord reçue de votre grâce, et que votre miséricorde va réparer, demeure en eux à jamais. Ils ont macéré leurs corps sous les livrées delà pénitence; rendez-leur maintenant la robe nuptiale, et permettez-leur de s'asseoir de nouveau au festin royal dont ils étaient exclus.

A la suite de ces Oraisons, l'Evêque, étendant la main sur les pénitents, les réintégrait par cette formule imposante :

QUE le Seigneur Jésus-Christ, qui a daigné effacer tous les péchés du monde en se livrant pour nous, et en répandant son sang très pur ; qui a dit à ses disciples: « Tout ce que vous lierez sur la terrs sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel » ; qui a bien voulu m'acl» mettre, quoique indigne, parmi les dépositaires de ce pouvoir ; qu'il daigne, par l'intercession de Marie. Mère de Dieu, du bienheureux Archange Michel, de l'Apôtre saint Pierre à qui a été donné le pouvoir de lier et de délier, de tous les Saints, et par mon ministère, vous absoudre, par les mérites de son sang répandu pour la rémission des péchés, de tout ce que vous avez commis en pensées, en paroles et en oeuvres; et qu'ayant délié les liens de vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle ; lui qui vit et qui règne avec le Père et le Saint- Esprit, dans les siècles des siècles. Amen.

L'Evêque s'approchait ensuite des pénitents toujours prosternés; il répandait l'eau sainte, et faisait fumer l'encens sur eux. Enfin il leur adressait pour adieu ces paroles de l'Apôtre: « Levez-vous, vous qui dormez ; levezvous d'entre les morts ; et le Christ sera votre lumière ». Les pénitents se levaient alors, er

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en signe de la joie qu'ils éprouvaient d'être réconciliés avec Dieu, ils allaient promptement déposer leur extérieur négligé, et se revêtir d'habits convenables pour s'asseoir à la table du Seigneur, avec les autres fidèles. Un vestige de cette imposante cérémonie s'est conservé dans plusieurs Eglises de France, où l'on récite sur les fidèles, le Jeudi saint, des prières expiatoires que l'on appelle ï Absoute. A Rome, l'antique absolution des pénitents, en ce jour, a donné origine à la magnifique cérémonie connue sous le nom de Bénédiction papale. Après la Messe du Jeudi saint, le Souverain Pontife, en pluvial et la tiare en tête, paraît à la loggia qui s'ouvre au-dessus de la porte principale de la Basilique Vaticane. Un peuple immense couvre la vaste place Saint-Pierre; d'innombrables fidèles, venus de toutes les régions du monde, attendent le moment où les mains du Vicaire de Jésus-Christ vont faire descendre sur eux la rémission des peines dues à leurs péchés. Cependant, aux pieds du Pontife assis sur son trône, un des Prélats récite la formule générale de la Confession des péchés, au nom de l'immense famille que la foi a rassemblée sous les yeux du Père commun de la chrétienté. Après un moment de silence, le Pontife implore la miséricorde divine pour les pécheurs qui ont purifié leurs consciences dans le tribunal de la réconciliation; il invoque sur eux le secours des saints Apôtres Pierre et Paul; puis, se levant, il étend ses bras vers le ciel comme pour y puiser les trésors de l'éternelle indulgence, et les abaissant ensuite, il bénit ce peuple com-

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posé en ce moment de tous les peuples de la terre. Cette bénédiction, qui porte avec elle la grâce de l'indulgence plénière, pour tous ceux qui ont rempli les conditions requises, et que l'on appelle si improprement Bénédiction Urbi et orbi^ puisqu'elle ne s'adresse qu'aux fidèles présents, fut d'abord particulière au Jeudi saint; elle s'est étendue ensuite au jour de Pâques ; enfin, le Pontife Romain la donne encore le jour de l'Ascension, à Saint-Jean-de-Latran, et le jour de l'Assomption, à Sainte-Marie-Majeure.

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