CHAPITRE VI
PRATIQUE DE LA SAINTE COMMUNION AU TEMPS DE LA PASSION ET DANS LA SEMAINE SAINTE.
A sainte Messe est le véritable sacrifice , dont ceux de l'ancienne alliance n'étaient que la figure. Ce sacrifice a été attendu par les hommes durant quatre mille ans; et c'est dans le temps où nous sommes qu'il a été offert, pour être renouvelé mystérieusement chaque jour sur les autels du christianisme.
Rien ne saurait rendre à Dieu une plus grande gloire que la célébration de ce sacrifice, où un Dieu même est la Victime ; mais rien aussi ne saurait être plus avantageux à l'homme que de participer à cette Victime divine, que de devenir à son tour cette Victime elle-même , en se l'incorporant par une manducation mystérieuse , dans laquelle s'accomplit la promesse du Sauveur : « Celui qui mange ma chair et qui boit
f)o La Passion et la Semaine sainte.
mon sang demeure en moi, et moi en lui •. » Or c'est par l'immolation du Rcdcniptcur sur la croix que la chair de cet Agneau de Dieu est devenue « véritablement une nourriture 2 ))j et son sang (( véritablement un breuvage ^ ». Dans les mystères de son incarnation et de sa naissance, nous recevions ^n lui un frère; sa divine Passion et sa mort ont fait de lui à la fois notre Sauveur et notre aliment. Ainsi s'accomplit ce sacrifice figuratif que Dieu enseigna à xMoïse pour ctrc obsefvé par son peuple, et dans lequel la victime ayant été immolée, sa chair était mangée en partie par le pr(^tre, et en partie par celui dans le nom duquel elle avait été offerte. Saint Paul dit aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangerez de ce Pain et que vous boirez de ce Calice, d'ici que le Seigneur vienne, vous renouvellerez la mémoire de sa mort ^. » Il y a donc une liaison intime entre la sainte Communion et la Passion du Sauveur; et c'est pour cela que nous allons célébrer, en ces jours, l'institution de la divine Eucharistie et l'immolation de l'Agneau rédempteur. Ces deux anniversaires se touchent ; et si Jésus a « désiré d*un si ardent désir manger avec les siens cette dernière Pâque ^ », c'est qu'il ne s'agissait pas seulement de leur servir, comme aux Pâques précédentes , la chair de l'agneau