LA BENEDICTION DU FEU NOUVEAU ET DE L EN- CENS
MERCREDI dernier, les catéchumènes furent convoques pour aujourd'hui à l'heure de Tierce (neuf heures du matin). C'est le dernier Scrutin. Les prêtres y président; on demande le Symbole à ceux qui ne l'ont pas rendu encore. L'Oraison Dominicale et les attributs bibliques des quatre Evangélistes ayant été répétés aussi, l'un des prêtres congédie les aspirants au Baptême, après leur avoir recommandé de se maintenir dans le recueillement et la prière.
A l'heure de None (trois heures de l'aprèsmidi), l'Evêque se rend avec tout le clergé à l'Eglise, et c'est à ce moment que commence la Veille du Samedi saint. Le premier rite à accomplir est la bénédiction du feu nouveau, dont la lumière doit éclairer la fonction durant toute la nuit qui va suivre. Dans les premiers siècles, c'était l'usage, chaque jour, de tirer le feu d'un caillou avant les Vêpres, pour en allumer les lampes et les cierges, durant cet Office; et cette lumière brûlait dans l'église jusqu'aux Vêpres du jour suivant. L'Eglise de Rome pratiquait cet usage avec une plus grande solennité le Jeudi saint, au matin ; et ce jour-là le feu nouveau recevait une bénédiction spéciale.
D'après un renseignement donné par le Pape saint Zacharie dans une lettre à saint Boniface, Archevêque de Mayence, au viii* siècle, on allumait trois lampes avec ce feu, et on les tenait dans un lieu secret, où elles étaient entretenues avec soin. C'était à ces lampes
Le Samedi Saint. 655
que l'on empruntait la lumière pour la nuit du Samedi saint. Dès le siècle suivant, sous le Pape saint Léon IV, qui était sur le Saint- Siège en 847, l'Eglise de Rome avait fini par étendre même au Samedi saint l'usage des autres jours de l'année, qui consistait à tirer d'un caillou le feu nouveau.
Le sens de cet usage symbolique, qui ne se pratique plus qu'en ce jour dans l'Eglise latme, est aussi profond qu'il est facile à saisir. Le Christ a dit : «Je suis la Lumière du monde 1 » ; la lumière matérielle est donc la figure du Fils de Dieu. La pierre est aussi Tun des types sous lesquels le Sauveur du monde apparaît dans les Ecritures. « Le Christ est la Pierre angulaire », nous disent d'un commun accord saint Pierre ^ et saint Paul s, qui ne font que lui applicjuer les paroles de la prophétie d'Isaïe ^. Mais en ce moment l'étincelle vive qui s'échappe de la pierre présente un symbole plus complet encore. C'est Jésus-Christ s'élançant hors du sépulcre taillé dans la roche, à travers la pierre qui en ferme l'entrée.
Il est donc juste que ce feu mystérieux, appelé à fournir la lumière au Cierge pascal, et plus tard à l'autel lui-même, reçoive une bénédiction particulière, et qu'il soit accueilli avec triomphe par ^le peuple chrétien. Dans . l'église, toutes les lampes ont été éteintes; autrefois même, les fidèles éteignaient le feu