Le Samedi Saint
l'antique tradition ; mais dans rOccident, à artir du xi' siùclc, on a peu à peu anticipé heure de la Messe nocturne de la Résurrection, jusqu'à ce qu'enfin on l'ait définitivement avancée jusqu'au matin même du Samedi saint. Durand de Mcnde, qui écrivait son National des divins Offices vers la fin du xiii" siècle, atteste que, Je son temps, quelques Eglises à peine étaient restées fidèles à la coutume primitive ; et elles ne tardèrent pas à se réunir à la pratique générale de l'Eglise latine.
il résulte de cette modification une sorte de contradiction entre le mystère de cette journée et le service divin que Ton y célèbre. Le Christ est encore dans le tombeau, et l'on célèbre sa résurrection ; les heures qui précèdent la Messe sont encore données à la tristesse, et dès le milieu du jour l'allégresse pascale a déjà rempli les cœurs des fidèles. Nous nous conformerons à ces formes actuelles de la sainte Liturgie, entrant ainsi dans l'esprit de l'Eglise, qui a jugé à propos de donner à ses enmnts, dès aujourd'hui, un avant-goût des joies chrétiennes qui devront éclater demain. Nous allons d'abord tracer le plan de l'auguste fonction qui va s'accomplir ; nous en exposerons ensuite toutes les parties.
L'administration du Baptême aux catéchumènes est le grand objet de cette vaste cérémonie; elle est le point central auquel tout aboutit. Les fidèles doivent donc l'avoir sans cesse présente à la pensée, s'ils veulent suivre avec intelligence et utilité ce drame aussi sacré qu'imposant. Il y a d'abord la
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bénédiction du feu nouveau et de l'encens ; vient ensuite l'inauguration du Cierge pascal. Elle est suivie des Lectures prophétiques, qui font corps avec ce qui précède et ce qui suit. Quand elles sont achevées, a lieu le départ pour le Baptistère, où se fait la bénédiction de l'eau. La matière du Baptême étant préparée, les catéchumènes reçoivent le sacrement de la régénération. La Confirmation leur est ensuite administrée par l'Evêque. Aussitôt après, commence le divin Sacrifice en l'honneur de la Résurrection du Christ, et les néophytes y participent aux saints Mystères. Enfin, l'Office joyeux des Vêpres vient promptement terminer la plus longue et la plus laborieuse fonction que l'Eglise latine ait à accomplir dans tout le cours de son Cycle liturgique. Pour donner au lecteur la clef de ce magnifique ensemble, nous remonterons avec lui mille ans en arrière; et nous supposerons qu'il prend part à la Veille solennelle du Samedi saint, dans quelqu'une des antiques églises de l'Italie ou des Gaules. A Rome, la Station est à Saint-Jean-de- Latran, l'Eglise mère et maîtresse ; et le sacrement de la régénération est administré dans le Baptistère de Constantin. Les grands souvenirs du iv* siècle planent encore aujourd'hui sur ces antiques sanctuaires; chaque année y voit célébrer le Baptême de quelque adulte; et une nombreuse ordination ajoute encore par ses pompes aux splendeurs de la plus grande journée liturgique que Rome ait à célébrer dans l'année.
^-4 Le Samedi Saint.