‹ L'annee medicale cinquieme anneeChapitre 3 sur 29 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

cédente année. Toutefois, s'ils avaient des lacanes à Qous signaler, des critiques à nous adresser, nous les accueillerions avec plaisir et nous les prendrions en sérieuse considération pour Tavenir.

Mai 1883.

BOUBNEVILLE.

I. Sang, coagulation, vaisseaux, circulation; recherches de MM. Malassez , Pouchet , Schmidt, etc. — IL Système nerveux : structure de l'écorce cérébrale; variétés des circonvolutions; pédoncule cérébral; granulations de Pacehioni; terminaisons nerveuses; nerfs glandulaires. — III. Cellules à cils vibratiles. — IV. Muqueuse utérine; ovaire. — V. Synoviales tendineuses.

I. Sang. — Vaisseaux. — Circulation. — H est indispensable, pour rintelligence des détails qui vont suivre, que le lecteur ait bien présent à Tesprlt Tétat actuel de la science sur Tanatomie et la genèse du sang. Nous le résumons ici en quelques mots pour ceux qui ne pourraient se reporter à ce que nous avons précédemment exposé {Année médicale, 1881). M. Hayem admet dans le sang Texistence normale d'un nouvel élément figuré, Yhématohlaste, qui, passant par une série de transformations et de formes intermédiaires, devient en dernier terme le globule rouge.

MM. Pouchet, Sappey, Renaut, ont prouvé que les leucocytes et les hématies des vertébrés ovipares procèdent d'un seul élément anatomique, le noyau d'origine, qui provient du noyau segmenté des leucocytes, mais qui peut naître aussi par genèse dans le plasma du sang, dans les glandes vasculaires sanguines, dans les premières radicules des vaisseauxlympha tiques et dans les ganglions qui en dépendent (Sappey).

M. Robin est d'avis que les leucocytes naissent et se multiplient par genèse, que leur multiplication par segmentation n'a pas encore été observée, et que le fait de

leur transformation en globules rouges n'est aucunement prouvé.

M. Malassez a étudié (Arch. de physiologie, janv. 1882) le mode d'origine et de formation des globules rouges dans la moelle des os. On se rappelle que Neumann d'abord, puis Bizzorero, ayant trouvé dans la moelle des os certaines cellules qui avaient la forme et les dimensions des globules blancs, mais dont le protoplasma était homogène, jaune et réfringent comme la substance des globules rouges, conclurent que la moelle des os était un organe hématopo'iétique. Le fait a été généralement accepté, mais des divergences notables se sont produites sur la façon dont s'accomplit cette fonction hématopoïétique. La transformation des cellules rouges de la moelle (méduUocëles de Robin) en globules rouges du sang se fait par la disparition du noyau, qui pour les uns se détruirait peu à peu (KôUiker), qui suivant d'autres sortirait de la cellule ou en serait expulsé (Rindfleish). M. Malassez a été amené par ses recherches à repousser la théorie de la destruction du noyau ainsi que celle de sa sortie, pour adopter la théorie d'un bourgeonnement du protoplasma qui, venant à se détacher, forme un nouveau globule.

Mais quelle est l'origine première de ces cellules? Quels sont les éléments qui les engendrent? Ces cellules rouges nucléées proviennent-elles, comme on tend à l'admettre généralement aujourd'hui, de la transformation des globules blancs? « Non, répond M. Malassez, car si cette transformation des globules blancs en cellules rouges avait lieu, elle ne pourrait passer inaperçue ; on devrait évidemment trouver des formes intermédiaires, et je les ai cherchées en vain, en employant de bonnes méthodes d'observation; donc, cette transformation ne peut être soutenue. »

Faut-il admettre, avec Pouchet, que ces cellules rouges

de la moelle proviennent des globules blancs par la dégénérescence hémoglobique des leucocytes hyalins? Pas davantage, répond encore M. Malassez, il y a dans la moelle une grande variété de cellules qui paraissent avoir, avec les cellules hémoglobiques, des liens étroits de parenté, mais la filiation est encore bien difficile à démontrer.

A côté de la formation des globules rouges aux dépens des cellules de Neumann, il parait y avoir dans la moelle un autre processus liématopoïétique ayant pour origine le protoplasma des myéloplaxes arrivés à F état de cellules vaso-formatives. (Malassez et Monod, in Arch, de physioL, 1878) Ainsi, il y aurait dans la moelle des os deux formes de formation globulaire : !<* Tune exogène, ayant pour point de départ le protoplasma des cellules rouges de Neumann; 2"* l'autre endogène, ayant pour origine le protoplasma des myéloplaxes arrivés à Fétat de cellules vaso-formatives. — La formation globulaire exogène est spéciale à la moelle, tandis que la formation exogène se rencontre partout où se développent des vaisseaux (développements, inflammations, tumeurs). En dehors de ces deux modes de formation, M. Malassez n'a jamais observé, dans les moelles osseuses qu'il a examinées, rien qui pût justifier aucune des diverses théories émises jusqu'ici sur l'origine des globules rouges.

Coagulation. — Schmidt a complété, dans deux articles parus dans les Archives de physiologie, 1882, sa théorie de la coagulation du sang. On sait que pour le professeur de Dorpat, le processus de la coagulation repose en entier sur une vaste décomposition des globules blancs, décomposition qui survient aussitôt que le sang ou les autres liquides de l'économie sortent de leurs conditions normales, par le fait d'un ferment formé de la substance des leucocytes décomposés (substance fibrinogène). Or, la

totalité des leucocytes D'est poiat employée à cette décompositioD, une partie d'entre eux échappent toujours à la destrucfion. Ce fait qu'une partie seulement des leucocytes se décompose en amenant la coagulation de la fibrine, tandis que l'autre échappe à la décomposition, est pour Schmidt la preuve qu'il y a différentes espèces de leucocytes.

Il résulte des travaux de Schmidt et de ses élèves que le ferment de la fibrine existe à l'état normal dans le sang de l'organisme vivant; seulement il y existe en très-petite quantité. Le sang vivant des herbivores est plus pauvre en ferment que celui des carnivores; la quantité de ce ferment varie suivant les saisons; la saison froide et la bonne nourriture la diminuent, tandis qu'elle augmente par la faim et dans la saison chaude. Dans rorganisme vivant, le ferment est en plus grande quantité dans le sang veineux; le sang artériel, au contraire, contient plus de ferment sur l'animal mort; il y a de grandes différences individuelles. Enfin, la quantité de ferment offre des oscillations chez un seul et même individu dans le courant de la journée, et l'augmentation de ferment est toujours accompagnée d'une élévation de température et d'une' diminution évidente des leucocytes. Ces altérations du sang surviennent lorsque des liquides putrides ou de l'hémoglobine en solution entrent en contact direct avec le sang, et même quand ils sont absorbés parle tissu sous-cutané. 11 nous semble que ces résultats peuvent servir à jeter quelque clarté sur la nature des maladies septicémiques, oii l'on voit Thémoglobine passer dans le sérum et la coagulation se produire imparfaitement.

D'autre part, nous trouvons dans \t Journal de Vanatomie et delà physiologie (mai-juin 1882) une note de M. Pouchet sur quelques particularités offertes par le plasma du sang de cheval. Si l'on traite du sang dé cheval extrait

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de la veiae par deux fois son volume d'une solution de sulfate de magnésie à 33 0/0, on peut observer deux formes différentes de coagulation; mais les leucocytes, bien que profondément altérés, ne disparaissent qu'à la longue. Jamais un observateur rompu à Tétude du sang n^a vu un leucocyte subir pendant la coagulation d'autre altération que celle qui résulte de ses mouvements ami*boldes, et moins encore disparaître du champ du microscope par dissolution. Schmidt eût bien fait de démontrer la destruction des leucocytes avant d'édifier sur cette hypothèse sa théorie de la coagulation.

Est-il possible de distinguer le sang de l'homme de celui des mammifères? C'est là une question d'une importance majeure, surtout en médecine légale, où elle s'est souvent posée. M. Vibert s'est attaché à la résoudre, et nous donnons ici les résultats de ses recherches (Arch. de physiologie, 1882). — Le seul caractère distiactif qu'on puisse remarquer consiste en des différences de dimensions le plus souvent très-minimes : or, le diamètre des globules, même en dehors de tout état pathalogique, varie dans des limites relativement considérables, non-seulement pour une même espèce animale, mais encore pour un même individu; la différence entre les globules du chien, du lapin et ceux de l'homme est extrêmement difficile à saisir pour un histologistc habile agissant sur du sang frais, et la question doit être regardée comme iûsoluble pour un expert, qui opère le plus souvent sur du sang desséché. De plus, en se desséchant, les globules perdent leur forme caractéristique, en même temps que leur diamètre diminue notablement; ces déformations varient suivant les conditions de chaleur, d'hygrométricité dans lesquelles s'est effectuée la dessiccation, suivant la nature de la substance sur laquelle le sang a été répandu, la grandeur et l'épaisseur de la tache, le temps qui s'est écoulé. La restitution de ces

conditions est pure chimère, car ces changements sont définitifs, et aucun réactif ne saurait restituer aux globules desséchés leur forme et leurs dimensions premières. M. Yibert circonscrit dans les conclusions suivantes les limites dans lesquelles Taffirmation est permise : l*" Il est toujours impossible d*affîrmer qu'une tache est formée par du sang humain. Il est seulement permis de dire dans certains cas qu'elle peuù provenir de sang humain. 2° On peut affirmer quelquefois qu'une tache provient du sang d'un mammifère autre que l'homme ; mais il faut pour cela que l'animal dont le sang a produit la tache appartienne à une espèce dont les globules sont beaucoup plus petits que ceux de Thomme, et que l'on ait pu exécuter les recherches dans des conditions très-favorables.

If. Système nerveux. — Structure intime de Vécorct cérébrale chez l'homme. — La structure de l'écorce cérébrale n^est point la même en tous les points de Tencéphale; Bevan-Lewis, résumant les travaux de Baillarger, Mayor, Mierzejewski et Betz, a établi (1877) qu'il existait deux types bien distincts de circonvolutions, l'un à cinq couches, Fautre à six. Betz, dans un nouveau travail, a étendu ces notions : s'appuyant sur l'examen de cinq mille préparations de cerveaux, il est arrivé à conclure que chacune des parties de la surface du cerveau, qu'elle soit circonscrite sous la forme d'un lobule, ou d'une circonvolution primitive, ou d'un département taillé aux dépens de plusieurs circonvolutions, est caractérisée par une structure spéciale. Les parties qui présentent les caractères propres les plus accentués sont :

La circonvolution centrale antérieure (frontale A), dans laquelle on trouve au-dessus de la cinquième couche de grandes cellules qui prennent les dimensions de véritables cellules géantes dans le lobule paracentral ;

ANATOMIB. 7

La circonvolution de Tourlet, dans laquelle les cellules pyramidales de la deuxième couche sont rares et petites, et où les cellules de la cinquième couche, fusiformes et très- volumineuses, ont une direction non pas longitudinale, mais perpendiculaire à la base de la circonvolution.

La corne d*Ammon présente comme particularité la disposition des cellules pyramidales de la troisième couche, qui sont immédiatement sous-jacentes à la première et forment des groupes arrondis, isolés.

Dans la partie postérieure de la troisième circonvolution frontale, les cellules pyramidales de la troisième couche sont plus volumineuses que dans les autres circonvolutions frontales; on peut même, chez les sujets âgés, y rencontrer des cellules géantes. Les parties moyenne et antérieure de cette circonvolution n'offrent pas la même particularité. Le lobule lingual (C. uncifarme) présente huit couches.

Betz signale encore les particularités qui caractérisent la structure du lobe occipital, des circonvolutions pariétales qui ont le type commun, des circonvolutions temporales remarquables par Tépaisseur de la cinquième couche et les petites dimensions des cellules de la troisième, des circonvolutions frontales, etc.

A propos du développement, il a vu : que chez Tembryon de sept mois il n'y a que deux couches, la première et la quatrième; que chez le nouveau-né la structure est la même ; cependant, déjà Ton peut découvrir des cellules géantes groupées en ilôts dans le lobule paracentral; enfin que la troisième couche commence à apparaître, vers Tâge de six mois, dans un grand nombre de circonvolutions. Ce développement progressif de Técorce divisée en territoires d'une structure spéciale apporte l'appoint d'une preuve anatomique aux théories de Ferrier.

La topographie de l'écorce cérébrale en lobes et cir-

8 L'ANNÉE MÉDIGALl.

convolutions devra bientôt faire place à une topographie fondée sur la structure anatomique des parties*.

Variétés des circonvolutions cérébrales de Vhomme. ^- Giacomini conclut de l*examen de 168 cerveaux, dont 22 provenant de criminels :

1« Les nombreuses rariétés obseryées dans la constitution de récorce. cérébrale du cerveau ne peuvent être considérées comme des dérivations du type normal, mais seulement comme des modalités d'exécution. Il est même plus rationnel d'admettre que le véritable type normal n'est pas connu.

2° Il n'est pas de dispositions absolument caractéristiques du cerveau humain, car les variétés morphologiques constatées se rencontrent dans les cerveaux d'animaux plus ou moins voisins de l'homme.

30 II est impossible d'établir, dans l'état actuel de nos connaissances, aucun rapport probable entre certaines variétés de conformation de l'écorce et certaines dispositions de l'esprit ou un développement particulier des facultés intellectuelles.

L'auteur fait les plus entières réserves au sujet de la disposition qu^auraient, d*aprës Benedikt, les circonvolutions chez les criminels. A côté du type que Benedikt a dénommé type à fissures confluentes, il en est un autre, au moins aussi fréquent, qu'on pourrait appeler type à plis anastomotiques nombreux^.

Structure du pied du pédoncule cérébral et du noyau lenti'forme, — J, Pasternatzky, étudiant des coupes transparentes très-étendues pratiquées parallèlement aux fibres du pédoncule cérébral, a vu partir du lobe occipital quatre groupes de fibres : iMes unes se dirigent vers la capsule externe ; 2*» d'autres vont former en partie les tractus blancs antéro-postérieurs qui séparent les segments du noyau lenticulaire du corps strié ; S"" d'autres se jettent dans la couche optique et les corps genouillés;

1 Centralbl. f. d. mediein. IVosteneh., n<" 11, 12, 13, 1881. — Et Rev. des sciences médicales, résumé, t. XX.

* Torino, Ermano Lœscher, 1882. —, Et Archives de neurologie, vol. m, 1882.

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4"" d*au(res enfin vont former la partie externe du pied du pédoncule, le faisceau sensitif de Tûrck. Il existe des fibres très-fines, qui paraissent naître des cellules pigmentées de la substance de Sœmmering et qui se rendent dans la partie interne du pied du pédoncule. D'autres fibres partent du noyau rouge pour se diriger aussi vers la partie interne du pied du pédoncule. Presque toute la partie interne du pied du pédoncule est constituée par des fibres venues de la capsule interne et du noyau lenticulaire du corps strié. — Du tubercule quadrijumeau postérieur sortent des faisceaux qui vont dans la partie externe du pied du pédoncule, immédiatement en dedans du faisceau de Tiirck.

Tous les faisceaux qui passent du tegmentum dans le pes du pédoncule s* entre-croisent dans le noyau lentiforme (noyau de Luys) qui reçoit des fibres venant : i"" du noyau rouge ; 2° de la substance de Sœmmering; 3<> du tubercule quadrijumeau postérieur; 4° du pied du pédoncule. Le faisceau de Tûrck est toujours situé en dehors de ce noyau, avec lequel il n*a aucune connexion. {Arch. de neuroL, vol, III, p. 347.)

Entre-croisement sensitif du bulbe. — MM. Debove et Gombault, examinant un bulbe disséqué par une sclérose latérale amyotrophique, ont pu reconnaître que, contrairement à Fopinion généralement admise, la plus grande partie des fibres sensitives du bulbe se mélangent intimement avec les fibres motrices des pyramides.

Granulations de Pacchioni. — Travaux de Key, Retzius, KoUmann, Hans Lœhr. — D'après Key et Retzius, les granulations de Pacchioni sont des produits normaux de Tarachnoïde, d'une haute importance physiologique, car elles servent à écouler dans les sinus veineux le liquide lymphatique des espaces situés sous rarachno'ide et sous la dure-mère. En effet, si l'on injecte un liquide coloré dans la cavité sous-arachnoidienne du canal ver-

tébral, on voit, au bout de peu de minutes, les paupières, les joues et le cuir chevelu du cadavre prendre la teinte de rinjection, ce qui prouve que la matière colorante a pénétré dans les veines périphériques du crâne et de la face. C'est en vain que Vexpérimentateur surpris cherche quelque lésion ou fausse route par laquelle le liquide injecté aurait passé, le sac arachnoïdien n'est nulle part déchiré, et il peut s'assurer que le liquide a passé par les pédicules des granulations de Pacchioni, dans les sinus ou dans les lacunes veineuses. Ces lacunes sont des sinus accessoires placés sur les côtés du sinus longitudinal supérieur et remplis par l'extrémité large de nombreuses granulations de Pacchioni; dans la paroi externe de ces lacunes débouchent des veines cérébrales, tandis que leur paroi interne communique librement avec le sinus longitudinal.

Ainsi, il résulte des travaux de Key et Retzius, confirmés par de récentes expériences de RollmannS que les mailles des villosités arachnoïdiennes constituent une voie facile, bien que très-flexueuse, pour le liquide céphalo-rachidien ; de sorte que les granulations de Pacchioni seraient des voies de dérivation importantes et normales pour les liquides sous-arachnoïdiens.

Hans Lœhr', tenant compte de leur constance chez rhomme, le chat, le chien, le mouton, s'est demandé * pourquoi le nouveau-né et souvent même l'adulte en possédaient un si petit nombre, pourquoi certaines espèces animales en manquaient absolument, pourquoi, enfin, l'arachnoïde, au pourtour de leurs touffes, est si fréquemment le siège d'altérations et d'épaississements. Et il s'est répondu : qu'il existe deux espèces de granu-

* Corres. Blattf. schweiz. aerzte, n» 18, p. 581, — et Bévue des wieneet méd., tom. XX, p. 409.

* AUg. Zeitsch. /. phyt. psych. u. gerichte ifedi'cin., XXXVIII, 1, et Archw. de neurolog.^ vol. XIV, page 369.

ANATOMIB. U

lathns : les petites, fUvemetïtfihY&iologiqaes^ et les grosses, qui représentent des granulations hyperplasiées, dont la prolifération est parfois telle qu'elles pénètrent dans les os du crâne. Gomme, concurremment avec leur hyperplasie, on rencontre des altérations inflammatoires des méninges, on est porté à croire que leur hypertrophie est en rapport avec les congestions céphaliques auxquelles elles servent de voies dérivatives. Que si, comme chez le nouveau-né, l'équilibre des pressions peut se rétablir par Fexpansion des sutures et fontanelles, leur présence devient inutile.

En terminant, Hans Lœhr remarque que ces explications physiologiques, toutes satisfaisantes qu'elles paraissent, ont néanmoins leurs contradictions, telles : la série des dégénérescences anatomiques dont les granulations de Pacchioni sont souvent le siège (imperméabilité), et leur participation à la partie du revêtement encéphalique dont elles émanent, et les compressions qu'elles peuvent exercer par leur accroissement sur des organes voisins.

Terminaisons nerveuses, — Dans les muscles striés. — . Ludwig et Thanhoffer* ont étudié les terminaisons nerveuses dans les fibres musculaires striées sur les insectes; suivant ces auteurs, le sarcolemme est composé de deux couches que l'on peut isoler par la digestion (dans une fistule gastrique); l'extérieure est hyaline, homogène; rintérieure, membraneuse, avec des noyaux. Le nerf se termine dans la fibre musculaire par la plaque terminale que nous connaissons; mais cette plaque est située entre les deux lames du sarcolemme, dont l'externe se confond avec l'enveloppe du nerf; chez les insectes, le cylindre-axe du nerf se divise comme une fourchette et se ramifie en réseau dans la plaque terminale. Le fond de la. plaque est séparé de la substance musculaire par une

^ Arch./ur mikrose Anal., Bant. XXI, et Rev^sc^médt, t. XX, p. 410#

sorte de membrane cellulaire (manteau nerveux) ; cette membrane et la lamelle intérieure nucléée du sarcolemme qui lui fait suite adhèrent aux lignes transversales de Rrause. Pendant la contraction, il arrive que les lignes de Krause qui adhèrent à la membrane limitante de la plaque terminale se rapprochent et convergent, tandis que de chaque côté elles sont plus lâches; c'est une preuve que la plaque terminale et les lignes de Krause se tiennent réciproquement par de solides connexions.

Yiallanes (th. de Paris, 1881) a, de son côté, montré que le cylindre-axe se divise d'abord en deux branches principales au contact de la plaque terminale; puis ces branches émettent des branches secondaires, lesquelles se divisent dichotomiquement un grand nombre de fois* Il en résulte une arborisation nerveuse terminale située sous le sarcolemme, et comparable à Tarborisation terminale des vertébrés. Les recherches de Yiallanes ont porté sur des muscles d'insectes.

Terminaison des nerfs dans les cellules pigmentaires de la grenouille, — S. Ehrmann, traitant par l'acide acétique et le chlorure d'or des lanières détachées de la peau du dos d'une grenouille ( rana viridis; la peau de la ranafusca est trop pigmentée ), a vu les ner^ du derme venir se ramifier autour des glandes, puis pénétrer jusque dans l'épiderme ; il a vu encore certains filets nerveux venir se terminer dans le protoplasma des cellules pigmentaires, cellules qui ne sont séparées de l'épiderme que par une couche conjonctive claire et homogène.

W. Pfitzner' étudiant la même question dans la peau des larves de batraciens, à Taide de la méthode de l'or, a constaté que les tubes nerveux donnent naissance dans

^ Sitzungeber. Wien. Akad, der WUê., LXXXIV, juin 1881, et Rev. se, méd., t. XX, p. 8. . «

le tissa cellulaire sous-cutané à un certain nombre de ramifications que Ton peut suivre jusque dans I*épil hélium. Chaque cellule épithéliale, même de la couche la plus superficielle, reçoit deux filets nerveux qui Tabordent par sa base et la traversent de bas en haut, en cheminant entre la paroi cellulaire et le noyau; ces deux filets se terminent par une extrémité renflée en bouton. Les filets qui vont se rendre aux cellules superficielles traversent les espaces intercellulaires des couches profondes. II est à remarquer que les deux rameaux que reçoit chaque cellule ne proviennent jamais de la même source ; les filaments pâles qui résultent de la dernière division dichotomique se rendent chacun à une cellule différente'.

Nerfs g.landulalres, — Th. Openchowskia, cherchant les nerfs sécréteurs sur les glandes cutanées de la grenouille, les a vus pénétrer à travers la membrane propre de Tacinus et se terminer dans les celliUes glandulaires ellesmêmes.

Nerfs des voies biliaires extra-hépatiques. — Après Léo Gerlach, M. Yariot a étudié les nerfs des voies biliaires extra-hépatiques : Gerlach avait trouvé deux plexus superposés, Tun primaire sous-séreux, l'autre secondaire intra-musculaire, composé de fibres nerveuses plus fines qui auraient aussi des ganglions annexés au niveau de leur division. Suivant M. Yariot, les filets nerveux, par leurs divisions ultimes, constituent des plexus annexés à l'appareil musculaire et très-analogues aux plexus d'Âuerbach qu'on rencontre dans Tintestin. En outre, on trouve dans la couche sous-muqueuse d'autres ganglions, le plus souvent placés au point de jonction de la muqueuse intestinale qui s'arrête brusquement et de celle des voies biliaires; ces amas nombreux de cellules ganglionnaires paraissent former une sorte de collier autour de l'ampoule

ï Morphol. Jakrb., Band VII, Heft 4, et Bev. se. méd , t. XX.

de Yatcr; ils sont certainement une dépendance du plexus de Meissner. Quant aux terminaisons ultimes des fibres nerveuses dans la couche musculaire ou ailleurs, les préparations de M. Yariot faites sur le cobaye ne lui ont fourni aucun renseignement.

Nerfs des voies respiratoires. — M. Kandaroski a trouvé * que les voies respiratoires de la grenouille, du chien, du chat, du lapin et de Thomme contiennent de petits ganglions nerveux situés sur le trajet des nerfs; chez rhomme, ces ganglions s'étendent de la trachée aux bronches jusqu'aux divisions du troisième ordre. Nous regrettons que M. Kandaroski se soit donné la peine de trouver les plexus bronchiques, décrits par M. Sappey il y a tantôt vingt ans. (VoirSAppEV, Traité tfatiaê., t. lïï.)

Celluksàcils vibratiles. — Nous trouvons dans une intéressante thèse de Paris par J. Ghamil, que M. Rouget, grâce à remploi de solutions acides faibles, a observé que les cils vibratiles se continuent directement avec le protoplasma cellulaire. Dans Faction d'une solution acide faible, les cils deviennent granuleux et paraissent en continuité directe avec des filaments granuleux ou variqueux qui traversent le protoplasma et qu'on peut suivre au delà du noyau jusqu'à l'autre extrémité de la cellule. Quelquefois, quand les cellules ont perdu leur plateau et leurs cils, on peut voir que le protoplasma cellulaire est lui-même divisé en filaments granuleux qui ressemblent au plus haut degré aux cils; ces filaments ne sont que les prolongements intracellulaires des cils.

Muqueuse utérine. — D'après R. Môricke {ZeiLj. Gehurts, Band Vil, Heft i, p. 24, et Rev, se. méd., t XX, p. 423), il n'y a pendant la menstruation ni exfoliation partielle, ni expulsion intégrale de la muqueuse; l'épi-

^ Arch. f. anat. u. phys. Anat., Kbih.^ Heft 1881, et Rev. se. méd,, t. XX, p. 7.

thélium vibratile reste intact, quel que soit le moment où on Fexamine. Môricke est arrivé à ces conclusions par Texamen de préparations cueillies, à Taide de la curette tranchante, dans quarante-cinq utérus à différentes époques de la menstruation. Si quelque délicat s'avisait de trouver le procédé un peu sans façon ou dangereux, nous lui répondrions que la science a ses exigences, que la grandeur de la découverte peut faire excuser le sans génc, et enfin que M. de Sinéty nous avait renseigné sur Tétat de la muqueuse utérine pendant la menstruation, en communiquant à la Société de biologie (ô mars 1881) des résultats identiques avec ceux de M. Môricke. Seulement M. de Sinéty s'était contenté d'examiner des utérus de femmes mortes pendant les règles.

Cellules à cils vibratiles sur l'ovaire, — M. de Sinéty a pu examiner immédiatement un ovaire sain enlevé à 1 occasion de Textractioud'un kyste ovarique, et il a trouvé au milieu des petites cellules cylindriques qui forment le revêtement de la glande quelques cellules plus volumineuses et munies de cils vibratiles. Le fait est-il normal ou pathologique? La question n'est pas sans intérêt au point de vue du mécanisme par lequel l'ovule se rend des différents points de la surface de l'organe vers l'orifice tubaire.

Synoviales tendineuses des radiaux externes. — M. Larger, ayant observé plusieurs cas de ténosite crépitante dans lesquels la tumeur occupait Tavant-bras au-dessus du point où se terminent les synoviales du poignet d'après les descriptions classiques, en conclut qu'il devait exister là une synoviale tendineuse non encore révélée. La conclusion était légitime, car des recherches entreprises à cet effet lui ont démontré Texistence d'une nouvelle synoviale tendineuse. Cette synoviale, qui appartient aux tendons des deux radiaux externes, n'est que le prolongement de la synoviale carpienne de ces muscles, mais elle

en est parfaitement distincte. Son extrémité inférieure est à deux ou trois centimètres au-dessus du ligament annulaire ; de là elle accompagne les tendons radiaux aussi longtemps que ces tendons sont recouverts par les muscles court extenseur et long abducteur, et finit au bord supérieur de ce dernier muscle ou un peu au delà. Elle est fixée, le long du bord externe du radius, au tendon du long supioateur qui la bride fortement de ce côté. M. Larger lui a donné le nom de gaine antihrachiak ou supérieure, pour la distinguer de la gaine carpienne ou tn/2frieure, — Pour découvrir cette gaine, il suffit d'ouvrir avec précaution, entre le long abducteur et le court extenseur, la gaine aponévrotique commune à ces deux muscles. On met ainsi à nu les deux tendons radiaux recouverts de la synoviale dont on pique le feuillet pariétal avec un mince trocart à insufflation. Nous avons eu l'occasion de rechercher cette gaine avec M. Parabeuf, et nos recherches ont confirmé la description de M. Larger.

P. Poirier,

Aide d'anatomie de la Faculté.

l. Respiration. — II. Circulation. — III. Vaso-moteurs. — IV. Nerfs vaso-moteurs lymphatiques. — V. Système nerveux. — VI. Digestion. Toi:icolo{];ie. Nutrition. Chimie physiologique. — VII. Fermentation. Physiologie pathologique

I. Respiration. — M. Gréhant a contîaué ses recherehes sur les phénomènes chimiques de la respiration (5of. de hioL, 2ô mars 1882), et a constaté que la quantité d'acide carbonique exhalé n'est pas diminuée par la section des nerfs pneumo-gastriques. Les ingestions d'alcool et de morphine diminuent au contraire cette quantité dans de fortes proportions, probablement en diminuant la nutrition en général. Le même physiologiste a étudié, eu commun avec M. le D*" Quinquaud, l'exhalation d'acide carbonique dans les maladies de l'appareil respiratoire. {Soc. de biol,, 6 mai.) Dans un certain nombre de maladies pleurales, pulmonaires et bronchiques (bronchite, pneumonie, pleurésie expérimentales), la quantité d'acide carbonique respirée diminue dans de notables proportions; c'est ce qui est arrivé, par exemple, dans une bronchite expérimentale qui n'a duré que quelques heures. Mais dès que les lésions primitives s'amendent, en même temps que la nutrition se relève, la quantité d'acide carbonique produit et exhalé se relève également. Les mêmes phénomènes apparaissent dans la pleurésie expérimentale. Un épanchement pleural notable provoque une diminution de l'acide carbonique exhalé; mais dès que la thoracentèse a permis au poumon de reprendre son volume normal, immédiatement la quantité d'acide carbonique se relève, à moins que derrière la pleurésie ne se

trouve un état cong^estif ou inflammatoire du poumon. Il en est ainsi probablement lorsque, chez Thomme, derrière la pleurésie, se rencontre une lésion tuberculeuse quelconque.

M. P. Bert a continué cette année des recherches complémentaires de ses beaux travaux sur la pression barométrique, en étudiant, sur des échantillons de sang qui lui ont été envoyés de rAmérique du Sud, la capacité respiratoire du sang des animaux habitant les hauts plateaux de rAmérique du Sud. (Soc. de bioL, i 1 février.) Le raisonnement avait déjà fait admettre que le sang des animaux des régions élevées pourrait, sous un même volume, absorber plus d'oxygène que celui des êtres vivant dans des régions voisines du niveau de la mer. On sait, depuis les travaux du professeur Jolyet, que la capacité respiratoire ou le plus grand volume d*oxygène absorbable pour une même quantité de sang ne varie pas, que le sang soit frais ou putréfié. Il était donc possible de déterminer exactement la capacité respiratoire du sang des animaux des hauts plateaux, et M. P. Bert a pu voir que, tandis que le sang des herbivores de nos pays n'absorbe en général que 10 à 12 pour 100 d'oxygène, 100 centimètres cubes de sang de vigogne, de lama, etc., absorbent au contraire 19 à 21 pour 100.

II. Circulation. — M. Fr. Franck poursuitses études sur la circulation; dans un premier travail (Soc.debioL,2bmsirs)^ il a étudié la circulation intra-crànienne pendant Tarrêt du cœur. On a admis généralement jusqu'ici que le [liquide céphalo-rachidien oscillait du crâne vers la cavité du rachis pendant une révolution cardiaque : c'est ainsi que l'on pensait que, pendant la diastole cardiaque, le vide tendant à se produire à l'intérieur de la boite crânienne, le liquide céphalo-rachidien y affluait aussitôt pour combler ce vide, et était chassé au contraire dans le rachis

lorsque la systole ventriculaire lançait une nouvelle quantité de sang qui allait gonfler les artères cérébrales. Pour vérifier cette théorie purement hypothétique, M. Fr. Franck a placé une ligature élastique sur les méninges de la partie supérieure de la moelle, et a constaté qu^après Tarrét du cœur le cerveau, loin d'être rétracté, est au contraire tuméfié, en même temps que ses veines sont fortement congestionnées. L'expérimentateur conclut de ces faits que Tanémie artérielle s'accompagne de congestion veineuse, et que, par conséquent, le vide qui pourrait se produire est comblé par le sang des veines congestionnées. Le même habile physiologiste est parvenu à produire des lésions valvulaires expérimentales du cœur. (Soc, de bioL, 20 mai.) Au moyen d'appareils construits ad hoc, M. Fr. Franck sectionne les cordages tendineux de la valvule tricuspide chez le chien, et voit se produire chez cet animal les troubles fonctionnels déjà constatés sur l'homme par les pathologistes, c* est-à-dire souffle cardiaque, asystolie, ascite, tous phénomènes morbides observés chez les hommes atteints de lésion de la tricuspide.

M. Arloing (Soc. de biol, 11 février 1882) a recherché la puissance de l'élasticité artérielle. En arrêtant le cœur par Texcitation du nerf pneumo-gastrique et en interrogeant en ce moment la pulsation artérielle, M. Arloing a vu qu'après l'arrêt complet du cœur, le sang continue à progresser pendant neufou dix secondes; il en conclut qu'en examinant le pouls au moment où l'on sent la pulsation, la systole artérielle n'est pas uniquement produite par la systole cardiaque correspondante, mais qu'une part d'action revient à l'élasticité artérielle.

in. Vaso-moteurs. — Le mouvement scientifique qui se continue depuis plusieurs années sur l'étude des nerfs vaso-moteurs ne s'est pas ralenti cette année; c'est ainsi

que le même physiologiste lyonnais, M. Arloing, a rendu compte {Soc. de hioL, 11 février) de ses recherches sur les vaso-moteurs de la région cervicale. M. Arloing sectionne le sympathique cervical, dont il excite le bout supérieur, et voit aussitôt se produire un resserrement notable des vaisseaux capillaires de la région cervicale. Si, répétant la même expérience, on a préalablement sectionné le nerf pneumo-gastrique, on voit que la constriction vasculaire consécutive à Texcitation du sympathique est plus intense et plus durable. 11 y aurait donc, diaprés les expériences d'un habile expérimentateur, antagonisme entre le nerf pneumo-gastrique et le nerf sympathique cervical. Pour expliquer la raison de cet antagonisme, M. Arloing fait intervenir une action exercée sur le nerf de Cyon, et pense que la vaso-constriction cervicale, en produisant une augmentation de tension vasculaire, agit sur le cœur, dont la surface interne, où viennent aboutir les terminaisons nerveuses du nerf dépresseur, réagit à son tour sur le bulbe, qui, ainsi excité, modère Tinfluence de la vaso-constriction. Si donc on coupe le vague, et par conséquent le nerf dépresseur de Cyon, le cœur n*est plus en relation avec le centre bulbaire, et Faction vasoconstrictive du nerf sympathique cervical agit d'une façon exclusive.

MM. Dastre et Morat ont poursuivi leurs recherches sur les nerfs vaso-dilatateurs de la région cervicale. Dans une première note [Soc, de bioL, 15 juin), ils établissent que Texcitation du bout central des nerfs dépresséurs de Cyon n'amène pas de dilatation vasculaire dans la bouche, les lèvres et le pavillon de Toreille. La dilatation produite par le dépresseur est donc limitée à certains départements vasculaires, et spécialement à ceux qui se sont développés aux dépens du feuillet interne du blastoderme, ceux du feuillet externe étant le siège d'une anémie considérable. Nous nous sommes déjà expliqué à

ce sujet les anaées précédentes ; nous avons fait justice de cette prétendue délimitation d'effets vasculaires suivant le feuillet. Les nouveaux travaux de nos contradicteurs n'apportant rien de nouveau pour éclairer le sujet, nous nous contentons donc de Texposer purement et simplement, et nous passons tout de suite à la principale communication de ces physiologistes sur les nerfs sympathiques dilatateurs des vaissseaux de la bouche et des lèvres. (Dastre et Morat, Ac. des sciences, 24 juillet.) l"" Si, après avoir sectionné la moelle au niveau du renflement cervico-dorsal, on porte Texcitation électrique sur le segment postérieur, on constate une dilatation primitive des vaisseaux de Toreille, de la région bucco-faciale, de la muqueuse palatine, gingivale, géniale et labiale. 2"" Après cela, on met à nu les deuxième, troisième, quatrième et cinquième paires dorsales, que Ton sectionne entre deux ligatures ; on excite alors le bout périphérique de la racine détachée, qui provoque une dilatation limitée à la région bucco-faciale du côté correspondant. Les nerfs vaso-dilatateurs sont donc des nerfs centrifuges moteurs qui passent par les racines antérieures des nerfs préparés. Les nerfs vaso-dilatateurs rentrent donc dans la loi de Magendie que tout le monde connaît. S^" MM. Dastre et Morat ont poussé plus loin l'analyse en préparant les rami communicantes des deuxième, troisième, quatrième et cinquième nerfs dorsaux, c'est-à-dire les filets qui se rendent de ces racines à la chaîne du grand sympathique. Ils ont sectionné ces. rami commu^ nicantes et excité le bout attenant à la chaîne ganglionnaire. La dilatation consécutive à cette excitation démontre que les nerfs vaso-dilatateurs suivent la voie du sympathique, et Ton peut même les suivre dans les rameaux que ce nerf envoie vers la face ; car ils existent dans les deux branches de Tanneau de Yieussens, dans le cordon cervical sympathique, dans les fibres du trijju-

meau; car, en comparant les résultats de rexcitalion des deux nerfs, on voit que le sympathique envoie au trijumeau une notable partie des éléments vaso-dilatateurs ; les nerfs vaso-dilatateurs peuvent être, du reste, mis en activité parle sang asphyxique. Enfin, ce phénomène vasodilatateur peut être provoqué soit par une impression partie directement des centres, soit par une voie réflexe. Nous connaissons les voies directes ; examinons maiotenant les voies réflexes : l"" excitation du bout central du nerf pneumo-gastrique isolé ; cette dilatation est primitive et unilatérale; elle est diminuée ou fait le plus souvent défaut par la section du sympathique; elle cesse également par Tanesthésie complète ou la section de la moelle cervicale ; 2» Texcitalion du nerf laryngé supérieur ou des filets pulmonaires du pneumo-gastrique produit aussi une dilatation considérable, moindre ou nulle, par excitation des rameaux cardiaques ; 3"" l'excitation du bout central du sciatique et de tous les nerfs mixtes en général produit le même effet. Après section du nerf sympathique, la dilatation asphyxique se produit encore quelquefois. Quand les filets sympathiques sont dégénérés, Texcitation du maxillaire supérieurproduitencore une congestion amoindrie de la lèvre correspondante. Tous les nerfs vaso-dilatateurs de la région bucco-faciale ne sont donc pas contenus dans le cordon cervical sympathique. A cette longue communication, qui résume les travaux de nos savants compétiteurs, nous n'avons rien à ajouter, puisqu'ils reviennent d'eux-mêmes sur leur première théorie et confirment- nos différents travaux, dont nous avons déjà rendu compte Tannée dernière dans ce même recueil. Nous nous contenterons de rappeler nos propres paroles à ce sujet {Année médicale, 4" année, p. 37) :

« Ces filets vaso-dilatateurs, ceux du sympathique, sont pour

MM. Dastre et Morat les seul* nerfs char£;és de cette fonction vasomotrice pour la tête (et en cela, ils ont tort, j'espère qu'ils le reconnattront un jour), mais qui n'en existent pas moins, ainsi que nous avons pu le constater en répétant posément toutes ces expériences. En effet : 1^ Après la section du tronc nerveux formé par la réunion du nerf dépresseur, du pneumo-gastrique et du sympathique cervical chez le chien, si Ton vient à exciter le bout céphalique du tronc nerveux sectionné, avec un courant approprié suffisamment fort, on obtient une dilatation bucco-faciale, que ne peut plus produire la même excitation faradique, appliquée au même endroit, trois semaines après, c'est-à-dire lorsque la dég^énérescence des filets sympathiques périphériques est complète. Voici donc une preuve certaine que la première fois, on aurait bien excité des nerfs vaso-dilatateurs proprement dits, à action directe et centrifu{];e. «

Ce point acquis à la science au point de vue de la vasodilatation bucco-faciale (car au point de vue de la dilatation des vaisseaux auriculaires, MM. Schiff et Yulpian avaient déjà démontré que les filets vaso-dilatateurs provenaient du symphatique), nous nous sommes empressés de rendre hommage à MM. Dastre et Morat, et nous sommes d'autant plus heureux de reconnaître leur mérite, que leur note à M Académie des sciences (24 juillet) vient nous donner raison sur tous les points que nous avons déjà éclaircis, avec expériences à Tappui, devant la Société de biologie, dans les séances du 16 février 1880, du 26 février 1881, du 30 avril, du 7 mai 1881 ; à savoir que : la section du sympathique cervical n'empêche pas les effets vaso-dilatateurs produits par Texcitation du bout périphérique des différents rameaux du nerf trijumeau, un mois après la dégénérescence des filets sympathiques cervicaux. (M. Laffont, 16 octobre 1880.) —L'excitation du bout central du nerf mixte ou sensitif tel que le pneumo-gastrique, etc., provoque une dilatation réflexe des vaisseaux de la région bucco-faciale. (M. Laffont, 16 octobre 1880.) — La section du sympathique cervical n'empêche pas la production de la vaso-dilatation asph}'xique. (M. Laffont, 30 avril. 7 mai 1881.) — Les

filets vaso-dilatateurs de la région bucco-faciale tirent leur origine de plusieurs sources. (M. Laffont, Année médicale, 4* année.)

Notre article de Tannée dernière annonçait aussi que MM. Dastre et Morat avaient analysé d'une façon exacte le réflexe de Snellen (dilatation des vaisseaux auriculaires à la suite de Texcitation du bout central du nerf grand auriculo-ccrvical). Mais, puisque ces habiles physiologistes cherchent à maintenir éveillée l'attention du public physiologiste sur ce sujet par des communications réitérées sur la question, nous allons aujourd'hui terminer la revue de toutes les découvertes faites sur les nerfs vasodilatateurs, en parlant de l'analyse du réflexe de Lovea que nous avons faite , et de celle du réflexe de Snellen, découverte de MM. Dastre et Morat. (Analyse du réflexe de Lovea, par M. Laffont : Soc, de hioL, 14 octobre ; Acad, des sciences , 6 novembre 1882. — Analyse du réflexe de Snellen, par Dastre et Morat, 13 novembre 1882.) En 1866, dans un mémoire intitulé : Dilatation vasculaire consécutive aux irritations nerveuses, publié dans le Compte rendu des travaux exécutés au laboratoire physiologique de Leipzig, M. Christ. Loven, après avoir donné une théorie de la dilatation vasculaire dont nous n'avons pas à parler ici , a contrôlé l'existence du réflexe de Snellen (dilatation des vaisseaux de l'oreille à la suite de l'excitation du bout central du nerf auriculo-cervical sectionné), au sujet duquel M. Schiff a réclamé la priorité de la découverte, qu'il fait remonter à 1854. (Arch. de Tubingue,) A vrai dire, les expériences de M. Schiff restèrent ignorées; bien plus, dans ses leçons au Collège de France en 1858 et 1859 (Leçons sur le système nerveux, t. II, p. 613 et suivantes; Clinique européenne, avril 1859, et Leçons de pathologie expérimentale, parues seulement en 1872, p. 344 et 391), Cl. Bernard parait ignorer l'expérience de M. Schiff, renouvelée par Loven; et même en 1876, dans ses Leçons

sur la chaleur animale, p. 294, le physiologiste du Collège de France répète de nouveau que la galvanisation du bout central du nerf auriculo-cervical sectionné produit le refroidissement de Toreille correspondante, lorsque le sympathique cervical est intact , et la congestion en même temps que réchauffement lorsque le sympathique cervical est sectionné. Cl. Bernard avait cependant constaté, dans une de ses expériences, que Tèlectrisalion du bout central du nerf cervico-auriculaire produisait la dilatation des vaisseaux auriculaires; mais il mentionne cet effet sans paraître y attacher aucune importance, et cherche surtout à établir que Tèlectrisation d'un nerf sensible de T oreille doit nécessairement provoquer la vaso-oonstriction de Toreille, par suite d'une action réflexe sur le sympathique cervical. Au contraire, la même èlectrisation, après section du sympathique cervical, doit provoquer une dilatation, parce que, sous Tinfluence de la douleur, le cœur fait sentir son excitation avec plus de force dans les artères de Toreille relâchées parla section du grand sympathique.

Cependant, en 1865 , dans ses Leçons sur la physiologie de la digestion, publiées en 1867, .M. Schiff insistait tout particulièrement sur les effets vaso-moteurs auriculaires, consécutifs aux sections des différents nerfs auriculaires et aux excitations des deux bouts de ces différents nerfs sectionnés.

C'est ainsi qu'à la page 241 du premier volume , il se charge de démontrer qu'il est « parfaitement juste de dire que les filets constricteurs prévalent dans le grand sympathique; mais rien ne prouve que celui-ci n'en renferme pas d'autres ayant la fonction opposée ».

A la même page, il insiste sur la vaso-dilatation paralytique consécutive à la section du nerf grand auriculocervical,dont les effets ont été étudiés depuis, d'une façon plus complète» par A. Moreauen 1870, (Arch. dephysioL,

1871.) M . Sctaiff montre (p. 243) que toute excitation da bout central du nerf grand auriculairc,4nsufâsante pour que la douleur provoquée produise un arrêt du cœur qui amènerait nécessairement une anémie générale, sera suivie infailliblement d'une forte dilatation des vaisseaux de Toreille. Ce même auteur engage, lorsqu'on veut supprimer à coup sûr Tanémie primKive, à pratiquer préalablement l'extirpation des spinaux, qui empêchera les réflexes arrestateurs du cœur.

Dans toutes nos expériences, disons dès à présent que nous avons supprimé cet effet réflexe par une instillation préalable de sulfate d'atropine dans l'œil des animaux opérés. Au resfe, il est facile de prouver que cette constriction primitive n'est pas l'effet capital de l'excitation , et que la dilatation consécutive n'est pas un effet ^épuisement, selon la (héorie de Donders. En effet, la constriction est bilatérale; bien plus, elle est générale et résulte d'un arrêt du cœur. Au contraire, la dilatation est unilatérale et correspond au côté excité.

Revenons aux leçons de M. Schiff. Un des passages les' plus importants au point de vue de la question qui nous intéresse actuellement, est celui-ci (p. 245) : ce Les filets dilatateurs sur lesquels réagit l'excitation sensible centrale devront être cherchés soit dans le sympathique , soit dans les autres nerfs qui, à l'exclusion de la branche auriculaire du plexus cervical, se distribuent aux vaisseaux de Toreille. » De quelle façon ces filets dilatateurs doivent-ils être recherchés? En premier lieu, M. Schiff, après avoir sectionné d*un seul côté le sympathique cervical chez un lapin , l'introduit dans une étuve chauffée à une température d'environ 36"* (p. 246). Au bout d'une heure, la température de l'oreille du côté lésé n'a pas varié et accuse toujours 38* ; tandis que la température de l'oreille saine, qui était primitivement de 31», est

montée jusqu'à 40'> et 41% et riojection est dans les mêmes rapports que la température.

Or, nous savons que, dès 1858, Cl. Bernard, ayant fait la même expérience [Leçons sur le syst, nerv., t. II, p. 494) et placé un lapin pareillement opéré dans une étuve dont la température était au^-dessus de celle du corps , avait constaté simplement Téquilibration de la température. Ces différeoces de résultats tiennent sans doute à ce que Cl. Bernard laissait Tanimal trop longtemps dans Tétuve-, car M. Vulpian (loc, cit,, p. 409) a obtenu les mêmes résultats que M. Sctaiff , en laissant Tanimal quelques instants dans une étuve à 40 degrés.

Au reste, ce ne sont pas là les seuls agents capables de produire Finterversion de Tétat vasculaire des deux oreilles. Toutes les causes d'excitation générale, comme le mouvement actif, la course, les impressions vives, reproduisent rbyperémie de Foreille saine , toujours de beaucoup supérieure à Thyperémie passive de Tautre oreille, privée de Tinfluence du grand sympathique. (M. Schiff, loc. cit., p. 260.)

Tels sont aussi les résultats obtenus par M. Vulpian, et consignés par lui dans son important travail sur l'appareil vaso-moteur (t. I, onzième leçon, p. 406 et suiv.).

Nous avons à peine besoin de dire que nos expériences personnelles sont pleinement concordantes avec celles de nos prédécesseurs que nous venons de citer.

Ces expériences de M. Schiff, ainsi que le reconnaît M. Vulpian, datent de 1854 , précisément à l'époque où tous les physiologistes portaient leurs investigations sur les différents rameaux du grand sympathique pour y découvrir les filets vaso-constricteurs de chaque région.

C'est cependant à cette époque que Schiff, pour expliquer la congestion vasculaire obtenue dans les conditions que nous venons d'énumérer, déclarait qu'aucune des théories qui considèrent le sympathique comme un

nerf exclusivement constricteur ne saurait nous rendre compte du phénomène de dilatation vasculaire produite par l'effet de la chaleur dans Foreille non lésée.

Quoi de plus naturel, dès lors, que d'appeler celte hyperémie , réalisable seulement pendant l'intégrité des nerfs, un phénomène aclif?... Les filets dilatateurs doivent être contenus dans le grand sympathique , puisque par la section de ce nerf nous avons aboli en grande partie la possibilité de la dilatation.... Il suit de là que le sympathique auriculaire doit renfermer des fibres dont rintégrité est nécessaire pour que la dilatation vasculaire puisse avoir lieu, fibres antagonistes de celles qui ont pour mission de resserrer les vaisseaux. (M. Schiff, loccU., p. 250-261.)

On le voit, malgré le courant des idées, M. Schiff n'hésite pas à refuser au sympathique un rôle exclusivement vaso-constricteur.

Plus tard, comme nous venons de le dire, M. Yulpian reprend ces expériences en 1875, et arrive de même à admettre des filets vaso-dilatateurs dans le sciatique. (Leçons sur l'appareil vaso-moteur, t. 1, p. 406 et suiv.)

Mais l'influence prépondérante de CI. Bernard, qui jusqu'au dernier moment (Leçons sur le diabète, 1877 , p. 398) admit une différenciation des deux ordres de nerfs vaso-moteurs (les nerfs vaso-constricteurs venant du grand. sympathique, les nerfs vaso-dilatateurs venant du centre cérébro-spinal) , empêcha la question de progresser davantage.

Ce n'est que plus tard, en 1880, que les propres élèves de Cl. Bernard, MM. Dastre et Morat, reprenant les idées de Schiff, découvrirent des vaso-dilatateurs pour la région bucco -labiale dans le tronc sympathique cervical du chien, et recherchèrent le point d'émergence des filets dilatateurs de l'oreille, dont Texistence avait été démontrée par Schiff d'abord, par Yulpian ensuite.

Dans la séance de la Société de biologie du 29 jaavier 1881, MM. Dastre et Morat disent que « l'excitation (vaso-dilatatrice) sort de la moelle par les rameaux communicants qui, des dernières paires cervicales, vont se rendre aux ganglions premier thoracique et cervical inférieur. Si Von coupe ces filets, le réflexe est aboli : — que Ton excite le bout attenant au ganglion , et la congestion de Toreille reparait. » Aujourd'hui, ces expérimentateurs ne localisent plus Téniergenee des filets vasodilatateurs auriculaires dans les paires nerveuses cervicales, ils admettent aussi que Idi première paire thoracique donne passage à une partie de ces filets. (Archives de physiologie, octobre 1882, p. 341.)

Reste à déterminer par quelle voie ces filets gagnent Toreille. Arrivent-ils par le rameau anastomotique auriculo-temporal du facial et du trijumeau, ainsi que le veulent Cl. Bernard et Maurice Schiff? Les auteurs sont muets à ce sujet. Seul, M. Yulpian [Leçons sur l'appareil vaso-moteur, t. I, p. 256) affirme que la section des nerfs auriculaires (branche auriculaire du fitcia!, nerf auriculocervical antérieur, nerf auriculo -cervical postérieur) sur un lapin curarisé n'empêche pas la dilatation réflexe des vaisseaux auriculaires , tandis que la section seule du cordon cervical du sympathique supprime le réflexe vaso-dilatateur.

D'après M. Yulpian, les filets vaso-dilatateurs émergeant du ganglion cervical supérieur se jetteraient donc sur les vaisseaux, qu'ils accompagneraient jusqu'à leur terminaison. Il est vrai, d'autre part, que M. Yulpian constate, ainsi que M. Schiff, que la dilatation réflexe des vaisseaux auriculaires reparaît si on la recherche dans l'oreille énervée du sympathique, plusieurs jours après cette énervation. Ce qui indiquerait que les filets vasodilatateurs auriculaires ont, comme leurs congénères de la région bucco-labiale, plusieurs origines distinctes. Quoi

qu'il en soit, on peut dire aujourd'hui que l^analyse du réflexe de M. ScliifF, improprement appelé réflexe de Snellcn, est presque complètement terminée.

Revenons maintenant au mémoire de C. Loven.

Dans le troisième chapitre, fauteur signale un nouveau réflexe vaso-dilatateur. Incisant la peau à la face interne de la jambe, le long du tibia, il découvre Tartëre saphëne très-petite au milieu de ses deux veines satellites ; il prépare alors le nerf dorsal du pied, à la face antérieure de l'articulation tibio-tarsienne ; ce nerf étant sectionné, Félectrisation faradique de son bout central provoque rapidement une dilatation énorme de l'artère, qui fait plus que décupler de volume.

Pour être complets, nous ajouterons que, dès 1857, M. M. Schiff, dans un mémoire présenté à l'Académie royale de Copenhague, avait montré que l'excitation des racines postérieures du plexus sciatique chez le chat provoque tantôt un refroidissement, tantôt un échauffcment du membre, suivant la durée de l'irritation, dilatation qui n'existe plus après la section des nerfs.

Depuis cette époque jusqu'à ce jour, la question est restée stationnaire ; tous les physiologistes ont répété Texpérience de Loven, et aucun, à notre connaissance, n'a recherché ou du moins découvert les voies de ce réflexe.

Depuis le mois de mai 1881, nous avons donc cru devoir porter nos investigations de ce côté, et nous avons sommairement, dans les Comptes rendus des travaux du laboratoire des hautes études pour 1881, annoncé les premiers résultats de nos recherches que nous complétons aujourd'hui.

Étant donné que Vexcitation faradique du bout central du nerf dorsal du pied amène une énorme dilatation de l'artère saphèue, il s'agissait de rechercher :

l<>I.ayoie eisodique de ce réflexe, c*est-à-dire par quelles pifires

neryeuses cette excitation pénètre dans la moelle ; si les racines antérieures conduisent cette excitation ou si ce sont les racines postérieures.

29 La localisation du centre réflexe : Ce centre se trouye-t-il au niyeau même du point de pénétration du filet eisodique dans Tarbre encéphalo-médullaire ?

3* La voie exodique : les filets vaso-dilatateurs sortent-ils au même niveau ou par les mêmes paires qui apportent l'excitation aux centres nerveux?

4" Les filets vaso-dilatateurs suivent-ils directement les nerfs musculo-moteurs, et se différencient-ils ainsi des nerfs vasoconstricteurs sympathiques, comme le voulait Cl. Bernard, ou se confondent-ils avec ce système nerveux spécial, comme l'ont prouvé pour l'oreille MM. Schiff et Vulpian, comme nous l'avons démontré nous-même pour les filets vaso-dilatateurs du foie, comme l'ont établi en dernier lieu MM. Dastre et Morat, pour une partie des filets vaso-dilatateurs de la région bucco-labiale chez le chien ?

Nous avons donc institué pour la recherche de ces différents points quatre séries d'expériences sur des animaux curarisés.

V En premier lieu, nous avons préparé chez le lapin les racines du plexus sciatique qui sont formées par les deux dernières paires lombaires et les trois premières paires sacrées, nous avons passé des fils sous chaque racine postérieure. Isolant ensuite le nerf dorsal du pied, nous avons excité son bout central, toujours avec le même courant sensible et parfaitement supportable à la langue. Après chaque excitation capable de provoquer l'apparition du réflexe chez l'animal ainsi préparé, nous avons arraché une des racines postérieures isolées, en allant de bas en haut, et nous avons constaté que l'arrachement des deux dernières paires postérieures du plexus sciatique ne nuisait en rien à l'apparition du réflexe, qui s'atténuait considérablement au contraire, après l'arrachement de la racine postérieure de la première paire sacrée, et disparaissait complètement après l'arrachement de la dernière paire lombaire.

Ainsi, l'excitation pénètre dans la moelle par les racines postérieures de la dernière paire lombaire et de la première sacrée. L'arrachement des racines antérieures seules n'a pas empêché la production du réflexe.

2'' Pour découvrir si le centre de réflexion se trouvait au point d'immerg^ence des filets eisodiques, nous avons sectionné la moelle au-dessus de la pénultième paire lombaire.

A priori, étant donné que l'arrachement des racines antérieures

du plexus sciatique n'a pas empêché l'apparition du réflexe pendant l'excitation du nerf dorsal du pied, nous pouvions affirmer qu'après section de la moelle à ce niveau, il nous serait impossible de reproduire la dilatation réflexe de l'artère saphëne. C'est ce qui est arrivé. Nous avons trouvé, en outre, que la faradisation di ^ tronçon inférieur de la moelle provoquait un rétrécissement vasculaire du membre observé; la faradisation du tronçon supérieur était suivie au contraire d'une dilatation vasculaire manifeste, ce qui indique que l'excitation chemine dans la moelle jusqu'à un niveau supérieur, — que nous rechercherons plus tard.

3^ Nous venons de voir que les filets exodiques ne sortent pas des centres nerveux par les racines du plexus sciatique. Nous avons donc préparé toutes les racines des nerfs lombaires, et nous avons découvert que les racines antérieures des deuxième, troisième et quatrième paires lombaires contiennent les filets vasodilatateurs du membre inférieur. Deux fois, chez de jeunes chiens, l'excitation du bout périphérique de la racine antérieure de la quatrième paire lombaire a été suivie de la dilatation de l'artère saphène.

40 Les filets vaso-dilatateurs suivent-ils les nerfs musculo-moteurs? Évidemment non, puisque ces trois paires lombaires qui contiennent les filets vaso-dilatateurs du membre inférieur ne se mettent pas en rapport avec le nerf sciatique. Nous avons donc été amenés à les rechercher dans les rameaux communiquants du sympathique, émanés de ces paires nerveuses qui n'innervent pas le membre inférieur, et nous avons vu dans un certain nombre d'expériences que l'excitation des rameaux communiquants des deuxième, troisième, quatrième paires lombaires avec les£;anglions sympathiques, provoquait directement la dilatation de l'artère saphène, lorsque le nerf sciatique n'était pas sectionné à l'échancrure du même nom.

Citons en terminant une expérience de cours qui réussit toujours. Lorsqu'on a préparé les différents rameaux communiquants dont nous venons de parler, et qu'on a passé un fil sous chacun des groupes qu'ils constituent, si, l'anima! étant recousu et le nerf dorsal du pied étant sectionné, son bout central tenu avec un fil, on vient à exciter ce bout central, la dilatation de l'artère saphëne apparaît. Vient-on alors à arracher, sans découdre la plaie, les rameaux communiquants en tirant sur les fils, le réflexe de Loven est aboli à tout jamais. Cette analyse du réflexe de Loven nous montre que

Texcitation partie du nerf dorsal du pied remonte dans le nerf sciatique, pénètre dans la moelle par les racines postérieures de la première paire sacrée, et de la dernière paire lombaire chemine dans la moelle pour aller au centre vaso-dilatateur, puis redescend par des filets moteurs qui sortent de la moelle par les racines antérieures des deuxième, troisième et quatrième paires lombaires, se jettent dans le sympathique abdominal par les rameaux communiquants et de là vont se rendre au nerf sciatique pour se distribuer aux vaisseaux.

lY. Nerfs vaso-moteurs lymphatiques. — Jusqu'à ee jour, on connaissait peu de chose, ou pour mieux dire on ne connaissait rien de Faction du système nerveux sur les vaisseaux lymphatiques. En effet, tandis que Ton connaît très-bien aujourd'hui Faction du système nerveux sur les vaisseaux sanguins, on n*a jamais songé à interroger Faction des vaso-moteurs sur les vaisseaux lymphatiques. Les recherches que nous avons entreprises, mon illustre maître M. Paul Bert et moi, et que nous avons publiées dans les Comptes rendus de Y Académie des sciences, en mars 1882, viennent combler cette lacune. Si l'on vient à exciter les chylifères d'un animal ouvert dans Feau tiède, ces ch;^lifères se rétrécissent rapidement, et Ton peut observer sur eux le phénomène constaté par Gubler sur les veines dorsales de la main, rétrécissement, puis dilatation fusiforme. Si, au lieu d'exciter directement les vaisseaux chylifères, on porte Fcxcitationsurles nerfis splanchniques, les effets sont différents suivant que Fanimal est intact ou curarisé ; dans le premier cas, on obtient les mêmes effets de rétrécissement du vaisseau lymphatique; chez Fanimal curarisé, au contraire, la dilatation est constante. Enfin, nous avons recherché si ces effets de rétrécissement ou de relâchement des lymphatiques ne tenaient pas à une action sur les vaisseaux sanguins,

et nous avons vu que les effets étaient les mêmes, que le courant sanguin fût interrompu ou régulier.

On pressent déjà de quelle importance peuvent être ces premiers travaux, pour Texplication des désordres fonctionnels du système vasculaire lymphatique dans les cas d'érysipële, de lymphangite, de gelures, cas pathologiques dans lesquels le système nerveux joue certainement un rôle prépondérant par son action sur les vaisseaux lymphatiques. Nos travaux, nousTespérons, inaugureront une nouvelle voie de recherches fécondes, car, jusqu'ici, nous nous sommes adressés seulement au système lymphatique intestinal, qui devait naturellement le premier fixer notre attention, à cause delà facilité d'examen du changement de calibre de ces vaisseaux.

y. Système nerveux. — M. L. Frédéricq.a communiqué {Acad. des sciences, 9 i^nw,) ses recherches sur T existence d'un rhythme automatique commun à plusieurs centres de la moelle allongée. 11 a vu que l'activité intermittente du centre des mouvements respiratoires est accompagnée de changements isochrones dans Taction des centres nerveux voisins. Ainsi, chez le chien, le ralentissement des battements du cœur pendant l'expiration ne dépend pas d'une action réflexe prenant son point de départ dans les changements de volume du poumon (Hering). En effet, si, sur le chien dont la poitrine est ouverte, on produit l'apnée par une ventilation énergique, et qu'on cesse ensuite la respiration artificielle, on voit, à chaque expiration, bien que les poumons soient affaissés, les pulsations cardiaques se ralentir. D'après L. Frédéricq, il s'agit là, non d'une action réflexe, mais d'une action propre du centre modérateur qui, par la voie du spinal, exagérerait son action modératrice à chaque expiration. M. L. Frédéricq a vu, en outre, sur un chien'morphiné, dont la poitrine était ou-

PHYSIOLOOIE. 35

verte et les nerfs phréniques et pneumogastriques seclionnés, des oscillations de la pression sanguine lorsqu'on vient à cesser la respiration artificielle. Ces oscillations sont analogues à celles signalées par Traube-Hering. Diminution de pression pendant Tiaspiration, augmentation pendant l'expiration. Cette augmentation est indépendante du rhythme cardiaque et a une origine périphérique ; elle dépend d'une activité rhythmique automatique du centre vaso-moteur qui exagère son action à chaque expiration. Pendant TiDspiration, nous avons donc : minimum d'action des centres vaso-moteurs et modérateur^du cœur; pendant l'expiration et la pause, maximum d'action de ces centres.

M. Brown-Séquard a continué ses recherches sur l'arrêt des échanges dans les tissus de l'économie. 11 a étudié cette année (Acad. des sciences, 29 févr.) l'influence spéciale du système nerveux sur la production de l'arrêt des échanges entre le sang et les tissus. Chez l'homme, divers états, tels que le choc traumatique, les commotions, l'apoplexie, la syncope, peuvent exercer une action déjà signalée en 1858 sur la nutrition et les sécrétions. Il en est de même chez les animaux oii les lésions du bulbe, ou bien l'excitation d'autres parties de l'organisme, la décapitation, la galvanisation du larynx, l'insufflation pulmonaire, les applications de chloroforme, de chloral sur la peau, etc., produisent un arrêt des échanges. Le sang veineux est rouge, la proportion d'acide carbonique du sang s'abaisse ainsi que la température, les vaisseaux se contractent, et la mort arrive sans convulsions. La persistance des propriétés de la moelle^ des nerfs et des muscles est plus considérable dans c& cas, la rigidité cadavérique et la putréfaction arrivent plus tard. M. Dastre (Société de biologie, 18 mars) a réçw divé une communication sur l'inexcitabilité périodique du cœur. Les travaux de Marey ont établi depuis long-

temps qu'à un certaia moment, pendant la systole da cœur, le cœur serait complètement inexcitable. D'après M. Dastre, cette loi ne serait pas absolue, et Ton pourrait -voir, dans certains cas, Texcitabilité du cœur reparaître à cette période, quoiqu'à un moindre degré. M. Marcacci {Soc. de Mol., 28 janv.) a fait un grand nombre d'expériences sur les centres moteurs corticaux. L'auteur a voulu rechercher ce qui, dans la production des mouvements, appartient à l'encéphale et ce qui appartient au cerveau. Dans une première série d'expériences, il supprime l'activité cérébrale par la coDgélation^ qui n'empêche pas Texcitation de la zone motrice par le courant habituel de produire les effets ordinaires. Dans une seconde série d'expériences, M. Marcacci anesthésie ranimai et voit qu'au moment où l'on arrive à la période d'inexcitabilité, correspondant à la suppression des fonctions cérébrales, l'excitation conserve encore toute son activité; mais, quand le pouvoir excito-réflexe a disparu, l'excitation ne produit plus de mouvement. Dans une troisième série d'expériences, on supprime l'activité cérébrale par le refroidissement général. Au-dessous de 22 degrés centigrades, l'animal succombe. Les fonctions cérébrales ^disparaissent d'abord, ce qui n'empêche pas l'excitation des prétendues zones motrices de provoquer des mouvements; mais dès que le bulbe est atteint, le phénomène n'a plus lieu. Dans une quatrième série d'expériences, on constate que la section des racines raehidiennes qui se rendent au membre postérieur a pour effet, lorsqu'on excite la zone qui présentement faisait mouvoir ce membre postérieur, de faire mouvoir la patte intérieure qui, pour la même zone excitée, restait précédemment inerte. La moelle seule a donc fait varier le sens du phénomène. Enfin, en rendant les animaux paraplégiques, on voit que l'excitation électrique provoque des mouvements que ne fait pas naître la volonté. Gouty

avait montré qu'en anémiant, par une ligature , le cerveau, Texcitation électrique conserve ses effets. L'dutcur montre qu*aprës ligature des gros troncs, rinjeclion de chloralqui agit uniquement sur la moelle rend inefficace l'excitation, qui, malgré Tanémie, produisait les effets ordinaires. L'intégrité de la moelle est donc indispensable à la production des phénomènes moteurs déterminés par l'excitation des prétendus centres, tandis que l'intégrité physiologique de ces mêmes centres n'est nullement nécessaire.

M. S. Danillo (Soc. de biol., 4 février) a étudié les modifications des fonctions de l'écorce cérébrale dans l'empoisonnement par l'alcool et l'essence d'absinthe à doses toxiques. Dans le coma alcoolique, dit-il, l'excitabilité de la région motrice diminue d'une façon considérable. On ne peut plus provoquer d'attaque d'épilepsie cortiticale, chez un chien alcoolisé, en excitant la région corticale. Un gramme d'alcool par kilogramme d'animal peut arrêter l'attaque d'épilepsie corticale. Une attaque d'épilepsie absinthique est également arrêtée par l'alcool. M. Yulpian (Acad. des sciences, 7 août) a fait des recherches sur la sensibilité des lobes cérébraux chez les mammifères. Malgré les expériences contraires de Gouty en 1880, l'auteur pose les conclusions suivantes sur la question : les excitations mécaniques les plus variées ne produisent jamais de mouvement, même dans les points du gyrus sigmoïde dont l'excitation faradique détermine des mouvements; même résultat après inflammation de la région; de plus, la sensibilité, même excitée par courant faradique, est très-ohtuse dans les lobes cérébraux. Les manifestations de sensibilité s'observent surtout après que l'on a déjà excité plusieurs fois la substance blanche sous-corticale. M. Vulpian a encore étudié (Acad, des sciences) l'action qu'exercent les fortes doses de strychnine sur la motricité des nerfs

3g L'ANNÉE MÉDICALE.

chez les mammifères. On sait que, chez les animaux à sang froid, de fortes doses de strychnine abolissent la motricité des nerfs. Chez les mammifères, Richet tf est pas parvenu à reproduire le même phiënomène, bien qu'il ait injecté 50 centigrammes de substance dans une veine d'un chien. M. Vulpian a réussi à réaliser cette expérience en injectant le poison par Tartère crurale, la veine crurale étant liée, et le réactif étant ainsi mis directement en rapport avec les extrémités nerveuses. L'action de la morphine et de l'atropine est nulle dans ces circonstances; la nicotine agirait comme le curare. M. Laborde a étudié les fonctions des canaux semicirculaires. (Soc, de hiol, 10 juin.) Ce physiologiste rejette la théorie de Cyon, qui a placé dans ces canaux les organes du sens de Tespace, et admet que les canaux semi-circulaires, la branche labyrinthique du nerf acoustique et le noyau bulbaire, décrit par Mathias Duval, constituent un appareil de perfectionnement surajouté à l'ouïe. Par voie réflexe, cet appareil déterminerait la position de la tète la plus favorable à la perception du son. M. Hénocque {Soc. de hioL, 22 juillet) a étudié les fonctions du nerf phrénîque : en arrachant les racines cervicales du nerf, on constate des douleurs vives et des mouvements respiratoires irréguliers que l'auteur attribue aux contractions inégales des deux moitiés du diaphragme. Cependant, on ne produit jamais une paralysie complète, sans doute grâce aux nombreux ganglions qui se trouvent dans l'épaisseur du muscle. Dans la séance suivante, le même auteur a recherché quelle est l'action de chacune des racines. La section des racines supérieures augmente la contraction musculaire du diaphragme; au contraire, la section des racines inférieures produit un affaiblissement de l'énergie du muscle et du rhythme de la respiration. N'oublions pas^e rappeler, au sujet des travaux de M. Brown-Séquard sur

les effets nerveux de Tanesthésie, que ce physiologiste a pu anesthésier le larynx au moyen de projections de jets d'acide carbonique sur cet organe. {Soc. de bioL, 3 nov.) Ce phénomène peut être le résultat soit d'une action locale du gaz sur la muqueuse laryngienne, soit d'une inhibition des centres nerveux. Le professeur du Collège de France penche pour cette dernière hypothèse, car l'excitation doit élre certainement portée par les nerfs laryngés aux centres, puisque le courant de gaz arrête les convulsions épileptiques des animaux en expérience, ou les convulsions strychniques, ou la respiration. L'action n'est donc pas simplement locale.

A l'étranger, Luchsinger (École vétérinaire de Berne, Arch. de PJhiger, vol. XXVllI, 1" et 2*^ cahier, 1882) a fait des recherches sur l'excitabilité différente d'appareils nerveux moteurs à fonctions différentes. Dans le cours d'expériences sur l'empoisonnement, après avoir provoqué la paralysie des organes nerveux centraux, Luchsinger essaye aussi l'excitabilité des appareils nerveux périphériques. Les expériences sont faites sur les pattes de l'écrevisse : ces pattes sont coupées, et Ton y introduit les deux électrodes, formés de fils très-fins. Si alors on excite avec des courants d'intensité croissante, on voit se produire régulièrement deux ordres de phénomènes ; les courants faibles produisent l'ouverture des pinces, qui se ferment promptement avec des courants plus forts. Le succès de l'expérience est dû à l'excitation des nerfs terminaux, car les courants qui actionnent directement les muscles ne jouent aucun rôle. Ces expériences se sont bornées à la constatation du phénomène. Ne pourrait-on pas trouver une certaine analogie entre ce fait et celui découvert par Ritter, si souvent contredit et finalement confirmé par Rollett : la différence d'action des nerfs lombaires de la grenouille, qui, suivant l'intensité des courants qui les excite, produisent tantôt une flexion^

tantôt une extension de la jambe? Le même physiologiste [Arch, de Pfluger, vol. XXVIIl) a fait des études sur les poisons excitants des terminaisons nerveuses périphériques. On sait qu'une grande quantité de poisons produisent des mouvements fibrillaires des muscles. Aux agents déjà expérimentés (nicotine, guanidine, physostîgmine, baryte), il faut ajouter le cuivre, le zinc, et probablement aussi le plomb, le mercure et Tétain. Longtemps, on a cherché la cause de ces mouvements dans la périphérie dans une excitation des terminaisons motrices. Y. Aurep, au contraire, leur attribue une origine centrale : en effet, ces mouvements disparaissent après section du nerf innervant le muscle où on les constate. Cependant, bien que le phénomène cesse après séparation d'avec le centre, la cause n'en est pas moins, au moins pour une grande partie, dans la périphérie. En effet, si Ton excite le nerf coupé. Ton voit apparaître non le tétanos normal, mais les mouvements fibrillaires qui continuent longtemps après la fin de l excitation. Une excitation mécanique de la périphérie produit le même résultat. L'origine de ces mouvements fibrillaires se trouve donc à la périphérie, dans les nerfs moteurs terminaux. Luchsingcr eut Tidée de faire agir ces poisons sur le cœur, dont la constitution histologique forme un continuum physiologique. Une série de grenouilles sont tuées, leur cœur enlevé; on coupe la pointe et on les met dans une solution de chlorure de sodium à 0,7 pour 100. On en prend quelques-unes et on les met dans une solution de sel de cuivre ou de zinc à 0,5 pour 100. Ces dernières se mettent aussitôt à battre 50 pulsations à la minute, jusqu'au moment où elles se paralysent. Les pointes conservées dans l'eau salée ne bougent pas, mais conservent leurs propriétés. L'appareil d'arrêt du cœur semble lui-même être quelquefois sous une influence périphérique. Ainsi, la digitaline, dans une première pé-

PHYSIOLOGIE. 4t

riode, produit un ralentissement des battements; ce ralentissement peut Faire défaut quand les nerfs vagues sont coupés, et Ton en conclut à une mise en action de Tappareil d'arrêt central, tandis que, dans les autres cas, il faut admettre une influence excitante de la périphérie. Les filets terminaux des nerSs glandulaires ont aussi attiré Tattention du physiologiste de Berne. Jusqu'à présent, on ne connaissait que la nicotine et la physosligmine comme ayant une action périphérique; la baryte rentre dans le même cas. Sur un chien morphine, on a préparé la corde du tympan et le vaso-sympathique, sectionné ces deux nerfs et introduit une canule dans le conduit de Warthon. On injecte 2 grammes de chlorure de baryum dans le péritoine. Après 15 à 20 minutes, on con* State des mouvements fibrillâires des muscles, de plus, une sécrétion lente, mais continue, de la glande complètement séparée des centres nerveux. M. Luchsinger (Av" chiv. de PJUiger, vol. XXVIII) a aussi porté son attention sur rinfluence qu'exerceront les excitations des splanchr niques sur le diaphragme. Le système nerveux central étant intact, l'excitation du nerf splanchnique produit le relâchement du diaphragme. Mais, si Ton vient sur ces entrefaites à sectionner complètement la moelle, l'excitation du même nerf produit au contraire une contraction du diaphragme, c'est-à-dire un raccourcissement des plus évidents de ce muscle. Ajoutons que l'on ne peut pas attribuer cette action à une dérivation du courant* car une excitation mécanique quelconque produit le même effet. M. Luchsinger a aussi recherché avec M. Guillebeau (même recueil) l'existence du centre ciliospinal inférieur de Budge. Si l'on sépare, chez le chat ou la chèvre, la moelle épinière de la moelle allongée, et que, sur un côté, on sectionne le sympathique cervical, on observe une dilatation de la pupille du côté où le sympathique est resté intact, et cela, à chaque excitation

sensible d'un point quelconque du corps. Si Ton compense la diminution d'excitabilité de la moelle qui résulte infailliblement de Topération» par un poison qui, comme la picrotoxine ou la strychnine, augmenterait cette exci-tabilité, la dilatation réflexe de la pupille augmente également. L'influence du sang asphyxique produit le même résultat. Comme poisons capables d'élever Texcitabilité, les expérimentateurs se sont aussi servis de la cocaïne, du camphre et de la morphine, et ils rangent ces trois substances à côté de la strychnine et de la picrotoxine qui avaient été conseillées auparavant. Même au repos, et sans autre excitation, Tinjection d'une de ces substances produit déjà une dilatation de la pupille, qui est alors augmentée d'une façon considérable lors de l'excitation électrique ou mécanique Ces expériences prouvent donc, d'après ces physiologistes, l'existence pour la pupille d'un centre dilatateur spinal. D'autre part, Taction des substances toxiques montre que les filets dilatateurs pupillaires contenus dans le sympathique ontdansla moelle, comme les autres nerfs médullaires, leur origine ganglionnaire, leur centre terminal le plus voisin. Enfin, les recherches sur les animaux non empoisonnés, bien que la chose soit admissible à priori, prouvent d'une façon péremptoire que ce centre spinal n'est pas seulement impressionné par des corps toxiques, mais encore par les excitants physiologiques naturels. Dans toutes ces expériences, la pupille, du côté où le sympathique était intact, se dilatait seule. L'excitation se transmettait donc par le sympathique, et le point de départ de cette excitation fonctionnelle ne peut être cherché ailleurs que dans les ganglions centraux terminaux de ces filets nerveux, c'est-à-dire dans la moelle inférieure.

Les mêmes physiologistes suisses {ArcA. de Pftuger, vol. XXVIII, f et 2« cahier) ont publié d'une manière générale leurs études sur la moelle.

Pour Luchsinger, la moelle est le centre le plus voisin, le foyer d*excitation le plus proche, pour tous les nerfs qui en naissent ; malgré des attaques nombreuses (Grûnhagen-Salicowsky), cette opinion est à peu près généralement admise. Après avoir démontré, malgré Owsjanilcow, qu'il existe aussi bien pour la moelle des mammifères que pour celle des reptiles et des amphibies une puissance réflexe, non pas seulement locale, mais même générale, les expérimentateurs ont entrepris d*étudier différents réflexes sur la moelle mise à nu des animaux à sang chaud. Le premier de ces réflexes étudié est celui du trot ou de la course. Ils sectionnent la moelle entre Tatlas et la bosse occipitale, ils recherchent ensuite le point d'entre-croisement des filets conducteurs du réflexe du trot par la préparation de différents segments médullaires, ordinairement aux limites supérieures de la moelle lombaire ; ils pratiquent alors Thémisection de cette moelle De cette façon, la conclusion sera donnée par la disparition ou la conservation du réflexe de Tun ou de l'autre côté. Toutes ces expériences sont faites par un procédé rapide qui détermine une faible perte de sang. Chez les animaux à température variable, les expérimentateurs ont pris la tortue Emys Europœa, chez laquelle ils ont sectionné la moelle au-dessous du bulbe et ont constaté que de faibles excitations mécaniques ou électriques d'une patte déterminaient des réflexes croisés en diagonale ; ils ont alors pratiqué une hémisection droite audessotts du renflement brachial.

Le tableau donné par les auteurs indique le lieu de Texcitation, le genre et le degré d'excitation. Le réflexe produit par cette excitation nous montre que, quel que soit le lieu de Thémisectlon, à un niveau plus ou moins élevé de la moelle» la section transversale étant toujours au-dessous du bulbe, toujours le réflexe passe du côté opéré au côté intact, et manque toi^joursdusens inverse.

Il faut donc que renCre-croisement des filets réflexes sensitifs, chez la tortue, se fasse de bonne heure, peu après leur entrée dans la moelle épinière.

Voyons maintenant ce qui se passe chez les maramifëres <: chez la chèvre, par exemple. On sectionne la moelle entre Fatlas et la bosse occipitale, et Ton pratique une hémisection droite de la moelle lombaire. Le tableau publié par les auteurs nous indique que Tentre-croisement des filets sensitifs des membres postérieurs et antérieurs ne se fait pas de la même façon. Pendant que les nerfs sensibles des membres postérieurs s'entre-croisent à peine entrés dans la moelle, les filets sensitifs des membres antérieurs s'entre-croisent à un niveau différent.

Sur le chat enfin, les phénomènes observés seraient identiques avec ceux observés chez la tortue. Chez les trois espèces observées, il n'y a donc point concordance parfaite ; Tentre-croisement immédiat est certainement la règle ; cependant, nous voyons chez la chèvre Tentrecroisement entre les filets sensitifs des membres antérieurs et les filets du membre postérieur opposé se faire le plus tard possible, tandis que la voie du retour est normale. A priori, il semble que le lieu d'entre-croisement soit assez indifférent, et peu importe, croirait-on, que les filets nerveux sensibles traversent le milieu de la moelle le plus vite ou le plus tard possible ; nous voyons donc ici des organismes différents réaliser des « possibilités diverses ». Ce qui fait que la manière d'être typique dont se comporte chaque espèce n'en est que plus frappante. A la suite de ce mémoire important, Luchsinger et Guillebeau publient des remarques toxicologiques sur la moelle dorsale. Ces physiologistes ont d'abord employé la cocaïne. L'exagération énorme des fonctions du cerveau que provoque cette substance est connue ; mais si alors on vient à augmenter les doses, Texcitation se

porte ailleurs, et l-on constate des cootractions géné-> raies des muscles, une augmentation de la tension du sang qui peut devenir considérable.

Suivant Danini et Y. Aurep, cette action se localiserait non dans la moelle épinière, mais dans le bulbe. Après section du bulbe, on n'aurait jamais observé .de ces contractions. Diaprés les expériences de Luchsinger, une injection de gr. .12 de cocaïne chez un chat détermine des mouvements cloniques qui apparaissent d'abord dans les jambes, puis se généralisent; si Ton a coupé préalablement le sympathique cervical, la pupille du côté intact est plus dilatée que du côté opéré pendant les intervalles des contractions, et augmente encore pendant les attaques. Le résultat prouve donc que la moelle épinière prend aussi part à l'excitation provoquée par la cocaïne, et qu*il n*existe pas ici non plus de différence fonctionnelle entre les différents ganglions du système cérébro-spinal. La seule différence consiste dans ce fait, que les plus petites doses agissent déjà sur le cerveau, tandis que la moelle a besoin de doses plus fortes pour être actionnée. — Camphre. Le camphre provoque des convulsions musculaires, de la sécrétion sudorale, une élévation de la pression sanguine. D'après les recherches de Wiedeman et de Marmé, la localisation de son action serait dans la moelle allongée. Or, une injection intestinale de trente centimètres cubes d'huile camphrée détermine chez le chat qui a la moelle coupée une excitabilité plus grande pour les réflexes, puis des convulsions. Si Ton a coupé, d*un côté, le sympathique cervical et le sciatique, la pupille du côté intact est plus dilatée, et Ton aperçoit sur les pattes ayant conservé leur innervation quelques gouttes de sueur, tandis que du côté opposé (sympathique et sciatique coupés) on ne voit pas trace de sueur. Le cœur bat régulièrement pendant toute l'expérience — Morphine. Les animaux à sang chaud, dont la

moelle est coupée et le sympathique sectionné d'un c6lé, présentent, avec une injection de morphine de Ogr. 04, des contractions des membres et une dilatation de la pupille du côté normal. — Atropine. Cette substance liaiit aussi apparaître des manifestations psychologiques considérables. On a depuis longtemps observé qu'elle provoque des contractions analogues à celles produites par la strychnine, sur la moelle sectionnée des grenouilles. Luchsinger a répété Texpérience sur des animaux à sang chaud , et a observé de même des contractions comme la strychnine ; le cœur est toigours resté fort, ce qui prouve que rinflueoce asphyxique n'était pour rien dans la jnto*duction du phénomène.

VI. Digestion. — Toxicologie. — Nutrition. — Chimie physiologique. — M. Quinquaud (Soc, de bioL, 15 juillet) a recherché Tinfluence du phosphore et de Tarsenic sur la glycosurie , en provoquant chez an chien le diabète artificiel. Ayant ensuite administré du phosphore et de Tarsenic à l'animal, M. Quinquaud a constaté une diminution très-rapide, et même la disparition complète du sucre dans les urines, le sang et le foie; seulement, Texamen nécropsique a démontré que ce phénomène de diminution ou de disparition du sucre des liquides de Porganisme marchait de pair avec la stéatose hépatique, c'est-à-dire avec la dégénérescence graisseuse du foie. Aussi Hanot a-t-il fait remarquer que la diminution du sucre n'avait rien d'étonnant après la destruction de la cellule hépatique. Dans ces conditions, comment devons-nous expliquer l'action thérapeutique favorable exercée par de petites quantités d'arsenic dans les cas de diabète? Le résultat est-il une stéatose hépatique, ou provient-il d'un relèvement général de la nutrition? Avant de quitter la physiologie pathologique du diabète, nous dirons que M. Rémy (Soc. debiol., 18 juillet)

a cherché à définir le rôle du pancréas dans le diabète. On n'a jamais recherché , en effet , quel rôle on peut attribuer au pancréas dans la pathogénie de certaines formes de diabète; et, à vrai dire, nous ne voyons pas comment M. Rémy a pu émettre ici Thypothèse que le pancréas pouvait jouer un rôle prépondérant dans la pathogénie du diabète. L'auteur n*a jamais pu déterminer de diabète par la ligature du canal de Wirsung, pas plus que par la section des filets du plexus solaire ou des filets hépatiques; il conclut donc en disant que dans la pathogénie de certaines formes de diabète, le rôle du pancréas est absolument nul.

On sait que les voyageurs qui ont parcouru rOrient ont raconté de mille façons diverses, toutes plus ou moins romanesques, les accidents occasionnés par la piqûre extrêmement redoutable , selon eux , de Targas de Perse. M. Mégnin , malgré tous ces récits fantastiques , ayant eu à sa disposition des argas de Perse , n'a pas hésité (Soc, de bioL, 29 avril) à répéter sur lui même une expérience déjà faite sur un lapin par M. Fumouze. M. Mégnin s'est laissé piquer par un argas de Perse , et n'a éprouvé aucun des accidents rapportés par les voyageurs. L*auteur serait donc disposé à regarder comme des contes orientaux les récits des voyageurs à ce sujet. M. Marcus (Soc. de hioL, 1" avril) a entrepris des recherches sur la coUidine , alcaloïde dérivé de la cincho^ nine, à l'état de liquide volatil. Cet auteur a observé qu'à dose élevée la coUidine abolit les mouvements volontaires, tout en respectant ia sensibilité, bien que certains réflexes, les réflexes cornéens, par exemple, soient abolis. M. Prévost (de Genève) a étudié les effets de la brucine , et en particulier d'un sel de cet alcaloïde , le chlorhydrate de brucine. A faible dose, le chlorhydrate de brucine produit chez la grenouille verte des effets analogues à ceux du curare ; mais« chose bizarre et q^l

4g L'ANNÉE MÉDICALE.

prouve bien que le déterminisme expérimental laisse encore à désirer sur ce sujet , chez la grenouille rousse, le chlorhydrate de brucine produirait une contraction tétanique analogue aux accès provoqués par la strychnine. A vrai dire, il pourrait bien n'y avoir dans ces résultats différents qu'un effet de tolérance variable, car on sait parfaitement aujourd'hui, depuis l'analyse des différentes périodes de l'intoxication curarique, qu'à faible dose, ce précieux agent de l'arsenal physiologique produit des accidents tétaniformes bien avant de paralyser complètement les réflexes moteurs.

M. Ch. Richet {Soc, de biol., 20 mai) a continué ses recherches sur la toxicité des métaux, et étudié tout particulièrement l'empoisonnement par le chlorure de sodium. Ces nouvelles recherches rentrent dans la suite de ses travaux, disons-nous, sur la toxicité des métaux alcalins comparée à leur poids atomique. M. Richet a constaté que , malgré l'innocuité généralement admise de ce sel à la dose de 4 grammes par kilogramme d'animal , le chlorure de sodium produit un empoisonnement et des troubles en tout comparables aux effets de l'empoisonnement par la strychnine. Hâtons -nous d'igouter que M. Rabuteau a combattu les conclusions de M. Richet, en lui reprochant de se servir des produits du commerce sans en contrôler la pureté. Si, dans les expériences de M. Richet, dit M. Rabuteau, les animaux sont morts, ce résultat est dû à tout autre chose qu'aux effets du chlorure de sodium. M. Rabuteau {Soc. de hioL, 26 mai) est revenu plus tard sur l'empoisonnement par les métaux. Il a repris pour son compte personnel la question précédente , et a voulu répondre aux objections formulées contre la loi qu'il a posée : la toxicité des métaux est d'autant plus élevée que leur poids atomique est luimême plus élevé. Il critique d'abord le procédé expérimental de ses contradicteurs. Ceux-ci, en effet, ont

plongé des poissons dans une solution minérale, procédé qui altérait considérablement les branchies ; ou bien ont plongé une partie du corps des grenouilles dans leurs solutions, sans faire attention que tous les métaux sont des poisons musculaires. Le système de M. Rabuteau sisra donc toujours le même : affirmer toujours sans répondre à aucune objection, négliger et regarder comme non avenu tout ce qui n'est pas favorable à sa théorie. Déjà , dans le premier volume de cette publication {Année médicale fonr iS7S , p. 49), nous avons fait justice de cette théorie qui pose tous les métaux, agi^ saot à dose physiologique et non comme masse caustique , comme des poisons exclusivement musculaires. Dans le volume suivant (Année médicale pour 1879, p. 66), devant l'insistance de M. Rabuteau à toujours affirmer en passant sous silence nos expériences à ce sujet , nous sommes encore revenu à la charge, et nous ne pouvons faire mieux aujourd'hui que de répéter ce que nous avons dit à cette époque : nous ne comprenons vraiment pas la persistance de M. Rabuteau dans ces idées, dont nous avons démontré Terreur, M. le professeur Jolyet et moi. S'il voulait bien se reporter à notre communication du 6 avril 1878 (Soc. de hioL), ainsi qu'à celle que j'ai faite plus récemment, le 9 août 1879, à la même Société , et voir enfin la thèse de M. Laffargue, août 1879, qui a été faite au laboratoire de M. P. Bert, à la Sorbonne, en répétant nos expériences, il pourrait s'assurer que tous les sels de magnésie, injectés à des doses physiologiques (telles qu'ils ne puissent agir chimiquement en détruisant les tissus comme caustiques, ainsi qu'il le reconnaît lui-même), sont des poisons nerveux et non des poisons musculaires. M. Rabuteau arrivera, nous en sommes persuadés, à admettre que les sels n'ont d'action que par le métal qui entre dans leur constitution, en agissant sur les centres nerveux du myélencéphale ou de la périphérie.

En effet, si, dans les expériences où M. Rabuteau a fait des injections sous-cutanées chez les grenouilles, notre savant chimiste physiologiste a constaté la perte de la fonction du nerf et du muscle, c'est qu'ici le sel a agi uniquement comme agent caustique destructeur. Si , en liant une cuisse entièrement , moins le nerf scia tique, il vit les mouvements volontaires et provoqués persister dans le membre lié , c'est que la ligature a préservé le membre du caustique. Mais, encore une fois, à des doses physiologiques , rien de pareil ne se produira , et j'ai constaté maintes fois, au cours des expériences faites soit avec M. Jolyet, soit avec M. Laffargue, le maintien de la fonction du nerf et du muscle alors que, sous l'influence du poison, le cœur était déjà ralenti, la pression presque nulle et la respiration arrêtée.

Au sujet du grand scandale occasionné à l'Assistance publique par les fournitures de sulfate de quinine grossièrement impur et surchargé de sulfate de cinchonine , M. Laborde a été amené {Soc, de Mol,, 3 nov.) à étudier à nouveau l'action comparée des sels de quinine et des sels de cinchonine. Cet habile physiologiste a démontré que la quinine et la cinchonine , bien qu'étant deux substances chimiquement voisines, ontphysiologiquement des propriétés bien différentes qui ne permettent pas d'en faire deux succédanés. Ainsi, la quinine absolument pure provoque , en injections sous-cutanées , des effets trèsnets de stupeur; la cinchonine, au contraire, à dose relativement faible , fait apparaître de véritables attaques épileptiques.

MM. G. Sée et Bochefontaine {Acad, des sciences, 3 juillet) ont publié des recherches sur les effets du convallaria maïalis. Les effets physiologiques de ce nouvel agent thérapeutique sont les suivants : à dose très-faible, car il suffit de 4 gouttes d'extrait pour faire mourir un chien , on remarque :

lo Ralentissement du cœur, accompagné d'une très-fbrte augmentation de la pression intravasculaire pouvant s*éleyer jusqu'à 6 centimètres de mercure, en même temps que les mouvements respiratoires augmentent considérablement d'amplitude. 2* Ces premiers phénomènes font place à l'irrégularité très-marquée du rhythme et de l'énergie du cœur ; la respiration toujours ralentie persiste avec une amplitude de mouvements considérable ; les vomissements surviennent. 3« La pression sanguine augmente, les mouvements du cœur sont précipités à tel point qu'il est impossible de compter les pulsations qui sont très-faibles. 40 Bientôt, si la dose est suffisante, le cœur s'affaiblit, la pression tombe à zéro, la mort survient. La contractilité musculaire persiste encore quelque temps après la mort ; le pneumo-gastrique s'est épuisé avant le dénoûment fatal.

VU. Fermentation. — Physiologie pathologique. -~ M. Béchamp est venu apporter à la Société de biologie (15 avril) ses microzymas. On sait que M. Béchamp appelle microzymas les granulations moléculaires des auteurs ; et il voit en eux le principe exclusivement actif de toute sécrétion glandulaire.

Par un procédé sur lequel nous ne reviendrons pas, ce chimiste physiologiste a isolé les microzymas du foie et du pancréas, dont il a donné jusqu'aux caractères distinctifs; ces microzymas ayant une forme sphérique, ceux du pancréas sont entourés d'une couche de graisse solable dans Téther. Jusqu'ici, nous ne voyons rien que de fort naturel; mais là où M. Béchamp devient mé* taphysicien accompli, c'est lorsqu'il nous annonce que ces microzymas se transforment en bactéries au contact de Tair. Il n'est certes pas difficile, avec de pareilles théories, de croire à la transsubstantiation du corps de l'Homme- Dieu dans l'hostie du curé du Vésinet, et à l'Immaculée Conception. M. Béchamp annonce, sur un terrain beaucoup plus physiologique, que les microzymas du foie liquéfient l'empois d'amidon, mais sans transformation sucrée. Cette dernière devient l'apanage des microzymas pancréatiques, qui dans leur gloutonnerie peuvent aussi digérer les substances albuminoîdes. Pour compléter une

sainte trinilé de microzymas, M. Béchamp a trouvé également les microzymas gastriques qui se soat révélés à lui sous une apparence semblable à celle qu'affectent les microzymas du foie. En vase clos, à 38% ces microzymas permettent d'obtenir des digestions artificielles parfaites.

M. d'Arsonval {Soc. de hioL, 22 avril) a étudié Tinâuence des aimants sur la fermentation et a constaté qu'un aimant mis en contact avec un tube où se passe une fermentation suffit à l'arrêter. M. P. Bert (Soc, de hioL, 17 juin 1882) est revenu sur la formation du sucre de lait qu'il recherche depuis quelque temps. M. Bert n'a pu constater la moindre trace de matière glycogëne dans les mamelles en lactation, examinées aussitôt après l'ablation. Dans le pis qui ne contient pas de lait, le sucre, au contraire, est facile à découvrir. 11 est bien évident que la substance qui produit le sucre existe dans la mamelle en lactation ; si l'on ne peut l'isoler, c'est qu'elle se détruit aussitôt après sa formation ou sa naissance. La constatation de ce fait est curieuse et remarquable au sujet de la théorie des fermentations. On admet en effet que cellesci sont sous la dépendance unique de microbes, parce qu'on ne constate que la présence de ces parasites, sans découvrir la moindre diastase dans le liquide fermenté ; cette diastase serait donc détruite aussitôt que formée, comme dans la mamelle en lactation? Cette étude, comme on le voit, doit être l'objet de nouvelles recberches. MM. Strauss et Chamberland [Soc. de bioL, 11 novembre) ont entrepris des recherches sur les effets de la transmission des maladies virulentes de la mère au fœtus. Sur des femelles pleines, de cobayes, les auteurs n'ont jamais réussi à faire passer les bactéridies charbonneuses, de l'organisme de la mère dans celui du fœtus, quel que fût le moment de la gestation où eut lieu l'expérience. Ce fait s'explique d'abord par les dimensions énormes de la

bactéridie charbonneuse, son immobilité, ses propriétés aérobies, et, d'autre part, par la composition du placenta, qui, dénué de solutions de continuité, constitue, de môme que les parois glandulaires, ce que M. Pasteur a appelé un filtre parfait . Mais, si la bactéridie charbonneuse ne peut passer de l'organisme de la mère dans celui du fœtus, il n'en est pas de même du charbon symptomatique, du choléra des poules, de la septicémie aiguë.

Ces trois maladies, dont les microbes sont parfaitement distincts et parfaitement connus, peuvent être transmises de la mère au fœtus, comme nous en avons des exemples, journellement, dans la transmission de la variole de la mère à Tenfant, chez la femme; dans la transmission de la clavelée de la brebis au fœtus qu'elle porte. Le passage de l'organisme de la mère à celui du fœtus trouve son explication naturelle dans la mobilité de la bactérie du charbon symptoma tique, du vibrion sep tique de M. Pasteur, pour la septicémie, et par les proportions excessivement ténues des micrococcus du choléra des poules, qui peut facilement passer dans les actions osmotiques qui ont lieu entre le placenta maternel et le placenta fœtal.

Aujourd'hui que les expériences sur l'eau oxygénée, étudiée par MM. P. Bert et Regnard, ont franchi le seuil des laboratoires de physiologie pour trouver une application utile dans les services hospitaliers, il ne sera pas inutile de revenir un peu sur les expériences et les travaux de ces physiologistes, ainsi qu'ils l'ont fait euxmêmes à la Société de biologie (25 novembre). L'eau oxygénée, nous le savons, arrête instantanément le développement des microbes. Les fruits s'y conservent très-bien et se chargent même d'alcool et d'éther, grâce à l'humidité du milieu. Elle est sans action sur le venin des serpents, le virus de la variole, mais tue la bactéridie charbonneuse et son ascendant dans le spore charbon-

neux. Béchamp avait préteada que la fibrine décomposait totalement Teau oxygénée, et était modifiée par cette action; il n*en est rien, car MM. P. Bert et Regnard ont vu que, si la fibrine plongée dans Teau oxygénée provoque le dégagement de Toxygëne, ainsi que tout le monde le sait depuis Thénard, au bout de peu de temps son action s'arrête ; si Ton met alors la fibrine inactive dans de Teau ordinaire, et qu*on la replonge ensuite dans Feau oxygénée, elle reprend aussitôt son action décomposante, et ce n'est qu'au bout de plusieurs épreuves que la fibrine finit par rester complètement inactive. MM. Péan et Baldy, qui ont, les premiers, tenté les applications chirurgicales de Teau oxygénée dans le but thérapeutique du pansement des plaies, sont arrivés aux conclusions suivantes (Acad, des sciences, 3 juillet): l'' Teau oxygénée dont on imbibe les compresses servant à recouvrir les plaies remplace avantageusement Talcool, qui est insuffisant, Tacide phénique, dont l'odeur est quelquefois difficilement supportée ; 2'>reau oxygénée, qui peut toujours être employée à l'extérieur, a pu être employée à l'intérieur chez un certain nombre d'opérés ; d'' par son emploi, les plaies récentes ou anciennes marchent rapidement vers la cicatrisation ; Teau oxygénée favorise même la réunion par première intention ; 4<' l'état général et local est ainsi heureusement modifié, la fièvre traumatique est moindre ; 5« dans aucun cas, le chirurgien de l'hôpital Saint-Louis n'a vu apparaître d'effets toxiques; son emploi facile ne répand aucune odeur, ne provoque aucune douleur. — Nous conseillerons donc pour le pansement des plaies l'emploi de l'eau oxygénée, qui, d'après les conclusions absolument exactes de M. P. Bert, présente deux avantages concomitants importants : l"" la mort des microbes ; 2» l'action efficace sur la plaie de Toxygène incessamment dégagé à la surface.

D' M. Laffont,

Chargé da cours de physiolo jie à la Faculté de médecine de Lille.

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