‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 191 sur 249 · I. I Cor. I · texte numérisé non relu

I. I Cor. I

bSo Le Vendredi Saint.

Fils de Dieu, et l'instrument auguste du salut des hommes. L'instant donc est arrivé où clic doit recevoir nos adorations, à cause de l'honneur que lui a daigné faire le I*'ils de Dieu en l'arrosant de son sang, et en l'associant ainsi à l'cjeuvre de notre réparation. Nul jour, nulle heure dans l'année ne conviennent mieux pour lui rendre nos humbles devoirs.

Ce touchant hommage offert, en ce jour, au bois sacré qui nous sauve, a commencé, dès le iv*^ siècle , à Jérusalem. On venait de découvrir la vraie Croix par les soins de la pieuse impératrice sainte Hélène ; et le peuple fidèle aspirait à contempler de temps en temps cet arbre de vie, dont la miraculeuse Invention avait comblé de joie l'Eglise tout entière. Il fut réglé qu'on l'exposerait à l'adoration des chrétiens une fois Tannée, le Vendredi saint. Le désir de prendre part au bonheur de le contempler amenait chaque année un concours immense de pèlerins à Jérusalem , pour la Semaine sainte. La renommée répandit partout les récits de cette imposante cérémonie ; mais tous ne pouvaient espérer d'en être témoins, même une seule fois dans leur vie. La piété catholique voulut du moins jouir par imitation d'une cérémonie dont la vue réelle était refusée au grand nombre ; et vers le vii^ siècle on songea à répéter dans toutes les églises, au Vendredi saint, l'ostension et l'adoration de la Croix qui avaient lieu à Jérusalem. On ne possédait, il est vrai, que la figure de la Croix véritable ; mais les nommages rendus à ce bois sacré se rap-

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portant au Christ lui-même, les fidèles pouvaient lui en offrir de semblables, lors même qu'ils n'avaient pas sous les yeux le propre bois lui-même que le Rédempteur a arrosé de son sang. Tel a été le motif de l'institution de ce rite imposant que la sainte Eglise va accomplir sous nos yeux, et auquel elle nous invite à prendre part.

A l'autel, le Célébrant se dépouille de la chasuble, qui est le vêtement sacerdotal, atin de paraître avec plus d'humilité dans l'amende honorable qu'il doit offrir le premier au Fils de Dieu outragé par ses créatures. Il se rend ensuite sur le degré qui côtoie l'autel, au côté de l'Epître, et sV tient la face tournée vers le peuple. Le Diacre prend alors la croix voilée de noir qui est entre les chandeliers de l'autel, et vient la déposer entre les mains du Célébrant. Celuici, aidé du Diacre et du Sous-Diacre, détache la partie du voile qui enveloppait le haut de cette croix, et la découvre jusqu'à la traverse. Il l'élève alors un peu, et chante sur un ton de voix médiocre ces paroles :

\70ici le bois de la Croix ; 1 CCCE lignum Crucis ;

f Puis il continue, aidé de ses ministres, qui chantent avec lui :

auquel le salut du monde a 1 in quo salus mundi peété suspendu. | pendit.

Alors toute l'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur change :

Venez, adorons-le. j Venite, adoremas.

5S2 Le Vendredi Saint.

Cette première ostension, qui a lieu comme à récart, et à voix modérée, représente la première prédication de la Ooix, celle que les Apôtres se lirent entre eux, lorsque, n'ayant pas encore reçu le Saint-Esprit, ils ne pouvaient s'entretenir du divin mystère de la Rédemption qu'avec les disciples de Jésus, et craignaient d'exciter l'attention des Juifs. C'est pour cela aussi que le Prêtre n'élève que médiocrement la Croix. Ce premier nommage qu'elle reçoit est offert en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans la maison de Gaïphe.

Le Prêtre s'avance alors sur le devant du degré, toujours au côté de l'Epître, et se trouve plus en vue du peuple. Ses ministres l'aident à dévoiler le bras droit de la croix, et après avoir découvert cette partie de l'instrument sacré, il montre de nouveau le signe du salut, l'élevant plus haut que la première fois, et chante avec plus de force :

Ecce lignum Crucis ; j Voici le bois de la Croix ;

Le Diacre et le Sous-Diacre continuent avec lui :

in quo salus mundi pe- [ auquel le salut du monde a pendit. | été suspendu.

L'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur chante :

Venite, adoremus. | Venez, adorons-le.

Cette seconde ostension, qui a lieu avec plus d'éclat que la première, représente la prédication du mystère de la Croix aux

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Juifs, lorsque les Apôtres, après la venue de l'Esprit-Saint, jettent les fondements de TEglise au sein de la Synagogue, et amènent les prémices d'Israël aux pieds du Rédempteur. Cette seconde adoration rendue à la Croix est offerte par la sainte Eglise en réparation des outrages que le Sauveur reçut dans le Prétoire de Pilate.

Le Prêtre vient se placer ensuite au milieu du degré, ayant toujours la face tournée vers le peuple. Il achève alors le dévoilement de la croix, en dégageant le bras gauche avec l'aide du Diacre et du Sous-Diacre. Prenant ensuite cette croix , qui paraîtra désormais sans voile, il l'élève plus haut que les deux autres fois, et chante avec triomphe sur un ton plus éclatant :

Voici le bois de la Croix ; | Ecce lignum Cruels;

Les Ministres continuent avec lui :

auquel le salut du monde a 1 in quo salus mundi peété suspendu. | pendit.

L'assistance se met à genoux et adore, pendant que le chœur chante.

Venez, adorons-le. I Venite, adoremus.

Cette dernière ostension si solennelle représente la prédication du mystère de la Croix dans le monde entier, lorsque les Apôtres, repoussés par la masse de la nation juive, se tournent vers les Gentils, et vont annoncer le Dieu crucifié jusqu'au delà des limites de l'Empire romain. Ce troisième hommage offert à la Croix est une réparation des

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outrages que le Sauveur reçut sur le (calvaire.'

La sainte Eglise, en nous présentant d'abord la Croix couverte d'un voile qui disparaît ensuite, pour laisser arriver nos regards jusqu'à ce divin trophée de notre rédemption, veut aussi exprimer tour à tour l'aveuglement du peuple juif qui ne voit qu'un instrument d'ignominie dans ce bois adorable, et l'éclatante lumière dont jouit le peuple chrétien, auc^uel la foi révèle que le Fils de Dieu crucifié, loin d'être un objet de scandale, est, au contraire, comme parle l'Apôtre, le monument éternel de « la puissance et de la sagesse de Dieu •. » Désormais la Croix, qui vient d'être si solennellement arborée, ne sera plus couverte ; elle va attendre sans voile, sur l'autel, l'heure de la glorieuse résurrection du Messie. Toutes les autres images de la Croix, placées sur les divers autels, seront aussi découvertes, à l'imitation de celle qui va bientôt reprendre sa place d'honneur sur l'autel majeur.

Mais la sainte Eglise ne se borne pas à exposer, en ce morïient, aux regards de ses fidèles la Croix qui les a sauvés ; elle les convie à venir tous imprimer leurs lèvres respectueuses sur ce bois sacré. Le Célébrant doit les précéder, et ils viendront après lui. Non content d'avoir dépouillé la cnasuble, il quitte encore sa chaussure, et ce n'est qu'après avoir fait trois génuflexions qu'il approche de la Croix que ses mains ont d'abord placée sur les degrés de l'autel. Le

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