L'OFFICE DU MATIN
)E toute antiquité, la journée d'aujourd'hui, comme celle d'hier, s'est passée sans l'offrande du divin Sacrifice. Hier, l'Eglise ne la célébrait pas, parce que l'anniversaire de la mort du Christ lui semblait remplir de ses souvenirs le jour tout entier, et qu'une sainte terreur lui interdisait d'appeler sur ses autels la victime du Calvaire. La même raison la porte à se priver aujourd'hui encore de la célébration du Sacrifice. La sépulture du Christ est la suite de sa Passion: et pendant que son corps repose inanimé dans le tombeau, il ne convient pas de renou-
vêler le divin mystère dans lequel il est offert glorieux et ressuscité. L'Eglise grecque ellemême qui, dans le cours du Carême, affecte de ne pas jeûner le Samedi, imite l'Eglise latine, en étendant à cette journée ses plus austères pratiques; elle s'abstient môme de célébrer aujourd'hui la Messe des Présanctifiés.
Depuis environ neuf siècles, une modification importante s'est introduite, en ce jour, dans les Eglises de l'Occident, relativement à la célébration de la Messe. On n'a pas dérogé à la coutume antique qui omet au Samedi saint Toffrande du Sacrifice; mais on a cru devoir anticiper à cette journée la Messe qui se célébrait durant la nuit prochaine, vers l'heure de la résurrection du Sauveur. L'adoucissement du jeûne a amené insensiblement ce changement dans la Liturgie. Dans les premiers siècles, les fidèles veillaient toute la nuit à l'église, en attendant le moment où le Christ triomphant de la mort s'échappa du sépulcre. Ils prenaient part en même temps, comme témoins, à l'administration solennelle du Baptême conféré aux catéchumènes ; fonction sublime dans laquelle se manifestait le passage de la mort spirituelle à la vie de la grâce. De toutes les Veilles saintes de l'année, aucune n'était fréquentée'avec autant d'afïluence et d'enthousiasme ; mais on comprend aisément qu'elle dut perdre une grande partie de son intérêt, lorsque le christianisme ayant triomphé partout où il avait été prêché, il n'y eut plus d'adultes à baptiser. Les Orientaux ont continué cependant jusqu'à nos jours à suivre