‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 136 sur 249 · LA MESSE DU JEUDI SAINT · texte numérisé non relu

LA MESSE DU JEUDI SAINT

LA sainte Eglise se proposant aujourd'hui , de renouveler, avec une solennité toute particulière, l'action qui fut accomplie par le Sauveur dans la dernière Cène, selon le précepte qu'il en fit à ses Apôtres, lorsqu'il leur dit : « Faites ceci en mémoire de moi », nous allons reprendre le récit évangélique que nous avons interrompu au moment où Jésus entrait dans la salle du festin pascal.

Il est arrivé de Béthanie ; tous les Apôtres sont présents, même le perfide Judas, qui garde son affreux secret. Jésus s'approche de la table sur laquelle Tagneau est servi ; ses disciples y prennent place avec lui; et l'on observe fidèlement les rites que le Seigneur prescrivit à Moïse pour être suivis par son peuple. Au commencement du repas, Jésus prend la parole, et il dit à ses Apôtres: « J'ai désiré ardemment de manger avec vous cette

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Pâque, avant de souffrir 1. » Il parlait ainsi, non que cette Pâque eût en elle-même quelque chose de supérieur à celles des années précédentes, mais parce qu'elle allait donner occasion à l'institution de la Pâque nouvelle qu'il avait préparée dans son amour pour les nommes : car « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, dit saint Jean, il les aima jusqu'à la fin » 2.

Pendant le repas, Jésus, pour qui les cœurs n'avaient rien de caché, proféra cette parole qui émut les disciples : « En vérité, je vous le dis, l'un de vous me trahira; oui, l'un de ceux qui mettent en ce moment la main au plat avec moi est un traître 2, » Que de tristesse dans cette plainte ! que de miséricorde pour le coupable qui connaissait la bonté de son Maître! Jésus lui ouvrait la porte du pardon ; mais il n'en profite pas : tant la passion qu'il avait voulu satisfaire par son infâme marché avait pris d'empire sur lui ! Il ose même dire comme les autres : « Est-ce moi, Seigneur ? » Jésus lui répond à voix basse, pour ne pas le compromettre devant ses frères : « Oui, c'est toi ; tu l'as dit » Judas ne se rend pas; il reste, et va souiller de sa présence les augustes mystères qui se préparent. Il attend l'heure de la trahison.

Le repas légal est terminé. Un festin qui lui succède réunit encore à une même table Jésus et ses disciples. Les convives, selon l'usage de l'Orient, se placent deux par deux

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