‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 134 sur 249 · I- Le Jeudi Saint · texte numérisé non relu

I- Le Jeudi Saint

pour ronction des mains, et au sacre des Rois et des Reines.

Telles sont les notions que le fidèle doit posséder, pour avoir une idée de la solennelle fonction que remplit l'Evoque à la Messe d'aujourd'hui, où, comme lecnante saint Fortunat dans la belle Hymne que nous donnerons tout à l'heure, il acc^uitte sa dette en opérant cette triple bénédiction qui ne peut venir que de lui seul.

La sainte Eglise déploie en cette circonstance un appareil inaccoutumé. Douze Prêtres en chasuble, sept Diacres et sept Sous- Diacres, tous revêtus des habits de leurs ordres, assistent à la fonction. Le Pontifical romain nous apprend que les douze Prêtres sont là pour être les témoins et les coopêrateurs du saint Chrême. La Messe commence et se continue avec les rites propres à ce jour ; mais, avant de faire entendre l'Oraison Dominicale, l'Evoque laisse inachevée la prière du Canon qui la précède, et descend de l'autel. Il se rend au siège qui lui a été préparé près de la table sur laquelle on apporte l'ampoule remplie de l'huile qu'il doit fcénir pour le service des mourants. Il prélude à cette bénédiction en prononçant les paroles de l'exorcisme sur cette huile, afin d'éloigner d'elle toute influence des esprits de malice, qui, dans leur haine pour i'homme, cherchent sans cesse à infecter les éléments de la nature; puis il la bénit par ces paroles :

ENVOYEZ, Seigneur, du haut des cieux, votre Esprit- Saint Paraclet sur cette huile que vous avez daigné produire d'un arbre fécond ; et qu'elle devienne propre à soulager i'àme et le corps. Que votre bénédic-

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lion en fasse un médicament céleste qui nous protège, qui chasse nos douleurs, nos infirmités, nos maladies de l'âme et du corps ; car vous vous êtes servi de l'huile pour consacrer vos Prêtres, vos Rois, vos Prophètes et vos Martyrs. Que celle-ci devienne une onction parfaite que vous aurez bénie pour nous. Seigneur, et dont les efifets nous pénétreront tout entiers. Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.

Après cette bénédiction, l'un des sept Sous- Diacres qui avait apporté l'ampoule la remporte avec respect ; et le Pontife retourne à l'autel pour achever le Sacrifice. Lorsqu'il a distribué la sainte communion au clergé, il revient au siège préparé près de la table. Alors les douze Prêtres, les sept Diacres et les sept Sous-Diacres se rendent au lieu où sont déposées les deux autres ampoules. L'une contient l'huile qui doit devenir le Chrême du salut, et l'autre la liqueur qui doit être sanctifiée comme Huile des Catéchumènes.

Bientôt le cortège sacré reparaît, et s'avance solennellement vers le Pontife. Les deux ampoules sont portées chacune par un des Diacres ; un Sous-Diacre tient le vase qui renferme le baume, L'Evêque bénit d'abord le baume, qu'il appelle dans sa prière « une larme odorante sortie de l'écorce d'une heureuse branche, pour devenir le parfum sacerdotal », Puis il prélude à la bénédiction de l'Huile du Chrême en soufflant sur elle trois fois en forme de croix. Les douze Prêtres viennent tour à tour faire cette même insufflation, dont nous voyons le premier exemple dans l'Evangile. Elle signifie la vertu du Saint-Esprit, qui est figuré par le souffle, à cause de son nom, Spiritus, et qui va bien-

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tôt faire de cette huile un instrument de son divin pouvoir. Mais auparavant l'Evcque prononce sur elle l'exorcisme; et, après avoir ainsi préparé cette substance à recevoir l'action de la grâce d'en haut, il célèbre la dignité du Chrême par cette magnifique Préface qui remonte aux premiers siècles de notre foi.

T L est juste et raisonnable que nous vous rendions * grâces partout et toujours, Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ notre Seigneur ; à vous qui, au commencement de toutes choses, entre autres dons de votre bonté, avez fait produire à la terre les arbres, et parmi eux l'olivier qui nous donne cette onctueuse liqueur qui devait servir au Chrême sacré. David, dans un esprit prophétique, prévoyant l'institution des Sacrements de votre grâce, chanta dans ses vers l'huile qui doit rendre la joie à notre visage; et lorsque les crimes du monde eurent été expiés par le déluge, la colombe vint annoncer la paix rendue à la terre par le rameau d'olivier qu'elle portait, symbole des faveurs que nous réservait l'avenir. Cette figure se réalise aujourd'hui, dans ces derniers temps, lorsque, les eaux du baptême ayant effacé tous nos péchés, l'onction de l'huile vient donner à nos visages beauté et sérénité. C'est aussi en présage de cette grâce que vous ordonnâtes à Moïse votre serviteur, après qu'il aurait purifié dans l'eau son frère Aaron, de l'établir prêtre par une onction. Mais le plus grand honneur déféré à l'huile fut lorsque, votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur ayant exigé de Jean qu'il le baptisât dans les eaux du Jourdain, vous envoyâtes sur lui l'Esprit-Saint en forme de colombe, désignant ainsi votre Fils unique, en qui vous déclariez, par une voix qui se fit entendre, avoir mis vos complaisances, et faisant connaître qu'il était celui que le prophète David a célébré comme devant recevoir l'onction de l'huile de l'allégresse, au-dessus de tous ceux qui doivent y participer avec lui. Nous vous sup-» plions donc. Dieu éternel, par le même Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur, de sanctifier par votre bénédiction cette huile votre créature, et de la remplir de la

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Vertu du Saint-Esprit, par la puissance du Christ Votre Fils, dont le Chrême sacré a emprunté son nom, ce Chrême par lequel vous avez consacré les Prêtres, les Rois, les Prophètes et les Martyrs. Faites que la sanctification étant répandue dans l'homme par l'onction, la corruption de la première nature soit anéantie, et que le temple de chacun exhale la suave odeur que prod^uit l'innocence de la vie; que, selon les conditions établies par vous dans ce mystère, ils y reçoivent la dignité de rois, de prêtres et de prophètes, avec l'honneur d'un vêtement d'immortalité ; que cette huile enfin soit pour ceux qui renaîtront de l'eau et du Saint- Esprit un Chrême de salut qui les rende participants de la vie éternelle, et les mette en possession de la gloire du ciel.

Le Pontife, après ces paroles, prend le baume qu'il a d'abord mêlé avec de l'huile sur une patène, et versant ce mélange dans l'ampoule, il consomme ainsi la consécration du Chrême. Ensuite, pour rendre honneur à l'Esprit-Saint qui doit opérer par cette huile sacramentelle, il salue l'ampoule qui la contient, en disant : « Chrême saint, je te salue ! » Les douze Prêtres immédiatement suivent l'exemple du Pontife, qui procède ensuite à la bénédiction de l'Huile des Catéchumènes.

Après les insufflations et l'exorcisme, qui ont lieu comme pour le saint Chrême, l'Evêque s'adresse à Dieu par cette prière :

ODiEU, qui récompensez les progrès dans les âmes, et qui, par la vertu du Saint-Esprit, confirmez l'ébauche déjà commencée en elles, daignez envoyer votre bénédiction sur cette huile, et accorder par l'onction qui en sera faite, à ceux qui se présentent au bain de l'heureuse régénération, la purification de l'âme et du corps. Que les taches qu'auraient imprimées sur eux les esprits ennemis de l'homme disparaissent au contact de cette huile sanctifiée ; gu'il ne reste .plus à ces es,prits pervers

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aucune place pour leur malice, aucun refuge pour leur pouvoir, aucune libcrié pour leurs perfides embûches ; mais que l'onction de cette huile soit utile à vos serviteurs qui arrivent à la foi et qui doivent être purifiés par l'opération de votre Esprit ; qu'elle les dispose au salut qu'ils obtiendront en naissant à la régénération céleste dans le sacrement du Baptême : par Jésus-Christ notre Seigneur, qui doit venir pour juger les vivants et les morts et détruire le monde par le feu.

L'Evoque salue ensuite Tampoule qui contient l'huile à laquelle il vient de conférer de si hautes prérogatives, en disant : « Huile sainte, je te salue I » il est imité dans cet acte de respect par les douze Prêtres ; après quoi deux des Diacres ayant pris, Tun le saint Chrême et l'autre l'Huile des Catéchumènes, le cortège se met en marche pour reconduire les deux ampoules au lieu d'honneur où elles doivent être conservées. Elles sont, ainsi que l'Huile des Malades, couvertes d'une enveloppe d'étoffe de soie: blanche pour le saint Chrême, verte pour THuile des Catéchumènes, et violette pour celle des Malades.

Nousn'avons donnéqu'en les abrégeant les détails de cette grande cérémonie; mais nous ne voulons pas priver le lecteur catholique de la belle Hymne composée par saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, au vi^ siècle, et dont les strophes majestueuses, empruntées par l'Eglise romame à l'antique Eglise des Gaules, accompagnent si noblement l'arrivée et le retour des saintes ampoules.

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