MALADIES DU SYSTEME NERVEUX
A. Cerveau, i. Troubles fonctionnels de la yision par lésions cérébrales. — IL État des forces chez les hémiplégiques. — IIL Paralysie générale et traumatismes.
B. Moelle, l. Ataxie locomotrice (phénomènes épileptiformes) ; — Chute spontanée des ongles ; — Influence de la syphilis ; — Élongation du nerf sciatique. — IL Myélites (paralysie générale spinale aiguë); — Myélites syphilitiques; — Hémorrhagies cutanées ; — Troubles psychiques dus à l'iodoforme ; — Scléroses expérimentales.
C. Névroses, affections diverses. I. Tremblement sénile et paralysie agitante. — IL Hypnotisme et hystérie — III. Angine de poitrine et hystérie. — IV. Sommeil pathologique. — -V. Rôle du système nerveux et des affections du cœur. — VI. Paralysie pseudo-hypertrophique. — VIL Zona. — VIIL Myxœdème. — IX. Maladies de la mémoire. — X. Traités généraux.
A. Cerveau.
I. — M. Ch. Féré a mis à profit son année d'internat à la Salpétriëre pour reviser la question si controversée
MÉDKGINS. 125
des Troubles fonctionnels de la vision par lésions cérébrales^, 11 s'agissait de décider, à la lumière de faits nouveaux, nombreux et conscieucieusement recueillis, entre Tancienne opinion formulée par von Grœfe et celle émise par M. Gharcot. On n'a pas oublié que de Grœfe, dont Topinion a cours encore en Allemagne et a mélhe, dans ces dernières années, été reprise par quelques auteurs en France, soutient, en s'appuyant sur la semi-décussation des nerfs optiques dans le chiasma, que le seul trouble qui.puisse être produit par une lésion cérébrale est Thémiopie. M. Gharcot, au contraire, s'est attaché depuis longtemps à faire ressortir qu'une lésion cérébrale déterminant une hémianesthésie sensitive s'accompagne d'anesthésie sensorielle avec amblyopie du même côté, et qu'il en est dans le cas d'hémianesthésie de nature hystérique comme dans celui d'hémianesthésie déterminée par une lésion de la partie postérieure de la capsule interne. De la laborieuse et très-consciencieuse étude à laquelle s'est livré M. Gh. Féré, il résulte ce qui suit :
Le seul trouble visuel observé jusqu'ici chez les hystériques hémianesthésiques est l'ambïyopie avec rétrécissement concentrique du champ visuel, siégeant du même côté que les troubles de la sensibilité cutanée.
Dans certains cas, T hémianesthésie peut être remplacée aussi bien chez les hystériques que dans certains faits de lésions cérébrales par une hémidysesthésie, s'accompagnant des mêmes troubles de la vision que Thémianesthésie.
L'hémianopsie se rencontre assez fréquemment chez des sujets atteints d'autres troubles d'origine cérébrale, aphasie, hémiplégie, hémichorée, hémianesthésie. Mais, à défaut d'autopsie, ces associations ne prouvent pas péremptoirement l'origine cérébrale du trouble visuel.
' Ch. FÉrÉ. Contribution à l'étude des troubles fonctionnels de la vision par lésions cérébrales. Thèse de Paris, 1882.
Toutefois, il existe quelques faits anatomiques qai, joiats aux faits expérimentaux, permettent d*affirmer l'existence d'une hémianopsie d'origine hémisphérique, dont la localisation n'est point nettement établie.
L'existence de l'amblyopie d'origine cérébrale est nettement établie par des faits cliniques et anatomo-patbologiques. Elle reconnaît ordinairement pour cause une lésion du carrefour sensitif.
L'amblyopie d'origine cérébrale s'accompagne toujours de troubles au moins limités de la sensibilité eu* tanée. L'anesthésie ou la dysesthésie peut être limitée aux téguments de l'œil.
L'amblyopie cérébrale peut présenter à peu près les mêmes associations symptomatiques que Thémianopsie ; toutefois, tandis que l' hémianopsie pure s'associe assez fréquemment à l'aphasie, l'amblyopie s'associe assez rarement à l'aphasie, et s'accompagne ordinairement de troubles de la sensibilité.
Il existe, en relation avec les lésions cérébrales, un autre trouble de la vision qui résulte de la combinaison du rétrécissement concentrique et de l'hémianopsie. Ce trouble, qui s'accompagne toujours d'autres troubles de la sensibilité, parait déterminé par une lésion siégeant du côté opposé, vers le carrefour sensitif, et atteignant la bandelette optique, le corps genouillé ou les fibres qui en émanent. La thèse de M. Féré est illustrée d'un grand nombre de dessins, de schémas, de tracés du champ visuel, qui en rendent la lecture plus facile et plus attrayante. Elle résume d'une façon aussi consciencieuse et aussi exacte que possible l'état de nos connaissances sur la question précédente, et sera lue avec grand fruit par tous ceux qu'intéressent la pathologie nerveuse et la pathologie oculaire.
II. — M. Pitres* s'est livré à de très-intéressantes recherches sur VÉtat des forces chez les hémiplégiques. Son travail est marqué au coin de cette précision scientifique rigoureuse, qui est Tune des qualités dominantes de tous les travaux bien connus de l'auteur. M. Pitres a établi, en s'appuyant sur de nombreuses observations, que les troubles fonctionnels consécutifs aux lésions du cerveau portaient non-seulement sur le côté hémiplégie, mais sur les quatre membres. En général, les membres du côté correspondant à la lésion sont simplement aii^iblis ; ceux du côté opposé présentent, en outre, une indifférence absolue, ou tout au moins une résistance anormale aux incitations volontaires. Les premiers sont faibles, les seconds seuls sont frappés de paralysie. En ce qui concerne Tétat de la motilité dans ces derniers, l'auteur insiste sur ce fait, que la force de pression mesurée par le dynamomètre ne donne pas la mesure exacte de leur impotence fonctionnelle. Tel malade, en effet, qui peut exécuter avec énergie, du côté paralysé, un mouvement simple comme la flexion des doigts ou la flexion de la jambe sur la cuisse, est incapable ^accomplir avec adresse et précision un mouvement volontaire plus compliqué.
Quant aux membres du côté opposé à l'hémiplégie, voici les faits principaux qui résultent du travail de M. Pitres : les membres du côté opposé à l'hémiplégie sont toujours plus faibles qu'à Tétat normal. Dans l'hémiplégie droite, les membres du côté gauche sont proportionnellement moins affaiblis que ne le sont les membres du côté droit dans l'hémiplégie gauche. D'ordinaire, du côté opposé à l'hémiplégie, la perte des forces est proportionnellement plus grande dans le membre inférieur que dans le membre supérieur correspondant.
1 Etat des force» ehexles hémiplégique», {ârch. de neurologie, n* 10,)
L*aFfaibIissement des membres du côté opposé à Thémiplégie est d^autant plus marqué que Thémiplégie est plus récente. Enfin, Taffaiblissement musculaire du côté opposé à rhémiplégie ne s*accompâgne pas, en général, de troubles appréciables de la motilité volontaire; les membres ont moins d^ force, voilà tout; ils exécutent tous les mouvements voulus avec précision.
m. — M. Vallon ^ s'est attaché à étudier les rapports réciproques de la paralysie générale et du traumatisme. Ce qui ressort de Tinléressante élude dont il s'agit, c'est que, d'une part, la paralysie générale peut être engendrée par un traumatisme portant sur le crâne; qu'en second lieu, l'encéphalite interstitielle, par suite des modifications qu'elle imprime à la vitalité des tissus, intervient pour favoriser l'action des causes traumatiques. Les traumatismes du crâne avec ou sans fracture des os et blessure du cerveau peuvent, d'après M. Vallon, produire la paralysie générale, en dehors même de toute prédisposition générale. Lorsqu'ils portent leur action sur des sujets prédisposés , ils jouent le rôle de cause déterminante. S'ils surviennent chez des individus déjà atteints de paralysie générale, ils précipitent la marche de l'affection.
En outre, la paralysie générale produit, dans la plupart des cas, une raréfaction du tissu osseux qui prédispose aux fractures et rend la formation du cal lente et incomplète, quelquefois même impossible. Cependant, on peut observer des cas de guérison de fractures chez les paralytiques. Les traumatismes, suivis ou non de suppuration, exercent le plus souvent une influence heureuse sur la paralysie générale, dont elles arrêtent l'évolution pendant un tçmps plus ou moins long. De là, l'indica-
1 De la paralysie générale et du traumatisme dans leurs rapports réeipro* ques, Delahaye et Lecrosnier. Paris, 1882.
tion des sétons et autres moyens du même ordre dans le traitement de la paralysie générale.
B. Moelle.
I. — Ataxie locomotrice. — Il est généralement admis que la sclérose systématique des cordons postérieurs a « contrairement à la sclérose en plaques, une marche graduelle et progressive; que les épisodes aigus, les poussées congestives spinales ou cérébrales ne s'observent pas dans le cours de son évolution. Sans doute, la proposition formulée d'une façon absolue est attaquable, et il n'est pas sans exemple de voir le début apparent du tabès marqué par des parésies ou des paralysies localisées, qui peuvent aussi survenir inopinément au cours de l'affection. Toujours est-il que les accidents apoplectiformes et épileptiformes étaient, jusqu'à ces derniers temps, considérés comme aussi exceptionnels dans le tabès dorsal qu'ils sont fréquen^ts dans la sclérose multiloculaire. Plusieurs auteurs , dans ces derniers temps , se sont inscrits en faux contre cette opinion. Nous avons, dans le précédent volume de VAntiée médicale , signalé à ce propos les accidents bulbaires aigus décrits par MM. Joffroy et Hanot. M. Vulpian a, cette année, publié dans la Revue de médecine > une observation de tabès avec phénomènes épiiepH/ormes pendant les premières périodes de l'affection, et le regretté Lecoq', dans le même journal, a rapporté plusieurs faits relatifs à des accidents convulsifs ou apoplectiformes survenus au cours de l'ataxie. Quelques-uns de ces faits avaient été déjà. Tan passé, Tobjet d'une communication à la Société de biologie. Les faits mis en relief par Lecoq peuvent se résumer ainsi : A l'instar de la paralysie générale et de la sclérose
' VULPUN. Bévue de médecine, n* 2.
' Lbcoq. Ihid., n* 6.
IdO L'ANNÉB MÉDICALE.
en plaques, Tataxie locomotrice progressive peut offrir, au nombre de ses symptômes propres, des attaques apo« plectiformes; ces attaques peuvent se montrer soit isolées, soit à Foccasion de crises laryngées , soit avec des phénomènes épileptiformes; elles peuvent survenir au début, dans le cours et même à la fin de la maladie; elles existent de par le fait de l'ataxie et sans qu'il soit nécessaire de les attribuer soit à la cause de Taffection , soit à une complication intercurrente; elles consistent ea vertiges, étourdissements légers ou graves, qui peuvent déterminer la chute du malade et sa perte de connaissance; en troubles paralytiques divers, plutôt fugaces que permanents; parfois même, en attaques comateuses mortelles.
Nous ferons, à propos des accidents dont il s*agit, une simple remarque : c'est qu'il serait nécessaire, avant de les attribuer décidément au tabès, de s'assurer qu'on n'a pas eu affaire à des formes frustes de sclérose multiloculaires; et nous ne sommes pas certain qu'il n'en ait pas été ainsi , au moins dans quelques-uns des cas rapportés par Lecoq.
Un nouveau trouble trophique, observé chez les tabétiques, a été décrit, presque à la même époque, par M. Joffroy * et par M. Pitres ". Il s'agit de la chute spontanée des ongles. Des faits publiés à la suite de ceux de MM. Joffroy et Pitres par Roques ^ et plus récemment par Domecq-Turon* (thèse inspirée par M. Pitres), tendent à prouver que ce trouble trophique n'est pas trèsrare ^ La chute des ongles se produit surtout au niveau des gros orteils, mais peut aussi avoir*lieu au niveau des
* Joffroy. ^rch. depkys., 1882, t. IX, p. 174.
* ViTKES. Progrès médical, février 1882.
3 Roques. Soc méd. des hôpitaux y 12 mai 1882.
* DOMECQ-TORON. De la chute et de la dystrophie des ongles chez Us ataxiques. Thèse de Bordeaux, 1883.
^ PouGET. Thèse de Paris, 1882
autres. Elle est précédée par une période de douleurs vives, d'une durée de trois à quatre semaines , et quelquefois par Fapparition d'une tache ecchymotique sousunguéale. Outre la chute des ongles , on observe aussi de simples altérations dystrophiqucs dont M. Domecq- Turon a rapporté d'intéressants exemples.
Le livre de M. A. Fournier sur Vataxie locomotrice d*origine syphilitique {tabès spécifique) est Tune des publications de Tan passé qui ont le plus vivement attiré Tattention, et, disons-le, soulevé le plus de polémiques. Ce livre a été trop longuement et trop souvent analysé et commenté, dans les divers journaux de médecine, pour que nous devions ici en faire un résumé détaillé. Dans cet important ouvrage , il y a deux parties. L'une, consacrée à une étude minutieuse et soignée, écrite avec une clarté lumineuse , c'est celle qui est relative à la description des symptômes du tabès. Toutes les formes si multiples de la maladie de Duchenne, tous les symptômes si variés par lesquels l'affection se traduit, sont passés en revue et décrits avec une science du tabès et un souci da détail clinique très-remarquables. Aussi nous pouvons dire qu'on trouvera dans le livre de M. le professeur Fournier le tableau didactique le plus complet qui ait été fait jusqu'à ce jour de Tataxie locomotrice progressive. Mais le côté doctrinal du livre, malgré ce qu'il a de très-séduisant , en dépit de la verve charmante avec laquelle il est présenté, nous a paru l'exposé brillant d'une opinion très-contestable.
Si nous osons risquer ici une appréciation que nous savons audacieuse et que d'aucuns pourront trouver téméraire, c'est que nous nous sentons appuyé de l'opinion d'un autre maître aux côtés duquel nous avons pu nous convaincre, à la lumière d'un grand nombre de faits cliniques, que la doctrine de rorigiiic spécifique du tabès est pour le moins exagérée.
D'après M. Fournier, « presque invariablement, pour la presque totalité des cas , le tabès est une conséquence de syphilis négligées, de syphilis insuffisamment traitées à leur origine »; d'après M. Charcot, Thérédité nerveuse directe ou indirecte est la cause habituelle de Tataiie locomotrice. Telles sont les deux opinions entre lesquelles semble devoir se circonscrire le débat. Que la syphilis intervienne souvent comme cause occasionnelle, qu'elle puisse être Tépine qui provoque Torage, c'est possible; en nous en rapportant à nos statistiques personnelles, nous pouvons dire : c'est certain. Beaucoup de tabétiques sont syphilitiques , on ne saurait le nier. Mais si Ton regarde par derrière la syphilis, souvent on rencontre (et Ton sait combien pareille recherche est difficile) une tare nerveuse héréditaire. M. Fournier ne nie pas Tinfluence de cette tare nerveuse , mais il la rejette au second plan, alors que pour M. Charcot elle est la condition pathogénique dominante. Nous savons quelles imposantes autorités a pour elle la doctrine de la spécificité du tabès. Nous nous rappelons que £rb la soutient avec la même conviction que M. le professeur Fournier. Mais ni les séduisants arguments qu'on a mis en avant, ni les statistiques en apparence si décisives qui ont été produites, ne nous paraissent de nature à établir ce qu'on veut établir. Aux chiffres démonstratifs rapportés par MM. Erb et Fournier, il nous serait facile d'en opposer d'autres, qui nous ont conduit à de tout autres conclusions. Ce n'est pas ici le lieu de discuter la question en litige. Le problème est aujourd'hui posé, et il ne saurait tarder à avoir sa solution. La syphilis figure-t-elle aussi communément qu'on Ta dit dans les antécédents des tabétiques? Les ataxiques qui en ont été atteints n'appartenaient-ils pas à la grande famille des nerveux héréditaires? Voilà les deux points sur lesquels doit, pour l'heure, porter le débat. L'avenir jugera entre les
opiaions cuatraàictoires qui dès aujourd'hui s'affirment;
L'enthousiasme qui avait tout d'abord accueilli le traitement du tabès par extension du sciatique tombe de plus en plus; c'est ainsi que, dans une discussion à la Société médicale de Berlin sur la valeur de cette méthode, Westphal énonça les conclusions suivantes : Il ressort des faits exposés jusqu'à présent qu'on n'a pas encore vu un seul cas de tabès guéri par l'extension, et que si quelquefois les douleurs sont un peu soulagées pendant quelque temps, il n'est pas prouvé que ces améliorations soient plus fréquentes ou plus considérables que celles observées avec les autres méthodes de traitement. '^ Si cette opération ne donne pas souvent de bons résultats, elle en donne quelquefois de fort mauvais ; c'est ainsi que récemment deux nouveaux cas ont été publiés oiila terminaison fut mortelle : Riegner, après avoir pratiqué sur un tabétique l'extension des deux sciatiques, constata après la mort du malade un abcès au niveau du sciatique droit; les veines voisines étaient le siège d'une thrombose ; au niveau de la moelle et des méninges, il n'y avait pas d'altérations récentes qu'on pût attribuer à l'opération.
Kulenkampf (Jîer/m. KUn. Woch,,X\Ul, p. 711) rapporte, lui aussi, un cas de mort à la suite de cette opération; le malade fut pris, immédiatement après son réveil, de douleurs terribles déterminant un état pseudotétanique et de cystite purulente ; mort au bout de sept jours. Pas d'autopsie.
Il semble que, de son côté, Leyden ait une tendance à partager l'opinion de Westphal, citée plus haut; c'est ainsi qu'il expose {Charité Annalen, 1882, p. 267) de la façon suivante les résultats obtenus chez deux tabétiques après l'extension du sciatique : à aucun moment l'opération ne leur a procuré une plus grande facilité dans les mouvements; au contraire, leur force a plutôt dimi-
iU L'ANNÉE MÉDICALE.
nué; Famélioration de la sensibilité n'a été que trompeuse, dépendante d'une hyperesthésie dans le domaine du nerf sur lequel Textension a été pratiquée ; et si la disparition de certaines sensations douloureuses a été constatée, il faut ajouter qu'elles ont été remplacées par d'autres sensations.
Malgré ces opinions qui lui sont peu favorables, la méthode d'extension (i*a pas cessé d'être pratiquée sur une assez large échelle, et nous devons citer notamment un cas de tabès avec amaurose [Kummel Deutsche Med. IVoch,, VIIM, 1882) où l'extension des deux nerfs optiques fut pratiquée sans résultat bien appréciable au point de vue du rétablissement de la vision. (11 semble que du côté droit le malade ait pu compter les doigts à une distance de deux pieds après l'opération, alors qu'il ne les comptait qu'à un pied et demi auparavant.)
Quant à la physiologie pathologique, au mécanisme de l'action produite par cette méthode sur l'affection spinale, d'après Langenbeck (Berlin. Klin. Woch,, 1882) analysé par Môbius (In Schmidt's Med. Jahrb.), à qui nous avons emprunté un grand nombre des faits précédents, elle serait la suivante : il y aurait tout d'abord un effet dynamique caractérisé par les modifications du pouls et le rétablissement rapide de la sensibilité ; puis des effets durables dépendant des changements dans la nutrition du nerf. Les points les plus importants semblent être la séparation sanglante du nerf d'avec sa gaine, la destruction des anciennes voies nutritives et leur remplacement par de nouvelles , la mort des fibres nerveuses malades et la régénération d'autres fibres nerveuses au moyen des noyaux des premières.
De son côté, Braun (Prag, Med, Woch., 1882) a recherché quelle était Tamplitude du mouvement imprimé à la moelle par lés efforts d'extension, et a constaté sur le cadavre que, par une forte extension du sciatique.
Texcarsion de la moelle au niveau de la dixième vertèbre dorsale était de 0,4 à 2 millimètres. De plus, il a constaté que, dans la manœuvre connue sous le nom d'allongements non sanglants du sciatique par flexion de la cuisse sur le bassin et extension de la jambe sur la cuisse, il ne se produit qu'une simple tension du sciatique lorsque la flexion de la cuisse reste limitée à GO*". Si Ton fléchit davantage, on voit un léger mouvement de la moelle, qui devient plus net lorsqu'on porte la flexion à ses dernières limites. Braun a remarqué que les mouvements de la moelle ne croissent pas proportionnellement aux tractions exercées sur le sciatique, et que le mouvement déterminé par une traction médiocre est comparativement plus étendu que celui produit par une traction forte.
Avant de quitter le chapitre du traitement du tabès, signalons une tendance de plus en plus accusée à faire usage, au moins au début, du traitement mixte antisyphilitique, tentative qui se conçoit aisément, étant donné que Ton reconnaisse à la syphilis une influence étiologique directe et fréquente sur la production du tabès.
Ëulenburg préconise les injections sous-cutanées d'hyposulfîte de soude et d'argent, préparé de la façon suivante : chlorure d'argent récemment précipité, 0,1 ; hyposulfite de soude, 0^6; eau distillée, 20,0.
Quelques médecins prétendent aussi avoir obtenu de remploi de Télectricité des résultats remarquables : courants constants et pinceau faradique alternés (Rumpf ) ; courant galvanique ascendant (Neftel).
Quelques thèses relatives à des points spéciaux de Tataxie ont été soutenues devant la Faculté de Paris Tannée dernière et pourront être consultées avec intérêt :
1. BÉCBÀRD : Contribution à l'étude de quelques troubles trophiques dans Vataxie locomotrice progressive; — '1 . Fayard : Du mal perforant dans ta^ taxie; — 3. HareL : Crises gastriques dans Vataxie; — 4. Grdet : Troubles intellectuels dans Cataxie locomotrice; — ô. QufiUDOT : Troubles vésicaux.
II. — Myélitei. — MM. Landouzy et Déjerine ont décrit une forme particulière de paralysie spinale, qu'ils appellent paralysie générait spinale à marche rapide et curable ^ D'après les auteurs de Tintéressant mémoire auquel nous faisons allusion, la myélopathie dont il s'agit est caractérisée par la paralysie et Tatrophie de tous les muscles du corps (ceux de la face exceptés), par rintégrité de la sensibilité, des sphincters et de la nutrition cutanée, par une évolution rapide (quelques mois), par la guérison complète et définitive de tous les troubles paralytiques et atrophiques.
Cette affection serait à la paralysie spinale aiguë de Tadulte ce que la paralysie générale spinale antérieure aiguë de Duchenne est à Tatrophie musculaire progressive. Elle dépend d'une lésion des cellules des cornes antérieures de la moelle, lésion siégeant dans toute la hauteur de Torgane. Sa nature reste à déterminer, de même que son étiologie et sa pathogénie. MM. Landouzy et Déjerine insistent sur l'intérêt pratique considérable qui s'attache à cette myélopathie, puisque de sa différenciation dépend un pronostic favorable à brève échéance, là où, de prime abord, Tintensité et la diffusion des troubles paralytiques et atrophiques semblerait devoir faire redouter une affection fatalement progressive.
Notre regretté collègue M. Savard a écrit une thèse fort intéressante sur les myélites syphilitiques. Dans cet important travail, l'auteur a résumé les documents dont on dispose actuellement pour édifier l'histoire des manifestations spinales de l'infection syphilitique ; aux faits et aux renseignements qu'il a soigneusement compulsés dans les auteurs français ou étrangers, il a joint des ob-
Landouzy et DÉjerinf. Re^me de médecine, n" 8 et 12.
servatioQS persoDnelles très-instructives. Armé des documents qu*il a aÎDSi colligés à des sources différentes, M. Savard a tracé une description aussi complète et aussi précise qu'on la peut faire pour Theure, des désordres médullaires d'origine spécifique. Les données qui se dégagent du travail de Fauteur sont les suivantes : il existe* des myélites causées par la syphilis, mais les affections médullaires qui peuvent survenir chez un syphilitique ne sont pas toutes spécifiques. Le traitement n'est pas une pierre de touche certaine. C'est le plus souvent à une époque tardive de la syphilis, vers la quatrième ou la cinquième année, que se montrent les accidents du côté de la moelle. Les myélites syphilitiques précoces, apparaissant avec les accidents secondaires, sont rares, cependant on ne saurait les nier. Les troubles médullaires spécifiques se rencontrent habituellement dans le cours des syphilis à manifestations multiples et sérieuses. Le traitement spécifique n'est jamais la cause de la localisation spinale de la syphilis; c'est plutôt l'absence de traitement qu'il faut incriminer.
Les lésions de la moelle déterminées par la vérole sont des lésions chroniques ; les formes aigties sont rares. En tout cas, ce sont toujours des altérations diffuses, non systématisées. Aussi l'auteur ne croit-il guère à l'existence de l'ataxie syphilitique. Nous recommandons tout spécialement en passant la lecture des pages ouest discutée cette question, aujourd'hui brûlante, des rapports de la syphilis et du tabès.
Les gommes de la moelle ou des méninges, d'après M. Savard, sont exceptionnelles. Les lésions de la syphilis médullaire répondent au processus scléreux ; celuici atteint les méninges, et surtout les vaisseaux. Ces altérations vasculaires constituées par l'artérite et la périartérite avec infiltration et épaississement de la tunique externe et de la gaine lymphatique sont assez
spéciales à la syphilis. Les lésions syphilitiques de la moelle sont donc analogues aux lésions cérébrales de même nature.
Il n*y a pas de signes particuliers aux myélites spécicifiqueS; mais ces myélites se caractérisent par Firrégularité, la diffusion de leurs symptômes, et par la fréquence des rechutes et des récidives.
L'impuissance, la paralysie de la vessie et du rectum, soui les premiers phénomènes qui apparaissent; ils précèdent souvent de beaucoup les troubles de la motilité. Dans bien des cas, la sensibilité n'est pas intéressée, ou l'est fort peu. La marche de ces myélites est lente, rarement elles prennent la forme aigûe, plus rarement encore la forme ascendante aigQe. La guérison en est fréquemment incomplète. Le traitement doit être énergique; il faut employer la médication mercurielle et iodurée, et avoir recours aux révulsifs puissants.
L'attention a été attirée dans ces derniers temps sur les hémorrhagies cutanées dépendant des perturbations du système nerveux central. On n'a pas oublié l'intéressant mémoire publié par M. Straus sur les ecchymoses tabétiques, et que nous avons eu l'occasion de signaler l'année dernière dans V Année médicale. M. Faisans ' a récemment décrit une nouvelle forme de purpura, qu'il appelle purpura myélopalhique et qui se développerait dans le cours de certaines affections spinales. D'après M. Faisans, il existerait une forme de purpura caractérisée par une éruption généralisée, assez exactement symétrique, et quelquefois disposée sur le trajet des nerfs. Cette éruption serait accompagnée, dans les cas types, de troubles de la sensibilité, d'œdèmes sous-cutanés, d'arthralgies et d'accidents gastro-intes-
* Faisans. Des hémorrhagies cutanées liées à des affections du système nerveux, et en particulier du purpura myélopathique. Tbèse de Paris, 1882.
Coccoz, éditeur.
tioaux. Cette Forme de purpura, qu^il est difficile de séparer actuellement, d'une part du purpura simplex à forme exanthématique, et d'autre part de la maladie de Werlhof, engloberait , d'après l'auteur, la plus grande partie, sinon la totalité des cas de purpura rhumatismal. M. Faisans pense qu'elle reconnaît pour substratum anatomique une altération diffuse et de nature congestive du système postérieur de la moelle.
On sait quelle faveur avait trouvé chez certains chirurgiens, notamment en Allemagne, l'emploi de l'iodoforme pour le paosement des plaies, on n'a pas tardé à abuser de ce précieux agent thérapeutique, et un certain nombre de cas d'intoxication ont été publiés (Schede, Centralbl. f, Chir., 1882, n» 3, anal. parRabow); nous devons signaler ici les phénomènes nerveux présentés par ces malades. Ils ont été de différente nature : chez les jeunes sujets, on a vu se développer tout le tableau d'une méningite aigile ; affaissement, vomissements, fréquence du pouls, contracture de quelques groupes musculaires, mais le plus souvent il n'y avait pas d'augmentation de température. Chez les adultes, on constate généralement un délire intense, les malades ne reconnaissent plus leur entourage, chantent, etc.. ou bien on voit survenir des accidents mélancoliques, puis la mort à la suite d*un état très-prononcé d'excitation cérébrale, ou bien d'une profonde dépression.
Dans un travail ultérieur, Kônig {Centralbl, /. Chir., 1882, n"" 7) rapporte de nouveaux cas de troubles psychiques consécutifs à l'emploi de l'iodoforme en pansements ; chez 15 malades, ces troubles furent légers ; chez 6, ils furent assez graves; chez 7 autres, la terminaison fut fatale; dans quatre cas, des phénomènes analogues furent observés chez des enfants ou de jeunes sujets.
On sait que, dans ces dernières années, on a mis en doute quelques-uns des résultats obtenus dans Tétude des scléroses expérimentales; quelques auteurs ont prétendu que les lésions ainsi obtenues étaient complexes et ne répondaient pas tout à fait à ce qu*avaient cherché les expérimentateurs, parce qu'il était intervenu un élément non prévu par ceux-ci, la suppuration; aussi a-t-on repris à nouveau Tétude de cette question en Faisant un usage rigoureux de la méthode antiseptique. Nous citerons : pour le foie, les travaux de Litten; pour les reins, ceux de M. Straus. De même pour la moelle, un médecin russe, M. Kusmin ', a cherché à se mettre à Fabri de la suppuration dans une série d'expériences sur les sections partielles de la moelle chez les animaux; grâce aux pratiques antiseptiques, il a pu obtenir la réunion par première intention. Voici quels sont les résultats auxquels il est arrivé au sujet des fonctions des différents cordons de la moelle chez le chien :
Les cordons latéraux contiennent des fibres motrices et des fibres sensitives (ainsi que cela avait déjà été affirmé par Woroschiloff et N. Weiss).
Les cordons antérieurs contiennent principalement des fibres centrifuges qui, après la section des cordons latéraux, peuvent suppléer d'une façon à peu près suffisante les fonctions motrices de ces derniers.
Les cordons postérieurs ont une conductibilité surtout centripète. La substance grise ne contient pas de conducteurs d'une grande longueur. Les nerfs sensibles des extrémités postérieures sont déjà entre-croisés au niveau de la moelle cervicale. Les nerfs vaso-constricteurs ne se trouvent au niveau de la moelle cervicale que dans les cordons latéraux.
' Kusmin. Leitungshàhnen im Rûckeusmarke des Hundes. (Medizinische Jahrbûcher, 1882, p. 355.)