AI NT ANDRE, APOTRE
ous plaçons saint André à la tête de ce Propre des Saints de l'Avent, parce cjue, bien que sa fête tombe fréquemment avant l'ouverture même de l'Avent, il arrive néanmoins de temps en temps que cette sainte carrière est déjà commencée, quand la mémoire d'un si grand Apôtre vient à être célébrée par l'Eglise. "Cette fête est donc destinée, chaque année, à clore majestueusement le Cycle catholique qui s'éteint, ou à briller en tête du nouveau qui vient de s'ouvrir. Certes, il était juste que, dans l'Année Chrétienne, tout commençât et finît par la Croix, qui nous a mérité chacune des années qu'il plaît à la miséricorde divine de nous octroyer , et qui doit paraître au dernier jour sur les nuées du ciel, comme un sceau mis sur les temps.
Nous disons ceci, parce que tout fidèle doit savoir que saint André est l'Apôtre de la Croix. A Pierre, Jésus-Christ a donné la solidité de la Foi ; à Jean, la tendresse de l'Amour;
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André a reçu la mission de représenter la Croix du divin Maître. Or, c'est à l'aide de ces trois choses, Foi, Amour et Croix, que l'Eglise se rend digne de son Epoux : tout en elle retrace ce triple caractère. C'est donc pour cela qu'après les deux Apôtres que nous venons de nommer, saint André est l'objet d'une religion toute particulière dans la Liturgie universelle.
Mais lisons les gestes de l'héroïque pêcheur du lac de Génézareth, appelé à devenir plus tard le successeur du Christ lui-même, et le compagnon de Pierre sur l'arbre de la Croix. L'Eglise les a puisés dans les anciens Actes du Martyre du saint Apôtre, dressés par les prêtres de l'Eglise de Patras, qu'il avait fondée. L'authenticité de ce monument vénérable a été contestée par les Protestants, qui y trouvent plusieurs choses qui les contrarient ; en quoi ils ont été imités par plusieurs critiques des xvne et xvine siècles, tant en France qu'à l'étranger. Néanmoins, ces Actes ont pour eux un bien plus grand nombre d'érudits catholiques, parmi fesquels nous nous plaisons à citer, à côté du grand Baronius, Labbe, Noël Alexandre, Galland, Lumper, Morcelli, etc. Toutes les Eglises de l'Orient et de l'Occident, qui ont inséré ces Actes dans leurs divers Orhcesde saint André, sont bien aussi de quelque poids, ainsi que saint Bernard, qui a bâti sur eux ses trois beaux Sermons sur saint André.
ANDREAS Apostolus, Bethsaidae natus , qui est Galilxrc vicus, frater Pétri, discipulus
ANDRÉ. Apôtre, né à Bethsaïde, bourg de Galilée était frère de Pierre et disciple de saint Jean. Ayant
Saint André, Apôtre-
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entendu celui-ci dire du Christ : Voici l'Agneau de Dieu ! il suivit Jésus, et lui amena son frère. Plus tard, comme il péchait avec son frère dans la mer de Galilée, tous deux furent appelés, avant tous les autres Apôtres, par le Seigneur, qui, passant près d'eux, leur dit : Suivez-moi : je vous ferai pêcheurs d'hommes.
Eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent. Après la passion et la résurrection, André alla prêcher la foi chrétienne dans la province qui lui était échue, la Scythie d'Europe ; puis il parcourut l'Epire et la Thrace, et par sa prédication et ses miracles, convertit à Jésus-Christ une foule innombrable. Parvenu à Patras, ville d'Achaïe, il y fit embrasser à beaucoup de monde la vérité de l'Evangile, et ne craignit pas de reprendre généreusement le proconsul Egée, qui résistait à la prédication évangélique, lui reprochant de vouloir être le juge des hommes, pendant que les démons le jouaient jusqu'à lui faire méconnaître le Christ Dieu,
Joannis Baptista;, quum eum de Christo dicentem audisset : Ecce Agnus Dei, secutus Jesum , fratrem quoque suum ad eumdem perduxit. Quum postea una cum fratre piscaretur in mari Galilseae, ambo a prastereunte Christo Domino ante alios Apostolos vocati illis verbis :
Venite post me, faciam vos fieri piscatores hominum : nullam interponentes moram, et relictis retibus secuti sunt eum. Post cujus Passionem et Resurrectionem Andréas cum in Scythiam Europaî, quœ ei provincia ad Christi fidem disseminandam obtigerat , venisset , deinde Epirum ac Thraciam peragrasset, doctrina et miraculis innumerabiles homines ad Christum convertit. Post Patras Achaias profectus, et in ea urbe plurimis ad veritatem Evangelicam perductis , ^Egeam proconsulem , prasdicationi Evangelicœ resistentem, liberrime increpavitquod
Juge de tous les hommes
qui judex hominum haberi vellet, Christum Deum om
nium Judicem a dœmonibus elusus non agnosceret.
Egée irrité lui dit: Cesse l'-puNC ^Egeas iratus : de vanter ton Christ, que I I Desine , inquit , de tels propos n'ont point j Christum jactare, cui
3io
L'A vent.
similia verba nihil profuerunt, quominus a Judaeis crucifigeretur. Andream vero de Christo nihilominus libère prasdicantem, quod pro salute humani generissecrucifigendumobtuiisset. impia oratioDe interpellât, ac demum hortatur, ut sibi consulens, diis velit immolare. Cui Andréas :
Ego omnipotenti Deo, qui unus et verus est, immole» quotidie, non tauçorum carne*, nec hircorum sanguinem, sed immaculatum Agnum in ahari, cujus carneni posteaquam oir.nis populus credentium manducaverit. Agnus qui sacrificatus est, intecer persévérât etvivus. Quamobrem ira accensus .Egeas jubet eum in carcerem detrudi :
unde populus Andream facile liberasset, nisr ipse sedasset multitudinem ; vehementius rogans, ne se ad optatissimam martyr ii coronam properantem impedirent.
1GITLR paulo post in tribunal productum .
cum jEgeas Crucis extollentem mysteria, sibique suam impietattm exprobrantem diutius ferre non posset. in crucem tolli, et Christi mortem
; empêché d'être crucifie ; r I les Juifs. Et comme André néanmoins continuait de prêcher intrépidement que Jésus-Christ s'était lui-même offert à la Croix pour le salut du genre humain.
Egée l'interrompt par un discours impie, et le prévient de pourvoir à son salut, en sacrifiant aux dieux. André lui dit : Pour moi, il est un Dieu tout-puissant, seul et vrai Dieu , auquel je sacrifie tous les jours, non point les chairs des taureaux, ni le sang des boucs, mais l'Agneau sans tache immolé sur l'autel ; et tout le peuple participe à sa chair, et l'Agneau qui est sacrifié demeure entier et plein de vie. C'est pourquoi Egée, outré de colère, le fait jeter en prison. Le peuple en eut aisément retiré son Apôtre, si celui-ci n'eût apaisé la multitude, en la suppliant très ardemment de ne pas l'empêcher d'arriver à la couronne du martyre.
PEU après, étant amené devant le tribunal, comme il exaltait le mystère de la Croix, et reprochait encore au Proconsul son impiété, Egée exaspéré commanda qu'on le mit en croix, pour lui faire imiter la mort du
Saint André, Apôtre.
Christ. C'est alors qu'arrivé au lieu de son martyre, et voyant la croix, André s'écria' de loin : O bonne Croix, qui as tiré ta gloire des membres du Seigneur, Croix longtemps désirée, ardemment aimée, cherchée sans relâche, et enfin préparée à mes ardents désirs, retire-moi d'entre les hommes et rends-moi à mon maître, afin que par toi me reçoive celui qui m'a racheté par toi.
Il fut donc attaché à la croix, sur laquelle il resta deux jours sans cesser de vivre ni de prêcher la foi de Jésus-Christ, et passa ainsi à celui dont il avait souhaité d'imiter la mort. Les Prêtres et les Diacres d'Achaïe, qui ont écrit sa Passion, attestent qu'ils ont vu et entendu toutes ces choses ainsi qu'ils les ont racontées. Ses ossements furent transportés d'abord à Constantinople, au temps de l'empereur Constance , et ensuite à Amalfi. Son Chef, apporté à Rome sous le pontificat de Pie II, fut placé dans la Basilique de Saint- Pierre.
imitari jussit. Adductus Andréas ad locum martyrii, cum crucem vidisset, longe exclamare ccepit : O bona Crux, qu£e decorem ex membris Domini suscepisti , diu desiderata, sollicite amata, sine intermissione quaesita, et aliquandocupienti animo prseparata :
accipe me ab hominibus, et redde me magistro meo ; ut per te me recipiat, qui per te me redemit. Itaque cruci affixus est : in qua biduum vivus pendens, et Christi fidem praedicare nunquam intermittens, ad eum migravit, cujus mortis similitudinem concupierat. Qua? omnia Presbyteri et Diaconi Achaias qui ejus Passionem scripserunt, se ita ut commemorata sunt, audisse et vidisse testantur. Ejus ossa primum Constantino imperatore Constantinopolim, deinde Amalphim translata sunt. Caput, Pio Secundo Pontifice, Romam allatum, in Basilica sancti Pétri collocatum est.
Entendons maintenant la voix des diverses Eglises qui sont sous le ciel, célébrer tour à tour un si grand triomphe. La sainte Eglise Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les autres, ne trouve rien de plus expressif à la
L'A vent.
louange de l'Apôtre de la Croix, que de faire retentir en son honneur, tantôt les paroles du saint Evangile sur la vocation du glorieux André, tantôt les passages les plus touchants des Actes rédigés par Tes Prêtres de Patras, en les entremêlant aux éloges que le sujet lui inspire. Nous citerons d'abord quelquesuns des Répons de Matines.
■a Oum perambula-
" v-* ret Dominus juxta mare Galilaeae, vidit Petrum et Andream retia mittentes in mare :
et vocavit eos. dicens : * Venite post me. faciam vos fieri piscatores hominum. Ï. Erant enim piscatores; et ait illis : * Venue post me, faciam vos fieri piscatores hominum.
xyrox ut vocem K M Domini praedicantis audivit beatus Andréas, relictis retibus.
quorum usu actuque vivebat, * /Eternae vitae secutus est praemia largientem. f. Hic est qui pro amore Christi pependit in cruce. et pro lege ejus sustinuit passionem. * /Eternœ vitae secutus est praemia largientem.
T P\ OCTOR bonus ,
'" LJ et amicus Dei
Andréas ducitur ad cru-
cem ; quam a longe as-
piciens dixit : Salve ,
omme le Seigneur marchait le long de la mer de Galilée, il vit Pierre et André qui jetaient leurs filets dans la mer, et il les appela, disant : * Venez après moi ; je vous ferai pécheurs d'hommes, f. Car ils étaient pécheurs. Et il leur dit : * Venez après moi ; je vous ferai pécheurs d'hommes.
li r\^s 3ue 'e kienheu- L/ reux André eut entendu la voix du Seigneur qui l'appelait, ayant quitté les filets dont l'usage le faisait vivre.* Il suivit celui qui donne les récompenses de la vie éternelle, f. C'est cet homme qui pour l'amour du Christ tut attaché à la croix, et qui pour sa loi endura la Passion. * Et il suivit celui qui donne les récompenses de la vie éternelle.
a r\OCTEUR plein de
'" LJ bonté et ami de
Dieu. André fut mené à la
cr>>ix. I-a voyant Je l"in. il
dit : Salut, ô Croix ! * Reçois
Saint André, Apôtre.
le disciple de celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître, y. O Croix, salut !
toi qui as été consacrée par le corps de Jésus-Christ, et ornée de ses membres, comme d'autant de perles précieuses.* Reçois le disciple de celui qui à toi fut attaché, le Christ, mon maître.
K a NDRÉ.voyant la croix, '" x\ s'écria: OCroixadmirable ! ô Croix désirable !
ô Croix qui brilles par tout l'univers ! * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive celui qui m'a racheté en mourant sur toi. y. O bonne Croix, qui as reçu par les membres du Seigneur l'éclat et la beauté, * Reçois le disciple du Christ, et que par toi me reçoive celui qui m'a racheté en mourant sur toi.
^ QAINT André pria, en O^ regardant le ciel, et s'écria à haute voix : Vous qui êtes mon Dieu, vous que j'ai vu de mes yeux ; ne souffrez pas que je sois détaché d'ici par un juge impie : * Car j'ai ressenti la vertu de la sainte Croix, y. Vous êtes le Christ mon maître, que j'ai aimé, que j'ai connu, que j'ai confessé : exaucez seulement cette prière que je vous fais.
Crux ! * Suscipe discipulum ejus, qui pependit in te, magister meus Christus. f. Salve Crux, quœ in corpore Christi dedicata es ; et ex membris ejus tanquam margaritis ornata. * Suscipe discipulum ejus qui pependit in te , magistet meus Christus.
3, \ riDENs crucem V Andréas exclamavit, dicens . O Crux. admirabilis ! o Crux desiderabilis ! o Crux qua?
per totum mundum rutilas ! * Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit. y. O bona Crux, quœ deccrim et pulchritudinem de membris Domini suscepisti. * Suscipe discipulum Christi, ac per te me recipiat, qui per te moriens me redemit.
i" /~\RAVIT sanctus N° \~s Andréas, dum respiceret in cœlum, et voce magna clamavit et dixit : Tu es Deus meus, quem vidi : ne me patiaris ab impio judice deponi : * Quia virtutem snnctse Crucis agnovi.
f. Tu es magister meus Christus , quem dilexi, quem cognovi, quem confessus sum : tantum-
UAvent.
modo in ista voce, exaudi me. * Quia virtutem sancta; Crucis agnovi.
* Car j'ai ressenti la vertu de la sainte Croix.
Les Antiennes des Vêpres forment un ensemble lyrique plein de grâce Ci d'onction.
QALVE, Crux pretiosa !
O suscipe discipulum ejus qui pependit in te, magister meus Christus.
BeatusAndreas orabar, dicens : Domine , Rex aeternse gloriae . suscipe me pendentem in patibulo.
Andréas Christi famulus dignus Dei Apostolus, germanus Pétri, et in passione socius.
Maximilla . Christo amabilis, tulit corpus Apostoli , optimo loco cum aromatibus sepelivit.
Qui persequebantur justum, demersisti eos, Domine, in inferno, et in ligno Crucis dux justi fuisti.
ANTIENNES
SALUT, ô Croix précieuse!
reçois le disciple de celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.
Le bienheureux André priait, et disait : Seigneur, Roi d'éternelle gloire, recevez moi qui suis suspendu à ce gibet.
André , le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.
Maximille . femme aimée du Christ, enleva le corps de l'Apôtre, et l'ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.
Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités, Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l'appui du juste sur la Croix.
L'Hymne suivante a été composée, à la louange du saint Apôtre, par le Pape saint Damase, l'ami de saint Jérôme : il y est fait allusion au nom d'André qui, entre plusieurs significations, a aussi celle de Beauté.