Matth. XXVII. —Luc. xxiu
Le Vendredi Saint. 545
entière les complaisances et les crimes de la chair. C'est par la main des Gentils que ce traitement lui est infligé; les Juifs Tont livré, et les Romains sont les exécuteurs; tous nous avons trempé dans l'affreux déicide.
Mais cette soldatesque est lasse enfin de frapper ; les bourreaux détachent leur victime; en auront-ils enfin pitié ? Non, ils vont faire succéder à tant de cruauté une dérision sacrilège, Jésus a été appelé le Roi des Juifs; les soldats prennent occasion de ce titre pour donner une forme nouvelle à leurs outrages. Un roi porte la couronne; les soldats vont en imposer une au fils de David. Tressant à la hâte un horrible diadème avec des branches d'arbrisseaux épineux, ils la lui enfoncent sur la tête, et pour la troisième fois, le sang de Jésus coule avec abondance. Puis, afin de compléter l'ignominie, les soldats lui jettent sur les épaules un manteau de pourpre, et placent dans sa main un roseau, en guise de sceptre. Alors ils se mettent à genoux devant lui, et disent : « Roi des Juifs, salut ! » Et cet hommage insultant est accompagné de soufflets sur le visage de l'Homme-Dieu, et d'infâmes crachats ; et de temps en temps on lui arrache le roseau des mains pour l'en frapper sur la tête, afin d'enfoncer toujours davantage les cruelles épines dont elle .est ceinte.
A ce spectacle, le chrétien se prosterne dans un douloureux respect, et dit à son tour : « Roi des Juifs, salut! Oui, vous êtes le fils de David, et, à ce titre, notre Messie et notre Rédempteur. Israël renie votre royauté
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qu'il proclamait naguère; la gentilitc n'y trouve qu'une occasion de plus pour vous outrager; mais vous n'en régnerez pas moins par la justice sur Jérusalem, qui ne tardera pas à sentir le poids de votre sceptre vengeur; par la miséricorde sur les Gentils, que bientôt vos Apôtres amèneront à vos pieds. En attendant, recevez notre hommage et notre soumission. Régnez dès aujourd'hui sur nos cœurs et sur notre vie tout entière, o
On conduit Jésus à Pilate dans l'affreux état où l'a mis la cruauté des soldats. Le gouverneur ne doute pas qu'une victime réduite aux abois n'obtienne grâce devant le peuple ; et faisant monter avec lui le Sauveur à une galerie du palais, il le montre à la multitude, en disant : « Voilà l'homme ^ ! » Cette parole était plus profonde que ne le croyait Pilate. Il ne disait pas : Voilà Jésus, ni voilà le Roi des Juifs; il se servait d'une expression générale dont il n'avait pas la clef, mais dont le chrétien possède l'intelligence. Le premier homme, dans sa révolte contre Dieu, avait bouleversé, par son péché, l'œuvre entière du Créateur; en punition de son orgueil et de sa convoitise, la chair avait asservi l'esprit ; et la terre elle-même, en signe de malédiction, ne produisait plus que des épines. Le nouvel homme qui porte, non la réalité, mais la ressemblance du péché, paraît; et l'œuvre du Créateur reprend en lui son harmonie première ; mais c'est par la violence. Pour montrer que la chair doit être asservie àj l'esprit, la chair en lui est brisée sous le|