LA VIGILE DE NOËL
nfin , dit saint Pierre Damien « dans son Sermon pour ce jour.
« nous voici arrivés de la haute « mer dans le port, de la pro- « messe à la récompense, du dé- « sespoir à l'espérance, du trace vail au repos, de la voie à la patrie. Les cour- « riers de la divine promesse s'étaient succédé; « mais ils n'apportaient rien avec eux, si ce « n'est le renouvellement de cette même pro- « messe. C'est pourquoi notre Psalmiste s'était « laissé aller au sommeil, et les derniers ac- « cents de sa harpe semblaient accuser les rc- « tards du Seigneur. Vous nous ave$ repoussés, « disait-il, vous nous ave^ dédaignés; et vous <i ave% différé V arrivée de votre Christ. (Psaume « lxxxviii.) Puis, passant de la plainte à l'au- « dace, il s'était écrié d'une voix impérative : « Manifestez-vous donc, ô vous qui êtes assis sur « les Chérubins ! (Psaume lxxix.) En repos sur le « trône de votre puissance, entouré des batail- « Ions volants de vos Anges, ne daignerez-vous « pas abaisser vos regards sur les'enfants des j
La Vigile de Noël.
« hommes, victimes d'un péché commis par «Adam, il est vrai, mais permis par vous- « même ? Souvenez-vous de ce qu'est notre « nature ; c'est à votre ressemblance que vous « l'avez créée ; et si tout homme vivant est « vanité, ce n'est pas du moins en ce qu'il a « été fait à votre image. Abaisse^ donc vos a deux et descende^ ; abaissez les cieux de « votre miséricorde sur les misérables qui « vous supplient, et du moins ne nous oubliez « pas éternellement.
« Isaïe à son tour, dans la violence de ses « désirs, disait : A cause de Sion, je ne me « tairai pas; à cause de Jérusalem., je ne me « reposerai pas, jusqu'à ce que le Juste qu'elle « attend se lève enfin dans son .éclat. Forcer « donc les cieux et descende^ ! Enfin, tous les « Prophètes, fatigués d'une trop longue at- « tente, n'ont cesse de faire entendre tour à tour « les supplications, les plaintes, et souvent « même les cris de l'impatience. Quant à « nous, nous les avons assez écoutés; assez « longtemps nous avons répété leurs paroles: « qu'ils se retirent maintenant ; il n'est plus « pour nous de joie, ni de consolation, juste qu'à ce que le Sauveur, nous honorant du « baiser de sa bouche, nous dise lui-même : « Vous êtes exaucés.
« Mais que venons-nous d'entendre ? Sanc- « tifie^-vous, enfants d'Israël, et soye^ prêts : «. car demain descendra le Seigneur. Le reste « de ce jour et à peine la moitié de la nuit « qui va venir nous séparent de cette entre- « vue glorieuse, nous cachent encore l'Enfant- « Dieu et son admirable Naissance. Courez, « heures légères; achevez rapidement votre
VA vent.
« cours, pour que nous puissions bientôt voir « le Fils de Dieu dans son berceau et rendre « nos hommages à cette Nativité qui sauve le « monde. Je pense, mes Frères, que vous êtes « de vrais enfants d'Israël, purifiés de toutes « les souillures de la chair et de l'esprit, tout « prêts pour les mystères de demain, pleins « d'empressement a témoigner de votre dévo- « tion. C'est du moins ce que je puis juger, « d'après la manière dont vous avez passe les « jours consacrés à attendre l'Avènement du « Fils de Dieu. Mais si pourtant quelques « gouttes du fleuve de la mortalité avaient « touché votre cœur, hâtez-vous aujourd'hui la de les essuyer et de les couvrir du blanc c linceul de la Confession. Je puis vous le « promettre de la miséricorde de l'Enfant qui « va naître : celui qui confessera son péché « avec repentir, la Lumière du monde naîtra (( en lui; les ténèbres trompeuses s'évanoui- « ront, et la splendeur véritable lui sera « donnée. Car comment la miséricorde serait- « elle refusée aux malheureux, en cette nuit « même où prend naissance le Seigneur misé- « ricordieux ? Chassez donc l'orgueil de vos « regards, la témérité de votre" langue, la « cruauté de vos mains, la volupté de vos reins; « retirez vos pieds du chemin tortueux, et « puis venez et jugez le Seigneur, si, cette a nuit, il ne force pas les Cieùx, s'il ne des- « cend pas jusqu'à vous, s'il ne jette pas au « fond de la mer tous vos péchés. »
Ce saint jour est, en effet, un jour de grâce et d'espérance, et nous devons le passer danÉ une pieuse allégresse. L'Eglise, dérogeant àj tous ses usages habituels, veut que si la Vj
La Vigile de Noël.
gile de Noël vient à tomber au Dimanche, le jeûne seul soit anticipé au samedi ; mais dans ce cas l'Office et la Messe de la Vigile l'em-
Bortent sur l'Office et la Messe du quatrième •imanche de l'Avent : tant ces dernières heures qui précèdent immédiatement la Nativité lui semblent solennelles ! Dans les autres Fêtes, si importantes qu'elles soient, la solennité ne commence qu'aux premières Vêpres ; jusque-là l'Eglise se tient dans le silence, et célèbre les divins Offices et le Sacrifice, suivant le rite quadragésimal. Aujourd'hui, au contraire, dès le point du jour, à l'Office des Laudes, la grande Fête semble déjà commencer. L'intonation solennelle de cet Office matutinal annonce le rite Double ; et les Antiennes sont chantées avec pompe avant et après chaque Psaume ou Cantique. A la Messe, si l'on retient encore la couleur violette, du moins on ne fléchit plus les genoux, comme dans les autres Feries de l'Avent ; et il n'y a plus qu'une seule Collecte, au lieu des trois qui caractérisent une Messe moins solennelle.
Entrons dans l'esprit de la sainte Eglise, et préparons-nous, dans toute la joie de nos cœurs, à aller au-devant du Sauveur qui vient à nous. Accomplissons fidèlement le jeyne qui doit alléger nos corps et faciliter notre marche ; et, dès le matin, songeons que nous ne nous étendrons plus sur notre couche que nous n'ayons vu naître, à l'heure sacrée, celui qui vient illuminer toute créature ; car c'est un devoir pour tout fidèle enfant de l'Eglise Catholique, de célébrer avec elle cette Nuit heureuse durant laquelle, malgré le
L'A vent.
refroidissement de la piété, l'univers entier veille encore à l'arrivée de son Sauveur: dernier vestige de la piété des anciens jours, qui ne s'effacerait qu'au grand malheur de la terre.
Parcourons en esprit de prière les princi-
Eales parties de l'Office de cette Vigile. D'aord, la sainte Eglise éclate par un cri d'avertissement qui sert d'Invitatoire à Matines, d'Introït et de Graduel à la Messe. C'est la parole de Moïse annonçant au peuple la Manne céleste que Dieu enverra le lendemain. Nous aussi, nous attendons notre Manne, Jésus-Christ, Pain de vie, qui va naître dans Bethléhem, la Maison du Pain.
INVITATOIRE.
HODIE scietis quia véniel Dominus : et mane videbitis gloriam ejus.
achez aujourd'hui que le
Sachez au^oura nui que i Seigneur viendra ; et de le matin vous verrez sa gloire.
Les Répons sont remplis de majesté et de douceur. Rien de plus lyrique ni de plus touchant que leur mélodie, dans cette nuit qui précède la nuit même où le Seigneur vient en personne.
lî QANCT1FIEZ-VOUS aU-
O jourd'hui, et soyez prêts : car demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous. f. Sachez aujourd'hui que le Seigneur va venir; et demain vous verrez * la Majesté de Dieu au milieu de vous.
H). Soyez constants; vous" verrez venir sur vous le se-
fi ÇANCTIFICAMI-
O ni hodieet estote parati : quia die crastina videbitis * Majestatem Dei in vobis. f. Hodie scietis quia veniet Dominus, et mane videbitis * Majestatem Dei in vobis.
fi|. Constantes estote; videbitis auxilium Do-
La Vigile de Noël.
cours du Seigneur. O Judée et Jérusaleml ne craignez point :
* Demain vous serez délivrées, et L Seigneur sera avec vous. f. Sanctifiezvous , enfants d'Israél , et soyez prêts. * Demain vous serez délivrés, et le Seigneur sera avec vous.
fi|. Sanctifiez-vous, enfants d'Israël, dit le Seigneur; car demain le Seigneur descendra. * Et il ôtera de vous toute langueur, f. Demain, l'iniquité de la terre sera effacée ; et le Sauveur du monde régnera sur nous. * Et il ôtera de vous toute langueur.
mini super vos: Judaea et Jérusalem, nolite timere : * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum . * Sanctificamini, filii Israël, et estote parati. * Cras egrediemini, et Dominus erit vobiscum.
fl). Sanctificamini, filii Israël, dicit Dominus:
dieenim crastina descendet Dominus : * Et auferet a vobis omnem languorem. p. Crastina die delebitur iniquitas terra?, et regnabit super nos Salvator mundi. " Et auferet a vobis omnem languorem.
A l'Office de Prime, dans les Chapitres et les Monastères, on fait en ce jour l'annonce solennelle de la fête de Noël, avec une pompe extraordinaire. Le Lecteur, qui est souvent une des dignités du Chœur, chante sur un ton plein de magnificence la Leçon suivante du Martyrologe,' que les assistants écoutent debout, jusqu'à l'endroit où la voix du Lecteur fait retentir le nom de Bethléhem. A ce nom, tout le monde se prosterne, jusqu'à ce eue la grande nouvelle ait été totalement annoncée.