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INSTITUTIONS HARMONIQUES DE ZARLINO

Le nom de Gioseffo Zarlino domine, pendant la seconde moitié du xvi^ siècle, toute l'histoire de la théorie musicale. Son autorité, qui se prolonge très avant dans la période suivante, repose principalement sur le grand ouvrage qu'il fit paraître en 1558 sous le titre de Le Istilutioni armoniche di M. Gioseffo Zarlino da Chioggia, nelle qualt, oUra le materie apparlenenli alla Musica, si trovano dichiarali molto luoghi de Poeli, Historici e Filosofi, si corne nel leggerle si potrà chiaraniente vedere. Ce livre, dont une seconde et une troisième édition parurent en 1562 et 1573, fut réimprimé en 1589 dans le recueil de ses œuvres complètes, et une fois encore, en 1602, avec les Dimostrationi qui en avaient été le compléments

La diffusion et l'influence de ce traité se révèlent par le nombre de ses éditions et par les traces profondes de son étude, qui se font reconnaître dans les écrits des théoriciens postérieurs. On en peut

1. La première édition fut publiée con privilegio delV illustriss. Sig noria di Venefia per anni X, à Venise, en 1558, in-fol. de 6 ff. n. ch. et 347 p. La seconde, qui porte le nom de l'imprimeur Francesco Senese, et la date 1562, ne diffère en rien de la précédente. L'édition de 1573, sortie des mêmes presses, présente quelques changements et contient deux tables des matières ; elle forme un volume in-fol. de 6 ff. n. ch., 428 p. et 10 ff. n. ch. — Les Istiluzioni armoniche remphssent le tome I du recueil De lutte l'Opère del R. M. Gioseffo Zarlino da Chioggia, ch' ei scrisse in buona lingua italiana, già separatamente poste in luce, liora dinuovo corretle, accresciute et migliorate, insieme ristampate. etc., Venise. Francesco de i Franceschi Senese, 1589, in-fol. Le tome II contient les Dimostrationi armoniche. Les deux ouvrages, Inslituzioni et Dimostrationi di Musica, reparurent en 1602 à Venise, chez Gio-Antonio et Giacomo de Franceschi. — De nombreux exemplaires de ces diverses éditions existent dans les bibliothèques publiques de l'Europe. A Paris, l'édition de 1558 et celle de 1562 des Istitutioni se trouvent au Conservatoire de musique ; rèdilion de 1562 et celle de 1573, à la Bibliothèque Nationale et à la Bibliothèque Mazarine.

trouver aussi une preuve directe dans les traductions ou les adaptations qui en ont été faites, dans le cours du xvii*' siècle.

Fétis, qui a très justement qualifié les Instilntioni armoniche de « monument du profond savoir et du haut mérite » de Zarlino, a mentionné trois traductions de ce traité : la traduction française de Jehan Le Fort, dont il sera parlé ci-après ; et les traductions hollandaise et allemande de Sweelinck et de Trost. L'ouvrage, dit-il formellement à l'article Zarlino de sa Biographie des Musiciens^ « a été traduit en hollandais par J.-P. Sweelinck» ; il est moins affirmatif à l'article Sweelinck, oti il dit seulement que « l'on attribue » à ce maître « une traduction hollandaise des Institutions harmoniques de Zarlino ». Eitner s'est abstenu de mentionner ce travail^. La question a été vidée dans un sens négatif par M. Max Seiffert, qui a décrit, dans son étude sur Sweelinck et ses élèves directs ^, l'ouvrage sur lequel l'erreur repose. Il s'agit de deux volumes mss. de la bibliothèque de Hambourg, dont le premier (ms. 5383) intitulé : Compostion (sic) Regeln Herrn Johan Peterssen Sweling, semble la copie ou la traduction allemande d'un abrégé de théorie musicale rédigé peut-être en langue hollandaise par Sweelinck, à l'usage de son enseignement, et dans lequel il a utilisé les chapitres i29, 38, 42 et suivants, 51 à 56, 58 et suivants, 61 et suivants, 65 et suivants, du livre IILdes Institutions de Zarlino, avec de nouveaux exemples. Le second volume (ms. 5384), qui porte la signature de J.-A. Reincken et la date 1670, est un remaniement du précédent.

La réalité de la traduction allemande de Trost, — Johann Caspar TY0S,i senior, avocat et organiste à Halberstadt, mort avant 1645, — est attestée par la mention d'un catalogue des foires de Leipzig, de l'année 1673, où l'ouvrage figure à l'état de manuscrit ou de copie, sous ce titre : « Le Institutione harmoniche di M. Gioseffo Zarlino, aus dem ital. von J.-C. Trost, parergon 11, in-4 », avec une série de traductions d'ouvrages de J.-A. Ban, Artusi, Diruta, G. Sabbatini, Morley, Salomon de Caus, etc. ^ Ce catalogue a été consulté par Gerber, que Fétis et Eitner ont suivi sans vérifier l'origine de son

1. Eitner. Quellen-Lexikon, t. IX, p. 334 et t. X, p. 331, art. Sweelinck et Zarlino.

2. Max Seiffert. J.-P. Sweelinck und seine direkten Hchûler.. dans la Vierteljahrsschrif't fiir Musikwissenschafï, t. VII, 1891, pp. 143-^40.

3. G. Gôhler. Verzeichniss der in Frankfurter und Leipziger Messkataloqen... angezeigten Musikalien, 1902, in-8, p. 88.

assertion. Aucun bibliographe, jusqu'ici, n'a retrouvé la trace des travaux de Trost.

Les seules traductions de Zarlino qui subsistent actuellement sont donc celles, en français, dont la Bibliothèque Nationale possède les mss. inédits, cotés, l'un, fr. 1361, et le second, fr. 19101.

Fétis n'a pas connu le ms. fr. 1361, qui ne porte ni titre, ni date, ni nom d'auteur. Ce volume, qui provient du fonds Golbert, contient, d'après la foliotation récente à l'encre rouge, qui complète et corrige la foliotation primitive, 223 feuillets, de moyen format, sauf vers le milieu du manuscrit, quelques feuillets en grand papier, qui ont été repliés par le relieur. L'écriture, du commencement du xvii^ siècle, est fine, serrée, hâtive, avec de nombreuses ratures et abréviations. Les exemples de musique sont généralement transcrits sur des feuillets séparés ou des fragments de feuillets de papier réglé placés par le relieur en regard des pages de texte auxquelles ils correspondent. Les figures géométriques dont Zarlino appuyait ses développements théoriques, sont transcrites dans le texte. On se convainct, au fol. 51, que la version française a été faite d'après l'édition de 1573 des Institutions, où, dans le chapitre xii du second livre, Zarlino avait ajouté au texte des éditions de 1558 et 1562 un renvoi à ses Démonstrations harmoniques.

Le traducteur ne s'est nullement astreint à suivre et à reproduire en entier la texte italien, et son travail apparaît seulement comme un résumé ou une analyse du traité de Zarlino. De toute évidence, il étudie les Institutions la plume à la main, pour en retenir les enseignements appropriés à son usage personnel, sans aucun dessein de publication. On voit assez, par le choix qu'il fait entre les matières contenues dans les quatre livres de Zarlino, qu'il n'est pas un compositeur, ni un musicien « pratiquant », mais un professionnel ou un curieux de la théorie pure. Tandis que, par exemple, il traduit en entier le chapitre xli du livre II, sur le Tempérament, il supprime ou abrège en quelques alinéas, ou en quelques lignes, la plupart des chapitres relatifs au contrepoint, à la composition et à l'exécution, ainsi que les dissertations sur les effets de la musique, sur la musique des anciens, etc. Partout, il élague les ornements littéraires, les citations poétiques, dont Zarlino aime assez faire étalage ; et, ce qui montre bien qu'il traduit au courant d'une première lecture, c'est, entre autres détails, qu'il commence à écrire

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le chapitre viii du livre II, et qu'il rature ce début pour passer au chapitre suivant ; ou bien que, dans le livre III, il résume le chapitre Lxxix par ces mots : « En tout ce chapitre il [Zarlinoj ne parle que de la façon de chanter des Antiens, encore obscurément, et qu'ils observoient la quantité et la valleur des sillabes des vers, et de quelques vieux instrumens accordez à l'octave, quinte et quarte sur lesquels ilz retiroient seullement n'ayant point es quantité et variété les pareils que nous avons. Pour voir ce qu'il y dict plus particulièrement voir l'original ».

La reliure, relativement moderne, du ms. fr. 1361 porte au dos le nom de Claude Hardy, que répète le Catalogue des mss. du fonds français de la Bibliothèque Nationale. Cette attribution; qui repose sur d'anciennes mentions des catalogues du fonds Colbert, ne correspond à aucun souvenir musical, mais n'est en rien contredite par les caractériques du ms. lui-même. On sait que Claude Hardy, Manceau d'origine, venu jeune à Paris vers 1625, s'y fit connaître à cette date par la publication du texte grec et d'une traduction latine des « Données w d'Euclide, — première édition de cet ouvrage, — avec le commentaire de Marinus. Cette publication fut, selon Baillet, le point de départ de ses relations avec Descartes. Pourvu en 1626 d'une charge de conseiller au Chàtelet, Hardy continua de s'occuper avec un zèle égal de l'étude des langues et de celle des mathématiques. Au dire de Colomiès, sa « prodigieuse facilité » lui avait permis d'acquérir la connaissance de « trente-six dialectes » ^ Sur le terrain des mathématiques, il faisait autorité : Descartes invoqua son témoignage, avec celui de Mydorge, dans sa dispute au sujet du traité de Fermât, De Maximus et Minimis '.

Le goût de la musique et la curiosité de sa théorie étaient fréquents alors chez les hommes de science : Descartes en est la plus illustre preuve, et Ion peut associer à son nom ceux de Kepler, Gassendi, Huygens, Fermât, Villiers, Lemaire, Salomon de Caus, Pierre Trichet ; Claude Hardy, si l'on admet l'attribution qui lui est faite du ms. fr. 1361, vient s'ajouter à cette liste.

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