I. — Les luthistes
A la Cour de François I", les luthistes jouissent d'une situation privilégiée. Le roi les comble de faveurs, les poètes les chantent à l'envi et les égalent pour le moins à Orphée, voire à Apollon. C'est essentiellement un art aristocratique et raffiné que le leur. Un petit nombre d'auditeurs, attentifs et recueillis, écoutent avec volupté les accords plaintifs et les traits capricieux que distille l'instrument sous les doigts du virtuose^. Un luthiste comme Albert de Rippe souleva en France un enthousiasme passionné. Sa renommée fut si grande que, longtemps après sa mort, les musiciens citaient encore son nom avec autant de vénération que ceux des plus grands maîtres de l'art polyphonique.
Il nous paraît inutile, après la magistrale étude de M. Michel Brenet sur les luthistes français '^ d'insister longuement sur leur biographie. Nous nous contenterons de résumer brièvement ce que nous savons
1. En 1340, on créa une mention spéciale pour Claude Pirouet, hautbois, venu de l'Ecurie et qui devait y retourner prescjue aussitôt (Ms. fr. 21.4o0 f» 25.) Il est à noter que la rubrique joueurs d'insLrument ne comprit à l'origine que les instruments à vent, hautbois ou flûtes.
2. Aux obsèques de François !«•■ nous voyons marcher en troupe les 2 cornets, les 2 flûtes et les 2 trompettes de la Chambre (Ms. fr. 7.836 p. 936.
3. Voir l'amusante description que donne le père René François d'un concert de Luth. Essay des Merveilles de Nature. Rouen 1621, p. 474.
4. Notes sur l'histoire du lut h en France . Bocca frères, 1899, in-S".
de leur vie en insérant çà et là quelques documents encore inédits.
On sait que, dès la fin du xv" siècle, des luthistes faisaient partie de la maison des rois de France. On connaît les noms d'Antoine Her, chantre et joueur de luth de Charles VIII et de François de Bugats au service de Louis XII. Nous ignorons si ces artistes furent seulement d'habiles virtuoses ou s'ils durent aussi leur réputation à leur talent de compositeur. On en peut dire autant des trois luthistes que nous trouvons sur les états de la maison de François P"" avant la venue d'Albert de Rippe : François de Bugats, Jehan Paulle et Hubert D'Espalt. Tous trois paraissent avoir été de bons exécutants capables à l'occasion de traiter finement une chanson en vogue, de l'orner de traits et de desseins variés, plutôt que des génies créateurs comme Francesco de Milano ou Alberto Rippe. François de Bugats paraît sur les états de 1517 avec le titre de garçon de la chambre et les appointements de 240 livres. Il conserva cette place jusqu'en 1524, date de sa mort^ Jehan Paulle eut une fortune plus brillante, mais fort courte. Classé en 1516 parmi les joueurs de cornet à 240 livres, il devint successivement valet tranchant en 1517, valet de garde-robe en 1518 et valet de chambre en 1520. Nous perdons sa trace après 1522 -.
Hubert Spalter — qui par la suite changea son nom en celui de D'Espalt — fournit une très longue carrière. Garçon de la chambre en 1516, valet de chambre en 1524, il occupa cette place jusqu'à sa mort en 1552 ''. Il fut pendant près de dix ans le seul joueur de luth qui eut le titre d'officier domestique.
Ici se pose une question assez délicate : pendant qu'Hubert D'Espalt figurait seul sur les états de la Chambre (1528-1533), deux luthistes, dont un fut certainement le plus célèbre virtuose qui ait brillé en France au xvi'^ siècle, émargeaient au budget des Menus-