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un certain degré de vivacité, quand elles sont éveillées par des images visuelles ou auditives concomitantes. Et si Bain 1rs classe avec les sensations supérieures, c'est qu'il les considère comme associées dans la mémoire avec des sensations de ce genre, et qu'elles lui paraissent devoir leur haut degré de reviviscence à cette association, c'est-à-dire aux images visuelles ou auditives dont elles sont inséparables et par lesquelles elles sont éveillées.
Comme Speneer et Bain, M. Harald Hôffding admel que les sentiment- se reproduisent dans la mémoire, qu'il y a une mémoire affective aussi bien qu'une mémoire des sensations. Mais il estime que révocation des sentiments passes est plus difficile et plus imparfaite que celle des sensations passées ; qu'elle s'opère à l'aide de celle des sensations, surtout des sensations visuelles et auditives auxquelles les sentiments liaient primitivement associes; qu'elle est. dans les circonstances
ordinaires, empêchée ou troublée par le senti ni qui nous
domine au moment actuel.
« On constate du premier coup, dit-il, que l'on évoque la représentation plus facilemenl que les sentiments qui s'y rattachent. Nous pouvons très bien nous évoquer à nous mêmes des images el des situations tirées de notre vie passée, mais nous n'évoquons que liés imparfaitemenl les dispositions qui nous animaient. Il s'ensuit que les joies passées ne reparaissent dans la mémoire que c< e des reflets affaiblis de <-v
qu'elles étaient, mais d'autre pari que nous évoquons desévé ueraents tristes ou pénibles sans évoquer dans leur plénitude la douleur el l'amertume primitives. Tins un étal mental offre de nuances, de traits el de détails nettemenl marqués, el mieux il se laisse rappeler par la mémoire. Mais les nuances
el les détails supposenl une c paraison el appartie ml au
domaine de la connaissance. Moins esl grand le rôle joué dans
un état mental par les i léments intellectuels, ins esl par-
i.ni le souvenir qu'on en peut avoir. C'esl ainsi qu'il nous esl plus facile d évoquer les variations el la série successive des Bentiments que chaque sentiment considéré à pari el en luimême Nous pouvons nous rappeler que nous les avons eus. sans pouvoir les évoquera proprement parler. Il faul des cir
SUR i\ MÉMOIRE i i i.'im m. in v i [ON M i BCTIVI S
constances particulières pour que l'étal affectif -oit reproduit. On -■• 3ouvienl des sentiments au moyen des représentations auxquelles il- étaient primitivemenl associés el de concert avec lesquelles il- formaient un certain état <ir conscience l u'est que si l'on s'enfonce suffisamment dans ses souvenirs, -i on les revit, que lesentimenl peut être réveillé C'est une conséquence toute simple de la plus grande lenteur du sentinu'iii ;i se mouvoir; la pensée peut retourner instantanément en arrière, mais les sentiments demandent du temps pour se déployer. Il y aura toujours un empêchement provenant du sentiment qui oous domine au moment actuel : en tout cas, il modifiera plus ou moins le sentiment antérieur, et il se produira un sentiment nouveau, résultat «le-, deux autres. C'est l,i une source d'illusions nombreuses à l'égard de aotre vie passée
Ces remarques de M. Hofîding sur la mémoire affective, sauf l.i dernière qui est intéressante el nouvelle, el qui mérite l'attention, ne font que reproduire, en les précisant, celles de Spencer el de Bain.
Dans - 'emarquable ouvrage, The Principlez ofpsycho-
logy, M. William James examine brièvemenl la question. Il u 'accorde aucune importance à la reproduction des sentiments dans la mémoire. Il ue serait môme pas, semble t-il, bien éloigné d'en contester l'existence. ■■ La reproducti les émotions dans la mémoire, dit-il, de même que celle des sensations inférieures est très faible oery small). Nous pouvons nous souvenir d'avoir éprouvé du chagrin ou du ravissement, mais mm de la manière même donl nous avons senti le chagrin ou le ravissement but notjust how tke grief or rapture fell .
il signale aux psychologues i confusion à éviter : ne
prennent ils pas pour des émotions idéales, souvenirs d'anciennes émotions, les sentiments nouveaux el actuels que fait naître en l'esprit la mémoire des causes qui ont produit les anciens ' Ces sentiments nouveaux el actuels sonl de même nature, de même espèce, <|'"' les anciens ; mais ils n'en sont pas des souvenirs : il- ne s'j rapportent pas comme .1 la sensation l'image II j a là, pour les émotions, une sorte de reviviscence que \\ . James oppose, sous le nom d'actuelle, ;'» la
reviviscence idéale, el qui, étant aussi aisée q telle 1 1 est
difficile, lui paraît la remplacer avec avantage. Voici en quels
l Esq • (CM '/'un,' psych 1. lig e avec r&utorisaUon de l'auteur par L. Poitevin, p i
termes, il développe et explique sa pensée sur ce point qui, dans la question, doit être considéré comme capital :
« Nous pouvons produire, non des souvenirs remembrances) du chagrin ou du ravissement (pie nous avons autrefois seul i, mais de nouveaux chagrins et de nouveaux ravissements (new griefs and raptures), en évoquant une idée vive de la cause qui les a excités. La cause n'est maintenant qu'une idée is now only an iden . mais cette idée produit les mômes irradiations organiques, ou presque les mêmes qui furent produites par l'impression originale (by its original), de sorte (pie l'émotion est de nouveau une réalité (is again a reality). La honte, l'amour et la colère sont particulièrement susceptihles d'être ainsi ravives (revived) par les idées de leur objet. Le professeur Bain admet que les émotions, si on n'envisage que leur caractère propre, possèdent le minimum de reviviscence, mais qu'étant toujours incorporées aux sensations supérieures, elles partagent la reviviscence des sensations visuelles et audi tives. Mais il ne fait pas attention (pie les sensations visuelles et auditives ravivées peuvent être iilr/th's sans cesser d'être distinctes; tandisque les émotions nesauraienl être distinctes, si elles ne deviennent de nouveau réelles. Le professeur Bain semble oublier qu'une émotion idéale et une émotion réelle excitée par un objet idéal sont deux choses très dilîérentes1. »
Je ne puis voir aucune différence entre celte interprétation des faits et la négation de la mémoire alîective ; et je comprends que M. James ait cru pouvoir écarter la mémoire affective de la psychologie des émotions, où elle n'était, à ses yeux, d'aucune utilité-
Dans son livre La Phychologie des sentiments, M. Th. Ribot a
établi la réalité de la mémoire alîective par des observations
qui me paraissent absolument concluantes. De ces observations K m' citerai que la suivante, elle Buffit, a mon sens, pour décider la question :
• Littré raconte qu'il perdit à l'âge de dix ans. une jeune -oui- dans des circonstances très pénibles, et qu'il en ressentit une vive douleur; o mais le chagrin ne dure pas beaucoup ».
A un âge fort avance, celle douleur lui revint brusquement, i The Principlesof ptyehotogy, t. il. p. v 7 * .
SI c. I \ \1i HOIR] i i i i\i IOIS \ i l"N M i Kl riVKS
sans cause extérieure : Toul à coup, Bans le vouloir ni le «chercher, par un phénomène d'automnésie affective, ce « même événement s'esl reproduit avec une peine non moindre, • certes, que celle que j'éprouvai au moment même el qui alla <■ jusqu'à u il 1er mes yeux de larmes. Elle se répéta plusieurs lois dans le cours des jours suivants, puis cess i el Ql a place au sou) enir habituel ' o
Notons que Littré lui même se serl des mots automn affective pour caractériser le phénomène. U s'agit bien pour
lui d'un sentiment ancien reproduit dans l; unoire, el non
d'un sentiment nouveau causé par un objet idéal.
M Ribol montre très bien que la distinction établie par M. w James entre l'émotion idéale el l'émotion actuelle résultant de sensations idéales ne résiste pas à l'examen, parce qu'elle méconnaît la nature mêmede la mémoire el des images par lesquelles y revivent nos états de conscience
o II faut, «II! M. que le sujet qui non-; occupe soit bien confus ou ail été traité bien négligemment pour qu'un esprit aussi perspicace que M. .lames n'ait pas vu que les souvenirs affectifs, comme les autres, ont pour idéal de redevenir actuels, On ne devrait pourtant pas oublier ce fait incontestable que notre conscience ne naît que dans le présent, l'on r qu'un souvenu, vi lointain qu'il soit, existe pour moi. il faut qu'il rentre dan- te champ étroit de la conscience actuelle, sinon il esl enseveli dans le gouffre de l'inconscience et identique au néant. Non- avons ainsi sans parler du présent-futur) un présent pie-. Mit et un présent passé, celui île la mémoire et. celui ci ne se distingue de i autre que par certaines marques additionnelles qu'il n'importe pas d énumérer, maisqui cou m -te ut surtout eu (•<• qu il apparaît comme une répétition d'un état initial et. généralement, avec une intensité moindre. Or, ce- conditions indispensables de la mémoire sonl le- mêmes pour les états intellectuels et pour les états affectifs. Si, les yeux fermés, je me représente Saint-Pierre de Rome si j'étais architecte •■! tre- Pou visuel, j'en reverrais tous le- détails . ma représentation est actuelle et ne devient souvenir que par l'addition de marques secondaires, entre autre- la répétition et la moindre intensité si an souvenir d'une agonie dont j'ai été témoin, le chagrin m'envahit, -i me- larmes coulent le i de Littré cité plus haut n'est rien moins que rare , ma repré-
l. La Psychologie des sentiments, p. 153 F \
sentation est actuelle et ne devient souvenir que par l'addition de marques secondaires, entre autres la répétition et la moindre intensité. Les deux cas sont semblables; pour l'un comme pour l'autre, la représentation, suivant la loi formulée par Dugald-Stewart et Taine, est accompagnée d'une croyance momentanée qui la pose comme réalité actuelle '. »
Il faut d'ailleurs, selon M. Etibot, distinguer deux mémoires affectives: l'une vraie et concrète, l'autre fausse et abstraite; la première, où l'émotion rappelée s'accompagne d'états organiques cl physiologiques'; la seconde, la plus fréquente, où rémotioo est reconnue, non ressentie. Il estime (pie celle ci peut être dite [<iussi>, parce qu'elle ne reproduit pas un réel étal affectif, et qu'elle est, à vrai dire, une variété de la
mé ire intellectuelle, la ninnjui' affective qui s'y ajoute à la
représentation d'un événement n'étant qu'un caractère intellectuel de plus.
« Le souvenir affectif faux ou abstrait n'est qu'un signe, un simulacre, un état intellectualisé qui se surajoute aux élé menls purement intellectuels de la représentation, et rien de plus.
« La mémoire affective vraie ou concrète consiste dans la reproduction actuelle d'un état affectif antérieur avec tous ses caractères, delà est nécessaire, du moins théoriquement, pour qu'elle soit complète. Plus elle se rapproche de la totalité, pluv elle se rapproche de l'exactitude. Ici, le souvenir oe con si.sie pas seulement dans la représentation des conditions, circonstances, bref des états intellectuels; mais dans la reviviscence de l'état affectif lui-même, comme tel, c'est-à-dire
ressenti, .l'en ai rapporté des cas plus haut : ils montrent que
la mémoire affective vraie, indépendante de sou accompagneineni intellectuel, n'esl pas une chimère . »
Ceux qui regardent la mémoire affective connue une chimère n'ont jamais sans doute voulu considérer que la fausse;
et mé il ne paraît pas qu ils aient saisi la vraie nature de
cette dernière, qui esl beaucoup mieux définie el caractérisée par le mot abstraite que par le mol fausse. M Ribol explique le premier de ces termes par des remarques très justes el (\>' grande portée psychologique Bur l'abstraction el la généralisai les états affectifs:
l / a Psychologie de* sentiments, p. 161.
SUR l. \ MEMOIRE BT L IM \u\ v I l"N Mil' 1 1\ i ■
Les états affectifs Boni susceptibles d'abstraction el de généralisation tout comme les états intellectuels Celui qui a vu beaucoup d'hommes, qui a entendu aboyer beaucoup de chiens el coasser beaucoup de grenouilles, 3e forme une im i§ générique de la forme humaine, de l'aboiemenl du chien el «lu co issemenl de la grenouille C'esl une représentation schématique, semi abstraite, semi concrète, formée par l'accumula tion des ressemblances grossières el l'élimination des différences De môme, celui qui a eu plusieurs fois mal aux dents, la colique ou la migraine, qui a eu des accès de colère ou de peur, de haine ou d'amour, 8e forme une image générique, une représentation schématique de ces divers états, par le même procédé. Voilà le premier pas. Il sérail hors de propos de suivre ici en détail la marche ascendante de l'esprit vers des généralisations déplus en plus hautes. A leur degré le plus élevé, des concepts tels que force, mouvement, quantité, etc., supposent deux choses : un mot qui les fixe el les représente, un savoir potentiel, latent, caché sous le mol el qui l'empêche d'être un pur flatus voeis. Celui qui ne possède pas ce savoir potentiel, qui esl incapable de résoudre les abstractions supérieures en moyennes, puis en inférieures, puis en données
c srètes, ne possède qu'un concept vide. De même pour les
états affectifs : les termes émotion, passion, sensibilité, etc., ne Boni que des abstractions, et, pour vivifier ces termes, leur donner une signification réelle, il faul des expériences de l'ordre affectif, des données concrètes. Les gens qui parlent d'an état affectif qu'ils n'ont jamais éprouvé, qu'ils ne con naissent que par oui-dire, ont un concept vide. Les états affectifs sont une matière qui peut subir tous les degrés d'abstraction, comme la matière sensorielle '
Retenons cette proposition générale, que les états affectifs comme la matière sensorielle, peuvent subir divers de§ d'abstraction Bile me paraît dominer la psychologie de la mémoire affective. Si les états affectifs sont reproduits plus ou moins abstraits, plus ou moins concrets, ce n'est pas B*ex primer avec exactitude, de parler d'une mémoire affective