‹ L'Année musicaleChapitre 146 sur 159 · I. — Les joueurs de hautbois et sacquebutes · texte numérisé non relu

I. — Les joueurs de hautbois et sacquebutes

Nous n'avons pas de listes complètes des joueurs cf instrurnens de haulxhois et sacqîœboutes ayaini 1529. Les seuls artistes dont nous

variétés de violes et non au violon classique qui n'apparaîtra guère en France avant la moitié du xvi" siècle. M. Jacquot a cité un curieux arrêt sur les joueurs lie violons de l'année 1490 en Lorraine. [La musique en Lorraine, p. 23. 1. Ms. fr. 78o6, p. 956.)

ayons trouvé mention sur des quittances de 'J517 et de 1518 sont trois Italiens Jacques Darobio S Christophe de Plaisance- et Barthélémy de Florence'^, tous trois sacquebuteurs. Les sacquebutes, comme on sait, sont les ancêtres de nos trombones à coulisse. Le Père Mersenne en a donné une excellente description dans son Harmonie Universelle '. Mais, à l'époque où il écrivait, ils étaient déjà fort déchus de leur antique splendeur et ne constituaient plus, comme au xvi^ siècle, toute une famille d'instruments de registres différents". On les jouait en concert avec les hautbois, et leur sonorité cuivrée s'opposait à celle, plus criarde, des violons.

Il semble bien que ce soient les Italiens qui en aient répandu l'usage en France, car on ne les rencontre pas avant leur venue. Quoi qu'il en soit, lorsqu'en 1529 nous trouvons une liste détaillée des joueurs de hautbois et sacquebutes, nous pouvons constater qu'elle est exclusivement composée d'Italiens. Il n'en faudrait pas conclure cependant qu'à cette époque les Français ne pratiquaient pas le hautbois. A la Cour de Lorraine, nous trouvons de nombreux joueurs de hautbois aux noms bien français : Loys, Pierre Leconte, Louis Du Boys, Robert Mangin et Jacques de Saint-Lanes^

A Montpellier, nous trouvons aussi une troupe de hautbois qui ne devait certainement pas tous ses éléments à l'Italie. ''

Probablement François P' avait reçu à son service la bande ultramontaine toute formée et laissait à ses chefs le soin de la compléter lorsque des vacances se produisaient. Nous verrons d'ailleurs, d'ici

1. Quittance d'une année de ses gages de neuf-vingt livres tournois payés le 27 lévrier 1518. Ms. fr. 783o, pièce 4.

2. Quittance d'une année de gages en date du 31 décembre 1318 (Ms. fr. 7833, pièce 3).

3. Barthélémy de Florence devait se trouver depuis longtemps en France, car sur les lettres de naturalité qui lui furent octroyées en novembre 1528 (Actes VI, 157, n» 19698) il est dit qu'il y résidait depuis trente ans environ. Cet acte nous apprend également que, contrairement à ce que pourrait faire croire son nom, il était « natif de Milan ». 11 paraît être en 1329, avec Masone daMilano, un des chefs de la bande itahenne. 11 dut mourir peu après le voyage à Cambrai dont nous parlerons plus loin, car nous ne le retrouvons pas sur les états de 1530.

k. Harmonie universelle, 1636. Traité des instrumens, ch. v, p. 270 etsuiv.

3. « Il y avait toute la série des saquebutes depuis l'alto, le ténor, la basse jusqu'à la contrebasse ». Musée rétrospectif de la classe XVII. Instrumens de Musique. Rapport du comité d'installation, Paris, 1900, in-4°, p. 72-73.

6. Entre 1528 et 1531. Voy. Jacquot. La Musique en Lorraine, p. 36.

7. Les chefs de la bande se nomment Guillaume Boucher et Jehan Guigo. Arch. nat. J, 961, n» 76. Acte du 7 février 1337.

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peu d'années, se glisser dans leurs rangs quelques français En 1529, la bande comprenait huit membres aux appointements annuels de 180 livres tournois^.

Voici leurs noms que nous nous efforçons de reconstituer de notre mieux.

Barthélémy de Florence; = Bartolommeo da Firenze.

Pierre Pagan = Pietro Pagano ;

Christophe de Plaisance = Christoforo daPiacenza;

Marchant de Milan = Masone da Milano ;

François de Virago = Francesco da Birago ;

Nicolas de Bresse = Nicolo da Brescia ;

Sanxon de Plaisance ^= Simone (?) da Piacenza ;

François de Crémone = Francesco da Cremona.

A cette époque^ il y a une séparation bien nette entre la bande italienne des hautbois et sacquebuteurs et la bande française des violons. Il n'en sera pas toujours ainsi. L'égalité des traitements et aussi le fait qu'ils devaient souvent jouer ensemble amenèrent les rédacteurs des comptes à les confondre sous la même rubrique : Joueurs d" inslrumens de violons, hàuxlbois et sacqueboutes. Il est dès lors fort difficile de distinguer ces musiciens entre eux et de savoir s'ils sonnent les instruments à vent ou à archet.

Il semble, à lire les comptes royaux', que la faveur de François I^"" allait surtout aux étrangers car il leur prodigue les gratifications ^ Leur service est d'ailleurs plus pénible. Ce sont eux que le roi désigne pour se rendre à Cambray au mois de juillet 1529, afin de servir au festin donné par la Reine-mère après la conclusion de la fameuse

1. Nous dressons cette liste d'après divers comptes des Menus plaisirs pour l'année 1528-1529 : « A Pierre Pagant. Christophe de Plaisance, Paule de Milan, Françoys de Virago et Marcfuen de Milan, dict Baron, haulxboys diidit seigneur, italliens, la somme de 45 (?) livres., oultres leurs gaiges. » Février-mars 1539 après l'asques (K. K. 100, f» LXI) . — « A Barthélémy de Florence, Pierre Pagan, Christophe de Plaisance, Marchant de Milan, Françoys de Virago, Nicolas de Bresse, Françoys de Crémone et Sanxon de Plaisance, italliens haulxboys dudit seigneur, de la nation italienne la somme de 41 livres pour se mieux entretenir à son service [Ibid. f" LXXXIV).

2. Voir les actes ci-dessous. En 1531 Pierre Pagan, François de Virago, Maison de Milan, Paul de Milan et Simon de Plaisance « phiffres et joueurs de sacqueboutes et hautboys » reçoivent chacun 20 escus. Arch. nat. J, 960, publ. par Laborde. Compte des bâtiments du Roi, t. II, p. 206.

Paix des Dames ^ La bande avait alors à sa tête le vieux Barthélémy de Florence, qui se trouvait déjà depuis plus de trente ans en France, et le sacquebuteur Masone da Milano-.

La composition de la troupe italienne est d'ailleurs fort instable. Presque chaque année les décès et les départs causent des vides aussitôt comblés par de nouveaux arrivants. Alors que nous trouvons en fonctions, à la mort de François F'' (1547), quatre des violons sur les six qui paraissent sur les listes de 1529 '^ il ne reste plus à cette époque, un seul des huit hautbois dont nous avons donné les noms. Dès 1531, trois ont disparu* : Barthélémy de Florence, Christophe de Plaisance et Nicolas de Bresse. Un seul d'entre eux est remplacé par Paul de Milan ^ En 1533, arrivent à l'Kcurie Nicolas et Dominique de Lucques, qui y demeureront de longues années ^

Les trois derniers venus, sans doute plus jeunes et plus résistants, furent choisis avec cinq violons pour accompagner le Roi en voyage et reçurent chacun 20 écus soleil pour acheter un chevaP. Nous retrouvons toute la troupe italienne à Marseille pour l'entrevue du Pape et du roi de France. Sans doute François P'' était-il plus fier de ses hautbois que de ses violons, car seuls les premiers furent habillés de neuf à cette occasion ^ Pourtant dès cette époque, la

1. Barthélémy de Florence et Marchant de Milan reçurent 20 livres 10 sols pour « subvenir à la despence d'ung voyage qu'ils ont fait durant ledit mois de juillet de l'ordre dudit seigneur, avec leurs compaignons devers Madame Mère diceluy seigneur, estant à Gambray, pour servir au festin fait audit lieu par ladite dame ». Arch. nat. K. K. 100, f» 74,75.

-*. L'orthographe du nom est terriblement instable. En 1.529 il s'écrit Marchant (K. K. 100, f» 74 et 84). En 1331, Maiso7i (J. 960). En 1333, Marciol (actes II, 380, n° 6391). En 1334 et 1337, Melchior (J. 962, f° 178. J. 961, f" 264). C'est à se demander si on a bien toujours affaire au même personnage.

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