LA MUSIQUE DE LA CHAMBRE ET DE L ECURIE
Plaisirs. Le premier ne nous est connu que par le compte suivant de l'année lo30 : « A Albert Trame Mantouan, joueur de lue itallien, la somme de 205 livres tournois pour subvenir à ses nécessitez en attendant d'autres bienfaits ^ ».
Le second est le fameux Albert de Rippe. Sa valeur était déjà reconnue puisqu'il touchait 500 livres par an dès 1528 2, alors qu'Hubert D'Espalt ne recevait, parmi les valets de chmnbre, que 240 livres. Peut-être fallait-il être naturalisé pour être admis parmi les officiers domestiques ? Quoi qu'il en soit, Albert de Rippe ne paraît régulièrement sur les états qu'à partir de 1533, en qualité de valet de chambre '\
Il semble que le véritable nom de cet artiste ait été non, comme on l'a dit Alberto da Ripa, mais plus simplement Alberto Rippe. C'est du moins ainsi qu'il signa à Rome un singulier cartel pour défendre l'honneur de la courtisane Tullia D'Aragona. De même que Giambattista Lulli changea son nom en celui de Jean-Raptiste de Lully, de même Alberto Rippe, une fois fixé en France, se fit appeler Albert de Rippe. A la Cour de François I" et de Henri II, sa carrière fut brillante. Il fut comblé d'honneurs par ces monarques. D'abord capitaine de Montils-sous-bois près de Rlois*, puis seigneur de Car-
1. Arch. Nat. K. K. 100, f» 72 v». Sur le même document le nom de Tartisle est orthographié Trame et Trayne.
2. Voir le compte cité par Bernhardt. Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. IV, 536, En 1329 je relève sur l'état des Menus Plaisirs la mention suivante
« A Albert de Ribe Mantouan joueur de lue dudit Seigneur la somme de 230 livres tournois pour ses gaiges depuis le 1" raay jusqu'au dernier octobre, temps que. ledit Seigneur l'a retenu à son service » K. K. 100 f» 110 v». o La même formule est employée pour l'année 1330 (ibid., l'''34 v"). En 1331 il paraît bien être demeuré au service du roi, car un compte du 21 février (1332) parle de lui : « A Albert de Rippe, joueur de lut 625 livres qui est à raison de Vlxx V (123) hvres par chacun quartier; » Bibl. de Tours, fonds Salmon. Pièces originales publiés dans les Archives de l'Art français 1876 p. 92. Voir aussi dans les Actes de François /<"■, t. VII, p. 620, n° 10.393 et II, p. 367, 5611. La présence d'Albert de Rippe en France en 1331 est un fait important qui oblige à déplacer la date de février 1331 suggéi'ée par M. Bongi pour situer l'anecdote curieuse du défi signé par le musicien en l'honneur de TuUia d'Aragona. Voy. Annali di Gabriel Giolilo de.- Ferrari par Salvator Bongi, 1, 138.
3. Ms. fr. 21449 fr. 214 v». Albert de Rippe ne touche plus comme valet de cliambre que 430 livres. Alors qu'aux Menus-Plaisirs il recevait 500 livres. 1mi 1340 ses appointements furent portés à 600 hvres et se tinrent à ce chiffre jusqu'à sa mort (21.430 f»24). Nous renvoyons à l'ouvrage déjà cité de M. Michel Brenet pour le détail des cotes des manuscrits où il est fait mention d'Albert de Rippe; nous indiquons seulement ceux qui marquent un fait nouveau dans sa vie.
4. Il porta le titre de capitaine de Montils-sous-bois pendant l'année 1336. Voy. Actes de François /". t. III, p. 233 n» 8394 et VI, 442, 21.175.
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rois-en-Brie S il reçut en commun avec sa femme, laSignora Lucretia Rodolfi, le droit de jouissance de la terre de Beauregard en Bombes et un don de 6.000 livres tournois-. En 1545 les deux époux rédigèrent une donation mutuelle de leurs biens en faveur de leur fils François^ émancipé par justice. On voit sur cet acte qu'ils possédaient « la terre et seigneurie de Carroys, chasteau, terre, prez, vignes, boys » et « la terre appelée la Chantairye de Saint-Denis en France au port de Neuilly '*. » Outre les revenus qu'Albert de Rippe tirait de ces propriétés foncières, et ses gages annuels de 600 livres, il recevait de nombreux présents du roi : un jour « deux muids de blé et deux tonneaux de vin ^ », une autre fois quatre « cents écus soleiP ». Sa situation comme on voit était des plus enviables. Il accompagnait partout le roi et touchait de fortes indemnités pour l'entretien de ses chevaux''. Chaque fois qu'un souverain étranger avait une entrevue avec le roi de France ; il jouait en sa présence *. Il rivalisa sans doute en 1538 avec le luthiste du pape, Francesco Ganona, qui se fit entendre de François P"" ^ On sait qu'Albert de Rippe fut célébré à l'envi par tous les poètes du temps : Clément Marot, Ronsard, de Baïf. On trouvera dans l'étude de M. Michel Brenet
1. Nous n'avons pu retrouver l'acte par lequel Albert de Rippe devint seigneur de Garrois; ce lut sans doute vers 1540.
2. Actes de François l'\ t. VII, 557, n» 26.876 et p. 591, n» 27.334.
3. François de Rippe, seigneur de Garrois figure en 1578 sur les états des officiers domestique de Gatherine de Médicis en qualité de pannetier. Voy. Lettres de Calherine de Médicis, édit. Baguenault de Puchesse. Imprimerie Nat . 1909, t. X, p. 520.
4. Arch. Nat. Y, 93. f° 137 (publ. par Ecorcheville dans les États civils de Musiciens insinuées au Chatelet degParis, p. 88.
o. Actes III, p. 233, n» 8594.
6. Actes VII, 702 n» 28.479. Voir aussi pour les dons octroyés à Albert de Rippe. Actes III, p. 630, n» 10.393. Acte II, p. 713, n» 7222 et Arch. Nat. J. 962 f° 60.
7. Ms. fr. 3132 f» 43 v. En 1548 il touche 200 livres « pour l'entretènement de ses chevaulx oultre ses gages. »
8. Son disciple Guillaume Morlaye dans l'intéressante préface qu'il plaça en tête des œuvres d'Albert de Rippe rappelle que son maître sur l'ordre du roi de France donna « plaisir de son industrie à ung Pape, a ung Empereur, à ung Roy d'Angleterre et à d'autres Princes et infinis Seigneurs. » (I livre de tabulature de leut, contenant plusisurs chansons et fantaisies composées par feu messire Albert de Rippe de Mantoue Seigneur de Garois, joueur de lut et valet de chambre du Roy notre Sire. A Paris. Michel Fezandat 1553 in-4'' obi. Bibl. Hoy.de Bruxelles (fonds Fétis) .
9. « A. François de Ganona joueur de lue du Pape en don et faveur du plaisir qu'il a donné au Roy d'avoir joué dudit lue et autres services qu'il luy a faictz par le passé... 235 1. t. Arch. Nat. J. 961 f» 238.
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les plus beaux vers qui lui furent adressés. Albert de Rippe, atteint de la pierre ^, traîna longtemps cette cruelle maladie avant d'en être délivré par la mort pendant l'été ou l'automne de loSl ^.
En dehors d'Albert de Rippe et d'Hubert d'Espalt, on ne rencontre à la Chambre aucun autre joueur de luth avant 1547. On a prétendu que le fameux Pietro Paolo Rorrono était venu en France, mais rien n'est moins prouvé. Il est certain par contre que le personnage appelé sur les comptes Pierre Paulle V Italien n'a rien de commun avec le célèbre luthiste. C'est une sorte d'intendant « commis à la conduite des bâtiments », qui surveille les travaux effectués à Roulogne, à Fontainebleau, à Villers-Colleret qui garde les meubles et bijoux du Roi dépendants de ces châteaux^. Ses fonctions n'ont rien de musical.
De très importantes lacunes dans les comptes de la maison de Henri H rendent presque impossible la reconstitution de l'état de la musique sous son règne. Les noms des luthistes Charles Edinthon ; et des frères Antoine et Jacques Dugué ^ paraissent, sur certaines listes, pêle-mêle avec ceux des chantres et des joueurs d'instruments, ce qui donnerait à croire qu'ils n'étaient pas pourvus de charges de valets de chambre comme la plupart de leurs prédécesseurs. Pour la biographie très incertaine de ces artistes, nous renvoyons une fois de plus à l'étude de Michel Rrenet, nos recherches personnelles ne nous ayant rien révélé de nouveau à leur sujet.
1. Cette maladie, fut pour les poètes qui composèrent son épitaphe. un thème sur lequel ils brodèrent avec le plus parfait mauvais goût. Voir i'épitaphe italienne de Jean-Pierre de Mesmi :
Solto questa pietra, la vessicale pietra uon pose...
(Bibl. Nat. Ms.'Jr. 22.560, t. I, p. 54. Ou les vers de Baïf :
De longue main la pierre qui s'avance Dans tes rognons avait pris sa naissance...
[Les Passe temps, édit., 1573 ï" 93 v.
2. Le compte de l'année i550-15oi le mentionne encore (Clair, 813 p. 149 et Ms. fr. 8132 fo 56 v)! D'autre part il était mort lorsque Guillaume Morlaye obtint le privilège de publier ses œuvres le 13 février 1552,
3. Actes de François 1'^, t. II, 85, III, 169, VII 694 et 710, VIII, 542 et 706. Ms. fr. 21.449, f" 185, 200, 214 v°. Ms. fr. 7856, p. 938. Ms. Clair. 835 p. 2134.