‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 182 sur 249 · JOHAN. XIX · texte numérisé non relu

JOHAN. XIX

Le Vendredi Saint. 54y

fouets ; p)our montrer q^ue l'orgueil doit cédet la place à l'humilité, s'il porte une couronne, ce sont les épines de la terre maudite qui la forment sur sa tête. Triomphe de l'esprit sur les sens, abaissement de la volonté superbe sous le joug de la sentence : voilà l'homme.

Israël est comme le tigre ; la vue du sang irrite sa soif; il n'est heureux qu'autant qu'il s'y baigne. A peine a-t-il aperçu sa victime ensanglantée, qu'il s'écrie avec une nouvelle fureur : « Crucifiez-le! crucifiez-le! < — Eh bien! dit Pilate, prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; pour moi, je ne trouve aucun crime en lui, » Et cependant on l'a mis, par son ordre, dans un état qui, à lui seul, peut lui causer la mort. Sa lâcheté sera encore déjouée. Les Juifs répliquent en invoquant le droit q[ue les Romains laissaient aux peuples conquis : « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir; car il s'est dit le Fils de Dieu. » A cette réclamation, Pilate se trouble; il rentre dans la salle avec Jésus, et lui dit : « D'où êtes-vous ? » Jésus se tait; Pilate n'était pas digne d'entendre le Fils de Dieu lui rendre raison de sa divine origine. Il s'irrite cependant : « Vous ne me répondez pas ? dit-il; ne savez-vous pas que j'ai le pouvoir de vous crucifier, et le pouvoir de vous absoudre ? » Jésus daigne parler ; et c'est pour nous apprendre que toute puissance de gouvernement, même chez les infidèles, vient de Dieu, et non de ce qu'on appelle le pacte social : « Vous n'auriez pas ce pouvoir, repondit-il, s'il ne vous avait été donné d'en haut; ^ c'est pour cela que le péché de celui qui

^^4^ ^^ Vendredi Saint.

m'a livre à vous est d'autant plus grand > u.

La noblesse et la dignité dé ces paroles subjuguent le gouverneur; et il veut encore essayer de sauver Jésus. Mais les cris du peuple pénètrent de nouveau jusqu'à lui : « Si vous le laissez aller, lui dit-on, vous n'êtes pas l'ami de César. Quiconque se fait roi, se déclare contre César. » A ces paroles, Pilate, essayant une dernière fois de ramener à la pitié ce peuple furieux, sort de nouveau, et monte sur un siège en plein air; il s'assied et fait amener Jésus : « Le voilà, dit-il, votre roi; voyez si César a quelque chose à craindre de lui. )) Mais les cris redoublent : « Otez-le ! ôtez-le! Crucifiez-le! — Mais, dit le gouverneur, qui affecte de ne pas voir la gravité du péril, crucifierai-je donc votre roi ?')) Les Pontifes répondent : « Nous n'avons point d'autre roi que César *^. » Parole indigne qui, lorsqu'elle sort du sanctuaire, annonce aux peuples que la foi est en péril; en même temps parole de réprobation pour Jérusalem; car si elle n'a pas d'autre roi que César, le sceptre n'est plus dans Juda, et l'heure du Messie est arrivée.

Pilate, voyant que la sédition est au comble, et que sa responsabilité de gouverneur est menacée, se résout à abandonner Jésus à ses ennemis. Il porte enfin, quoique à contrecœur, cette sentence qui doit produire en sa conscience un affreux remords dont bientôt il cherchera la délivrance dans le suicide. Il trace lui-même sur une tablette, avec un

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