‹ L'Année liturgique (volume 5)Chapitre 192 sur 249 · I. I Cor. I, 2J · texte numérisé non relu

I. I Cor. I, 2J

Le Vendredi Saint.

Diacre et le Sous-Diacre se présentent ensuite, puis le Clergé tout entier, enfin les laïques.

Les chants qui accompagnent l'adoration de la Croix sont de la plus grande beauté. Il y a d'abord les hnpropères^ ou reproches que le Messie adresse aux Juifs. Les trois premières strophes de cette Hymne plaintive sont entrecoupées par le chant du Trisagion, ou prière au Dieu trois fois Saint, dont il est juste de glorifier /'/mmorf^/z7é, en ce moment où il daigne, comme homme, souffrir la mort pour nous. Cette triple glorification, qui était en usage à Constantinople dès le v*' siècle, a passe dans l'Eglise romaine qui l'a maintenue dans la langue primitive, se contentant d'alterner la traduction latine des paroles. Le reste de ce beau chant est du plus haut intérêt dramatique. Le Christ rappelle toutes les indignités dont il a été l'objet de la part du peuple juif, et met en regard les bienfaits qu'il a répandus sur cette ingrate nation.

LES IMPROPERES.

OMON peuple, que t'ai-je fait? En quoi t'ai-je affligé ? Réponds-moi. Est-ce parce que je t'ai tiré de la terre d'Egypte que tu as dressé une croix' pour ton Sauveur ?

Dieu saint. Dieu saint.

Saint et fort.

Saint et fort.

Saint et immortel , ayez pitié de nous.

POPULE meus, quid feci tibi, aut in quo contristavi te ? Responde mihi. Quia eduxi te de terra -iEgypti : parasti crucem Salvatori tuo.

Agios o Theos.

Sanctus Deus.

Agios ischyros.

Sanctus fortis.

Agios athanatos, eleison imas.

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Le Vcnarcdi Saint.

Sanclus immortalis , miserere nobis.

Quia cJuxi te pcr dc- ■jcrtuin q.iadraginta annis : cl manna cibavi te, et introduxi le in tcrram salis bonam, parasli cru- .ceni Salvatori luo.

Agios o Theos. etc.

Quid ultra debui facere tibi, et non feci ? Ego quidem plantavi te vineam meam speciosissimam : et tu facta es mihi nimis amara : aceto namque sitim meam potasti :

et lancea perforasti latus Salvatori tuo.

Agios o Theos, etc.

Ego propter te flagellavi iîîlgyptum cum primogeniiis suis : et tu me fiagellatum tradidisti.

Popule meus, quid feci tibi, aut in quo contristavi te ? Responde mihi.

Ego eduxi te de Egypte, demerso Pharaonc in mare Rubrum : et tu me tradidisti principibus sacerdotum.

Popule meus.

Ego

ante te aperui

Saint et immortel , ayez pitié de nous.

Est-ce parce c|uc, durant quarante ans , j ai été ton conducteur dans le désert, que je t'y ai nourri de la manne , que je t'ai ensuite introduit dans une terre excellente ; est-ce pour ces services que tu as préparé une croix à ton Sauveur ?

Dieu saint, etc.

Qu'ai-je diî faire pour toi.

que je n'aie pas fait.-* Je t'ai plantée comme la plus belle de mes vignes, et tu n'as eu pour moi qu'une amertume extrême ; car dans ma soif tu mas donné du vinaigre à boire, et tu as percé de la lance le côté de ton Sauveur.

Dieu saint, etc.

Pour l'amour de toi, j'ai frappé l'Egypte avec ses premiers-nés ; toi, tu m'as livré à la mort, après m'avoir flagellé.

O mon peviole, que t'ai-je fait ? en quoi t'ai-je affligé ?

Réponds-moi.

Je t'ai tiré de l'Egypte, et j'ai submergé Pharaon dans la mer Rouge: toi, tu m'as livré aux princes des prêtres.

O mon peuple.

Je t'ai ouvert un passage

Le Vendredi Saint.

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dans la mer ; toi, tu m'as ouvert le flanc avec une lance.

O mon peuple.

J'ai marché devant toi dans une colonne de nuée :

toi, tu m'as mené au prétoire de Pilate.

O mon peuple.

Je t'ai nourri de la manne dans le désert: j'ai reçu de toi des soufflets et des coups de fouet.

O mon peuple.

Je t'ai abreuvé de l'eau salutaire sortie du rocher : dans ma soif, tu m'as présenté du fiel et du vinaigre.

O mon peuple.

A cause de toi j'ai exterminé les rois de Chanaan toi, tu m'as frappé à la tête avec un roseau.

O mon peuple.

Je t'ai donné le sceptre de la royauté : toi, tuas mis sur ma tête une couronne d'épines.

O mon peuple.

Je t'ai élevé en déployant une haute puissance: toi, tu m'as attaché au gibet de la Croix.

O mon peuple.

mare : et tu aperuisîi lancea latus meum.

Popule meus.

Ego ante te prœivi in columna nubis : et tu me duxisti ad praetorium Pilati.

Popule meus.

Ego te pavi manna per desertum : et tu me cascidisti alapis et flagellis.

Popule meus.

Ego te potavi aqua salutis de petra : et tu me potasti felle et aceto.

Popule meus.

Ego propter te Chananseorum reges percussi :

et tu percussisti arundine caput meum.

Popule meus.

Ego dedi tibisceptrura regale: et tu dedibti capiti meo spineam coronam.

Popule meus.

Ego te exaltavi magna virtute : et tu me suspendisti in patibulo Crucis.

Popule meus.

Les impropères sont suivis de cette solennelle Antienne, dans laquelle le souvenir de

Le Vendredi Saint.

la Croix vient s'unir à celui de la Résurrection pour la gloire de notre divin Rédempteur.

Nous adorons votre Croix, Seigneur; nous célébrons et glorifions votre sainte Résurrection: car c'est parla Croix que vous avez rempli de joie le monde entier.

Ps. Que Dieu ait pitié de nous et qu'il nous bénisse; qu'il fasse luire f;ur nous la lumière de son visape, et qu'il nous envoie sa miséricorde.

CRL'CKM tuam adoramus, Domine : et sanctam Resurrectioncm tuam laudamus, et glorificamus : ecce enim proptcr lignum venit gaudium in universo mundo.

Ps. Dcus miscrcaïur nostri, et bencdicai nobis : illuminet vultum suum super nos, et miscr.atur nostri.

Si l'adoration de la Croix n'est pas encore terminée, on entonne cette Hymne célèbre que Mamcrt Claudien comp)osa au vr siècle, en l'honneur de l'arbre sacré de notre rédemption. Une des strophes, divisée en deux, sert de refrain pendant la durée de ce beau cantique.

CRUX fidelis,inter omnes, Arbor una nobilis :

Nulla silva talem pro-

fert, Fronde, flore, geim'ne.

Dulce lignum, dulces

clavos, Dulce pondus sustinet.

Pange lingua gloriosi Lauream certaminis.

O Croix, notre ecnérance.

arbre le plus u.^ole de tous : nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.

Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau susre::du à tes clous sacrés.

Chantons, ma langue, la couronne du glorieux coin-

Le Vendredi Saint.

bat ; célèbre le noble triomphe dont la Croix est le trophée, et la victoire que le Rédempteur du monde remporta dans sa propre immolation.

On répète : O Croix, notre espéranci».

Le Créateur, compatissant au malheur que la séduction enfanta pour le premier homme notre père, précipité dans la mort pour avoir mangé d'un fruit funeste, daigna dès ce jour désigner le bois pour réparer le désastre causé par le bois.

On répète: Tu nous es cher.

Tel fut le plan divin dressé pour notre salut, afin que la sagesse y déjouât la ruse de notre cauteleux ennemi, et que le remède nous arrivât par le moyen même qui avait servi pour nous faire la blessure.

On répète : O Croix, notre espérance.

Lors donc que le temps marqué par le décret divin fut arrivé, celui par qui le monde a été créé fut envoyé du trône de son Père, et ayant pris chair au sein d'une Vierge, il parut en ce monde.

On répète : Tu nous es cher.

Et super Crucis trophaeo

Die triumphum nobilem;

Qualiter Redemptor orbis

Immolatus vicerit.

On répète : Crux fide-

lis.

De parentis protoplasti Fraude factor condolens, Quando pomi noxialis In necem morsu ruit, Ipse lignum tune notavit, Damna ligni ut solverei.

On répète : Dulce lignum.

Hoc opus nostrae salutis Ordo depoposcerat, Multiformis proditoris Ars ut artem falleret; Et medelam ferret inde, Hostis unde lasserat.

On répète : Crux fidelis.

Quando venit ergo sacri Plenitudo temporis, Missus est ab arce Patris Natus orbis conditor ; Atque ventre virginali Carne amictus prodiit.

On répète : Dulce lignum.

Le Vendredi Sa'nt.

Vagit infans , intcr arcta ConJitus prasscpia :

Mcmbra pannis involuta Virgo mater alligat, Va Dci manus, pcdcsquc

us, ne it fasi

Slricta cingit fascia.

On ré pi te : Oux fidclis.

Lustra scx qui jam peregit, 1 empus implcns cor-

poris :

Sponte libéra Redemptor Passioni deditus :

Agnus in Crucis levatur Immolandus stipite.

On répète : Dulce lignum.

Felle potus, ecce lan-

guet ; Spina. clavi, lancea.

Mite corpus perforarunt; Unda manat et cruor :

Terra, pondus, astra,

mundus Quo lavantur flumine.

On répcte lis.

Crux fide-

Flecte ramos arbor alta, Tensa laxa viscera :

Et rigor lentescat ille, Quem dédit nativitas :

A sa naissance, on le couche dans une crèche; c'est de là qu'il fait entendre ses vagissements* la Vicrgc-Mcre enveloppe ac langes ses membres délicats ; les mains et les pieds d'un Dieu sont captifs sous les bandelettes, comme ceux des autres enfants.

On répète : O Croix, notre espérance.

Après avoir vécu six lustres, le temps de sa vie mortelle approche de son terme ; c'est librement qu'il est descendu pour être notre Rédempteur ; et le jour est venu où cet Agneau est élevé sur l'arbre de la Croix, pour y être immolé.

On répète : Tu nous es cher.

C'est là qu'on l'abreuve de fiel dans son agonie ; là que les épines, les clous, la lance, déchirent son corps délicat ; l'eau et le sang s'épanchent de sa plaie ; la terre, la mer, les astres, le monde tout entier, reçoivent ce jet qui les purifie.

On répète : O Croix, notre espérance.

Arbre auguste, laisse Béchir tes rameaux : soulage, en pliant, les membres tendus de l'Agneau ; amollis cette dureté que la nature t'avait donnée, et sois un lit plus

Le Vendredi' Savit.

doux pour le corps du souverain Roi.

On répète : Tu nous es cher.

Seule tu as été trouvée digne de porter entre tes bras la victime du monde; pour ce monde naufragé, tu as été l'arche qui le ramène au port, toi qui fus inondée du sang divin de l'Agneau.

On répète : O Croix, notre espérance.

Gloire éternelle à l'heureuse Trinité ; honneur égal au Père, au Fils, au Paraclet ; louange de la part de tous les êtres à celui qui réunit la Trinité à l'Unité.

Amen.

On répète : Tu nous es cher.

Et superni membra Régis Tende miti stipite.

On répète : Dulce lignum.

Sola digna tu fuisti Ferre mundi victimam, Atque portum praeparare Arca mundo naufrago :

Quam sacer cruor perun-

xit, Fusus Agni corpore.

On répète : Crux fidelis.

Sempiterna sit beatae Trinitati gloria ; iEqua Patri, Filioque, Par decus Paraclito :

Unius Trinique nomen Laudet universitas.

Amen.

On répète : Dulce 1 lignum.

Vers la fin de l'adoration de la Croix, on allume les cierges de l'autel, et le Diacre vient y étendre un corporal, pour recevoir l'Hostie sainte qui va bientôt y être déposée. Tous les fidèles avant rendu leur homnnage à la Croix, le Célébrant la rapporte à l'autel, sur lequel elle est placée découverte au lieu qu'elle occupait auparavant.

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