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dans leurs maisons, avant de se rendre à réalise ; et il ne se rallumait dans toute la cite que par la communication de ce feu qui avait reçu la bénédiction, et qui était confié ensuite aux fidèles, comme un gage de la divine Résurrection. N'oublions pas de remarquer ici un nouveau symbole non moins expressif que les autres. L'extinction de toute lumière en ce moment figure l'abrogation de la loi ancienne, qui a pris fin au moment où le voile du Temple s'est déchiré; et l'arrivée du feu nouveau représente la publication miséricordieuse de la loi nouvelle que Jésus-Christ, Lumière du monde, vient apporter, en dissipant toutes les ombres de la première alliance.

L'importance du mystère du feu nouveau est telle que Dieu a daigné, durant plusieurs siècles, opérer chaque année, en ce jour, un prodige dans l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, pour produire la présence de ce feu sous les yeux du peuple fidèle rassemblé. Le clergé et le peuple se tenaient en silence devant le saint tombeau, attendant la manifestation de la faveur céleste. Tout à coup, Tune des lampes éteintes qui étaient suspendues au-dessus de ce monument sacré de la victoire du Christ, s'allumait d'ellemême. Sa lumière, après avoir servi à allumer les autres lampes et les flambeaux de l'église, était communiquée aux fidèles, qui s'en servaient avec foi pour renouveler le feu dans leurs habitations. Ce prodige annuel paraît avoir commencé à se manifester à Jérusalem, après la conquête de cette ville par les Sarrasins ; afin qu'il servît aux yeux

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de ces infidèles comme d'un signe de la divinité de la religion chrétienne. Il est attesté unanimement par les historiens contemporains, qui nous ont laissé le récit des événements du royaume latin de Jérusalem ; et lorsque le Pape Urbain II vint en France pour y prêcher la première croisade, entre autres motifs qui devaient rendre cher aux chrétiens de l'Occident l'honneur du sépulcre du Christ, il ne manqua pas d'insister sur ce prodige de chaque année comme attesté par tous les pèlerins de la ville sainte. Lorsque le Seigneur, dans les desseins de son impénétrable justice, eut abandonné de nouveau au pouvoir des infidèles la ville où se sont accomplis les mystères de notre salut, le prodige cessa, et ne s'est plus renouvelé depuis. On connaît les scènes grossières et sacrilèges qui souillent, tous les ans, l'église du Samt-Sépulcre, lorsque, sous les yeux d'un peuple ignorant et enthousiaste, le clergé grec cherche en ce jour à reproduire, par une supercherie odieuse, le miracle qui a cessé depuis tant de siècles.

Outre le feu nouveau, la sainte Eglise bénit aussi de l'encens aujourd'hui. Cet encens représente les parfums que Madeleine et les autres saintes femmes ont préparés pour embaumer le corps du Rédempteur. Il est eh cinq larmes ou grains; et nous verrons tout à l'heure l'emploi auquel il est destiné. L'Oraison que l'Évêque prononce sur cet encens nous apprend déjà les rapports qu'il doit avoir avec la lumière ; en même temps qu'elle nous instruit sur la puissance de ces divers éléments sacrés

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contre les embûches des esprits de tenèbrcs.

L'Evoque et son cortège sortent de l'église pour se rendre au lieu où est la crédencc, sur laquelle sont déposés le feu nouveau et l'encens. Ce feu représente le Christ, ainsi aue nous venons de le dire ; or, le tombeau du Christ, le lieu d'où il doit ressusciter, est situé hors des portes de Jérusalem. Les saintes femmes et les Apôtres devront sortir de la ville pour se rendre au sépulcre et constater la résurrection.

Le Pontife, étant arrivé en présence des symboles, bénit d'abord le feu par les Oraisons suivantes.

OMiNUS vobiscum.

Et cum spiritu tuo.

OREMUS

Deus, qui per Filium tuum, angularem scilicet lapidem, claritatis tuœ ignem fidelibus contulisti, productum e silice, nostris profuturum usibus, novum hune ignem sanctifica , et concède nobis, ita per haec festa Paschalia cœlestibus desideriis inflammari ; ut ad perpeîuœ claritatis, puris mentibus. valeamus testa pertin^ere. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

^ f E Seigneur soit avec

"' L vous ;

^. Et avec voire esprit.

PRIONS

O Dieu qui, par votre Fils, la pierre angulaire, avez allumé en vos fidèles le feu de votre charité, sanctifiez ce feu nouveau que nous avons tiré de la pierre pour servir à nos usages ; et accordeznous, durant ces fêtes pascales, d'être enflammés du désir des biens célestes, de telle sorte que nous puissions, par la pureté de nos cœurs, arriver à cette fête éternelle où nous jouirons d'une lumière qui ne s'éteindra jamais. Par le même Jesus-Christ notre Seigneur.

Amen.

i^e Samedi Saint.

Seigneur Dieu, Père toutpuissant, lumière éternelle et créateur de toute lumière, bénissez celle-ci, à laquelle vous avez déjà donné le principe de la bénédiction, en éclairant le monde entier.

Faites-en naître un feu qui nous échauffe et nous éclaire de votre clarté ; et de même que vous avez conduit Moïse par votre flambeau, lorsqu'il sortait d'Egypte, daignez aussi illuminer nos cœurs et nos esprits, afin que nous méritions d'arriver à la vie et à la lumière éternelle. Par Jésus-Christ notre Seigneur;

Seigneur saint. Père toutpuissant, Dieu éternel, nous bénissons ce feu en votre nom, et en celui de votre Fils unique, notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, et du Saint-Esprit; daignez y coopérer avec nous, aidez-nous à repousser les traits enflammés de l'ennemi, et éclaireznous de la grâce céleste :

Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec ce même Fils unique et le Saint-Esprit , dans tous les siècles des siècles. Amen.

OREMUS

Domine Deus, Pater omnipotens, lumen indeficiens, qui es conditor omnium luminum : benedic hoc lumen, quod a te saiictificatum atque benedictum est, qui illuminasti omnem mundum :

ut ab eo lumine accendamur, atque illuminemur igné claritatis tuae ; et sicut illuminasti Moysen exeuntem de ^Egypto, ita illumines corda et sensus nostros ; ut ad vitam et lucem aeternam pervenire mereamur. Per ChristumDominum nostrum. Amen.

OREMUS

Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, benedicentibus nobis hune ignem in nomine tuo , et unigeniti Filii tui Dei ac Domini nostri Jesu Christi et Spiritus Sancti, cooperare digneris, et adjuva nos contra ignita tela inimici, et illustra gratia cœlesti.

Qui vivis et régnas cum eodem Unigenito tuo et Spiritu Sancto, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

L'Evêque bénit ensuite l'encens, en adressant à Dieu cette prière:

Le Samedi Saint.

Vcniat , quaesumus , Dmnipotens Deus, super hoc inccnsum larpa tuae bcncdictionis infusio : et hune nocturnum splendorem invisibilis rcgcnerator accende : ut non Bolum sacrificium, quod hac nocte litatum est, arcana lurainis tui admixtione refulgeat ; sed inquocumque loco ex hujus sanctificationis mysterio aliquid fuerit deportatum, expulsa diaboiicae fraudis nequitia, Virtus tuae Majestatis assistât. Per Christum Doninum nostrum. Amen.

Répandez, s'il vous plaît, Dieu tout-puissant, sur cet encens, une effusion abondante de vos bénédictions, allumez vous-même cette lumière qui doit nous éclairer durant cette nuit, vous qui êtes le régénérateur invisible ; afin que le sacrifice que l'on vous prépare pour cette nuit soit illuminé de vos feux mystérieux, et qu'en tout lieu où l'on portera quelque chose de ce que nous bénissons ici, les artifices et la malice du diable en soient expulsés, et que la puissance de votre divine Majesté y réside et y triomphe. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Après ces Oraisons, un Acolyte met dans l'encensoir quelques charbons du feu bénit. L'Evêque, ayant jeté de l'encens sur ces charbons, fait fumer l'encensoir sur le feu et sur l'encens mystérieux, après les avoir d'abord aspergés de l'eau sainte. Un autre Acolyte allume un cierge aux charbons du feu nouveau ; c'est ce cierge qui doit introduire dans l'Eglise la lumière nouvelle. En même temps, le Diacre revêt une dalmatique de couleur blanche qui vient contraster avec le pluvial violet de l'Evêque. Cette parure de joie s'expliquera bientôt par la fonction toute d'allégresse dont le Diacre est chargé. En attendant, il prend dans sa main droite un roseau, au haut duquel est fixé un cierge à trois branches. Ce roseau est un souvenir de la Passion du Sauveur et de la

faiblesse de la nature humaine qu'il a daigné s'unir par l'incarnation ; il est surmonté d'un triple cierge cjui est appelé à signifier la glorieuse Trmite à laquelle participe le Verbe incarné.

Le cortège sacré rentre dans l'église. Après avoir fait quelques pas, le Diacre incline le roseau, et l'Acolyte qui porte la lumière nouvelle allume une des trois branches du cierge. Le Diacre alors se met à genoux, et tous imitent son exemple. Elevant dans les airs la lumière qu'il vient de recevoir, il chante d'un ton de voix ordinaire :

f A lumière du Christ ! 1 f umen Christi.

Toutes les voix répondent :

Rendons grâces à Dieu ! j Deo gratias.

Cette première ostension de la lumière proclame la divinité du Père qui nous a été manifestée par Jésus-Christ. « Nul ne connaît le Père, nous dit-il, sinon le Fils, et celui à qui il aura plu au Fils de le révéler i. » On se relève, et on continue d'avancer dans l'église. A l'endroit marqué, le Diacre incline une seconde fois le roseau, et l'Acolyte allume la seconde branche du cierge. Le fiiacre observe les mêmes cérémonies que la première fois, et chante d'un ton de voix plus élevé :

La lumière du Christi j Lumen Christi.

^6 2 I.c Samedi Saint.

Toutes les voix répondent :

Dco ^Talias. | Renions grâces à Dica !

Cette seconde ostension de la lumière annonce la divinité du P'ils, qui s'est montré lui-même aux hommes dans l'Incarnation, et leur a révélé son égalité de nature avec le Père. On se relève encore, et l'on arrive en face de l'autel. Le Diacre incline encore le roseau, et l'Acolyte allume la troisième branche du cierge. Alors le Diacre chante une dernière fois, mais sur un ton de voix toujours plus éclatant :

Lumen Christi. | La lumière du Christ !

Et toutes les voix répondent :

Deo gratias. | Rendons grâces à Dieu I

Cette troisième ostension proclame la divinité du Saint-Esprit qui nous a été révélée par Jésus-Christ, lorsqu'il a donné à ses Apôtres le précepte solennel que l'Eglise se dispose à accomplir en cette nuit même : (( Enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit L » C'est donc par le Fils, qui est « la Lumière du monde», que les hommes ont connu la glorieuse Trinité dont le Pontife va demander la confession aux catéchumènes, avant de les plonger dans la fontaine sacrée, et dont le cierge a trois branches doit rappeler le mystère, durant toute cette sainte fonction.

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