‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 162 sur 249 · MaTTH. XXVI, 3l · texte numérisé non relu

MaTTH. XXVI, 3l

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fils de perdition, afin que l'Ecriture fût accomplie. Je leur ai donné votre parole; et le monde les a haïs, parce (qu'ils ne sont pas du monde, comme moi aussi je ne lui appartiens pas. Je ne vous prie pas cependant de les ôter du monde, mais de les garder du mal. Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole : afin que tous ils soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous ; afin que le monde croie que vous m'av2z envoyé. O Père, je veux que là où je suis, ceux que vous m'avez donnés y soient aussi avec moi ; et qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée, parce que vous m'aimiez déjà avant que le monde fût créé. Père juste, le monde ne vous a point connu; mais moi je vous ai connu; et ceux-ci savent que vous m'avez envoyé. Et je leur ai manifesté votre nom, et je le leur manifesterai encore, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et mkoi en eux ^ »

Tels étaient les élans d'amour qui s'échappaient du cœur de Jésus, lorsqu'il traversait le torrent de Gédron, et gravissait avec ses disciples la montagne des Oliviers. Arrivé au lieu nommé Gethsémani, il entre dans un jardin, où souvent il avait conduit ses Apôtres pour s'y reposer avec eux. A ce moment, un saisissement douloureux s'empare de son âme; sa nature humaine éprouve comme une suspension de cette béatitude que lui procurait l'union avec la divinité. Elle sera soutenue intérieurement jusqu'à l'enlier accona-

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plissement du sacrifice, mais elle portera tout le fardeau qu'elle peut porter. Jésus se sent pressé de se retirer à l'écart; dans son abattement, il veut fuir les regards de ses disciples. Il ne prend avec lui que Pierre, Jacques et Jean, témoins naguère de sa glorieuse transfiguration. Seront-ils plus fermes que les autres en face de l'humiliation de leur Maître ? Les paroles qu'il leur adresse montrent assez quelle révolution subite vient de s'accomplir dans son âme. Lui dont le langage était si calme tout à l'heure, dont les traits étaient si sereins, la voix si affectueuse, voici maintenant qu'il leur dit : « Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici et veillez avec moi 1. »

Il les quitte, et se dirige vers une grotte située à un jet de pierre, et qui conserve encore aujourd'hui la mémoire de la terrible scène dont elle fut témoin. Là Jésus se prosterne la face contre terre, et s'écrie : « Mon Père, tout vous est possible; éloignez de moi ce calice; néanmoins que votre volonté se fasse, et non la mienne 2. » En même temps une sueur de sang s'échappait de ses membres et baignait la terre. Ce n'était plus un abattement, un saisissement; c'était une agonie. Alors Dieu envoie un secours à cette nature expirante, et c'est un Ange qu'il charge de la soutenir. Jésus est traité comme un homme; et son humanité, toute brisée qu'elle est, doit, sans autre aide sensible que celle qu'il reçoit de cet Ange que la tradition nous

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