LE MERCREDI
DE LA DEUXIEME SEMAINE DE LAVENT
LE Roi qui doit venir, le Seigneur : venez, adorons-le.
Du Prophète Isaïe.
Chap XVI.
Envoyez, Seigneur, l'Agneau qui doit régner sur la terre ; qu'il s'élance de la pierre du désert jusqu'à la montage de la fille de Sion : et comme l'oiseau qui s'enfuit, comme les petits qui s'envolent de leur nid, ainsi seront les filles de Moab au passage d'Arnon. Prends conseil, forme une assemblée, prépare en plein midi une ombre aussi noire que la nuit même ; cache les fuyards et ne trahis point les vagabonds ; ô Moab ! sois leur asile, devant la face du tyran.
Mais la poussière se dissipe, le misérable n'est plus ; celui qui foulait la terre a disparu. Un trône sera préparé dans la miséricorde, et VAgneati Dominateur s'asseyera dessus dans la vérité, sous la tente de David; il jugera et cherchera l'équité, et il rendra promptement ce qui est juste.
Regem venturum Dominum, venite, adoremus.
De Isaia Propheta.
Cap. XVI.
Emitte Agnum, Domine, dominatorem terne, de petra deserti ad montem filiae Sion.
Et erit : sicut avis fugiens, et pulli de nido avolantes, sic erunt filîae Moab in transcensu Arnon. Ini consilium, coge concilium, pone quasi noctem umbram tuam in meridie : absconde fugientes. et vagos ne prodas. Habitabunt apud te profugi mei :
Moab, esto latibulum eorum a facie vastatoris.
Finitus est enim pulvis, consummatus est miser, defecit qui conculcabat terram. Et prœparabitur in misericordia solium, et sedebit super illud in veritate, in tabernaculo David, judicans et quaerens judicium, et velcciter reddens quod justum est.
ig8 L'A vent.
Seigneur, envoyez-nous l'Agneau: « c'est a l'Agneau qu'il nous faut, et non le Lion, u s'écrie Pierre de Celles dans son m" Ser- « mon de l'Avent, l'Agneau qui ne s'irrite « point, et dont la mansuétude ne se trouble « jamais ; l'Agneau qui nous donnera sa laine -t blanche comme la neige pour réchauffer « ce qui en nous est froid, pour couvrir ce « qui en nous est nu; l'Agneau qui nous donm nera sa chair à manger, de peur que nous « ne périssions de faiblesse dans le chemin. « Envoyez-le plein de sagesse, car dans sa « divine prudence il vaincra l'esprit superbe; « envoyez-le plein de force, car il est dit « que le Seigneur est fort et puissant dans le « combat; envoyez-le plein de douceur, car « il descendra comme la rosée sur la toison; « envoyez-le comme une victime, car il doit « être vendu et immolé pour notre rachat; « envoyez-le, non pour exterminer les pé- « cheurs, car il doit venir les appeler, et non « les justes ; envoyez-le enfin digne de rece- « voir la puissance et la divinité, digne de « délier les sept sceaux du livre scellé, sa- « voir l'ineffable mystère de l'Incarnation. » Vous êtes donc Roi, 'divin Agneau ! Vous êtes, dès le sein de votre Mère, le souverain Dominateur. Ce sein virginal est un trône de miséricorde sur lequel vous siégez dans l'humilité, prêt à nous rendre justice et à confondre notre cruel ennemi. O Roi chéri ! si nos yeux ne vous aperçoivent pas encore, notre cœur vous a senti. Il sait que c'est pour lui que vous revêtez une si étonnanteroyauté. Laissez-le s'approcher de vous, et vous rendre foi et hommage, pendant que le
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nuage vous voile encore. Bientôt les bras de Marie seront un second trône pour votre Majesté, et toute la terre verra le Salut qui lui est envoyé.
HYMNE TIRÉE DE l'aNTHOI OG1E DES GRECS.
{Au 20 décembre.
G pot TE, prepare-toi voici venir la Brebis qui porte le Christ en son sein ; Crèche, reçois celui qui d'une parole ineffable nous délivre, nous enfants de la terre ; Bergers, qui veillez la nuit, publiez le prodige ; Mages, accourez de la Perse, apportez au Roi l'or, l'encens et la myrrhe ; car le Seigneur est apparu, né d'une Vierge-mère qui s abaisse comme une humble servante, toute mère qu'elle est, l'adore et dit, le tenant en ses bras : Comment as-tu été produit, comment as-tu été engendré dans mes entrailles, mon Sauveur et mon Dieu?
Ecoute, ô ciel 1 terre, prête l'oreille ; car voici le Fils et le Verbe du Dieu Père, qui s'avance pour naître d'une Vierge qui n'a pas connu l'homme, et qui enfante sans douleur par la vertu du Saint-Esprit. Bethléhem, prépare-toi ; Eden, ouvre tes portes : Celui qui Est devient celui qui n'était pas ;
Spelunca, parare :
Agna enim venit fœtum gerens Christum :
recipe, praesepium, illum qui nos terr gênas verbo solvit ineffabili modo : pastores de nocte vigilantes, prodigiosum confitemini miraculum ; magique, e Perside aurum, thus et myrrham Régi afferte ; quia visus est e Virgine matre Dominu", quem et ipsa prona servili modo, mater adoravit, et ei quem in brachiis suis tenebat dixit: Quomodo in me inseminatus es : vel quomodo in me ingeneratus es, Salvator meus et Deus?
Audi, cœlum, et intellige, terra; ecce enim Filius Verbumque Dei Patris progreditur ad nascendum ex Virgine inexperta virum, iine dolore illum pariente et virtute Spiritus Sancti.
Bethléhem, parare :
aperi januam, Eden :
nam qui Est fit qui non
L'A vent.
erat. et plasturgus omnis creaturae plasmatur ipse, afferens mundo magnam misericordiam.
Natura immense, Christe Rex, quomodo parva te recipiet spelunca ? Quomodo praesepe te poterit continere, Jesu, ex Matre nesciente virum, advena facfs in propria, ut hospites ipse salves ?
Novum facta cœlum, Domina, e vulva tua, sicut e nebula Christum solem gloriae oriri facere festines in spelunca carnaliter, omnes terrae fines suis splendoribus fulgentissime irradiaturum. per incommensurabilem misericordiam.
Noscis nostrum dolorem et miseriam, misericors Christe, et nos non despicis ; sed exinanis temetipsum, non adhuc egressus ex tua génitrice ; tabernaculumque figens in matrice nuptinescia, quae sine dolore te pariet in spelunca caro factum.
Montes et colles, valles et campi, populi et tribus, gentes ac omnis spiritus, alalagmum agite :
laetitiae divinœ venit plenitudo, omnium advenit
celui qui du limon forma toute créature reçoit luimême une forme, apportant au monde une grande miséricorde.
Nature immense, Christ Roi, comment pourra vous recevoir une chétive étable ?
comment la crèche vous pourra-t-elle contenir, ô Jésus ! fils d'une mère intacte, qui vous êtes fait étranger dans votre propre domaine, pour sauver ceux qui vous donneraient l'hospitalité !
Auguste Princesse, nouveau ciel, de votre sein, ainsi que d'un nuage, hâtez-vous de faire sortir le Christ, Soleil de gloire : que dans la grotte il apparaisse avec notre chair, et répande jusqu'aux extrémités du monde le vif éclat de ses splendeurs par une immense miséricorde.
Vous savez nos douleurs et nos misères, ô Christ débonnaire ! et vous ne nous dédaignez pas ; mais vous vous anéantissez avant même de sortir de votre mère, fixant votre demeure au sein virginal de celle qui, dans la grotte, vous enfantera sans douleur, revêtu de notre chair.
Monts et collines, vallées et plaines, peuples et tribus, nations de la terre et tout ce qui respire, poussez des cris de victoire : voici venir la plénitude de joie divine,
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la Rédemption de tous approche, le Verbe de Dieu qui ne connaît point de temps, soumis au temps par sa miséricorde.
Elle approche, la vigne céleste sur laquelle a mûri la grappe incorruptible ; elle vient enfanter le vin d'allégresse qui, comme une vive source, étanchera notre soif, à nous qui lui chanterons :
Vous êtes béni, ô notre Dieu !
Le vase de divins parfums qui renferme le parfum d'excellence, s'avance pour répandre en la grotte de Bethléhem celui qui remplit de sa mystique odeur ceux qui lui chantent : Vous êtes béni, ô le Dieu de nos pères !
Marie, vous êtes semblable à l'instrument que vit autrefois Isaïe entre les mains de l'Ange : comme lui vous portez en vous le divin charbon, le Christ qui consume toute matière de péché, et illumine les âmes des fidèles.
Les chants des Prophètes ont cessé : car celui qu'ils ont annoncé devoir venir en la plénitude des temps, va paraître ; il est présent, avant pris un corps dans la chaste Vierge : allons le recevoir avec des cœurs purs.
redemptio, Verbum Dei tempora nesciens per misericordiam factum sub tempore.
Vitis divina incorruptam maturitate nigrescere faciens uvam, appropinquat ; paritura venit lastitiœ vinum scaturiens et nos bibere faciens ipsi canentes :
Deus noster, benedictus es !
Myrotheca divina, intus myrum ferens graditur, ut in spelunca Bethlehem effundat illud a quo mystico replentur odore canentes : Deus Patrum, benedictus es !
Forceps quam olim vidit Isaias Propheta, di vinum carbonem Christum in utero geris omnem materiam peccati comburentem, fideliumque animas illuminantem.
Finem habuerunt Prophetarum prasconia ; quem enim praenuntiarunt in temporis plenitudine venturum, adest, apparet, casta ex Virgule corporatus ; illum puris mentibus excipiamus.
L\\ vent.
PRIERE DU MISSEL MOZARABE
(A u second Dimanche de l'A vent.)
JUCUNDatur, Domine, et tripudiat terra ; quia Verbum caro factum habitat in sacrae Virginis merabra. In cujus adventu omnis de captivitate redimitur terra ; quse detineDatur per transgressionem Adae in obscurata gehenna.
Nunc moveatur mare, et omnia quae in eo sunt :
montes exsultent et omnia ligna silvarum ; quia Deushomo dignatur. per uterum beata? Virginis Mariae. de cœlo in mundum venire. Per ipsius igitur adventum te deprecamur. omnipotens Deus, ut nostrœ carnis fragilitatem a vinculis peccatorum absolvas, et praesenti familiae tua* misericordia plenus occurras.
Seigneur, la terre est dans la joie, et tressaille de plaisir; car le Verbe fait chair habite dans le sein de la Vierge sacrée. A son avènement, la terre entière est affranchie de la captivité, après avoir été si longtemps captive dans une noire prison, par suite de la transgression d'Adam. Que maintenant la mer s'ébranle et tous les êtres qu'elle renferme ; que les montagnes bondissent; que les arbres des forêts soient dans la jubilation ; car Dieu, se faisant homme, daigne venir du ciel en ce monde, en passant parle sein de la bienheureuse Vierge Marie. Nous vous supplions donc, ô Dieu tout-puissant ! d'affranchir des liens du péché la fragilité de notre chair et de recevoir avec miséricorde votre famille ici présente qui vient à vous.
LE JEUD]
DE LA DEUXIEME SEMAINE DE L AVENT
Ls Seigneur rons -le.
venez, ado-
Du Prophète Isaïe.
Chap. XIX.
Prophétie contre l'Egypte.
Voici que le Seigneur montera sur un nuage léger, et il entrera dans l'Egypte, et devant sa face les idoles de l'Egypte seront ébranlées, et le cœur de l'Egypte se desséchera au milieu d'elle ; et je ferai que les Egyptiens s'élèveront con're les Egyptiens, et le frère combattra contre le frère, l'ami contre l'ami, la cité contre la cité, le royaume contre le royaume.
De Isaia Propheta.
Cap. XIX.
Onus iEgypti. Ecce Dominus ascendet super nubem levem : et ingredietur iEgyptum :
etcommovebuntur simulacra jEgyptia facieejus, et cor JEgypti tabescet in medio ejus : et concurrere faciam ^Egyptios adversus iEgyptios, et pugnabitvir contra fratrem suum, et vir contra amicum suum, civitas adversus civitatem, regnum adversus regnum.
Cette Egypte que le Seigneur vient visiter, dont il va renverser les idoles et bouleverser l'empire, est la Cité de Satan qui doit crouler et faire place à la Cité de Dieu. Admirons l'entrée pacifique du triomphateur ; c'est sur un nuage, et sur un nuage léger, qu'il monte en guise de char. Que de mystères en peu de mots ! « Il y a trois nuages, dit Pierre de « Blois dans son n* Sermon de l'A vent : l'obs- « curité des Prophéties, la profondeur des « divins Conseils, la merveilleuse fécondité « de la Vierge ». En effet, il est de l'essence
Begem venturum Do- «. minum, venite, ado-
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de toute Prophétie d'être enveloppée d'une certaine obscurité, afin que la liberté des hommes demeure intacte ; mais le Seigneur arrive sous le nuage, et le jour de l'accomplissement révèle touteschoses. Ainsi en fut-il du premier Avènement ; ainsi en sera-t-il du second. Les desseins de Dieu ne se rendant visibles pour l'ordinaire que dans les causes secondes, il arrive presque toujours, et il arriva en particulier dans le grand événement de l'Incarnation, que l'extrême simplicité des moyens employés par la Sagesse divine trompa la prévoyance des hommes.
Ils auraient cru volontiers que, pour rétablir le monde tombé, il serait besoin d'un déploiement de puissance égal au moins à celui de la première création ; et on leur dit simplement : Vous trouvère^ un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. O toutepuissance de Dieu, que vous reluisez admirablement à travers ce nuage ! que vous êtes forte dans cette apparente^ faiblesse !
Mais le troisième nuage est la Vierge Marie ; nuage léger ; « car, dit saint Jérôme, « ni la concupiscence, ni le fardeau du « mariage terrestre, ne l'appesantissent » ; nuage fécond en rosée rafraîchissante, puisqu'il contient le Juste qui doit pleuvoir sur nous pour éteindre nos ardeurs sensuelles et fertiliser le champ de notre vie. Qu'il est doux l'éclat de la majesté de notre divin Roi, quand nous le contemplons à travers le nuage de Marie ! O Vierge incomparable ! toute l'Eglise nous reconnaît dans ce nuage mystérieux que, des sommets du Carmel, le prophète Elie aperçut s'élevant de la mer,
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petit d'abord comme le pas d'un homme, maisbientôt montantàl'horizon, et envoyant sur la terre une pluie si abondante, qu'elle suffit à désaltérer tout Israël. Donnez-nous bientôt cette rosée divine qui est en vous; nos péchés ont rendu le ciel d'airain sur notre tète ; vous seule êtes juste et pure, ô Marie ! Priez le Seigneur, dont vous êtes le Trône miséricordieux, de venir bientôt terrasser nos ennemis et nous apporter la paix.