II. — Les chantres et organistes
Les états de la Maison du Roi ne mentionnent pas avant lo40 l'existence d'un corps de musique vocale spécialement affecté au service de la Chambre. Jusqu'à cette date les seuls chantres qui jouissent du privilège d'officiers domestiques sont Antoine Le Riche et Jean de Bouchefort. Le premier, ancien serviteur de Louis XII, est un musicien accompli, auteur de motets publiés sous le pseudon^ane de Antonius Divitis^ le second est aussi un compositeur d'airs fort estimé ^ et le type achevé de ces brillants chanteurs au luth qui font les délices de la cour au xvi^ siècle. Tous deux sont des artistes qui doivent à leurs talents exceptionnels l'honneur de compter parmi les valets de chambre du Roi. Antoine Le Riche occupe cette place de 1516 à 1525 ^ et Jean de Bouchefort apparaît sur les états en 1533*, peu d'années avant la création du chœur de musique dont nous allons nous occuper.
Il suffit de feuilleter les rôles des acquits ° du règne de François P'' pour s'assurer que plusieurs années avant 1540 des musiciens prenaient le titre de chantres de la Chambre et touchaient en cette qualité un traitement de 200 livres tournois. Leur entretien, au lieu de figurer au budget de la Chambre, faisait partie des dépenses secrètes de François P''.
Au début de 1532 nous trouvons un ordre au trésorier de l'Epargne de payer 50 livres par quartiers aux chantres Simon Faugères et Jehannot de Bouchefort ^ En septembre de l'année 1533, François F'' fait don de 600 livres tournois à Jacques Golombeau et Jean Maignet « retenus naguère comme chantres de la Chambre du Roy et omis sur
1. Pour la bibliographie des œuvres de ce musicien voy. Eitner. Bibliogr. der Musik-Sammelwerke, Berlin 1876. p. 528.
2. Voy. les 2 airs à 4 voix Say souhaicté et Ta grant beaulté publié dans le recueil d'Attaiquant de 1530.
3. Ms. fr. 21.449, f° 4 v», 17, 28, 40, o3, 67, 81, 95, 108. Il est toujours appelé Anthoine Le Riche dict Le Chantre.
4. Ms. fr. 21.449, p. 214 v». Il fait son apparition sur les états en compagnie d'Albert de Rippe et de Rogier Pathie organiste, parent sans doute du Jehan Pathye qualifié petit organiste sur les comptes des Menus Plaisirs. Arch. Nat. K. K. 100, f» 73 et 113 v° en 1529 etf» 43 v en 1530.
5. Arch. Nat. J. 960, 961, 962, M. de La Borde en a publié des fragments importants dans ses Comptes des Bâtiments du Roi.
6. Bibl. de Tours, fonds Salmon, pièces originales en date du 21 février 153J.
LA MUSIQUE DE LA CHAMBRE ET DE l'ÉCURIE 227
l'état des officiers de sa maison pour la présente année » '. L'omission des chantres sur les comptes de la Chambre eut un caractère systématique, car nous n'y voyons paraître Jean Maignet et Jean de Bouchefort qu'en 1540. Pourtant, bien avant cette date, le chœur de musique de la Chambre fonctionnait régulièrement. Nous arrivons même, grâce à différents actes de l'année 1S38, à reconstituer la composition de la petite troupe à Cette date. Elle ne comprenait que cinq voix et un organiste chargé de les diriger et sans doute de les accompagner sur un clavecin ou une orgue régale. C'était en somme ce qu'on appelait au xvi'= siècle un concert de musique, suffisant pour interpréter, dans une salle de palais, une chanson polyphonique ou un madrigal. Les chantres n'étaient pas recrutés au hasard, ils appartenaient tous à de bonnes familles. Nous voyons en effet la plupart des enfants qui font partie du chœur, envoyés après la muance à l'Université de Paris pour y faire leurs études aux frais du Roi -.
En 1538, la musique vocale de la Chambre parait avoir été composée des artistes suivants :
Jehannot de Bouchefort « chantre et valet de chambre du Roy ^ »
Gabriel Delaistre « chantre de la Chambre du Roy » *
Jehan Maignet — — ^
Guillaume du Fresne — —
Jean de Vaulx — — e .
Antoine de La Haye « chantre et organiste » "'.
-\. Ms. fr. 15.629 n» 607 et Arch. Nat. J. 960 f» 132 v». Sur ce document Jean Maiguet est appelé Jean Manuel.
2. C'est ainsi que nous voyons venir successivement à Paris pour y étudier : Jacques Colombeau (Actes Vlfl, 107, 166, 223 et 2.59) Guillaume du Fresne et Jean de Vaut (Actes VIII, 291, 29.5. Arch. Nat. J. 961, n° 268).
3. Jehan de Bouchefort porte déjà ce titre sur un acte du 27 août 1537 : « A Jehannot de Bouchefort chantre et vallet de chambre du Roy en don et récompense de ce qu'il n'a esté couché en Testât et n'a été payé de ses gaiges et livrée en la maison dudit Seigneur durant les années 1535 et 1536. 440 1. t. (Arch. Nat. J. 960, n» 127. Voir aussi ibid., n» 51 un don de 600 livres qui lui est fait en date du 22 février 1537 et au n» 160 le paiement de ses gages de valet de chambre avec ceux de Clément Marot en date du 8 octobre 1537.
4. Paiement de la pension de « M» Gabriel de Laistre chantre de la Chambre du Roy, 200 1. t. en date du 8 octobre 1537. Arch. J. 961, n° 108 et du 3 septembre 1538. (Ibid., n» 264. (Actes VIII, 109 et 289.)
5. Paiement de la pension de Jehan Maignet « l'un des chantres de la Chambre du Roy » 200 1. t. en date du 2 janvier 1538. (J. 961, n» 155) et Actes t. VIII, p. 166.