D' J. CORNILLON
1. Guachamaca. — II. iDJectionS SOUS-CUtanées d*élher Sttl/urtque dans la période algide du choléra. — III. Traitement de la maladie de Ménière par le sulfate de quinine et le salicylate de soude. — IV. Dangers de l'alimentation forcée chez les phtbisiques. — V. Traitement de la syphilis par les injections sous-cutanées d'albumir nate de mercure. — VI. Traitement de la conjonctivite pseudomembraneuse par les applications locales d'une solution de sulfate de quinine. — VU. Traitement de la syphilis oculaire par les injections hypodermiques de cyanure de mercure. — VIII. Traitement de l'hydropisie cardiaque par le citrate de caféine. — IX. Indications thérapeutiques dans le traitement des ascarides lombricoïdes. — X. Emploi de l'électricité dans le traitement de l'éléphancie. — XI. Le savon napolitain. — XII. Action de la rèsoreine. — XIII. Ergot du diss. — XIV. Traitement de la polyurie par la pilocarpine. — XV. Le quebraeho. — XVI. Traitement de l'épilepsie.
I. — Le guachamaca (apocynées) est un arbre qui croit au Venezuela, dont le principe actif est surtout contenu dans récorce et dans les difFérentes couches du liber. L'extrait, brun sombre, rappelant le curare, est soluble dans Teau, peu soluble dans Falcool absolu, insoluble dans réther et le chloroforme. La principale différence entre son action et celle du curare consisterait , d'après Schiffer, en ce que le guachamaca semble agir rapidement sur les centres nerveux, tandis que le curare ne les affecte que tardivement. Schiffer ne Ta encore que peu expérimenté sur Thomme, et toujours en injections sous-cutanées. Dans un cas de contracture spasmodique, il injecta une seringue de Pravaz contenant dix milli-
grammes d* extrait sec; il observa, trois quarts d'heure après, un sommeil léger, puis profond, qui dura environ trois heures; la circulation et la respiration restèrent normales; Texcitabilité réflexe s'était conservée durant le sommeil. L'auteur pense que, dans ce cas, la dose était encore trop faible pour obtenir un effet complet; il croit que ce médicament devrait être administré un certain temps pour obtenir un effet curatif dans les maladies convulsive^, et admet aussi l'opinion que le guachamaca pourrait peut-être être utiUsé comme hypnotique'.
IL — Véther sulfurique est soluble dans neuf parties d'eau et dans l'alcool en toutes proportions. A dose modérée, il produit une élévation de température centrale d'autant plus considérable , que le refroidissement était plus grand (Dupuy), une augmentation de la près* sion artérielle, de la combustion pulmonaire et de toutes les sécrétions, sauf de la sécrétion urinaire (Ocounkoff), uue hyperesthésie cutanée. A doses élevées, on obtient des phénomènes inverses*. Un gramme et même moins en iDjections sous-cutanées a souvent suffi pour obtenir des effets stimulants qui ont été utilisés à la période algide du choléra ^
IIL — M. Nakachian* apporte plusieurs observations nouvelles de vertige de Ménière traité par le sulfate de
^ BOURNE VILLE Ct BrigON. Manuel des injections sous-cutanées, 1883^ p. 84.
* BOURNE VILLE et BricON. Manuel des injections sous-eutanées, 1883, p. 77.
' Dupuy. Des injections sous-cutanées étither sulfurique^ de leur application au traitement du choléra dans la période algide, 1882.
* De la maladie de Méniére considérée principalement au point de vue de
son traitement (sulfate de quinine et salicylate de soude); par TA. HAMPART20UM Nakaghian. Thèse de Paris, 1882.
388 L'ANNÉE UÉDICALK.
quiQine suivant la méthode de M. Charcot. Ces faits viennent à l'appui de ceux qui sont cités dans le mémoire de MM. Féré et Demars {Revue de nuSdeciiu, 1881), qui mettaient en évidence le mode d'action de ce traitement. De toutes les observations publiées, il ressort que le sulfate de quinine, employé à la dose de «oixante à quatre-vingts centigrammes par jour (par pilules de iO centigrammes) pendant des périodes de fluinze à vingt jours, séparées par des espaces intercalaires de dix à quinze jours, dans lesquels tout médicament est suspendu, tout en agissant dans une certaine mesure sur l'état vertigineux habituel, a surtout une action très-heureuse sur le vertige proprement dit. Mais cette action ne se manifeste pas immédiatement : ainsi, pendant la première période de traitement, il y a généralement augmentation des bourdonnements d'oreilles, et quelquefois le vertige se reproduit encore. Pendant le premier repos, il y a une atténuation manifeste des bruits auriculaires subjectifs, et le vertige diminue. Pendant la seconde période de traitement, il y a encore une certaine exaspération des symptômes auriculaires, mais moindre que dans la première; au deuxième repos, l'amélioration est plus marquée qu'au premier; et ainsi de suite. Dans le courant de l'année 1881, M. Charcot a essayé l'emploi du salycilate de soude dans le traitement du vertige de Ménière, se basant sur ce que, comme le «ulfatc de quinine, ce médicament détermine chez l'homme sain des bruits auriculaires subjectifs , et que, par conséquent, il a une action quelconque sur l'état de l'oreille interne. Les observations rapportées par M Nakachian, recueillies à la cUnique de la Salpêtrière. montrent qu'en effet, suivant les prévisions de M. Chai^ «ot l'action du salicylate de soude sur le vertige de Ménière est la même que celle du sulfate de quinine, et qu'elle se produit de la même façon. La thèse de M. Naka-
THÉRAPEUTIQUK. 387
chian contient une traduction du travail de Kirchner (Berliner Kiiniche ïVochenschrift, iSSi^f, 725) sur l'action physiologique du sulfate de quinine et de Tacide salicylique sur Torgane de Touîe. Dans ses leçons cliniques, M. le professeur Charcot a montré plusieurs nouveaux exemples des bons effets du salicylate de soude.
IV. — M. Desnos* reconnaît que Talimentation forcée» imaginée par M. Debove, peut rendre de grands services dans le traitement de la phthisie ; mais il résulte de ses observations que Tintroductiondela sonde peut s'accompagner de phénomènes d'intolérance de Testomac et de spasmes qui non-seulement sont douloureux, mais peuvent constituer parfois un véritable danger. Dans un cas, une certaine quantité de lait, repoussée par les spasmes de Testomac entre l'œsophage et la sonde, a pé* nétré dans les voies aériennes et a déterminé une pneunaonie , qui d'ailleurs ne fit qu'avancer la mort de quelques jours. L'intolérance de l'estomac peut être absolue, et doit alors faire renoncer totalement à Talinientation forcée. On peut triompher de Tintolérance de Festomac par certaines précautions, et en particulier en n*introduisant le liquide alimentaire que lentement et avec des temps d'arrêt. M. Desnos pense que les doses indiquées, un litre et plus, sont trop considérables et peuvent être elles-mêmes cause d'intolérance. Certains sujets qui ne tolèrent pas les aliments introduits par le gavage pendant la fièvre, les conservent très-bien pendant les périodes apyrexiques. Enfin, dans quelques cas» le lait, qui est ordinairement conseillé, peut déterminer des diarrhées incoercibles, et il faut recourir à d'autres aliments, le bouillon, les œufs par exemple.
' De quelques inconvénients ou accidents de V alimentation forcée chez les phthtsiques, et des moyens de les conjurer, par M. Desinos. In Bull, gén, de Thérap., 1882, p. 1.
Y. — D'après les observations faites à Saint-Lazare par M. GourguesS le peptonatede mercure>préparatioa infidèle s'altérant facilement, déterminerait le plus souvent des accidents locaux. Il lui préfère Falbuminate de mercure ainsi formulé :
Bicblorure de mercure 1 gr.
Eau distillée 20 gr.
Dissoudre le blchlorure dans l'eau distiUée et ajouter un blanc d'œuf d'enyiron 20 grammes. Agiter le précipité qui s'y est formé et y ajouter une dissolution de :
Chlorure de sodium 2 gr.
Eau distillée 60 gr.
Agiter et filtrer. Peser la liqueur filtrée et y ajouter de l'eau distillée pour obtenir un poids total de 130 grammes de liqueur.
Cette solution contient un centigramme d*albuminate de mercure pour 1 gr. 30 de liqueur. Si Ton prend le soin de faire les injections dans le dos ou sur les fesses, cette préparation ne provoque jamais d'accidents locaux. Les accidents gastriques et buccaux sont également supprimés. Cette préparation agit très-rapidement : les accidents secondaires seraient déjà fort amendés après six à* huit injections, et elle dispenserait des applications topiques sur les plaques muqueuses, 'papules, etc.
VI. — Dans la conjonctivite pseudo-membraneuse^ M. Tweedy^ obtiendrait constamment les meilleurs effets de lotions avec une solution de sulfate de quinine de quatre grains (0 gr. 25) pour une once (28 gr. 35) d'eau, à laquelle il ajoute quelques gouttes d'une solu-
' Sur le traitement de la syphilis par les injections hypodermiques mereurieUes et en particulier par falbuminate de mercure; par le D*" GouRGUES. m Bull. gin. de Thérap., 1882, p. 49.
* On the treatment of pseudo-membranous (diphtheritic) conjonctiviiis hy local applications of solution of sulfate of quinine; by J. Tweedy. In tkc Lancet, 1882, t. I, p. 68.
tion d'acide sulfurique. Les lotions doivent être pratiquées le plus souvent possible. Par ce moyen, on éviterait toujours la perForalion de la cornée, qui est tant à redouter dans cette afFection.
YII. — M. Galezowsky* emploie dans la syphilis ocu laire le cyanure de mercure en injections sous-cutanées, à la dose de 5 à 10 milligrammes (solution de 1 milligramme par goutte). Des iritis avec condylomes ou avec kératites ponctuées ont guéri après cinq, huit ou dix injections.
YIII. — M. Milliken* rapporte trois observations dans lesquelles il note la disparition d'une hydropisie d'origine cardiaque par remploi du citrate de caféine, quand la digitale, les hydragogues, etc., avaient échoué. Il ' administre le citrate de caféiae à la dose de trois grains (0 gr., 095), en trois fois, dans les vingt-quatre heures. Il a essayé le médicament sans succès dans plusieurs cas d'hydropisie d'origine rénale.
1'^ IX. — Après avoir fait une longue étude historique et
[ clinique sur le traitement des ascarides lombricoîdes, 1^ M. Guermonprez* arrive aux conclusions suivantes : tf V Le semen-contra (dont l'action est souvent confonr^' due avec celle de la santonine) est et demeure depuis longtemps le médicament préféré, dans le but de tuer et d'expulser les ascarides lombricoïdes du tube digestif de l'homme ; 2<' la santonine ne lue pas net les ascarides
1 Des injectiont hypodermiques. Le cyanure de mercure dans la syphilis oculaire, [Progrès médical, 1882, p. 279.)
* Citrate o/ca/ein in cardiac dropsy; by F. H. MiLiKEN. In Philadelphia med. Times, 1882, t. XII, p. 334.
' Etude sur les indications thérapeutiques dans le traitement des ascarides Içmbricoides; par M. Guermonprez.Id Bull. gén. de thérap. méd. etchir.f 1882, p. 89.
lombricoldes, elle est poar ces parasites un excitant qui augmente et précipite leurs mouvements, et exagère, par ce mécanisme, les accidents réflexes et les obstructions intestinales ; 3"» la santonine n'est donc pas toujours indiquée dans le traitement des ascarides lombricoides. Sans action nuisible si les parasites sont à la fois jeunes et en nombre modéré, ce médicament peut n'être pas sans danger, même à dose rationnelle, si les parasites sont plus âgés et en nombre considérable ; A'* les purgatifs, souvent indiqués, ont donné et donnent plus de résultats que les vermifuges administrés en même temps; les évacuants peuvent suffire pour déterminer l'expulsion des ascarides; ô<^ les soins hygiéniques, appropriés pour combattre Tétat lymphatique des sujets, et parfois même le seul changement d'alimentation et d'habitation, ont pu, sans le secours d'aucun médicament, déterminer la complète expulsion des ascarides lombricoides ; 6"* il est donc indiqué d'instituer le traitement des ascarides lombricoides selon les circonstances de chaque cas particulier, soit en ayant recours à la méthode évacuante, soit en instituant les soins hygiéniques et pharmaceutiques que comporte rétat lymphatique de l'hôte des parasites. »
X. — MM. Moncorvo et S. Araiyo^ après avoir montré que les divers traitements tant médicaux que chirurgicaux employés contre l'éléphantiasis des Arabes sont le plus souvent inutiles, s'efforcent de démontrer que, depuis Hendy, un certain nombre de médecins ont obtenu de bons effets de l'électricité. Ils pensent que le meilleur moyen thérapeutique contre l'éléphantiasis est l'électricité sous la forme de courants induits et con-
' De remploi de Vilectrieité dam le traitement de Véléphancie (éléphantiasîs des Arabes) ; par MM. Mongoryo et Sil va Arànjo. Iq Jamm. de thér. de Gtibler, 1883.
tinus, et de Félectrolyse, ensemble ou séparément. Ils reconnaissent d'ailleurs que rélectricité ne doit pas être regardée comme un moyen infaillible : on ne peut pas s'attendre à la voir réussir chez les sujets, âgés, ou atteints de lésions vasculaires graves ou de tumeurs abdominales, etc. Ce mémoire contient quatre observations auxquelles sont jointes des figures qui indiquent une amélioration notable sous Tinfluence du traitement.
XI. — M. ScbusterS voulant se renseigner sur la valeur thérapeutique du savon napolitain du D' Vincent, Fa employé comparativement avec la pommade mercurielle. L'expérience lui a démontré : l*" que les deux préparations agissaient également ; 2«que dans les cas où Ton ne pouvait pas trouver de traces de mercure dans Turine h h suite de l'emploi du savon, on n'en trouvait pas non plus à la suite d'applications de pommades. Le savon mercuriel constituant une préparation bien dosée, est d'un emploi plus commode et plus propre que la pommade ; il est plus portatif, et son usage peut être plus facilement dissimulé.
XII. — M. Peradon a entrepris de nouvelles recherches sur la résoreine* et est arrivé à des résultats intéressants. Chez l'homme, à l'état physiologique, la résorcine, depuis la dose de 2 grammes, produit toujours un abaissement de température qui se manifeste un quart d'heure iprës Pingestion du médicament et peut se prolonger [>endant plusieurs heures. Elle peut produire des accilents à la dose de 3 gr. 50 (Murrel), mais n'en détermine ;)as nécessairement aux doses de 7 et 10 grammes (Andrew,
* Die Mercursei/e (savoD napolitain); par M. Sghostbr. In Vierul^ ahreschrift f, Dermatol, u, typh,, 1882.
^ Contribution à Fétude physiologique et thérapeutique de la résorcine; >ar M. Peradon. Thèse de Paris, 1883.
Peradon). Les animaux possèdent une résistance plus grande que rhomme à Tintoxication par la résorciae. L'action de la résorcine est favorable comme antiseptique ou comme antifébrile dans la phthisie. La résorcine possède incontestablement la propriété d'abaisser la tempe* rature dans la fièvre lypiioïde; cet abaissement peut varier de 2 dixièmes de degré à S**, il se produit rapidement après ringestion du médicament et n'est que transitoire; on pourrait peut-être l'obtenir permanent en répétant la dose d'une manière régulière. La résorcine, prise à la dose de 1, 2 et 3 grammes en une seule fois, détermine presque toujours une transpiration abondante avec laquelle coïncide souvent l'abaissement maximum de la température. Elle s'élimine par les urines dans un temps qui parait varier de une heure à trois jours.
XUI. — L'ergot du Diss [Ampelodesmos temtx)^ graminée de l'Algérie, a été observé pour la première fois à la Galle, en 1842, par Durieu de Maisoaneuve et étudié par Lallemant, en 1863, et par Bourlier et Goudray, en 1865. Après une étude botanique et clinique de la plante et de l'ergot, M. Germaix^ tire les conclusions suivantes de ses recherches physiologiques et cliniques : L'ergot du diss est un succédané de l'ergot du seigle ; son action est à peu près aussi énergique que celle du seigle ergoté (Lallemant avait dit qu'elle était une fois plus grande), et ses doses doivent être les mêmes. — Le pouvoir toxique de l'ergotine du diss extraite par le procédé Bonjean est moindre, ou tout au moins n'est pas plus violent que celui de l'ergot de seigle. — Une quantité donnée de diss ergoté fournit plus d'ergotine Bonjean qu^une même quantité d'ergot de seigle. — En présence d'un rendement plus fort au point de vue de l'ergotine, d*ua poo-
' Etude dePergotdudist; par M. Germaix. Thèse de Paris, 1882.
voir toxique peut-être moins grand, â*une action aussi énergique, il peut y avoir avantage à employer Fergot du diss dans les contrées où cette plante est commune et où le seigle est rare.
XIV. — La pilocarpine, employée sous forme de nitrate à la dose de 0,01 et 0,02 centigrammes en injections hypodermiques, s^est montrée utile dans certaines polyuries. Elle a amené une guérison complète dans deux cas de polyurie azoturique, Pune essentielle, Tautre symptomatique d'une néphrite interstitielle; dans ce dernier cas, elle a même fait disparaître une amblyopie très-marquée. Dans deux cas de polyurie simple, elle a amené une amélioration des symptômes généraux. Elle a été impuissante dans une polyurie saturnine, dans une polyurie essentielle chronique très-accentuée et dans une polyurie chez un scrofuleux cachectique, qui n*a pu supporter le médicament. Les observations, prises dans le service de M. Huchard', ne sont pas encore assez nombreuses pour qu'on puisse indiquer exactement les polyuries dans lesquelles il est bon d'employer la pilocarpine ; cependant, il est certain que ces affections sont souvent influencées par cet agent.
XV. — Vaspidosperma quebracho (apocynées), vulgairement appelé quebracho blanc, est un arbre originaire de la république Argentine. On ne se sert guère en thérapeutique que de Técorce , qui est plus active que le bois.
Les meilleures écorces de Vaspidosperma quebracho fourniraient six alcaloïdes* : I« Yaspidospermine, peu soluble dans Peau (1 : 6000), soluble dans Talcool (1 : 50), moins dans Téther. Ses sels seraient partiellement dé-
1 Quelque* considéradont sur la polyurie et son traitement par la pitoear* pine; par M. DuGRoux. Thèse de Paris, 1882.
* Bricon. Du quebracho, {Progrès médical, 1883, p. 304.)
composés par Téther, le chloroforme et les autres dissolvants ; les sulfate , chlorhydrate et oxalate sont amorphes. 2* Vaspidospermatine; 3* Vaspidosamine; 4' Xhypoqwhrachine; ô® la québraehine; 6" la quebrachamine,
L*aspidospermine se trouve dans l'écorce suivant la proportion de 0,17 : 100, et la québraehine suivant celle de 0,28 : 100. Les six alcaloïdes réunis, donnés à la dose de un à deux centigr., produisent, chez la grenouille, la paralysie des muscles moteurs (en commençant par les muscles respiratoires) sans atteindre la sensibilité. D'après M. Burgos, la poudre de quebracho blanc aurait les propriétés physiques et organiques de la poudre de quinquina ; elle serait antiseptique ; la décoction est employée comme tonique et fébrifuge. Il a une saveur amère. L'absorption du quebracho est rapide si Ton eu juge par ses effets. A la suite de son administration, ou observe une sensation de chaleur à Tépigastre , de la sécheresse de la gorge , de la pesanteur de tète , quelquefois de la diarrhée , de la convulsion et des nausées, un peu de ralentissement du pouls et des mouvements respiratoires. 11 s'administre sous forme de sirop (2 à 10 cuillerées) de teinture hydro^aUoolique (0,50 à 45 gr.) ou ^extrait (0,50 à 4 gr.). On l'aurait donné avec avantage dans l'asthme bronchique et la dyspnée desurémiques, des pleurétiques , des emphysémateux, des phthsiques, des cardiaques (Penzoldt); cette action antidyspnéique a été vérifiée par MM. Laques, Mariani et Larrion. 11 n*a eu aucun effet dans les dyspnées d'origine laryngée. L'écorce de quebracho Colorado a été employée avec le même succès dans les mêmes circonstances.
XVI. — Dans son remarquable travail entrepris dans le service et sous la direction de M. Bourneville, M. Bricon » étudie les effets thérapeutiques de Vhydrothérapky
* Bricon. Du iraiiementde répilepsie. Thèse de Paris, 1882.
THERAPEUTIQUE. 395
des arsenicaux, des magnétisme minéral , des sels de pilo^ €arpine jsur Yépilepsie. 1* V hydrothérapie : sur 64 malades, 27 ont été améliorés, 17 n'avaient pas subi d'autres traitements. 2® Varsenic a été employé sous forme de bromure (de 1 à 10 centigrammes) : sur 10 malades,
2 seulement ont été améliorés, et Tun était en même temps traité par l'hydrothérapie. Ce traitement doit être réservé aux épileptiqucs atteints d'affections cutanées justiciables des arsenicaux. 3° Le magnétisme minéral {aimani^^ armatures magnétiques, appliquées quotidiennement pendant une heure au moins) , dont l'emploi a été continué pendant un laps de temps qui a varié de
3 à 6 mois, n'a donné que des résultats négatifs. 4" Les sels de pilocarpine (nitrate et chlorhydrate) ont été employés en injections sous-cutanées ou en potions à la dose de 5 milligrammes à 5 centigrammes. Sur 14 malades, il y a eu 7 cas favorables, 2 cas douteux et 5 insuccès.
Ch. FÉRÉ.
1, Hygiène de Tcn/aw^e .Allaitement artificiel; — Nourriceries pour enfants syphilitiques; — Hôpitaux d'enfants; — Trayail des enfants. — IL Hygiène scolaire: Isolement des contagieux à l'école;
— Gymnastique; — L'audition à l'école; — Myopie scolaire. —
— III. Hygiène professionnelle : Ankylostome duodénal; — Manipulation du plomb; — Études d'hygiène professionnelle. — IV. Hygiène alimentaire : Plomb dans Talimentation; — Salicylage des substances alimentaires; — Viandes trichinées; — Conservation des denrées par le froid; — Déplâtrage des vins; — Reverdissage des conserves; — Margarine. — V. Maladie* contagieuses: Fièvre typhoïde à Paris; — Mortalité par maladies épidémiques; — Lait et maladies zymotiques; — Tuberculose ;
— Diphthérie dans les hôpitaux; —Désinfectants et désinfection.
— VI. Hygiène des villes : Égouts et vidanges ; — Utilisation des eaux vannes; — Habitations insalubres ; — Crémation; — chauffage des voitures ; — Puisards ; — Laboratoires municipaux. — VIL Hygiène générale: Direction de la santé publique; — Musée municipal d'hygiène. — VIII. Hygiène internationale: Les quarantaines à Suez. — IX. Congrès,
1. Hygiène de renfance. — Allaitement artificiel des nouveau-nés. — L'allaitement artificiel fait chaque année, à Paris seulement, 3,067 victimes ! £n présence d*une mortalité aussi élevée, il est impossible de rester indifférent ou inactif; aussi doit-on louer hautement M. Ta^ nier d'avoir de nouveau porté cette grave question devant rAcadémie de médecine. Dans sa communication magistrale, M. Tarnier a proclamé tout d'abord la supériorité de Tallaitement féminin ; mais, étant donné ce fait que l'allaitement artificiel devient en certains cas une nécessité absolue, il a cherché à formuler les règles qui doivent
être suivies lorsque Ton y aura recours. 11 repousse formellement Tusage du biberon, qui cause une mortalité de 60 pour 100, et préconise remploi tout aussi simple de la cuiller et du verre. Puis il étudie la valeur alimentaire des différents laits (ânesse, chèvre, vache), leurs avantages et leurs inconvénients; comment le lait doit être administré : cru où bouilli, avec quels liquides il doit être coupé; il se préoccupe également de Tinfluence de la nourriture sur la qualité du lait. En terminant, M. Tarnier a fait voir que, présentement, on se débat au milieu d'un nombre considérable de divergences d'opinions et d'incertitudes, et qu'on n'en sortira qu'avec une expérimentation résolument entreprise. C'est dans ce but qu'il a déposé les conclusions suivantes, que nous reproduisons en raison de leur importance :
1» La vie des enfants du premier âge ne peut être bien sauyegardée que par Tallaitement maternel. Celui-ci doit donc être encouragé par tous les moyens possibles. — 2° Si le lait de la mère est insuffisant, il convient d'y suppléer par l'allaitement mixte. — 3» L'allaitement par une nourrice, favorable pour le nourrisson qui est allaité, est dangereux pour Tenfant de la nourrice. -^ 4° L'allaitement artificiel est de beaucoup inférieur à Tallaitement par le lait de femme; il est toujours entouré de grands dangers, quoi qu'on fasse et quel que soit le lait employé, en quelque lieu que ce soit ; il ne faut y avoir recours que lorsqu'il est absolument impossible de faire autrement. — S» Pour tâcher d'amoindrir les dangers fatalement inhérents à l'allaitement artificiel, il serait très-utile que les nombreuses questions qui s'y rattachent pussent
être expérimentalement étudiées par l'Académie elle-même.
6» Il est à désirer qu'une étable modèle, pour vache et ânesse, soit établie à titre d'essai dans l'un des quartiers de Paris et fournisse gratuitement aux familles pauvres de ce quartier le lait destiné aux enfants du premier âge. — 7» Une statistique comparative montrerait bientôt quelle influence le lait fourni par rétable d'essai peut avoir sur la mortalité des enfants; si la statistique était favorable, la création d'étables modèles serait généralisée dans la ville de Paris, suivant les besoins de la population. — S» Une crèche destinée à recueillir six enfants abandonnés serait annexée à l'étable d'essai. Ces enfants y seraient élevés au moyen de l'allaitement artificiel, sous la direction d'une Commission nommée par l'Académie et chargée de rechercher
par quelles règles hygiéniques on peut tirer le moins mauvais parti possible de 1 allaitement artificiel. Cette crèche serait fermée dès que la Commission aurait terminé ses travaux.
Nourriceries pour enfants syphilitiques, — Nous avons déjà signalé' la création, à Thospice des Enfaats assistés, d'une nourricerie destinée à.rallaitement artificiel des enfants atteints de syphilis héréditaire. Cette création, due à Tinitiative du Conseil municipal de Paris, n'avait pas été sans rencontrer une vive opposition, de la part de TAcadémie surtout. 11 faut féliciter le Conseil d'avoir su passer outre, car les résultats fournis par Texpérimentation et qui ont été communiqués le 27 juillet 1882 à TAcadémie par M. le professeur Parrot sont des plus concluants. Les enfants syphilitiques traités à la nourricerie en 8 mois ont été au nombre de 86. Sur 6 qui ont pris le lait de vache au biberon, 5 sont morts ; c'est le résultat qu'on obtenait jusque-là, en pareil cas, à rhôpital. Sur 42 nourris à la chèvre, il y a eu 8 guérisons et 34 décès, soit 80,9 pour 100. Sur 38 nourris au pis d'ânesse, on a compté 28 guérisons et 10 décès seulement, soil 26,3 pour 100. Les enfants étaient rois directement au pis cinq fois pendant le jour, deux fois pendant la nuit; la manœuvre était très-facile; après chaque tetée, ils étaient minutieusement pesés. De la série d'expériences faites par M. Parrot, il résulte que l'allaitement artificiel par le laitd'ânesse présente des avantages particuliers, surtout chez les jeunes enfants; qu'une ânesse en pleine lactation ne peut nourrir efficacement que trois enfants, âgés en moyenne de cinq mois, on enfant de cet âge prenant à Tânesse environ 800 grammes de lait par jour; que deux enfants, trois au plus, doivent être soignés par la même personne. 11 serait donc à désirer que toutes les maisons hospitalières destinées à
* Voir Année médicale, 1880, p. 145.
l'assistance des nouveau-nés et des enfants du premier ■âge, sains ou malades, soient pourvues d'une nourricerie où Ton entretiendrait, proportionnellement aux besoins du moment, des ânesses et des chèvres.
Améliorations dans les hôpitaux d* enfants, — La contagion dans les hôpitaux et dépôts d'enfants, signalée depuis longtemps déjà par les médecins et les hygiénistes, a été cette année l'objet d'une longue discussion à l'Académie de médecine. Preuves en main, M. Marjolin est venu établir d'une façon irrécusable ce fait monstrueux qu'un certain nombre d'enfants, placés bien portants au Dépôt des enfants assistés par des parents que la maladie force d'entrer à l'hôpital, meurent dans ce Dépôt ou en sortent atteints d'une maladie contagieuse qui ne tardera pas à se manifester et à infester le reste de la famille. Dans les hôpitaux, des faits du même genre se produisent, et l'on voit trop souvent des enfants, en pleine convalescence, contracter une maladie contagieuse à l'hôpital et y succomber. D'autre part, eu égard à la population de Paris, les services des hôpitaux et hospices d'enfants sont notoirement insuffisants. Pour remédier à cet état de choses, qui ne saurait plus longtemps durer, M. Marjolin a proposé les mesures suivantes, qui ont été adoptées par l'Académie et envoyées d'office à M. le ministre de l'intérieur:
V Abaisser Page d admission dans les hôpitaux d'enfants. — 2* Augmenter le nombre de lits consacrés aux enfants malades par la création dans Paris de nouveaux hôpitaux construits sur les plans dont l'expérience a démontré les ayantafj^es et la nécessité. — 3<* séparer rigoureusement, dans des services distincts, les enfants atteints de maladies contagieuses. — 4® Créer hors Paris un ou plusieurs hôpitaux, plus spécialement affectés aux enfants dont les maladies exigent un traitement et des soins prolongés. — S^ Adopter en principe, pour les hôpitaux d'enfants, la même classification que celle qui existe pour les hôpitaux d'adultes, affections médicales et chirurgicales, sauf ensuite à établir les divisions réclamées par la nature de la maladie et son état aigu ou chronique. — 6<> Création d'un service spécial pour les petits
idiots et les jeunes épileptiques, en dehors des serrices de Bicétre et de la Salpétrière. — 7» Conservation des services internes des teigneux, avec adoption de mesures nouvelles, assurant le fonctionnement plus régulier du traitement externe. — 8** Conserver et améliorer le traitement à domicile, lorsque les conditions de salubrité du logement et la situation de la famille le permettent et que les maladies ne sont pas contagieuses.
On ne saurait qu'approuver les mesures proposées par M. Marjolia et par rAcadémie de médeeme. Nous ferons remarquer toutefois que, en cela comme en bien d'autres choses, TAcadémie vient en retard et semble ignorer les progrès réalisés par le Conseil municipal de Taris et les réformes qu'il réclame depuis six ou sept ans. Nous rappellerons sommairement, puisque besoin en est, et ces progrès et ces réformes. Le Conseil munipal a créé : l"" des pavillons d'isolement destinés aux enfants atteints de diphtérie à l'hôpital Trousseau et à l'hôpital des Enfants malades; 2"* deux pavillons nouveaux contenant 108 lits à l'hospice de Forges, lequel reçoit des enfants scrofuleux; 3<> la colonie de Yaucluse; 4<' le service des enfants moralement abandonnés. — Le Conseil a demandé, et cela à plusieurs reprises : 1« l'agrandissement de la section des enfants de la Salpétrière; 2'» la reconstruction complète du service des enfants idiots et épileptiques de Bicétre; S*" la création d'un dépôt à la campagne pour les enfants dont les parents sont malades dans les hôpitaux; 4<> La coastruction d'un hôpital pour le dix-huitième et le dix-neuvième arrondissement. 11 a enfin émis le vœu qu'on créât un nouvel hôpital maritime et des établissements pour les enfants rachitiques ^
Travail des enfants. — Après avis de la GommissioD supérieure, instituée par la loi de 1874, M. le ministre du commerce a édicté plusieurs décrets appelés à rendre
> Voir BouRNE VILLE : Rapports sur l'Assistance publique , 1877-1883.
de véritables services, et qui interdisent remploi des enfants ou des filles mineures dans certaines industries ou à certains travaux qui offrent des dangers. Nous renvoyons, pour la teneur de ces décrets qu'il serait trop long de résumer, au Journal officiel du 9 novembre 1882.
II. Hygiène scolaire. — Isolement des contagietix à l'école. Durée de cet isolement. — Une question capitale, au point de vue deThygiène des établissements scolaires, est celle de Fisolement et de la durée de Téloignement des élèves qui ont été atteints de maladies contagieuses. En avril 1882, le ministre de l'instruction publique a consulté sur ce sujet TAcadémie de médecine, qui a désigné une commission composée de MM. Roger, BergeronetHillairetpour faire un rapport sur celte question. Restreignant ce terme un peu vague de maladies contagieuses, la Commission s'est bornée à étudier la durée de la transmission des fièvres éruptives, des oreillons et de la diphtérie. Elle a rappelé brièvement la marche et la durée de ces maladies, indiqué d'une manière concise les périodes contagieuses et insisté surtout sur la puissance, la persistance et la résistance des contages. Ce rapport se termine par les conclusions suivantes, qui ont été adoptées par l'Académie dans sa séance du 18 juillet :
V Les élëres atteints de la rariceUe, de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, des oreillons ou de la diphthérie, seront strictement isolés de leurs camarades. ~ 2* La durée de Tisolement devra être de quarante jours pour la variole, la rougeole, la scarlatine et la diphthérie ; de vingt-cinq jours pour la varicelle et les oreillons. — 3* L'isolement ne cessera que lorsque le convalescent aura été baigné. — 4<» Les vêtements que l'élève portait au moment où il est tombé malade devront être passés dans une étuve à plus de 90 degrés, et soumis à des fumigations sulfureuses, puis bien nettoyés. — 5* Les objets de literie, les rideaux de lit et de la chambre d'isolement, les meubles et les parois même de la chambre devront être largement désinfectés, lavés, aérés. — 6« L'élève qui aura été atteint, en dehors d*un établissement d'instruction
publique, de Tune des maladies contagieuses éoumérées dans ce rapport, ne pourra être réintégré que muni d'un certificat de médecin attestant qu'il a satisfait aux prescriptions ci-dessus énoncées.
Ces mesures semblent rigoureuses, et cependant elles sont mises en pratique à peu près partout en Europe. L'hygiène aurait tout à gagner à leur stricte obseryatiou: malheureusement, applicables peut-être dans les lycées et collèges, ces mesures ne le sont plus pour les écoles communales, les parents des élèves n*ayant pas à leur disposition des moyens suffisants de désinfection. Noas appelons donc une fois de plus Tattention sur la création de grandes étuves de désinfection annexées à tous les hôpitaux et mises au service du public.
Gymnastique dans les écoles pHmaires, — L'enseignement gymnastique et militaire dans les écoles primaires a été l'objet dune importante circulaire du ministre de l'instruction publique adressée aux préfets. Après avoir rappelé que la loi du 27 janvier 1880 rendait obligatoire l'enseignement de la gymnastique dans toutes les écoles de garçons et accordait un délai de deux ans pour préparer l'organisation de cet enseignement, le ministre énu* mère les diverses mesures prises pour assurer l'application de cette loi. C'est ainsi que des manuels spéciaux ont été envoyés à tous les instituteurs ; des collections d'appareils et d'agrès destinés à Tinstallation des gymnases scolaires données à toutes les communes qui en ont fait la demande ; chaque instituteur qui sortira désormais des Écoles normales sera en état de donner et de surveiller cet enseignement. En ce qui concerne les exercices militaires, grâce à une nouvelle libéralité du Parlement, on a pu mettre à la disposition des plus modestes écoles primaires de garçons un certain nombre de fusils qui serviront à l'exercice du tir. — On ne peut qu'applaudir à ces mesures qui ont permis de remplir un
des desiderata les plus vivement réclamés par Thygiène. L'audition à l'école, — L'étude des conditions de Taudilion à Fécole vient d'être, de la part de M. Gellé, le sujet d'un consciencieux et intéressant travail. Cette question mérite toute l'attention des hygiénistes : en effet, dans les écoles qui ont été l'objet de son examen, M. Gellé a trouvé les élèves atteints d'affaiblissement de l'ouie dans la proportion énorme- de 20 à 25 pour 100. La plupart de ces élèves, notés comme arriérés ou pa* resseux et souvent punis comme tels, étaient cependant intelligents, et le retard dans leurs études provenait uniquement des conditions défavorables dans lesquelles ils se trouvent placés par l'éducation en commun. Il résulte de ce travail, qui s'appuie sur des recherches sérieuses et longtemps poursuivies, qu'il serait désirable : l*" Au point de vue de l'élève, qu'il fût, à son entrée à l'école, examiné attentivement sous le rapport de l'audition en classe. Si l'on constate qu'il n'entend la parole qu'à trois mètres, par exemple, il devra être placé à part, soit dans une classe spéciale, soit sur un banc situé tool: près de la chaire et du tableau. S'il entend à plus de trois mètres, mais à moins de cinq, il sera placé sur le premier banc, sans tenir compte des conditions de composition. 2* Le maître sera prévenu que ces élèves ont l'oreille dure, et il saura distinguer les fautes par inaudition. 3** Les classes seront de trente à trente-cinq élèves et auront sept à huit mètres de côté. On ne fera jamais de cours dans les préaux, même couverts. — Ces prescriptions devraient être complétées par l'isolement des classes entre elles et Téloignement de l'école des voisinages bruyants.
Myopie scolaire, — La commission nommée en 1861 par M. le ministre de l'instruction publique, afin de rechercher les causes du progrès constant de la myopie parmi les élèves et d'indiquer les remèdes à cette situa-
tion, a terminé ses travaux. Du rapport de celte commission, élaboré par M. Gariel, il résulte que la myopie se produit chez les enfants quand ceux-ci regardent de trop près leurs livres et leurs cahiers. Or, cette mauvaise attitude est prise lorsque le mobilier est mal proportionné à la salle de Télève ou Téclairage défectueux. L'éclairage diurne sera donc fait dans des conditions telles qu'un œil placé- à la hauteur de la table devra voir le ciel dans une étendue restreinte d'au moins trente centimètres, comptée à partir de la partie supérieure de la fenêtre ; Téclairage de nuit sera fait au moyen du gaz, mais il faut que les flammes soient assez éloignées pour qu'il n'y ait pas de rayonnement direct et en outre que la salle soit convenablement ventilée. Quant aux livres scolaires, ils devront, à l'avenir, être imprimés sur un papier blanc, ou mieux de teinte jaunâtre; chaque ligne d'impression, avec son blanc, occupera en hauteur, au minimum, trois miUimëtres et un tiers. La commission demande enfin que les médecins scolaires adressent, une fois par an, un rapport constatant les résultats de l'examen qu'ils auront fait de la vue des élèves.
m. Hygiène professionnelle. — Ankylostome duodé^ nal, — A la suite de la communication de M. Perroncito relative à l'ankylostome duodénal et à l'anémie des ouvriers du Saint-Gothard, l'attention fut attirée sur cette question, et elle fut étudiée de divers côtés. Il est nettement démontré aujourd'hui que les ankylostomes existent en France ; les œufs de ces parasites ont été découverts dans les selles des mineurs de Saint-Étienne, et M. Lesage (de Lille) a également reconnu leur présence dans les selles des mineurs anémiques d'Anzin. Toutefois, on ignorait exactement comment agissait l'ankylostome après qu'il s'était introduit dans l'appareil digestif. Ce point paraît élucidé, grâce aux recherches de M. Mé-
gain. En étudiant Fanémie pernicieuse des etaiens, connue sous le nom vulgaire de saignement de nez, M. Mégnin a remarqué que Tintestin^de ces animaux, à Tautopsie, présentait une foule de petits points hémorrhagiques constitués par une gouttelette de sang à demi coagulée; au centre ou sur le côté de la gouttelette se trouve un petit ver, qui n*est autre qu^un ankylostome. Ces parasites sont d'autant plus nombreux que la muqueuse est plus saine ; ils abandonnent progressivement le terrain qu'ils ont mordu et qui s'est enflammé pour un terrain plus sain, et Ton peut s'expliquer ainsi la marche progressive de la maladie du duodénum à l'iléon. L'anémie est la conséquence de la perversion, puis de l'annihilation des fonctions d'absorption de l'intestin. Au point de vue prophylactique, la maladie peut être prévenue par des soins de propreté bien entendus ; quant à la thérapeutique employée jusqu'à présent (toniques et ferrugineux), elle est insuffisante, et c'est aux aothelmintiques seuls qu'il faut avoir recours pour obtenir une guérison durable.
Manipulation du plomb. — A la date du 24 janvier 1882, M. le préfet de police a adressé aux maires et commissaires de police du ressort de la préfecture une instruction très-détaillée, rédigée par le Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, et relative aux précautions à prendre dans les usines, ateliers, chantiers, etc., où l'on se livre soit à la fabrication, soit à la manipulation du plomb ou de ses divers composés. 11 est vivement à désirer que cette instruction, malheureusement trop étendue pour que nous puissions la reproduire, soit rigoureusement appliquée.
D*autre part, M. Robin Smith, dans le British médical, a publié la relation de nombreux cas d'intoxication saturnine observés chez les ouvriers et les ouvrières d'une filature de coton, où l'on fabriquait une étoffe de cou-
leur orange ; la substance tinctoriale (bichromate de plomb) se dégageait sous forme d'une épaisse poussière jaune pendant la manœuvre des métiers de tissage. A la suite de précautions hygiéniques (masques en mousseline, séchage complet des fils avant le tissage, etc.), les cas dMntoxication disparurent peu à peu. — 11 serait préférable de faire la teinture jaune au moyen d'une substance colorante moins toxique. Nous rappellerons en passant que M. Malherbe (de Nantes) a déjà signalé un cas dMntoxication chez un fumeur qui se servait de mèches à briquet teintes au bichromate de plomb.
Études ^hygiène professionnelle. — Nous croyons devoir signaler h Tattention des hygiénistes plusieurs volumes ou brochures relatifs à Thygiëne industrielle ou professionnelle, et parus dans le courant de Tannée Î882. En première ligne, nous citerons le Traité e^hygiène industrielle de M. Napias, ouvrage fixant en quelque sorte Tétat actuel de la science sur ce sujet, et devant faire partie de la bibliothèque de tous ceux qui, à un titre quelconque, s'occupent d'hygiène'. — Viennent ensuite deux études bien complètes de MM. Duchesne et Michel sur l'industrie des papiers peints et le commerce des plumes pour literie, parures, etc.; une communication de M. Schoull sur les moyens propres à empêcher les accidents d'intoxication chez les ouvriers sécréteurs*. — Citons enfin deux brochures de M. Choquet sur l'hygiène professionnelle du compositeur typographe et de l'ouvrier mégissier».
lY. Hygiène alimentaire. — Absorption du piomb dans l'alimentation. — « De toute part le plomb nous envahit, nous enveloppe et nous pénètre » : ainsi s*ex-
^ H. Nàpias. Traité d'hygiène industrielle. Paris, 1882yMasS0II, éditeur.
^ In Bévue d'hygiène et de police sanitaire, 1882.
» A. Delahaye et E. Lecrosnier, libraires-éditeurs. Paris, 1882.
prime M. A. Gautier dans un travail des mieux étudiés sur Tabsorption continue du plomb par notre alimentation journalière. L'auteur y passe en revue tous nos aliments et boissons, et arrive à conclure qu'il en est peu qui ne contiennent du plomb, et cela à doses sou* vent notables. Ce seraient surtout les matières alimentaires conservées en boites métalliques soudées au moyen d'alliages plombifères, qui introduiraient la substance toxique dans notre économie. Parmi ces conserves, les légumes ne contiennent que de minimes quantités de plomb et offrent peu de dangers ; mais il n'en est plus ainsi des poissons à l'huile et des viandes grasses, et l'on y trouve de 11 à 30 milligrammes de plomb <p«r kilogramme d'aliments. M. Gautier insiste pour q«e l'administration veille à l'application stricte des renflements édictés en 1880, sur l'avis du Comité supérieur d'hygiène, et qui exigent que toute boite de conserves alimentaires mise en vente soit faite de fer-blanc étamé à l'étain fin et à soudures extérieures.
Salicylage des substances alimentaires. — Conformément aux conclusions du Comité consultatif d'hygiène, le ministre du commerce avait adressé en 1881 une circulatpe u interdisant la vente de toute substance alimentaire, liquide ou solide, contenant une quantité quelconque d'acide salicylique ou de l'un de ses dérivés ». Cette circulaire et les mesures qui en furent la conséquence donnèrent lieu à de vives et nombreuses réclamations ; des controverses scientifiques s'établirent ; les commerçants pétitionnèrent, finalement M. Rouvier, alors ministre, renvoya la question de l'acide salicylique devatft le Comité, en demandant un nouvel avis motivé. Le Comité, sur le rapport de M. Dubrisay, qui s'est livré à ce sujet à de longues et minutieuses études, a pense devoir maintenir ses premières concluions (août 1882). — Une proposition, qui avait trouvé de nombreux échos
parmi les partisans de l*acide salicylique, et qui demandait la fixation d'une dose maximum, au-dessous de laquelle l'emploi de cet acide serait autorisé, a dû être écartée, la Commission ayant reconnu que, dans Tétat actuel de la science, il n'existait pas de procédé d'analyse, d'une application facile et générale, permettant de doser d'une manière précise l'acide salicylique dans les substances alimentaires solides ou liquides.
Les viandes trichinées, — On sait que Pimportation des viandes salées d'Amérique, fréquemment infectées de trichines, a été prohibée par un décret de février 1881. Cette mesure, à juste raison considérée comme excessive, puisque jamais on n'avait, à la suite de l'usage de ces viandes, constaté un seul cas avéré de trichinose en France, fut l'objet de nombreuses récriminations. Aussi, devant les plaintes des négociants, le gouvernement présenta-t-il un projet de loi supprimant cette prohibition, et ce projet fut adopté par la Chambre en avril 1882. Renvoyé devant le Sénat, il y fut l'objet d'une longue discussion, mais, finalement, complètement repoussé. Nos pères conscrits ne voulurent tenir compte ni des expériences de CoUin (mars 1882) établissant que les trichines meurent à peu près constamment et totalement après deux ou trois mois de salure, et même plus tôt, si la portion de viande salée n*est pas très-volumineuse ; ni de l'avis de l'Académie de médecine (février 1882), qui s'était prononcée contre l'inspection microscopique des viandes porcines étrangères et avait été d'avis qu'une simple instruction, recommandant une longue cuisson, distribuée dans toutes les communes par les soins de l'Administration, était parfaitement suffisante pour parer à tous les dangers. La prohibition sera donc maintenue, au grand détriment du commerce et de l'alimentation.
Conservation des denrées alimentaires par le froid. —
Depuis longtemps déjà Ton avait songé à appliquer le froid à la conservation des substances alimentaires. Partant de ce principe que rabaissement de la température à 0<^ rend impossible la puUuIation des germes atmosphériques et retarde pour ainsi dire indéfiniment la putréfaction, on conservait dans des glacières la viande, le gibier ; dans les halles et marchés, le poisson, pendant les mois d*été, était recouvert de glace. Toutefois, les procédés employés étaient ou trop coûteux ou insuffisants, et, d*autre part, la glace mise directement en contact avec les aliments désorganisait les tissus ou les imbibait d*eau par fusion. Ce problème, asssz complexe, avait cependant été résolu par M. Tellier, qui utilisa le froid considérable produit par Tévaporation et la condensation de Téther méthylique pour refroidir des chambres où Ton pouvait conserver les viandes de boucherie, et Ton se rappelle ses tentatives infructueuses pour livrer sur le marché de Paris des viandes américaines conservées par le froid et transportées par le bateau le Frigorifique. L'idée fut reprise à l'étranger afin de conserver sur place les denrées alimentaires, et elle réussit parfaitement. Hambourg et Londres ont des marchés pourvus d'appareils à air froid qui fonctionnent avec succès. Aussi sommes-nous heureux de constater que Paris ne restera point en retard en cette circonstance, et nous applaudissons le Conseil municipal d'avoir, à la date du 30 juillet 1882, « autorisé M. le préfet de la Seine à louer à MM. Salomon et Saint-Clair Stevenson les emplacements nécessaires pour l'installation, aux Halles centrales et aux Abattoirs de la Yillette, d'appareils réfrigérants propres à la conservation des denrées ». Comme application du froid, nous signalerons en outre les recherches de MM. Bouley et Gibier, relatives à l'action des basses températures sur la vitalité des trichines contenues dans les viandes. Ces expérimentateurs
ont constaté qu'une température de — 12'' paraissait suffisante pour amener sûrement la mort, et qu'au dégel les viandes salées conservaient leur goût, leur consistance, et ne semblaient pas se corrompre plus facilement.
Déplâtrage des vins. — Une circulaire ministérielle interdit de livrer à la consommation des vins contenant une quantité de sulfate de potasse supérieure à 2 grammes par litre. Pour se conformer à cette circulaire, les négociants, à Bordeaux principalement, se livrent à une opération dont le but est d'enlever l'excès de sulfate, opération que l'on désigne sous le nom de déplâtrage. L'ingrédient employé est le chlorure de baryum, qui a pour effet de substituer du chlorure de potassium au sulfate de potassium existant dans le vin plâtré. D'après M. Caries, ce déplâtrage présenterait au point de vue de l'hygiène de sérieux inconvénients, car il peut arriver que la dose de chlorure de baryum ajoutée au via soit trop forte, et qu'après la précipitation des sulfates, un excès de sel barytique reste en dissolution dans le vio. Or, ce sel est toxique. D'autre part, le chlorure de potassium ne peut être pris impunément d'une façon suivie.
Reverdissage des conserves. — En attendant l'avis da Comité consultatif d'hygiène, qui permettra sans doute de trancher définitivement la question de l'emploi des sels de cuivre pour le reverdissage des conserves de légumes, le ministre du commerce vient d'adresser aux préfets une nouvelle circulaire interdisant non-seulement la préparation, mais encore la vente des conserves préparées de cette façon.
La margarine. — La fabrication des beurres artificiels a pris depuis quelques années une extension si considérable, les procédés de falsification se sont tellement multipliés, que l'on ne saurait trop applaudir à la mesure qui vient détre prise par M. le préfet de police poor
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essayer d* entraver un pareil état de choses. Ce dernier a rendu en effet l'ordonnance suivante, qui a été affichée sur les murs des halles et des marchés de Paris :
Article premier. — La marf^^arine et les produits similaires, mis en vente dans le ressort de la Préfecture de police, devront porter sur chaque morceau une étiquette contenant, en caractères suffisamment visibles, une indication conforme à la nature réelle du produit.
Art. II. — II est interdit d'introduire sur le marché des Halles centrales des beurres artificiels.
y. Maladies contagieuses. — La fièvre typhoïde à Paris. — Pendant plus de cinq mois, une épidémie de fièvre typhoïde a régné à Paris. Bénigne d'abord, cette épidémie prit peu à peu des proportions inquiétantes, et le moment arriva où les hôpitaux devinrent insuffisants. Nous signalerons à cette occasion Fimprévoyance de T Administration, qui, malgré des avertissements nombreux, s'est laissée encore surprendre ; ajoutons toutefois qu'elle a fait son possible pour parer aux nécessités de la situation, et que, grâce au concours du Conseil municipal, elle y est en partie parvenue. L'heure n'est pas arrivée d'étudier et de rechercher les causes et les origines de cette épidémie, les documents faisant défaut. Nous nous bornerons donc à signaler, au point de vue de Thygiëne, deux excellentes instructions*, émanant du Conseil de sa- ' lubrité du département de la Seine et de la Commission d^ygiène hospitalière, relatives à la désinfection des immeubles et des services hospitaliers.
Actuellement, les sociétés savantes et en particulier TAcadémie de médecine discutent au sujet de la fièvre typhoïde. On dépense à cette discussion beaucoup de science et de talent, et Ton prononce surtout d'éloquents discours; mais, jusqu'à présent, rien de bien profitable à rhygiène n'a été dit. En s'en tenant à la pathogénie, à Tétiologie et à la thérapeutique, nos honorables académiciens ne sont pas près de s'entendre ; mieux vau-
drait, à notre humble avis, prendre la question par son côté pratique, celui de la prophylaxie hygiénique, et Ton ferait alors besogne durable et profitable. M. Proust a mis seul le doigt sur la plaie, et il a indiqué le vrai remède : l'organisation de la médecine publique et Tattribution des questions sanitaires à la seule autorité compétente, Tautorité médicale.
Mortalité à Paris pur les maladies épidémiques. — Dans une communication à la Société de médecine publique et d*hygiëne professionnelle, M. Brouardel a appelé l'attention sur les ravages que causent certaines maladies épidémiques dans la population parisienne, et présenté des tableaux qui permettent de voir que, depuis douze ans, les décès ont été constamment en progressant. Sans tenir compte de Fépidémie que nous venons de traverser, depuis dix ans, le tribut payé par Paris à la fièvre typhoïde pour un même groupe de 10,000 habitants a doublé ; la mortalité par diphtérie a augmenté presque dans la même proportion ; la mortalité par rougeole, variole et scarlatine est également en progression. — M. Brouardel a demandé à là Société de médecine publique de nommer une Commission chargée de rechercher les causes multiples de cet accroissement de mortalité et les moyens d*y porter remède. Cette Commission est à l'œuvre, et nous aurons Tannée prochaine Foccasion de revenir sur cette importante question.
Influence du lait sur la propagation des maladies zymfh lignes. — Cette influence, signalée pour la première fois par le D' Taylor, il y a vingt-cinq ans, est aujourd'hui bien démontrée, et si jusqu'ici aucun fait bien démonstratif n'est venu confirmer, en France, ce mode de pro^ pagation, il est à penser que c'est très-probableoient parce que l'attention n'a pas été suffisamment dirigée sur ce point d'étiologie. En Angleterre, aucun doute n'existe à4;et égard, et M. Hart a pu recueillir Thistoire
de soixante-douze épidémies imputables à un lait contaminé par un agent infectieux. Sur ces 72 épidémies, 50 se rapportent à la fièvre typhoïde, 15 à la scarlatine, et 7 à la diphtérie. Le mode Je plus commun de propagation a été dû au mélange des déjections des malades avec Teau qui servait à laver les ustensiles contenant le lait, euphémisme destiné à masquer Taddition probable de cette eau infectée au lait lui-même. Dans d'autres cas, le séjour du lait dans une pièce exposée à des émanations typhoidiques a paru être la cause de la contamination de ce liquide, ou du moins la seule qu'on ait pu saisir. Des tableaux synoptiques très-bien faits, annexés au travail de M. Hart et qui permettent de saisir d'un coup d'œil l'ensemble des nombreuses observations qu'il a compulsées, il résulte que le lait contaminé joue un rôle des plus importants dans l'étiologie de la dothiénentérie. Pour la transmission de la scarlatine et de la diphtérie, les preuves sont bien moins démonstratives et auront besoin d'être corroborées.
InoculabilUé de la tuberculose par la respiration des phlkisiques. — M. Giboux a présentée l'Académie des sciences un travail des plus intéressants. Se trouvant en mesure de recueillir quotidiennement 30 litres d'air expiré par des phthisiques au deuxième et troisième degré, à la suite de séances de spirométrie, il eut l'idée d'introduire cet air dans une cage en bois, cubant environ 4 mètres cubes et demi, où il faisait vivre plusieurs lapins. Gomme moyen de contrôle, il plaça des lapins de la même portée, et qui provenaient comme les premiers d'une mère non tuberculeuse, dans une caisse de même dimension, oii il introduisait de l'air expiré par des personnes vigoureuses et bien portantes. Au bout de quatre mois, il sacrifia quatre lapins; ceux qui n'avaient respiré que l'air expiré par des personnes saines ne présentaient aucune trace de tubercules; ceux qui avaient respiré l'air
exhalé par les phthisiques avaient les poumoas remplis de granulatioas tuberculeuses, de noyaux caséeux ou de petites cavernes; des ulcérations existaient en outre dans la dernière portion de Til^um. M. Giboux fait avec raison des réserves sur Fextension à Thomme des conclusions que Ton peut tirer de ses expériences. Il y aurait tout intérêt à les reproduire sur une vaste échelle, la tuberculose étant une question capitale au point de vue de l'hygiène.
Transmission de la diphtérie dans les hôpitaux.. — A 1*00casion de la mort douloureuse de notre ami H. de Boyer et de celle de M. le D' Gossy, la Société médicale des hôpitaux, sur Tinitiative de M. E. Besnier, nomma une Gommission pour étudier les moyens préventifs contre la contagion de la diphtérie, et pour indiquer les précautions à prendre par les médecins, les élèves et les infirmiers dans les services hospitaliers, afin d'éviter les cas trop fréquents de transmission an personnel médical. Gette Gommission, par Torgane de son rapporteur, M. Descroizilles, a proposé les mesures suivantes, sur lesquelles nous appelons tout spécialement l'attention de TAdmiDistration de l'assistance publique :
1» L'usa(;e largement répandu, généralisé et perfectionné des pulvérisations phéniquées dans les salles. — 2<> Observer une meilleure hygiène pour les salles d'hôpital et les amphithéâtres de dissection, veiller à leur propreté la plus minutieuse; peut-être pourrait-on, pendant les autopsies, faire usage du respirateur à ouate du D' Henrot (de Reims) ; peut-être pourrait-on essayer dans les hôpitaux les moyens conseillés par M. le h^ Latapie ; en un mot, les nouveaux procédés de préservation et de désinfection devront être mis à Tessai. — 3° Recommander et favoriser les moyens de lavage et les ablutions pour les élèves et toutes per^ sonnes employées dans les salles des diphtéritiques. — 4^ Améliorer la situation matérielle des élèves des hôpitaux d'enfants. '
Désinfectants et désinfection, — Aux maladies contagieuses se rattache étroitement la question de la désiu" fection. C'est pour cette raison que, faute de pouvoir
Tanalyser dans cette courte revue, nous recommanderons à nos lecteurs le Traité des désinfectants et de la désinfection, de M. Vallin*, ouvrage très-clair et trèspratique, dans lequel ils trouveront un exposé complet et détaillé des agents et des procédés qui conviennent le mieux à chaque cas particulier.
VI. Hygiène des villes. — Êgouts et vidanges. — Depuis quatre ans, les Sociétés savantes discutent sur révacuation des vidanges et incidemment sur Tutilisation des eaux d'égouts; mais ces questions sont tellement complexes et importantes qu'aucune d'elles ne s'est encore nettement prononcée en faveur d'un système. La Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle a consacré, cette année, près de six séances à cette discussion, et elle a dû clore le débat sans émettre de vote définitif. Tous les hygiénistes sont d'accord pour la suppression des fosses fixes, des tuyaux d'é vents, des vidanges à l'air libre et des dépotoirs ; le système diviseur ne trouve plus que de rares défenseurs; le débat se limite donc entre le tout à l'égout et le moins possible à l'égout. Avec MM. Durand-Claye, E. Trélat, Napias, A. J. Martin, les uns pensent que, puisque les trois quarts des matières azotées, des excréta de Paris sont déjà déversés à l'égout, il n'y a aucun inconvénient à y déverser le quatrième quart, à cette condition que les égouts soient assez vastes, de pente désirable, et que Teau soit en quantité suffisante; les autres, avec MM. Brouardel et Ë. Vidal, se prononcent pour la réception et le transport des matières fécales par une canalisation étanche spéciale n'ayant aucune communication avec l'air des maisons et des rues. Nous regrettons que de cette discussion, qui s'est continuée au Congrès interna-
' Vol. in-80 de 800 pages avec 27 figures. Paris, 1882, G. Masson, libraire-éditeur.
tional d'hygiène de Genève, ne soit point sortie la solution attendue. Il nous reste donc à voir à rœuvre la Commission technique, nommée par arrêté du préfet de la Seine en date du 25 octobre 1883, et chargée de « rechercher le procédé d'évacuation des matières Fécales le plus conforme aux lois de Thygiène ».
UUlisaliondes eaux vannes. — Supprimer Finfection produite par les eaux vannes, les eaux des distilleries, sucreries, féculeries, en utilisant, s'il y a lieu, ces eaux pour la culture, est également un problème assez complexe. La Société d'agriculture de Seine-et-Oise a nommé, à l'effet de le résoudre, une Commission composée d'agriculteurs, d'ingénieurs et de chimistes. Les divers membres de cette commission se sont livrés à des expériences suivies, pendant plusieurs années, dans des cultures variées, et ils ont pu établir dans quelles conditions et à quelles doses l'irrigation peut être faite d'une manière avantageuse. Ils ont aussi démontré que les vinasses et eaux de féculerie sont douées de propriétés fertilisantes, et que l'on trouvera, en les employant dans l'agriculture, un moyen économique d'engrais, tout en supprimant une des grandes causes d'insalubrité. L'épuration chimique des eaux vannes a été de même l'objet de longues études. D'après M. Rabot, rapporteur, deux solutions peuvent donc, dès aujourd'hui, être imposées soit isolément, soit simultanément, suivant que les usines seront agricoles ou industrielles : l** l'emploi agricole des vinasses ou des eaux fermentescibles, dans la limite du possible; 2^ l'épuration chimique des eaux non absorbées, avant de les déverser dans des cours d'eau ou dans des réservoirs plus ou moins étendus.
Habitations insalubres. — Tous les hygiénistes sont d^ accord pour demander la révision de la loi du 13 avril 1850 sur les logements insalubres. Cette année encore, cette question a été l'objet de rapports soit à la Société de
médecine publique, soit à la Commission des logements insalubres. Nous ne résumerons pas les travaux publiés à ce sujet, non qu'ils ne soient très-intéressants, mais parce qu'ils ne présentent aucun fait nouveau. Nous renvoyons donc aux communications de MM. A. J. Martin, du Mesnil et Hudelo^
Crémation, — La question de la crémation a fait un grand pas. M. Paul Casimir Périer vient en effet, en son nom et au nom de plusieurs de ses collègues, de déposer à la Chambre des députés une proposition de loi ayantpour objet de donner à tous les citoyens ou à leurs familles la faculté du choix entre Tinhumation ou la crémation des corps, dans des conditions déterminées par la loi et par des règlements d'administration publique.
Chauffage des voitures. — Des accidents imputés à l'emploi du charbon aggloméré pour le chauffage des voitures publiques et privées ayant été signalés à M. le préfet de police, celui-ci a chargé le Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine de lui présenter un rapport à ce sujet. M. Gautier, dans un travail très-court et très-substantiel, a étudié les faits relatés, et sur ses conclusions le Conseil a proposé de prohiber l'emploi des briquettes de charbon dans l'intérieur des voitures, » à moins qu'on ne parvienne à établir un système de tirage appliqué sur la chaufferette même, qui écoule directement et complètement au dehors les dangereux produits du charbon » . — Mieux vaut donc s'en tenir aux simples bouillottes d'eau chaude ou aux chaufferettes remplies d'acétate de soude liquide qui abandonne son calorique en se cristalisant.
Puisards et puits absorbants. — Le mode d'écoulement des eaux résiduaires et les dangers présentés par les puisards ou puits absorbants intéressent à un haut degré
> In Retme d'hygiène et de police sanitaire, 1882, p. 468 et 957; et Annales d^hygiène publique .et de médecine légale, 1882. Tome J, p. 305.
la salubrité publique. Il importe de réglementer leur établissement, non-seulement pour les industries clasisées. mais aussi pour les iadustries non classées, telle épidémie, telle souillure permanente des eaux d^alimentation n'ayant pas d'autre cause. Le ministre du commerce a adressé à cet égard une circulaire > recommandant aux Conseils et aux Commissions cantonales •d'hygiène de procéder à Fétude des conditions de cette réglementation. Nous aurons donc l'occasion de revenir isur cette question.
Laboratoires municipaux, — Des laboratoires municipaux ou des bureaux d'hygiène fonctionnant sur le modèle de ceux de Paris, du Havre et de Nancy viennent -d'être créés à Toulouse, Lyon, Reims et Saint-Étienne. Une pareille installation est à l'étude pour Bayonne. On ne peut qu'applaudir à ces créations, dont l'hygiène publique bénéficie largement.
Y'II. Hygiène générale. — Direction de la santé pu- Jblique. — L^organisation de la médecine publique en France fait chaque jour des progrès, et l'heure approche où cette réforme, si ardemment désirée, réclamée depuis «i longtemps par des assemblées compétentes, recevra la solution qu elle comporte. Parmi ceux qui ont le plus contribué à mûrir cette question, il faut citer M. A. J. Martin, dont nous avons ici même analysé les projets d'organisation*, et qui a présenté cette année encore un rapport des plus précis et des plus complets sur la direction de la santé publique en France. En raison de leur importance, nous reproduisons les considérants de ce rapport et ses conclusions, qui ont été adoptées à
* Voir Progrés médical, 1882, p. 768.
• Année médicale, 1880, p. 440.
Tunanimité par la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle :
Considérant que les conditions dans lesquelles s'exerce aujourd'hui, en France, la médecine publique ne répondent ni aux nécessités auxquelles elle a mission de faire face, ni* aux efforts mêmes qu'elle n'a cessé de susciter et aui progrès actuels de la science sanitaire;
Considérant que la médecine publique ne recouvrera toute la puissance d'action qu'elle comporte qu'autant quun pouvoir compétent sera chargée , à tous les degrés de lAdministration, d'appliquer les avis des Commissions administratives, et ne pourra s'y soustraire;
Considérant que cette réforme ne peut à cet égard procéder utilement et ressortir son plein effet que par la réunion préalable en un centre commun des services d'hygiène et d'assistance, constituant une direction de la santé publique, ainsi qu'en ont organisé la plupart des pays étrangers ,
La Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle émet le vœu que M. b ministre du commerce et M. le ministre de l'intérieur veuillent bien se concerter, afin de constituer dans un bref délai la Commiuionmixte dont la formation a été demandée par le Comité consultatif d hygiène publique, dans le but de rechercher comment et sous quelle forme une direction de la santé publique peut être créée en France.
Comme complément de ce rapport, il nous reste à signaler le travail de M. Drouineau sur l'organisation départementale de la médecine publique \ dans lequel Tauteur, considérant la question de F organisation centrale comme suffisamment tranchée, recherche « de quelle façon cette unification se fera dans les départements, et comment Torganisation centrale correspondra avec les services administratifs déjà existants ».
Musée municipal d'hygiène à Paris. — Vulgariser et répandre dans le public les notions d'hygiène et mettre à la disposition des hygiénistes des moyens d'enseigne* ment, tel est le but que se sont proposés MM. Bourne-» ville, Cernesson et Loiseau, en déposant au Conseil mu-
' Paris, 1882, 6. Masson, libraire-éditeur.
nicipal, dans la séance du 3 novembre 1882, la proposition qui suit et dont personne ne discutera l'utililé :
Les soussifpaés, considérant que les objets exposés par la ville de Paris à l'Exposition d'hygiène de Genève ont offert à tous les membres du congp'ès d'hygiène réunis dans cette ville un grand intérêt et ont vivement appelé l'attention des visiteurs^ émettent le vœu : 1° que ces objets soient exposés dans le pavillon de la ville de Paris aux Champs-Elysées ; — 2« qu'ils soient complétés par l'adjonction des plans des écoles, des hôpitaux, des services balnéo-hydrothérapiques, etc., votés récemment par le Conseil municipal; — 3« que l'administration étudie une installation définiti?e pour recevoir ces différents objets de manière à créer un Mutée municipal d'hygiène.
Cette proposition a été votée, et nous sommes convaincus que ie Conseil saura donner suite à cette idée, d'un haut intérêt pratique ^
Vlll. Hygiène internationale. — Les quarantaines à Suez. — Le régime quaranienaire imposé dans la mer Rouge et dans le canal de Suez aux provenances maritimes de Textréme Orient a été, à Tlnstitut, de la part de M. de Lesseps, l'objet de vives critiques. A son avis, les quarantaines imposées au cours de la dernière épidémie de choléra sont inutiles et impuissantes, et n'ont d'autre résultat que d'apporter des entraves au commerce. 11 faut atteindre le mal à son foyer même, aux lieux de pèlerinage de l'Inde et de l'Arabie, et non plus tard. En terminant, M. de Lesseps a réclamé la réunion d'une nouvelle conférence internationale, afin de modifier les abus qui se produisent actuellement.
Ces idées ont été combattues par divers membres, M. Bouley entre autres, et il a été décidé qu*une Commission serait nommée pour examiner les différents c6tésde cette question. M. Fauvel, de son côté, a tenu à réfuter
* Sur le rapport de M. Bourneville, le Conseil a voté les fonds nécessaires à la création d'un musée d'hygiène, lequel devra être installé dans le local dit de la chapelle, à l'Hôtel-Dieu.
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les idées de M. de Lesseps, et a rendu compte des mesares prises relativement à Tépidémie, conformément aux règlements consentis par les représentants de toutes les puissances. II a fait aussi justice des critiques formulées contre le Conseil sanitaire international d'Alexandrie, dont certains intérêts voudraient se débarrasser, et démontré que cette institution est des plus utiles aux intérêts européens. « Je pense, a-t-il ajouté, que les quarantaines disparaîtront grâce aux progrès de la science et seront remplacées par des mesures prophylactiques d'un autre ordre. Mais, en attendant, il est incontestable qu'aujourd'hui, faute de mieux, les quarantaines, appliquées conformément aux données de la science, ont leur raison d'être. »
IX. Congrès. — Le Congrès international d'hygiène qui a été tenu à Genève au mois de septembre a été non moins suivi et non moins intéressant que ses devanciers. Comme à Bruxelles, Paris et Turin, les savants des diverses nationalités sont venus discuter les grandes revendications de l'hygiène et affirmer la nécessité d'édicter au plus vite les mesures administratives qui en sont les conséquences immédiates. Le cadre de celte Revue nous interdit l'analyse et même la simple énumération des nombreuses questions traitées dans les séances générales et dans les cinq sections de ce Congrès. Aussi ne formulerons-nous que les vœux adoptés à la séance de clôture, en raison de leur importance. Ces vœux sont les suivants :
lo Sur la demande de MM. Roechlin-Schwartz (de Paris) et G. Fini (de Milan), le Congrès international de Genève, confirmant les yœux des précédents Gon^^rès internationaux d'hygiène, demande à nouyeau que tous les gouyernements, rendant hommage aux principes de liberté et se conformant aux lois de Thygiëne, fassent disparaître les obstacles législatifs qui, dans certains pays, s'op-
posent encore à la crémation facultatwe des cadavres. Incidemment, il attire Tattention des gouvernements sur rayantage de la crémation en cas de graves épidémies.
2^ Sur la proposition de M. le D' Bhouàrdel (de Paris), le Congrès, considérant que \difaUification de* denrées alimentaires, utilisant les découvertes les plus récentes de la chimie, est entrée dans une ère véritablement scientifique, et qu*elle est soutenue par de grands capitaux; que les pénalités opposées anciennement à ces falsifications ne répondent plus à Tétat actuel et sont à peu près illusoires, que les intérêts de production des diverses nations sont absolument solidaires, qull y a danger à ce que Tétat de la législation permette à ces industries, poursuivies dans un pays, de trouver un refuge dans les pays voisins, propose qu*an prochain Congrès la question soit mise de nouveau à Tordre dujonr, afin que les représentants des diverses nations apportent les textes des législations en vigueur chez elles, de façon à pouvoir étudier les mesures à prendre d'une façon internationale.
Z^ A la suite d'une communication de M. le D' Armâingàdd (de Bordeaux), le Congrès, considérant que les établissements maritimes jfour les enfants scro/uleux et raehitiques ont déjà rendu de très-grands services, tant au point de vue prophylactique qu'au point de vue curatif, invite les divers États et les diverses administrations hospitalières à multiplier ces établissements et à en favoriser la création par tous les moyens dont ils disposent. Dans le but de rendre permanente et continue Faction des Congrès en ce qui •concerne cette question, elle sera maintenue à Tordre dujonr dn prochain Congrès ; d'ici là, M. Armaingaud est désigné pour préparer sur cette question un travail d'ensemble. Sur la proposition de M. le D' LuBELSKi (de Varsovie), les établissements pour enfants malades, qui ont été institués en certains pays dans les fOréts balsamiques, sont compris dans le vœu précédent.
A roccasion du Congrès, une Exposition de tous les •objets ou de toutes les découvertes pouvant concourir au perfectionnement de Thygiène publique on privée •avait été organisée à Genève. Cette exposition a offert le plus grand intérêt. Une très-grande place y était occupée par la ville de Paris, et Ton a pu se convaincre, et <les efforts tentés depuis plusieurs années par le Conseil municipal et FAdministration pour assurer la salubrité de la capitale, et des progrès considérables déjà réalisés. Nous renvoyons pour les détails au remarquable rapport
publié, au nom de la Commission de TExposition, par M. A. J. Martin». ^
Le prochain Congrès international d'hygiène aura lieu en Hollande en 1884. A la suite de l'offre faite par M. le D' van Overbeck de Meijer, au nom des autorités municipales de la Haye , cette ville a été désignée définitivement comme devant être le siège du Congrès.
A. Blondeau,
Secrétaire de la rédaction du Progrè» médical, 1 In Progrès médical, 1882, p. 712 et 730, n^^ 57 et 58.
La liste est longue de ceux qui, en 1882, sont tombés yictimes du devoir professionnel. Malgré le nombre toujours croissant des médecins qui, martyrs sans auréole, mais utiles, se dévouent sans s'en apercevoir pour la science, les diverses administrations restent dans la plus coupable incurie au point de vue de l'isolement des affections contagieuses. C'est ainsi que Tannée dernière tombait notre ami Boyer dans cet hospice des Enfants assistés, où les malheureux enfants délaissés par les parents sont en contact journalier avec leurs petits camarades atteints de maladies transmissibles.
A peine avait-il succombé, que son remplaçant, le D** Gosst, titulaire de la place, mourait le 10 février de la même diphtérie. Reçu le premier à l'Internat en 1874, puis chef de clinique en 1880, Gossy, à peine marié, promettait par ses travaux déjà nombreux sur le système nerveux de devenir un homme d'élite, lorsque la maladie est venue l'enlever à sa famille et à ses amis. A. Gossy s'ajoute à une longue série de victimes. -
Février. — Mort à vingt ans des suites d'une fièvre typhoïde, de M. Theollier, étudiant en médecine à Alger. — Mort de Piràub, interne des hôpitaux de Nantes, à la suite d'une variole contractée dans le service des Baraquements , où il prodiguait ses soins à de nombreux varioleux. Nous saisissons cette occasion pour demander la production d'un certificat de revaccination et non d'un certificat de vaccine^ pour tous les élèves qui se présentent pour entrer dans les hôpitaux. li y aurait également utilité à revacciner tout le personnel chaque fois que la variole vient à sévir à l'état épidémique.
Avril. — GouRBJLTiEU, interne des hôpitaux, succombait à la suite des fatigues du concours. L'administration de l'Assistance publique ne daignait même pas se faire représenter à ses obsèques. — ScHOECK, interne des hôpitaux, au milieu du concours de l'adjuvat qu'il préparait avec une incroyable ardeur, sans ralentir le zèle qu'il apportait à soigner les malades qui lui étaient confiés. — Catel mourait à trente-cinq ans, des suites d'une scarlatine contractée en soignant trois jeunes enfants atteints de cette affection. M. Ga tel, qui exerçait dans le quartier du boulevard Voltaire,
avait déjà su se conquérir une juste réputation. — Oppenheim mourait à Tâge de soixante-six ans, des suites d'une piqûre anatomique.
Mai, — Guy, externe à l'hôpital Laënnec, succombait aux atteintes d'une fièvre typhoïde contractée dans son service. — Le D' Genier, médecin aide-major au 1" chasseurs d'Afrique, mourait des suites d'une £n^ave maladie contractée sous Tinfluence des fatigues d'une expédition dans le Sud oranais. — Léon Tihllet, stagiaire à l'hôpital delà Charité, succombait à la diphtérie contractée dans son service.
Jum, — Le D' Creyàux mourait lâchement assassiné dans un voyage d'exploration dans l'Amérique du Sud.
Juillet. — Mort du D"^ Variot, un de nos confrères les plus sympathiques, de la diphtérie contractée en soignant un enfant atteint du croup. Ce jeune et regretté médecin laisse une jeune femme de vingt-cinq ans et un enfant de quatorze mois.
Août. — Gross, médecin de colonisation à Tezi-Ouzoo, succombait à l'impaludisme.
Octobre, — Soye, député de la 1" circonscription de Vervins, tué par accident en allant voir un blessé qui demandait ses soins.
— Alfonso Taillo, étudiant en médecine, mort des suites d'une fièvre typhoïde contractée à l'hôpital Trousseau, où il faisait le service d'externe. — Gourgoux, médecin aide-major de \^ classe à rhôpital militaire de Sousse, des suites d'une fièvre typhoïde contractée dans son service.
Novembre. — Mort à Saintes du D' Ferry, médecin-major au %• de ligne, des suites d'une maladie contractée en Tunisie.
Janvier, — Mort du D' Cenag, à Argelès (Hautes-Pyrénées), à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Il avait été nommé député à la Constituante en 1848. — Mort de M. A. Flaubert, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, professeur de clinique chirurgicale, à la suite d'une longue et cruelle maladie qui l'avait éloigné depuis deux ans de son enseignement.
Février, — Mort du D' Bossu, ancien interne des hôpitaux de Lyon, à l'âge de cinquante-huit ans. Il avait rempli les fonctions de chef de clinique médicale et avait été pendant de longues années médecin du dispensaire spécial. — Motard, qui en 1868 avait publié un Traité â^hygihne. — Desgamps, professeur de chimie à l'Ecole supérieure de pharmacie de Nancy. Descamps avait été i^Uccessivement préparateur à l'École polytechnique, préparateur de M. Fremy au Muséum d'histoire naturelle , préparateur de M. H. Sainte-Claire Deville. il était professeur à Nancy depuis 1874.
— LOLLiOT, ancien interne des hôpitaux de Paris, dont la thèse inaugurale. Etude physiologique de l'arsenic avec applications thérapeutiques, fort remarquable, avait obtenu une médaille d'argent. 11 s'était adonné avec succès à l'étude des maladies mentales. — De Vauréal, à l'âge de quarante-sept ans. On lui doit une thèse sur V Histoire des ferments (1864) et divers autres travaux parmi lesquels
nous citerons : De raguerristement des armées (1869) ; Genèse et indiea' lions du cKoléra-morbus épidémique (1867) ; Aperçu du rôle de l'eau dans la nature (1867); Esquisse des effets physiologiques et thérapeutiques de l'eau (1865).
Mars. — Broc, médecin, directeur de l'asile de Bailleul, auteur d'une thèse intéressante sur la Mégalomanie.
Avril. — Aimé Martin, auteur d'une thèse estimée sur V Accident primitif de la syphilis constitutionnelle et médecin de Saint-Lazare.
Juin. — Lagàrdelle , médecin en chef de l'asile des aliénés de Bordeaux et professeur de maladies mentales à la Faculté de cette ville, à l'âge de quarante-quatre ans. — Mercier, à l'âge de soixante et onze ans. Il s'était livré exclusivement à l'étude des maladies des voies urinaires, sur lesquelles il avait écrit de nombreux travaux fort estimés. — 6 iltier-Boissière, ancien commissaire du gouvernement de la République en 1848, auteur de plusieurs travaux intéressants sur la Goutte. — Lauvergne, médecin en chef de la marine et professeur à l'École de médecine de Brest. — Amédée Latodr, rédacteur en chef de V Union médicale^le principal organisateur de la Société des médecins de France,
Juillet. — L. Gilles de la Tourette, médecin en chef des chemins de fer de l'Etat, archéologue érudit. — Lemercier, né en 1818 au Troncq (Eure), de simple ouvrier sut devenir médecin distingué. Collaborateur du D' Auzoux, il laisse plusieurs œuvres personnelles : la MamellCy le Lobule pulmonaire, etc.
Août. — PiDoux, membre de l'Académie de médecine, médecin honoraire des hôpitaux de Paris, ancien inspecteur des Eaux- Bonnes, dans sa soixante-quatorzième année. — Desmares (L. A.), à l'âge de soixante et onze ans. C'était un des oculistes les plus distingués de la génération présente.
Septembre. •— WoiLLEz, membre de l'Académie de médecine et médecin honoraire de l'hôpital de la Charité, à l'âge de soixante et onze ans. — Labadié, ancien député de l'Aude. Il avait siégé à l'extrême gauche et avait dû, pour raison de santé, renoncer à se présenter aux dernières élections de 1881. ;r— Hillairet, dans sa soixante- septième année, en pleine santé apparente, de la rupture d'un anévrisme. Né à Angouléme en 1815, Hillairet fut reçu docteur en 1841' et soutint une thèse estimée sur la Ténotomie sous-cutanée. Quoiqu'il ne fût pas interne des hôpitaux, il résolut cependant de suivre la voie des concours. Quelque temps après il était nommé chef de clinique de la Faculté, puis médecin du Bureau central, il passa d'abord par l'hospice des Incurables, où il recueillit les éléments d'un ouvrage magistral sur les hémorrhagies du cervelet, puis vint à l'hôpital Saint-Louis, où il resta jusqu'au moment de sa retraite. Il tourna alors ses aptitudes de clinicien vers la dermatologie, qui fut dès lors avec l'hygiène l'objet de ses constantes préoccupations. Il publia de nombreux travaux sur les maladies cutanées, et en 1881 fit paraître le premier fascicule d'un Traité théorique et pratique des maladies de la peau. Comme membre du Conseil
d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, Hillairet fit de nombreux rapports; en même temps, il publiait divers travaux originaux sur l'hygiène. Parmi ces travaux et rapports, nous citerons : Notice turVempoitonnement par i'arsenie, 1863; Mémoire sur les accidents auxquels sont soumis tes ouvriers employés à la fabrication du chromate de potasse (en collaboration avec Delpech), 1868-1876; Rapport sur renseignement de la gymnastique élans les lycées, 1869/ Rapport sur un nouveau système de construction de t ingénieur Tollet pour le casernement et les hôpitaux militaires, 1875; Relations d'une épidémie de contracture des extrémités , 1877, etc. Sa compétence en hygiène lui avait ouvert les portes de l'Académie de médecine, dont il fut nommé membre en 1875 en remplacement de M, Guérart. Hillairet était affable, bienveillant et très-attaché à ses élèves. Il emporte les regrets de tous ceux qui l'avaient connu. — Guérineau, chirurgien de l'Hôtel-Dieu et directeur de l'Ecole de médecine de Poitiers, à l'âge de soixante-six ans. Guérineau s'était principalement occupé des maladies des yeux, et jouissait dans tout le Poitou d'une grande réputation comme oculiste. — Brochard, âgé de spixante-dix ans. On lui doit des travaux très appréciés sur l'allaitement materne], l'hygiène et la pathologie du nouveau-né.
Octobre, — Dataine, membre de l'Académie de médecine, à l'âge de soixante-dix ans. Les travaux de Davaine ont principalement éclairé la question des maladies charbonneuses de l'homme et des animaux. 11 a publié de nombreux ouvrages parmi lesquels nous citerons son Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l'homme et des animaux domestiques, qui lui valut le prixltard en 1864.
Décembre. — Bonnet-Ddverdier, député de la deuxième circonscription de Lyon et ancien conseiller municipal de Paris. — HouzÉ DE l'Aulnoit, profcsscur à la Faculté de médecine de Lille.— Cazalis, médecin honoraire des hôpitaux.
Allemagne. — Mort le 11 janvier, à Cologne, du professeur Th. ScHWANN. Il naquit à Neuss, près de Dusseldorf, le 7 décembre 1810. Inscrit à l'Université de Bonn en 1829, il y devint Volendde Zeun Muller, alors simple privât docent. Celui-ci associa bientôt son olend à ses travaux de physiologie expérimentale. Schwann passa ensuite à l'Université de Wurtzbourg et alla enfin achever ses études à Berlin, où, après la nomination de Zeun Muller à la chaire de physiologie, il fut attaché en qualité d'assistant à ce savant célèbre. £n 1839, Schwann fit connaître ses recherches microscopiques sur l'Analogie de structure et d'accroissement entre les^ animaux et les plantes. La théorie histogénétique ouvrait bien d'autres horizons que ne l'avaient fait les découvertes de Wolff, de Valentin et de Henle, elle donnait le coup mortel à la théorie du principe vital. Très-peu de temps après cette importante publication, Schwann fut appelé à occuper à Louvain la chaire d'anatomie. Dix ans plus tard il vint à Liège continuer le même enseignement, et en 1858 seulement il occupa la chaire de physiologie.
Schwann a découvert les propriétés de la pepsine, reconnu que les muscles se contractent d'après les lois de l'élasticité, et que la puissance des germes organisés est nécessaire pour produire les phénomènes de la putréfaction. Enfin il a démontré que la survie n'était pas longue lorsque la bile cessait de pénétrer dans Tintestin.
Août. — Friedreich, professeur de l'Université de Heidelberg, un des médecins les plus distingués de l'Allemagne. — Cari Hceter, professeur de chirurgie à Greiswald.
Amérique. — Mars. — Samuel Withall, mort à New- York le 18 mars des suites d'une bronchite capillaire compliquée de fièvre intermittente. Né à Marlton le 28 août 1846, reçu docteur à New-York en 1866, il fut nommé bientôt après médecin et superintendant de « Colonel House > , situation qu'il remplit avec distinction jusqu'à sa mort prématurée.
Mai. — Mort du D" Wood, qui fut un des fondateurs de l'Académie de médecine de New-York et avait produit de nombreux travaux sur la gynécologie et la chirurgie du péritoine en général.
Angleterre. — Janvier. — D' Fodlis (de Glascow), victime du devoir professionnel, des suites d'une diphtérie contractée auprès d'un malade auquel il avait pratiqué la trachéotomie. Foulis était un collaborateur assidu des Archives de Laryngologie d'Amérique. — Mort du D*" Robert Christison, décédé à Edimbourg à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Il professa pendant de longues années la médecine légale à Edimbourg et était considéré comme une des célébrités médicales de l'Angleterre. Christison était associé étranger de l'Académie de médecine de Paris. — W. Drapsrs, né à Liverpool le 5 mai 1881. Il commença ses études à l'Université de Londres et les compléta à l'Université de Pensylvanie en 1836. Au début, il enseigna à Hampden-Sydney-College; mais de 1839 à 1873, il occupa la chaire de chimie et de physiologie à l'Université de New- York. C'était un littérateur doublé d'un philosophe et d'un grand savant. A part ses ouvrages de physiologie, il a publié des ouvrages universellement connus sur le Développement intellectuel de t Europe.
Février, — Mort le 27 d'Algemon Freire Mjlreco, professeur de chimie à l'Université de Durham. Né en 1835 à North Shields, il commença ses études en Portugal, vint bientôt en Angleterre, où il s'appliqua à l'étude des produits industriels. Il fut pendant longtemps examinateur à l'École de médecine de Durham.
Mare. — Stànhope Fasson, chirurgien des plus distingués, i l'âge de cinquante-sept ans, des suites d'une rupture du cœnr.
Avril.— Mort, à l'âge de cinquante-huit ans, de Edward Sincliii, professeur d'accouchement à l'Université de Dublin. Reçu docteur en 1861, il se consacra entièrement à l'obstétrique et publia avec
son collègue de la Botonda, le D'Johnston, nn Manuel pratique ffaceouehementi, donnant la relation de 13,748 cas observés pendant sept années de service à l'hôpital des femmes en couches de Dublin. En 1867, il devint président du Collège des chirurgiens. Ancien chirurgien militaire , il fonda sous le patronage de la reine en 1869 une école de sages-femmes pour les veuves d'anciens soldats. L'Université de Dublin, en 1877, lui avait accordé les plus grands honneurs à lui et au regretté Mac Clintock. — Ce même mois a vu mourir une des plus grandes illustrations de ce siècle, Charles- Robert Darwin, né le 12 février 1809, à Shrewsbury. En 1825 il entra à l'Université d'Edimbourg et y séjourna jusqu'en 1818. A peine âgé de vingt-deux ans, il faisait en qualité de naturaliste un Yoyage autour du monde. En 1859, il faisait paraître son grand ouvrage : tOrigine deg espèces au moyen de la sélection naturelle. Ce livre, traduit dans toutes les langues, eut un immense succès, et confirma à jamais la réputation de son auteur. « Comte et Littré, dans ce siècle, avaient fait l'ordre de la pensée; il fallait qu'une intelligence d'élite fit voir, dans un magnifique élan de son génie, de quelle manière on devait désormais étudier la nature, et vint donner aux idées qui se faisaient jour l'impulsion et la direction qui leur manquaient encore. Cet homme, ce fut Darwin. » — jAMiESON, démonstrateur d'anatomie à Aberdeen, des suites d'une atrophie aiguë du foie. Reçu en 1880 docteur de cette Université, il se livra avec ardeur à l'étude de l'anatomie et ne tarda pas à devenir le démonstrateur du professeur strather. — Vorrest, à Dublin. D'abord démonstrateur d'anatomie à l'Ecole de Peter Street, il devint chirurgien de Gevis-Street-Hospital, place qu'il remplit jusqu'à sa mort.
Mai. — Mort le 30 du docteur Peàgock. Né en 1812 à York, il fut nommé en 1835 membre du Collège royal des chirurgiens et licencié de la Société des apothicaires. En 1838, il fut nommé chirurgien résidant à l'infirmerie de Chester, et en 1849 à Thôpital Saint-Thomas. En 1854, il contribua à faire ouvrir un hôpital spécial pour les maladies de poitrine. Il avait publié de nombreux travaux sur ce sujet, de même que sur les maladies du cœur ; c'était en outre un anthropologiste distingué.
Septembre. — Mort à Salcombes du D*" Th. Byrne, médecin de la flotte pendant la guerre de Crimée. Il s'adonna ensuite au traitement des aliénés, et publia en 1864 un intéressant travail intitulé : Loi et Folie, Il représentait au Parlement le bourg royal de Dunfies.
Octobre. — Mort du D' Lyell, à Tâge de trente-trois ans. Ophtalmologiste distingué, il avait été nommé en 1878 « Ophtalmie surgeon to the Great Northern Hospital • et chirurgien assistant à Noorfields Eye Hospital. Après huit jours de maladie, il a été emporté par une pneumonie aiguë, à la terminaison fatale de laquelle les fatigues qu'il s'imposait n'ont pas été étrangères. C'était un chirurgien d'avenir, dont la perte a été vivement ressentie en An-
gleterre. — D' W. Daties, l'un des yétérans du corps de santé maritime anglais, à Tàge de quatre-Yin{]^-seize ans. En 1806, il prit du service dans Tétat-major de la flotte et reçut deux médailles navales. En 1841, il fut licencié du Collègue des médecins de Londres, et depuis 1860 était membre de cette association; il était également membre de la Société de botanique de Londres et membre honoraire de la « Natural History Society • de Brigfaton. Le D' Davies étudia la médecine à Middlesex llospital, et après avoir quitté la marine fut nommé chirurgien-accoucheur à l'institut de Paddington-Lyïng. Parmi ses travaux, citons une étude sur la Réforme de la médecine navale, publiée dans le Médical Circulât.
Novembre. — Mort du chirurgien George Gritchett. Né en 1817 à Highgate, il devint l'élève de John Scott, chirurgien de l'Hôpital de Londres, et fut nommé en 1839 membre du Collège royal des chirurgiens. Peu de temps après il devenait démonstrateur d'anatomie et chirurgien du même hôpital. Dès le début de sa carrière il fut attaché au • Royal London Ophtalmie Hospital >. Il fut président pendant deux ans de la Société Huntérienne, et il avait été élu vice-président de la section d'ophtalmologie au congrès international de Londres en 1881. C'était un oculiste des plus distingués, doublé d'un opérateur des plus habiles.
Décembre. — Edward Crips, licencié en 1828 de la Société des apothicaires, membre du Collège royal des chirurgiens en 1829, fut nommé médecin de Saint-André en 1848. Ses travaux scientifiques reçurent de nombreuses récompenses et en particulier deux prix du Collège royal des chirurgiens : Tun en 1845, pour.un Essai sur la structure et les maladies des gros vaisseaux sanguins; Tautre en 1852, pour un mémoire sur 1 Occlusion intestinale. Il remporta aussi deux fois le prix Asthley Cooper : une première fois en 1819, pour un B*sai sur la structure et Fusage du corps thyroïde; une deuxième fois en 1862, pour son Essai sur le pancréas. Il remporta également en 1872 le prix Fothergill, dont le sujet était : Croup et diphtérie. Il fournit en outre une collaboration assidue à divers journaux de médecine et de zoologie. — Bràid, fils du médecin bien connu de Manchester pour ses recherches sur l'hypnotisme. — Mort du professeur Georges Gulliver, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Né le 4 juin 1804 à Bunburg, il se destina à la médecine et se rendit à Londres, où il fut nommé, par Abernethy, prosecteur et conseï^ vateur du musée de Saint-Barthomew's Hospital. En 1826, il devint membre du Collège royal des chirurgiens, et en 1852, membre du Conseil de ce même Collège. En 1861, il fut élu Hunterian professor d'anatomie comparée et de physiologie, et se livra dès lors à son étude favorite du sang, de la lymphe et du chyle chez les veriibrés. Il laisse un fils unique, le docteur G. Gulliver, qui, héritant de l'amour de son père pour l'histoire naturelle, est parti comme naturaliste dans l'expédition chargée d'aller observer le passade de Vénus.
Autriche. — 3 mart. — Adalhert Dughek, né à Prague en 1824, y prit en 1848 le QTSiàe de docteur.. A l'instar de beaucoup de clini^ ciens allemands célèbres, il commença d'abord par étudier Tana-* tomie pathologique, et publia plusieurs travaux, parmi lesquels nous citerons ses ouvrages sur le scorbut et l'atrophie musculaire progressive. Professeur à Lemberg, puis à Heidelberg, il fut nommé en 1858 à l'Académie Joséphine de Vienne, et enfin succéda en 1871 à Skoda, comme professeur de clinique médicale de cette Université. C'était un professeur remarquable, un praticien renommé.
Belgique. — Février. — Mort des D" Delecosse, échevin de la yille de Bruxelles. — L. Martin, membre de la commission médicale de Bruxelles. — Lammens, membre du comité de salubrité publique de Shaerbeck.
Alarê. — Henri Hahn, membre honoraire de l'Académie de médecine de Belgique, à l'âge de quatre-vingt-un ans. — Louis Fromond, auteur de plusieurs travaux estimés et d'un porte-caustique-uréthral que l'on emploie encore aujourd'hui.
Juin. — Mort du D' AnciaÛx, professeur de clinique chirurgicale à l'Université de Liège, à l'âge de quatre-vingt-un ans.
Juillet. — D' Vergauwex, médecin adjoint de l'hôpital de Gand. — D' TOURNAT, aide de clinique à l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, à l'âge de trente-huit ans.
Espagne. — Janvier. — Mort du D' Joaquin cil y Bores, professeur à la Faculté de médecine de Barcelone et directeur du journal Bl ientido eatoUco en lot cieneias medicas,
Irlande. — Mort, le 5 juin 1882, du D*" Hyaltblin, de Reykiawik. Depuis de nombreuses années il était inspecteur en chef de l'état •sanitaire de l'Irlande, fonction qu'il résigna Tannée dernière. C'était un praticien éminent, un observateur remarquable, s'intéressant à toutes les nouvelles découvertes. Connaissant parfaitement la langue anglaise, il publia de nombreux mémoires dans les journaux de la Grande-Bretagne. En 1869, il publiait dans le British médical un travail sur les kyttet kydatiquei en Irlande et un rapport sur une épidémie de rougeole importée par un vaisseau français et arrêtée par l'adoption de mesures sanitaires rigou* reuses.
Italie. — Mai. — Mort du D' Giovanni Lanza, ancien président du ministère qui rendit Rome à l'Italie. Né en 1810 à Casale, il étudia la médecine à l'Université de Turin et tout de suite se livra tout entier à l'étude des sciences médicales. Mais lorsqu'en 1847 s'élevèrent les premières aspirations libérales, il fit partie de cette association agraire qui ne cachait pas ses franches idées de liberté. C'est alors que, pour les propager, il fonda au commencement de
1848 avec ses amis un journal libéral, VOpinioH. U prit bientôlpart parmi les volontaires à la guerre, de l'indépendance. Nommé peu après député du Parlement, il siégea à gauche et soutint une lutte continuelle contre les partisans de la redevance et les conservateurs du Piémont, et devint un des chefs du parti national. U fut ministre plusieurs fois, d'abord de l'instruction publique, qui en Piémont lui doit beaucoup, il brilla dans le Parlement dès la première législature et eut même parmi ses adversaires la réputation d'un homme intègre et honnête. U fut deux fois président. De très-humble origine, il acquit les honneurs les plus élevés et resta toujours simple et démocrate.
Août. — Luigi GoxcÀTO, professeur à l'Université de Turin. Goncato était né à Padoue en 1830. Après avoir fourni une active collaboration à divers journaux de médecine, notamment à la Rhitta cliniea di Bologna, il avait fondé une revue mensuelle importante intitulée : Arekhio medico italiano»
Japon. — Mort à Paris, à l'âge de trente-neuf ans, des suites d une néphrite, du D' Hyàssi, médecin en chef de l'armée japonaise, qui avait accompagné en France le ptince Arrisogawa.
Suisse. — Septembre. — Mort du D' E. Pljlntàmour, professeur d'anatomie et directeur de l'Observatoire de Genève depuis un grand nombre d'années. Il était auteur de divers travaux sdentifiques.
L'année 1882 a donné peu de résultats au point de vue des réformes urgentes qui s'imposaient tant dans le domaine de l'enseignement que dans le domaine hospitalier.
En 1881, M. Paul Bert, alors ministre, avait adressé aux doyens une lettre circulaire sur les réformes à introduire dans le concours de l'agrégation.
En 1882, M. Duvaux, ne voulant pas rester en arrière de son prédécesseur, proposait et mettait à l'étude la création d'un nouveau grade : le doctorat et sciences médicales.
Disons tout de suite que si la création de ce nouveau titre ne trouvait guère d'adhérents, il n'en était pas de même des réformes à introduire dans le concours de l'agrégation en médecine. Plusieurs points dans celui-ci entraînent en effet la discussion : d'abord la centralisation du concours à Paris pour toutes les places d'agrégation de province, amenant un déplacement forcé, une perte de temps et des frais considérables mal supportés par les concurrents, qui n'ont le plus souvent pour toutes ressources que leur clientèle. Il est également vrai de dire que le docteur habitant Paris et qui voudrait concourir pour Montpellier serait égalemens obligé de se déplacer si le concours se faisait respectivement dans chaque Faculté. La question roule donc sans cesse dans un cercle vicieux.
Mais il est, croyons-nous, en se plaçant à un point de vue plus scientifique, une réforme plus- urgente à apporter dans ce concours, réforme qui porte sur le mémoire ou la thèse imposée à tout candidat admissible.
Si l'on exige une thèse inaugurale d un simple docteur, il est tout naturel d'en imposer une à Tagrégé qui aspire par ce grade, même au professorat ; mais est-il rationnel de faire tirer au sort un sujet quelconque et de l'imposer au malheureux candidat, qui, depuis l'extension considérable qu'ont prise les sciences médicales, doit être un encyclopédiste prêt à écrire sur omni re scibUi et quihuselam aUiê un Yolume de deux à quatre cents pages, et pas moins ! Depuis le commencement du siècle, la thèse d'agrégation s'est accrue dans des proportions directement en rapport avec le temps accordé au candidat : lorsque de douze jours on est passé à un mois et demi, on ne s'est pas inquiété de faire mieux, mais bien de faire plus long, ce qui n'est pas absolument la même chose ; et aujourd'hui on convoque le ban et Tarrière-ban de ses amis, retenus bien longtemps à l'ayance, pour mener à bonne fin un énorme livre gonflé de toutes les opinions hétéroclites des collaborateurs. Disons néanmoins que celles des juges s'y trouvent toujours notablement exagérées.
Pourquoi ne pas laisser au futur admissible le choix de son sujet? Lorsque le moment sera venu, il présentera au jury un travail émané de lui, plein d'observations personnelles et donnant la note exacte de ce qu'il peut et sait faire. Que si deux candidats traitent le même sujet, cela n'en vaudra que mieux, puisqu'ils apporteront dans le débat des faits contradictoires qui ne sauraient que l'éclairer.
En même temps que M. Duvaux consultait les Facultés au point de vue de la création d'un nouveau titre, il empêchait par un acte d'un incroyable arbitraire M. Jousset de Bellesme de prononcer à l'École de médecine de Nantes son discours de rentrée, discours qni lui était imposé par son tour annuel de professeur. Les idées libérales que contenait le discours de M. Jousset de Bellesme avaient offusqué TEcole de médecine réactionnaire de Nantes : en outre, ce médecin semblait s'attaquera des personnalités élevées, peu disposées à souffrir la contradiction. M. Duvaux n'aurait pas dû oublier que chercher à limiter le libre examen, c'est l'éteindre, et le bruit fait autour de cette affaire prouva une fois de plus le tort qu'avait eu le ministre de vouloir entraver la liberté.
Peu de réformes dans les hêpitaux de la part de l'Administration. Malgré la mauvaise volonté mal déguisée de celle-ci, le Conseil municipal est arrivé à créer des ieolet étin/irmiers et d'infirmière* suffisantes pour assurer le recrutement du service hospitalier; à ces écoles, les élèves externes étant admises, il aurait été de la plus grande facilité d'inscrire celles-ci, et à Tinstar de ce qui se fait à
rétranger, de créer ainsi des bureaux où les personnes de la Yille, désireuses d'avoir de bonnes (^arde-malades, eussent pu se présenter. C'est ce que le Conseil municipal avait demandé. Nous ne croyons pas que l'Administration ait jusqu'à présent fait droit à cette légitime demande. — Il est certain que si l'Administration voulait répondre, comme c'est son devoir, aux vœux du Conseil municipal, elle pourrait en un an achever l'œuvre de la laïcisation en provoquant le concours des élèves externes au lieu de l'écarter.
Tous les ans, à cette même place, nous demandons qu'on améliore le sort fait aux internes des hôpitaux de Paris, qui n'ont même pas le droit d'être docteurs, c'est-à-dire le droit à l'existence, puisqu'il leur est difficile de vivre avec 50 francs par mois, logement compris. Nous signalerons cette année la situation bizarre qui leur est créée par ce fait même vis-à-vis deTAdministration militaire. Celle-ci ne les exempte du service des vingt-huit et treize jours qu'en tant que docteurs, ou plutôt elle les considère comme tels, empêchés qu'ils sont d'acquérir ce titre par les restrictions administratives. Vienne une guerre et la mobilisation, les internes, d'officiers ou d'assimilés qu'ils étaient aux officiers pendant la paix, redeviennent simples soldats et vont rejoindre leurs corps respectifs, laissant l'Assistance publique avec ses services désorganisés, alors que l'armée ne songe à profiter de ces nouveaux auxiliaires qu'en les mettant infirmiers de deuxième classe. Espérons que l'année prochaine nous aurons à signaler la cessation d'un pareil état de choses.
La laïcisation des hôpitaux se poursuit dans tout le pays. Pour ne citer que Paris, nous dirons que, le V juin , l'hôpital Tenon et rhôpital de Lourcine ont été laïcisés et que, sur la demande du Conseil municipal, l'Administration s'est engagée à laïciser ao moins trois établissements en 1883,
En 1882 a eu lieu le premier concours pour la nomination d'accoucheurs des hôpitaux. On n'a pas oublié la polémique très-vive engagée à ce sujet dans la presse, en 1881, et qui se termina enfin par la création si nécessaire de ces accoucheurs. MM. Budin, Porak, Pinard et Ribemont ont été élus à ce premier concours.
Au mois de décembre s'ouvrait enfin Vhôpital Bicbat, juste au moment où finissait une très-grave épidémie de fièvre typhoïde qui avait nécessité la construction aussi coûteuse que défectueuse de baraquements provisoires.
Par décret du 25 juillet 1882, M. le ministre de Tinstmclion publique supprimait les secrétaires de Facultés, en tant qu'agents comptables, et centralisait en une seule mdiinlA perception des droits universitaires. Nous passons les détails techniques de recette et de dépense : il semble que M le ministre, tout en prenant une mesure qui, du reste, a été par tous fort bien accueillie, ait voulu empêcher les étudiants de succomber à la tentation de « croquer « le montant de leurs examens, si nous en jugeons par l'art. 4 :
REVUE DK L'ANNEE. 435
> Les familles des étudiants qui suivent les cours des établisse-
• ments d'enseignement supérieur de Paris ont la faculté d'effec- ■ tuer aux caisses des trésoriers généraux et des receveurs des fi-
• nances dans les départements, le versement de tous les produits à
• recouvrer par le receveur des droits universitaires. >
Désormais, lorsqu'on voudra faire une agréable plaisanterie à quelqu'un de très- farceur, on ne l'appellera plus « dentiste •, car il parait que ceux-ci vont bel et bien être catégorisés et astreints à des épreuves dans lesquelles rAi<to%i> ne tiendra pas la moindre place. La Faculté de médecine a en effet voté un projet d^organimtion de la profession de dentiste dans lequel nous trouvons un Art. 3 ainsi conçu : • Les examens sont subis à la fin de deux années de stage », et un Art. 4 : > Les épreuves de l'examen sont au nombre de trois : !• Une épreuve orale sur Tanatomie, l'histologie, la physiologie de la bouche et de ses dépendances, sur la pathologie interne et externe, la matière médicale et thérapeutique au point de vue spécial des maladies de la bouche ; 2° Une épreuve clinique sur un malade atteint d'une affection de la bouche et de ses dépendances. Le candidat, après' avoir établi de vive voix son diagnostic, devra rédiger, sans pouvoir s'aider de livres, de notes ou de conseils, une composition écrite sur la nature, l'étiologie et le traitement de la maladie qu'il a eu à examiner; 3^ Une épreuve pratique consistant en opérations faites sur le vivant, sur le cadavre ou sur le squelette; extraction, obturation des dents, etc., etc.; de plus, exécution en loge d'un appareil de prothèse entier ou partiel, avec application de cet appareil. A la suite de cette épreuve, le candidat sera interrogé sur les opérations odontologiques, sur la physique, la chimie, la mécanique et la métallurgie dans leurs applications avec Tart du dentiste, etc., etc. »
Nous comprenons très-bien qu'on offre à ceux qui le désirent un titre de dentiste, mais nous trouvons qu'on dépasse la limite en édictant l'article 1" : • A partir du !•' janvier 18.., nul ne « pourra exercer l'art dentaire, ni porter le titre de dentiste, s'il • n'est pourvu d'un diplôme français conférant le droit d'exercer « la médecine ou du diplôme spécial de dentiste. »
Nous avons parlé, au début de cet article, de l'insalubrité de l'hospice des Enfants trouvés. Nous trouvons dans un rapport de M. Thullé, présenté au conseil général de la Seine, au nom de la troisième commission sur le service des Enfants assistés*, un projet d'organisation auquel nous ne saurions trop applaudir, et qui consiste à créer en Algérie une colonie agricole.
> M. Thulié rappelle que les premiers essais dans ce sens faits en 1812 par Dupuch, le premier évéque d'Alger, et par l'abbé Bru-
* La 3* commission (Assistance publique) ^talt composée de MM. BonrneTiUe, président; Ronsselle, secrétaire; Gattianx, Cnré, Dubois, Forest, Ernest Hamel, Loiseau, Manier, Aristide Rej, Rouz«, Thulié.
mauld ont eu le plus complet insuccès, parce que ces deux organisateurs avaient eu surtout en vue l'exploitation à leur profit de Tenfance, bien plus que l'éducation et le soulagement des pauvres petits abandonnés. Il croit fermement que, sous l'œil paternel de l'Administration, ceux-ci aideront puissamment à rendre prospère notre grande colonie qui manque de colons surtout Français, mais aux conditions suivantes : • Nos élèves, dit Télo-
> quent rapporteur (p. 14), ne doivent pas aller en Afrique pour
■ aider les cotons : ils vont coloniser eux-mêmes et créer une fa-
■ mille dans notre colonie. Dès le jour de son départ de France,
> l'enfant aura une concession, et ce sera là une dette de la mère « patrie, dont on ne le pourra spolier sous aucun prétexte. A sa
■ majorité, ou plutôt à son retour du service militaire, il aura la
• propriété d'une partie du sol dont la surface sera à déter- « miner »
Nous espérons que ces conclusions, votées par le conseil général, seront également acceptées par l'Assistance publique, que le premier essai de l'abbé Brumauld a rendue circonspecte et pour cause.
En dehors des Enfants assistés dont nous venons de parler, il est toute une catégorie d'enfants qui, d'après les règlements, n'ont plus droit à l'assistance du département pour la seule et unique raison qu'ils ont atteint l'âge de seize ans. Les uns sont orphelins, les autres sont délaissés par leurs parents : • tous
• vivent sans abri, sans secours, sans conseil, sans instruction, « couchant sous les ponts ou à la belle étoile, ayant recours à la « mendicité et au vol pour assouvir leur faim. > Traduits devant les tribunaux, ils sont envoyés à une colonie pénitentiaire, où ils achèvent de se perdre. Ce sont les enfant» moralement abandonna, parmi lesquels se recrutent surtout les bandes de vauriens dont le nombre et les méfaits ont provoqué le projet de loi sur les récidivistes.
Le 6 décembre 1879, le conseil général demandait, sur le rapport de sa troisième commission (voir ci-dessus), la mise à l'étude et la réalisation, dès le 1*" janvier 1881, d'un projet de placement en province des enfants vagabonds de douze à seize ans.
M. Michel Moring, alors directeur de l'Assistance publique, efficacement aidé par M. Brueyre, directeur du service des Enfants assistés, se mit d'accord avec le conseil général, et l'œuvre nouvelle commença à fonctionner à l'époque indiquée. Depuis, M. Quentin a attiré sur elle les générosités du public.
Le Propre» médical, qui S'est fait le vulgarisateur de cette œuvre charitable, demande, et avec raison, que ce service des enfants moralement abandonnés puisse s'ouvrir à une autre catégorie d'enfants, qui, pour n'être pas délaissés, n'en sont, chose bien triste, que plus à plaindre. Nous voulons parler des enfants que leurs parents exploitent eux-mêmes ou louent à des entrepre-
neurs de mendicité, et que Ton rencontre partout, offrant des fleurs ou divers objets : crayons, papier à lettre, etc. « Une réforme de la loi dont on a beaucoup parlé et qui parait oubliée, permettrait à ces malheureux enfants de profiter de l'œuvre du Conseil général. Cette réforme répond trop à un besoin réel pour que nous ne le souhaitions pas de tout cœur. •
• Il est encore dans cette œuvre une autre lacune signalée par M. Thulié; celle-là du moins ne demande pour être comblée qu'un peu d'argent. Parmi les enfants moralement abandonnés, il en est un certain nombre déjà trop corrompus et trop vicieux. que l'on est obligé de rendre au parquet pour préserver les autres de la contagion. D'autres insoumis, incoercibles, appartiennent à des parents indigents qui ne peuvent payer leur internement dans une maison de correction. Pour les uns et pour les autres, il faudrait ce que M. Thulié appelle une • maison d'orthopédie mentale », où, en l'absence d'un état physique spécial, un enseignement méthodique et un traitement moral approprié corrigeraient bien des habitudes fâcheuses et bien des travers. Le département n'ayant pas de ressources suffisantes, M. Thulié invoque l'aide de l'État, et lui demande, pour créer cette maison spéciale, de confier au département de la Seine l'ancien petit séminaire d'izeure, auprès de Moulins, aujourd'hui sans affectation. A ce vaste établissement, pouvant recevoir un grand nombre d'enfants, nous préférerions plusieurs maisons plus petites et plus rapprochées de Paris. Quoi qu'il advienne d'ailleurs de l'intervention de TÉtat, nous avons la confiance que le Conseil général saura trouver le moyen de compléter l'œuvre dont il a le droit d'être fier. >
Du 1*^ janvier 1881 au 30 juin 1882, 1151 enfants, venant du parquet de la préfecture de police ou amenés par leurs parents ont été confiés au service ; 178 ont dû être éliminés comme vicieux ou malades chroniques; 973 ont donc été admis définitivement après un séjour de deux semaines à Thospice où se fait la sélection. De l'hospice dépositaire les enfants sont, selon leurs goûts ou leurs aptitudes présumées^ soit placés isolément chez des patrons qui leur apprennent un métier, soit dirigés sur l'École d'horticulture de Villepreux ou sur l'École d'ébénisterie de Montévrain qui peuvent recevoir la première 40, et la seconde 100 élèves.
Les résultats obtenus jusqu'à présent sont des plus satisfaisants. Chez les patrons comme dans les deux écoles, les enfants moralement abandonnés se transforment rapidement et deviennent vite de bons garçons dociles et laborieux. Il s'agit maintenant d'assurer l'avenir de ce service en établissant d'une façon spéciale et indépendante la fortune des enfants moralement abandonnés. Il ne faut pas que, si le département voulait un jour ren-. trer dans la gestion du service des Enfants assistés, la fortune de ceux-ci absorbe celle des premiers. Il ne faut pas surtout s'exposer à ce qu'une assemblée et des administrateurs trop économes laissent un jour à l'Assistance publique le soin de secourir tous les
«nfants que la lettre de la loi ne met pas à la charge du budget départemental, ce serait la mort d'une institution appelée, si l'on «n juge par ses débuts, à rendre les plus grands services à Paris et à l'Etat. Le conseil général se doit à lui-même de prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer la durée de son œuvre, et la meilleure est de suivre Tavis de M. Thulié, de donner au service •des enfants moralement abandonnés une existence autonome, un budget spécial et une fortune indépendante, qu'augmenteront rapidement des dons volontaires.
Terminons en annonçant qu'en 1882 ont été nommées les premières externes-femmes; espérons que Tannée prochaine on ne leur refusera pas le titre d'internes, et que par reconnaissance elles voudront bien choisir le service de ceux qui ont si libéraleinent voté pour leur admission dans les hôpitaux.
G. <?ILLES DE Là TOURETTE.
TABLE DES MATIÈRES
Ayertissement v
Ana^omie, par Poirier 1
Physiologie, par Lapfont 17
Maladies générales, par Raymond .• 55
Maladies des voies respiratoires, par Baratoux et Brissaud. 66
Maladies du cœur, par J. Gomby 85
Maladies de l'estomac, par Aigre 95
Maladies du foie, par le même 100
Maladies des reins, par J. Gomby 116
Maladies du système nerveux, par Ballet et Marie 124
Pathologie mentale, par Teinturier 155
Maladies de Tenfance, par Seyestre 161
Médecine légale, par A. Josias 193
Chirurgie, par Maunodry 201
Ophtalmologie , par Poncet (de Cluny) ....... 213
Maladies des oreilles et du nez, par Galmettes 295
Maladies des voies urinaires, par A. Malherbe 302
Odontologie, par Gruet 324
Obstétrique, par Advard 333
Gynécologie, par le même 356
Hydrologie, par J. Gornillon 375
Thérapeutique, par Féré 384
Hygiène, par A. Blondeav., 396
Revue de l'année, par Gilles de la Tourette 424
TABLE ANALYTIQUE
Abcès (V. Poumon.) Abdomen (Traitement du pédicule dans les opérations de T), 372.
— (V. Drainage.)
Absinthe. (V. Cerveau.)
Accommodation, 228.
Accouchement chez les primipares âgées, 341. — Del' — dans les présentations du front, 337.
— Marche de la substance cérébrale dans les — difficiles, 349. — (V. Acide thymique.