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MEMOIRE ET L'IMAGINATION AFFECTIVES

Parmi les études qui ont constitué de notre temps la science positive de l'esprit, il n'en est pas de plus intéressantes el de I » 1 ii -s fécondes au double poinl de vue théorique el pratique que celles dont la vie affective a été l'objet. Depuis la publication de l'tiu\ r;it,rt> remarquable de M Ribol sur la psychologie de- sentiments 1896 . on ne peul plus mettre sérieusement en doute les deux propositions suivantes qui dominent cette psychologie : l La vie affective a la première place dans la totalité de la vie psychique ; elle n'est pas dérivée : elle nVst I' - un mode, une [onction de la connaissance : elle existe par

elle-même et est i rreduet ilile : -' F.e désir et son contraire

l'aversion sont, dans la vie affective, des phénomènes primitif-, antérieurs ;'i toute expérience, à toute considération de plaisir el de peine Ce sont vérités désormais acquises que la priorité du sentiment sur l'intelligence, el celle du désir sur le plaisir el la douleur1.

i. Schopenbaaer avait établi la priorité <lu BonUment, sous le nom de primat de la volonté, par des argumenta vraiment décisifs, que M. Etibot ,i rappelés el résumés dans la conclusi a m livre [La psychologie '/»■•.

sentimen », p 131] liais la priorité du senUmenl on de la volonté ne penl être bien entendue que bî on la dégagede la métaphysique du philosophe allemand, et, pour écarter cette métaphysique, il convient de rejeter la

urati 'M absolue et l'opposition de nature qu'elle suppose entre ces deui facultés mentales, la volonté el l'intelligence le! que le comprenait el I" présentai! Schopenhauer, !<• primai de la volonté ressemble .1 quelque chose de contradictoire. Conçoit "ii on premier étal dans lequel l'esprit,

ail .i la pure volonté, sérail absolument inconscient N in

duil p.ir une légitime el ni induction psychologique i tenir le con -

cienl pour coexlensil au mental, c'esl à-dire .1 meUre .1 la place de lin ni réel el absolu des !• .-•• - el des plana mulUples de conscien

pall tint reconnaître, c'esl qui le sentiment, *'ii s'accompagne toujou .m moins, de subconscience, ne ■ réduit pas, comme le pensait Leibn .1 des idées confuses; c'est que le fond, le substrat de la nature menl est passion et volonté. ■■ Ce que noua appelons l'intelligence, avec son appareil compliqué, ai-je écrit, il y u plus de trente ans, n'est

Ce 'qui a longtemps fait méconnaître ces deux priorités, c'est que le sentiment se modifie et se transforme, s'enrichit, se diversifie et se complique à mesure que. sous son impulsion, se développe l'intelligence, et par l'effet de ce développement; et c'est, d'autre part, que le désir, qui agit d'abord aveuglément, sans savoir où il va, ne tarde pas à prendre une forme précise, une direction déterminée, par l'expérience «lu plaisir et de la douleur, cherchant l'un et fuyant l'autre.

Un des chapitres les plus curieux et les plus suggestifs du savant ouvrage de M. Ribot est celui qui est consacré à la mémoire ;t fT«»ctive. Les remarques et les vues de l'auteur sur ce sujet constituent, par leur originalité, leur valeur et leur portée, un très sérieux et très grand progrès de la psychologie, — un progrès auquel les philosophes n'ont pas encore, à mon sens, accordé toute l'attention qu'il mérite.

C'est par la mémoire que se conservent, pour revivre à l'étal d'images, nos sensations quelconques. Je dis l'étal d'images, en étendant à toutes les espèces de sensations le mot image qui semble ne convenir et ne s'appliquer qu'aux sensations visuelles Ainsi chaque espèce de sensations a ses images : il y a des images tactiles, des images auditives. des images olfactives, des images gustatives, des imagés de sensations musculaires, comme il y ;i des images visuelles Chaque espèce d'images constitue une mémoire spéciale : mémoire visuelle. mémoire auditive, etc. (liiez le peintre domine la mémoire visuelle : chez le musicien, la mémoire auditive.

vrai dire, qu'as moyen; c'csl l'organe que la passion >-i la volonté - 1 1 1 1 ment, mettent en mouvement el en jeu, qu'elle Be Boni produit el tendent .1 perfectionner pour iiiniii<lr<' leurs Qns Qu'est-ce que l'hommi f One intelligi ; ie par d ' Non : une volonté Ben ie par une intel-

\phique, \" Bel ie, I I. p ^ î » * * ) - » \n Bujel des rapports >lti désir el .lu plaisir, on me permettra de rappeler ce que j ai écril dans ['Annie philosophique de 1 s » ; 7 . el qui, .i ii do C tndUlac, Be trouve aujourd'hui confirmé par

i,i psy< hol ■- positive i II n'esl pas vrai que la conscience du plaisii el de la peine soil l'antécédent nécessaire 'lu désir. Le <î<-.~i r- peut précéder l'expérience du plaisii el de la peine, el c'est ce que nous voyons dans les instinct I le propre du désir instinctif, chez l'animal el chez l'homme, de n'avoir pas un « » 1 >j • • t déterminé d'avance, connu d'avance, de marchei àbu tin avant \.>tu\.<- expérience innée philosophique de 1867, p 224

■ii; i \ MCMOIBI Kl L IM \'.in \ 1 1 < • n \i i i., ii

La diversité des moires constatée, il esl assez aaturel de

penser que les sentiments el les émotions ont ;nis>i leurs images; qu'il sont, comme les sensations, susceptibles de reviviscence; qu'il y .1 une mémoire affective, comme il y a une mémoire auditive el une mémoire visuelle. Spencer el Bain l'ont reconnu, m lis sans élucider suffisamment la «[ n lion, fi peut-être sans en bien voir l'importance.

On sait que Spencer donne le nom général de sentiments feelingt aux sensations el aux émotions; <|u'il distingue en tout sentiment, par conséquent dans rémotion comme dans la sensation, <lru\ degrés très accusés, deux formes, l'une vive i ivid . l'autre faible (faint) : que la première constitue le sentiment actuel actual el la seconde le sentiment qui revil dans la mémoire : qu'il donne le nom d'idéal .1 ce dernier, entendant par sensations el émotions idéales ce que nousappe l< 'ii- images des sensations el des émotions

Ii iir met pas en doute l'existence des émotions idéales. Mais il remarque: l que la différence esl moins tranchée entre émotions idéales el émotions actuelles qu'entre sens 1 tions idéales el sensations actuelles; -' que les émotions revivent moins facilement dans la mémoire que les sensations;

que, pour se reproduire avec un certain degré de vivacité, les émotions onl besoin d'être rappelées par le souvenir des circonstances dans lesquelles elles se sont autrefois produit

si à-dire par les images des sensations auxquelles elles onl été associé* -

nous passons des sensations, dont les formes \ nnenl de

la périphérie, anx émoUons dont les formes vives viennent du centre, nous trouvons que la différence entre l> mes faibles est

loin d'él grande; de Borle que, en fiait, le passage de l'émotion

île .i l'émoUon actuelle .1 lieu -.m- aucune ligne de démarcation 0 /' trad i!ii»>t el Bspinas, 1, I. r« partie, ch. m

dèmenl parlant i< m pem enl ratant

plus ravivés qu'ils onl plus de rapp as qui viennent de la péripbé

rie el d'origine externe sont plus facilcmenl rc|

gine interne el tous deui sont plus [ue ceux qui

\ iennenl du centra

1 Dsalions les plus rel le la \ n ->>nt

celles qui ->m\ le plus aisémenl repro lu - la pensi I i

ms naissenl dans l'esprit i\ • •■ une fa< ilité et une foi que

.iii — i grand) , 1. j sensations di touchai el de pression, raoii >en

tables, le son! cependant facilement el avec beaucoup de clarté 1 salions exl mes l< - me : 9 relationnel ■ » 1 1 el de i

ni ni si aisémenl m -■> fortement reproduit) Non périphériques d'origine inl On i»<:

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Bain paraît, à première vue, très opposé à cette opinion de Spencer, que les émotions se reproduisent moins facilement que les sensations d'origine externe (sensations visuelles, auditives, etc.), ou d'origine interne (sensation musculaire, sensation de la faim).

« Quelle est, dit-il, la faculté de reproduction comparative (thc comparative revivability) des émotions proprement dites, comme l'amour, la colère, etc. ? Si uous nous en tenons à l'évaluation populaire de ces émotions, nous dirons que, sous ce rapport, elles égalent, si elles ne surpassent pas, nos sens les plus élevés, l'ouïe et la vue. Je crois que cette évaluation est juste au point de vue de l'observation positive et au point de vue théorique (from matter of fact observation and on theoretical grounds). Nous pouvons donc construire ainsi une échelle de nos sensibilités, commençant par celles qui renaissent le moins facilement, finissant par celles qui se reproduisent le mieux : sentiments musculaires, sensibilités organiques, goût, odeur, toucher, ouïe, vue, émotions spéciales... Les émotions sont tout à fait au niveau de la vue {on a level wilh sight), et peut-être la surpassent1. »

Et plus loin : « D'après la loi que je viens d'exposer, on est fondé a classer les émotions avec les sens les plus élevés, au

peul se représenter au>-i vite ni aussi clairement on effort musculaire particulier qu'un son ou une odeur particulière; et quoiqu'on puisse se rappeler fort clairement une douleur interne soufferte dans une membre, nu peut observer que la douleur idéale n'approche pas de la douleur réelle autant que le souvenir d'un cri perçant de la conscience actuelle d'un cri perçant, ou que la pensée d'un éclair de la perception d'un éclair. Quand lions en venons a ces sensations venues de la périphérie auxquelles donne naissance l'état ordinaire 'les organes, nous trouvons qu'elles ne peuvent ehe ravivées qu'à un très faible degré II est difficile de rappeler dans la conscience la sensation de faim...

I • la est vrai aussi 'les états de conscience venant du centre, on émotions. Les émotions sont excitées non par les agents physiques euxmèmi s, mais par certains rapports complexes entre ces agents, l'ai' suite lest émotions idéales ne sont éveillées que parles représentations de ces rapports complexes Vin i éveillées, elle- peuvent s'élevei a un certain degré 'le vivacité, jusqu'à devenir des émotions actuelles Mais le rail que nous avons .i noter ici comme conforme au principe énonce, c'est qu'une émotion ne peul Être ravivée 'le la même manière qu'une lumière ou un -mi il e-i impossible 'le ramener instantanément dans la conscience me me -mi- une forme faible, la passion de la colère ou de la joie. La représentation de l'une ou de l'autre ne peut être réveillée que par l'imagination et en insistant sur quelqui - circonstanci - calculées pour la produire, ce qui prend un temps appréciable. » Ibid., t. I. * partie, cb v, p. 223 ol

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