I. — M. Brault \ qui, par de nombreuses études anté
' De» forma anatomo-patholo^igues du mal de Bri^ht, {Arçh. gin. de inid., octobre 1882,)
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rienres, a acquis une réelle compétence dans tout ce qui touche à Fanatomie pathologique des néphrites, s'efforce de nous ramener à une conception rationnelle du mal de Bright. Pour lui, ce n'est pas une maladie au sens propre du mot, mais un syndrome clinique en rapport avec des lésions rénales variées. Dans les néphrites aigués rapides, primitives ou secondaires, on trouve des congestions intenses de tout le rein avec modifications cellulaires consécutives (gonSement, état trouble, état cavitaire, exsudations, état catarrhal, desquamation, prolifération); avec modifications glomérulaires (congestions, hémorrhagies , inflammations cellulaires); avec modifications légères du tissu coiijonctif (diapédëse); avec inflammations artérielles (endartérite, etc.). En un mot, les néphrites au début sont des inflammations franches et exsudatives.
La néphrite peut en rester là, ou aboutir au véritable mal de Bright aigu. — Mais il est vrai de dire que les maladies générales (scarlatine, typhoïde, etc.) peuvent frapper le rein d'une autre façon (dégénérescence graisseuse aiguë avec infiltrations leucocytiques). Si ces néphrites présentent une durée plus longue, l'inflammation se concentre sur le glomérule. Dans ces formes anatomiques dont les causes sont très-multiples, il y a glomérulite intense, desquamative et proliférative, et cirrhose diffuse périglomérulaire. Les néphrites totales, néphrites mixtes, néphrites parenchymateuses des anciens, peuvent aboutir à l'atrophie.
Quant à la néphrite interstitielle pure, elle constitue un type tout à fait à part et semble reconnaître une origine vasculaire. Cette inflammation lente, chronique, se distribue souvent avec une symétrie parfaite. Ce type pur peut être déformé par Tasystolie, par la participation du parenchyme, et c'est alors surtout que se montre le syndrome de Bright. Quelle que soit la forme, quelque
soit le volume et l'aspect d'un rein, une seule lésion parait capable d'expliquer Valbuminurie : c'est l'altération des glomérules et du revêtement des tubes contournés. L'œdème et les hydropisies ne dépendent pas directement de la lésion rénale, mais plutôt de la dyscrasie sanguine et des altérations cardio-vasculaires.
On voit qu'il y a dans le travail de M. Brault une théorie originale et très-satisfaisante du mal de Brighl '.
II. — La glomérulo-néphrite desquamative serait pour Ribbert le commencement de toute néphrite *. Rosenstein, Klebs, au contraire, considèrent la glomérulo-néphrite interstitielle comme seule en connexion avec la maladie de Brighl*. Leichtenstern', dans l'épidémie de scarlatine qui a sévi à Cologne en 1881 , a eu l'occasion d'étudier la néphrite secondaire; il a observé différents types de rein : gros rein lisse, rein anémique, rein hyperémique, rein hémorrhagique. De tous ces travaux résulte une confusion très-grande dans la pathologie rénale.
III. — On sait que le D' Mariano Semmola travaille à établir depuis longtemps que la maladie de Bright est une maladie générale avec altération chimico-moléculaire des albuminoïdes du sang. — Le mal de Bright ne serait donc pas une néphrite, mais une dyscrasie avec altération secondaire des reins. — Les profondes altérations histologiques des reins, telles qu'on les retrouve après la mort, sont le cadavre de la maladie, mais pas la maladie elle-
* signalons un travail de MM. Gornil et Brault. Sur Niai du /aie, du rein ei du poumon dans fempoiâonnemeni par le phosphore ei l'arsenic. Il
y a dégénérescence graisseuse sans inflammation. (Joum. de Fanât, etdelaphys., janvier-février 1882.)
' LÉpine. Heiue de médecine, 1882.
^ Deulsch tned. Wochens., 1882. Wienmed, et Pr., 1882.
*• Deutsch med. Wochens., 1882.
même dans son mécanisme primitif pendant la vie. — La question chimique domine la question morphologique ^
IV. — M. Sabourin* a étudié les petites tumeurs qui se développent dans quelques cas de cirrhose rénale ; H en distingue deux variétés : les unes épithéliales , les autres construites sur le type des sarcomes ou desjibro-sarcomes. Ces tumeurs, quoique très-différentes, histologiquement, appartiennent à une même famille et naissent sur un même terrain, la néphrite chronique. Elles résultent d*une exagération, d'une déviation dans le processus inSammatoire, qui porte à la fois sur Télément conjonclif et sur rélément épithélial du rein. Ce sont des tumeurs qui vivent en parasites sur la cirrhose rénale.
La dégénérescence kystique des reins dans le mal de Bright est un fait du même ordre. Elle peut coïncider avec une dégénérescence semblable du foie, ou avec Texistence de tumeurs analogues aux précédentes. Il y aurait comme une sorte de parenté entre révolution adénomateuse et révolution des kystes. Ces kystes ont pour origine une évolution spéciale des tubes urinifères, qui se produit par petits foyers. Ces foyers rapprochés se fusionnent et forment des cavités plus grandes '.
y. — Les altérations paludéennes des reins commencent à être étudiées depuis quelques années. MM. Kiener et Kelsch, tout en reconnaissant la banalité du processus anatomique, insistent sur quelques particularités : la
1 Nouvelles Rech. exp.p&ur démontrer l'origine kématogène de t albuminurie brightique. (Arch, de physioL, janvier 1882.)
* Contribution à l'étude de la cirrhose rénale. (Arch. de physiologie, janyier 1882.)
^ Sabourin. Contribution à Vétude de la dégénérescence kystique des reins et du foie. (Arch. de physiol., juillet-aoÛt 1882.)
teadance aux hémorrhagies dans toutes les formes et à toutes les périodes de la néphrite, le caractère franc de rinSammation, la rareté ou Tabsence de la stéatose, de Tétat amyloïde, ordinaires dans les septicémies. Le poison paludéen serait avant tout congestif, phlogogëne, non stéatosique ^
VI. — La ligature antiseptique de Turetère chez les cobayes a donné à MM. Strauset Germont des résultats intéressants*. Au début, le rein augmente de volume; plus tard, il s'alrophie, et dans les stades avancés on voit la substance rénale coiffer le bassinet, distendu à la manière d'un capuchon. Pendant que le rein du côté de la ligature s*atrophie, le rein opposé devient le siège d'une hypertrophie compensatrice. Le processus est épithélial, il n'y a pas de sclérose interstitielle.
VII. — La syphilis rénale ' commence à être connue, du moins dans ses principales modalités cliniques. On sait que la syphilis peut agir sur le rein à toutes ses périodes : Valbuminurie de la période secondaire a été étudiée dans plusieurs mémoires ou thèses ^ Ces complications rénales précoces se présentent avec les caractères des néphrites infectieuses; les auteurs les comparent aux néphrites de la scarlatine. Malgré leur gravité, elles guérissent bien par le traitement mercuriel. Négligées, ces néphrites peuvent devenir le point de départ d'accidents mortels ou aboutir
' Lei Altérations paludéennei du rein. La Néphrite paludéenne aiguë et chrowque, par MM. KelsCH et Kiener. (Archives de physiologie, févrieravril 1882.)
* Des lésions histologiques du rein chex le cobaye, à la suite de la ligature de l'uretère. {Arch. dephysiol., avril 1882.) Voir Année méd., 1881, p.90.
3 D. NÉGEL. De la syphilis rénale. Thësé de Paris, 1882.
* Descout. Thèse de Paris, 1878. — Cohadon. Contribution à f étude de talbuminurie dans le cours des acdidents éecàndaires de la syphilis. Thèse de Paris, 1882.
MÉDECINE. I3t
aa mal de Bright chroniqae. Les complications rénales survenues à la période tertiaire de la vérole se traduisent tantôt par une néphrite chronique, tantôt par la dégéoérescence amyloide, tantôt par des gommes du rein. Ces accidents tardifs sont plus graves que les précédents, et si le traitement spécifique peut les améliorer, il n'est pas prouvé qu'il puisse les guérir entièrement.
VIII. — Les excitations cutanées * peuvent produire Talbuminurie; la quantité d'albumine varie suivant la durée et l'intensité de l'excitation. Parfois l'albumine est réiractile (Bouchard) et indique la production d'une véritable néphrite. Cette albuminurie réSexe, ou par action vaso-motrice, a été observée expérimentalement (vernissage, refroidissement, électrisation des animaux) et cliniquement (topiques irritants, frotte chez les galeux, etc.).
IX. — Signalons une observation de néphrite interstitielle chez un vieillard dément, remarquable en ce que le diagnostic a pu être fait dix-huit mois avant la mort, par l'analyse du sang. M. Quinquaud a trouvé qu'il existait dans le sang du malade 1 gr. 70 d'urée par litre au lieu de gr. 50, et il en a conclu à l'existence d'un barrage rénal. Pour lui, la démence sénile serait trèssouvent la conséquence d'altérations graves des reins ^.
X. — Dans une revue très-bien faite et très-savante , M. Lépine^ rend compte des travaux récents sur l'albuminurie et la pathologie rénales II existerait, d'après Senator*, une albuminurie physiologique très- légère;
* De VaUmminurie consécutive aux excitaliom cutanées^ par le D' Kem- HiDjrAN MiRRAN. Thèsc ds Paris, 1882.
* Soc. elin., 23 février 1882, et France médicale, 25 février. ^ Retme de médecine, 1882» juin et suivants.
^ Die Albuminurie, Berlin, 1882.
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chez les sujets débilités, ralbuminurie serait plus fréquente. Senator examinant lui-même son urine. Ta trouvée parfois albumineuse, surtout à jeun; chez d*autres sujets, c'est seulement Turine de la digestion qui présente de Talbumine. Un fait d'albuminurie latente a été observé chez deux frères qui jouissaient d'une parfaite santé; Leube * l'explique par une perméabilité anormale originelle de la membrane glomérulaire. M. Lépine a observé personnellement des cas du même genre. Rinnicut^ fait remarquer que, dans ces albuminuries physiologiques, intermittentes, accidentelles, il n'y a pas de cylindres dans les urines. L'introduction de matières albuminoides dans les veines des animaux, l'ingestion par l'homme de blancs d'œufs crus, provoquent également l'albuminurie'.
XI. — D'après M. Dieulafoy, le début delà maladie de Bright se décèlerait quelquefois par des symptômes peu connus : c'est d'abord la fréquence des mictions, polla^- Mûrie, précoce ou tardive, parfois douloureuse (ténesme, spasme vésical). Puis viennent des démangeaisons, des fourmillements, des sensations particulières du côté de la peau, et dans quelques cas le phénomène du doigt mort*.
XII. — Depuis le travail de M. Mesnet sur Thémoglobinurie paroxystique, plusieurs observations ont été publiées. Citons un cas de Strubing * dans lequel l'hémoglobinurie survenait le matin après une fatigue muscu-
1 Sàlkowski et Leube. l)ie Lehre von Harn., Berlin, 1882.
* Arck. o/med., febr. 1882.
^ Faveret. Albuminurie expérimentale {Bévue de méd„ nov. 1882); Thèse de Lyon, juillet 1882. — Lépine. Alb.dyscrasique. (Rev. deméd,, nov. 1882.)
* Société mid. det hôpitaux, 12 mai 1882. — GuesdrON. De la poUorkiurie dam le mal de Bright, Thèse de Paris, 1882. — Mathieu. Des démangeaisons considérées comme symptômes du mal de Bright, Thèse, 1882.
B Deuts, med, Wosehens., 1882.
laire; un autre cas de Gordon MurviP, à la suite de fièvres intermittentes; un troisième de Saunb^y dans lequel la maladie semble héréditaire (frère, sœur, père)*.
XIII. — La chylurie des pays chauds est une maladie des plus curieuses. M. Ferrand a observé un jeune nègre de Zanzibar qui rendait, d'une façon intermittente , une urine laiteuse contenant des matières grasses en émulsion, de la fibrine, des globules rouges et des leucocytes. Chez ce malade, M. Damaschino a pu découvrir dans le saag, mais seulement U nuit, la jUaire qu'il avait déjà observée dans un cas d'hydrocèle chyleuse. Dans l'urine existaient des embryons de filaire; ces mêmes embryons se retrouvent dans Testomac des moustiques qui ont sucé le sang des hémato-chyluriques. La chylurie des pays chauds est donc liée à la présence des filaires dans le sang, car ces filaires ne se retrouvent plus dans les rémissions de la maladie, quand Furine cesse d'être chyleuse. Mais il faut ajouter qu'il existe, dans notre pays, une variété de chylurie simple, sans parasites dans le sang'.
XIV. — Terminons cette revue par quelques faits et quelques renseignements bibliographiques qui n'ont pu trouver place dans les pages précédentes :
Albuminurie chez les pktkitiques masquant les symptâmes de la tuberculose et abaissant la température. (Th. WILLIAMS, British med. Journ.^ mars 1882.) — Nouveau corps tachant le linge, découvert dans les urines d'une fille, appelé alkapion par les uns, acide pyrocatéchique ou proto-catéchique (forme de Yacide dioxybenzotqué) par les autres. {Dublin Journ. o/med. se, janvier et juin 1882.) — CORNIL. The hist, lésions of the kidney in alb. nephritis. (The Practitionerj 1881-1882.) —
^ Boston med. and sur g. Journal, 1882.
*Med. Times and Gaz., 1882.
^ Société médicale des hôpitaux, 28 juillet 1882. Voir dans la France médicale (28 sept. 1882) une observation de M. Boissarp, Urines chyleuses.
— Meigs. Éi. clin, sur Fallntminurie, d'après l'obs. de 62 cas. {Med. News, oct. 1882.) — Karl Schcghàrdt. Contr. à Vét. de Valhumtnurie. {Berlin. Klin. Wochens., oct. 1882.) — Riegel. Rapports entre les mal. des reins et l'hyper t. du cœur, {/bid., sept. 1882.) — KOLSTER. Des hypert, compens. dansVatr, rénale. {Ibid., août 1882.) — RAYMOND. Sur certains délires simulant la folie dans le cours des néphrites chroniques et par. dues à l'urémie, {/irch, gén. mid., mars 1882.) — De BeurmàNN. Col. népkr. avec exp. d'hydatides. (Ibid., avril.) — De la Harpe. Deux cas de néphr. infectieuse. (Rev. méd. Suisse rom., oct. 1882.) — Valissant. Cont. à Cet. de la néphr. afrigore. Thèse de Paris, 1882. — SiMONOFF. Cont. à tét. de la néphr. par. de nat. rhum. (Ibid.) — Gaultier. De la tuberc. rénale prim. (ibid.) — Ranty. Essai sur les var. de l'urée dans la iub. pubn. Thèse de Lyon, 1882. — Benoit. Et. clin, sur l'albuminurie des angines. (Ibid.) — BoiSSARD. Obb. d'anas. et d'alb. à la suite d'une cont. des reins.. {France méd., 23 sept. 1882.) — Mathieu. Néphr. intérêt, et apoplexie séreuse. (Ibid., 20 mai 1882.)
D' J. GOMBY.