LA MUSIQUE DE LA CHAMBRE
De 1516 à 1538 environ on peut diviser les Musiciens de la Chambre en trois catégories : Les officiers domestiques — les joueurs de cornets — les fifres et tabourins. Sont pourvus de charges d'officiers domestiques les compositeurs, luthistes, organistes, chanteurs dont la profession est tenue pour noble. Rappelons à ce propos que les fonctions de valets de chambre ou d'écuyers tranchants, dont ils sont affublés sont purement honorifiques. Au reste on prend souvent soin de l'indiquer sur les états en faisant suivre de la mention extraordinaire, l'énoncé de leurs titres. Un peintre comme Clouet, un poète comme Clément Marot, un luthiste comme Albert de Rippe sont valets de chambre extraordinaires de François P''. Les Musiciens qui jouissant de cette faveur ne sont pas nombreux ; souvent il n'y en a qu'un ou deux, rarement plus de quatre ou cinq ^. Ils sont infiniment plus considérés que les instrumentistes proprements dits, ils frayent avec les courtisans, alors qu'un certain discrédit s'attache à la personne des virtuoses qui sonnent les cornets et les hautbois, qui jouent du rebec ou même de la viole. Ce préjugé était profondément enraciné, puisque au xvii" siècle encore, un gentilhomme croira déroger en apprenant le violon et considérera comme seuls dignes de son application les instruments d'harmonie ou à cordes pincées : clavecins, épinettes, orgues, guitares ou théorbes ^.
Les joueurs de cornets sont des virtuoses très estimés, ils touchent presque invariablement un traitement de 240 livres tournois, c'est-à-dire autant que la plupart des luthistes, valets de chambre. Ils ont en outre certains profits, ils fournissent au souve-
1. Deux en 1516, quatre de 1517 à J523. Un seul de 1326 à 1332, quatre de 1533 à 1533 etc.
2. Nous voyons, au milieu du xvi° siècle, Françoise d'Alençon recommandera ses filles d'honneur de jouer « de lues, guiternes, d'espinettes et autres instruments de musique tant recommandés aux nobles et honorables esprits » cité par M. Michel Brenet. Notes sm^ le luth p. 37.
C'est sans doute pour se conformer à ce préjugé courant que LuUy une fois célèbre ne voulut plus touchera un violon dont il jouait dans sa jeunesse mieux qu'homme au monde. En revanche il grattait de la guitare avec un vif plaisir (Lecerf de La Viéville. Comparaisons de la Musique italienne et de la Musique française. Seconde partie 1705, p. 187, 188.
rain de magnifiques trompes de chasse incrustées et décorées d'ivoire et d'or qui leur sont royalement payées K II est à noter que presque tous ces musiciens sont italiens et originaires de la ville de Vérone, ainsi que nous le verrons plus loin. Parmi les cornets se glisse parfois un musicien qui ne joue pas de cet instrument, mais ce n'est que provisoire. Dès l'année suivante il est pourvu d'une charge d'officier domestique ou reprend sa place parmi les fifres et tabourins -.
Les fifres et les tabourins n'ont aucune prétention à la virtuosité. Ce sont d'humbles exécutants qui jouent dans les cérémonies un rôle analogue à celui des trompettes et des tambours d'aujourd'hui. Ils marchent en tête des cortèges et des défilés en faisant entendre des sonneries joyeuses. Ils sont en moyenne cinq fifres et deux ou trois tabourins. Souvent des instrumentistes qui ne peuvent prétendre aux charges honorifiques figurent parmi eux sur les listes '^. Il ne faut pas en conclure que ces musiciens jouaient leur partie dans l'orchestre des fifres. Ce n'est sans doute qu'une convention administrative et il paraît difficile qu'un joueur de rebec ou de harpe isolé ait jamais eu à défendre la frêle sonorité de son instrument contre l'éclat criard des fifres ou des trompettes.
Entre 1530 et 1540 une petite révolution s'opéra dans l'état de la Musique de la Chambre. Jusqu'à cette époque les voix avaient dépendu exclusivement de la Chapelle. Si on trouve sur les états un chanteur comme Anthoine Le Riche, c'est que c'est en même temps un compositeur estimé. En tous cas, il ne se fait entendre que comme soliste et ne chante pas dans un chœur spécialement affecté au service de la Chambre. Aux environs de 1535, François P"" créa un corps de musique vocale chargé d'interpréter des chansons et des madrigaux d'un caractère profane et composé d'un petit nombre d'artistes de choix. Quelques années plus tard, il constitua une troupe àe joueurs d'instruments où prirent place les flûtes ou les hautbois qui jusque-là avaient indûment figuré parmi les fifres
1. Actes de François I^', t. II, p. 332, n» 5.538 et Comptes des Bâtiments publiés par Laborde, t. II, p. 233.
2. En 1516 le luthiste Jehan Paulle est classé parmi les cornets, il est valet tranchant en 1317 (Ms. fr. 21.449 f» 7 et 17).
3. Ainsi de 1316 à 1343 Lancelot Le Vasseur joueur de rebec figure sur les états parmi les tabourins. A partir de 1343 Bertrand Faillert joueur de harpe le remplace (Ms. fr. 21.449 et 21.430 passim).
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OU parmi les cornets ^ Cette division des Musiciens de la Chambre en officiers domestiques, chantres, cornets, joueurs d'instruments^ fifres et tabourins fut conservée par Henri II et semble-t-il par ses successeurs immédiats. Elle n'a qu'une valeur purement administrative et ne répond à aucune réalité puisque la rubrique : fifres et tabourins continue à comprendre à l'occasion des harpes ou des rebecs et que les joueurs d'instruments et les cornets qui sont séparés sur les états, sonnent en réalité souvent les mêmes airs ensemble'. Nous substituerons donc à cette nomenclature artificielle, la division suivante qui nous paraît plus rationnelle. Les joueurs de luth, les chantres et organistes et les joueurs d'instruments. C'est dans cet ordre que nous passerons en revue les nombreux artistes français et étrangers qui constituèrent, sous François I"'', la Musique de la Chambre du roi.