I. tbid, |». Il
50 L'ANNÉE PHILOSOPHIQUE. 19UG
vraie et concrète et d'une mémoire affective fausse et abstraite ; il n'y a pas à distinguer deux espèces différentes, mais deux degrés ou plutôt un grand nombre de degrés différents de mémoire affective.
On accorde trop, selon moi, à ceux qui nient la mémoire affective, lorsqu'on admet, avec M. Ribot, qu'à l'état abstrait, elles n'est réellement qu'une variété de la mémoire intellectuelle et peut donc être qualifiée de fausse. Pour être abstrait el général, obscur et confus, le souvenir affectif ne laisse pas de conserver sa nature affective ; il ne parait devenir intellectuel que parce qu'il est dominé par les souvenirs intellectuels, bien plus distincts, clairs et précis, des sensations concomitante. En ce moment, il est à ce point elïacé qu'il semble n'être pas réellement senti. Il n'existe, dirait-on, qu'en puissance. C'est qu'il n'est pas en ce moment, — qu'on me permette le Langage de Leibniz, — objet d'aperception. Mais attendez : tout à l'heure il va s'actualiser clairement, des associations de similarité ou de contiguïté vont lui donner couleur et vie, le réveiller avec une telle force qu'il aura dans le corps presque la même résonnance que le sentiment primitif : qu'il fera rougir s'il s'agit d'un sentiment de honte, pâlir et frissouuer s'il s'agit d'un sentiment de peur, verser des larmes s'il s'agit d'un sentiment de chagrin et de tristesse.
Qu'on relise, dans la Nouvelle Héloîse de Rousseau, la lettre où Saint-Preux raconte la promenade qu'il lit avec Julie pour revoir et lui montrer " la retraite isolée qui lui avait servi d'asile au milieu des glaces et où il s'était plu à converser
en lui-inè avec ce qu'il avait de plus Cher au inonde » :
Quand nous eûmes atteint ce réduit el que je l'eus quelque temps contemplé : « Quoi ! dis je à Julie en la regardant avec n n o'il humide, « votre cœur ne vous dit -il rien ici, et ne sen
« le/. VOUS point quelque émotion secrète à l'aspect d'un lieu
-i plein devous? o. Alors, sans attendre sa réponse, je la
conduisis vers le rocher, et lui itraison chiffre -rave dans
mille endroits, el plusieurs vers de Pétrarque el du Tasse relatifs à la situation où j'étais en les traçant En les revoyant, même après si longtemps, j'éprouvai combien la présence des objets / * ut i n in m, i puissamment les sentiments violents dont on fui agité prèa d'eux...
« Revenus lentement au port après quelques détours, nous nous séparâmes. Elle voulut rester seule, el je continuai de me promener sans trop savoir où j'allais...
-i ii LA HI HOlltl il i. IUAOIN \i ION \- i i i rivss
(, Je commençai par me rappeler une pro aade Bemblable
faite auparavant avec elle durant I»' charme de aoa premières amours. Tous les sentiments délicieiu qui remplissaient ;il"i-
m âme t'y retracèrent pour l'affliger, tous les événements
de notre jeunesse, dos études, nos entretiens, dos lettres, uns rendez-vous, nus plaisirs, ces [ouïes de petits objets qui m'ol fin. ni l'image de mon bonheur passé, toul revenait, pour
jmenter w<i misère présenti . pren ire place en mon soutenir.. Il me semblait < | u*- j'aurais porté plus patiemmepl sa morl ou Bon absence et que j'.iv;iU moins souffert toul le temps que j'avais passé loin d'elle. Quand je gémissais dans l'éloigneraent, l'espoir de la revoir soulageait mon cœur ;... mais me trouver auprès d'elle, mais la voir, la toucher, lui parler, l'aimer, l'adorer, et, presque en la possédant encore, la sentir perdue à jamais pour moi: voilà ce qui me jetait dans des accès de furent et de rage qui m'agitèrent par degrés jusqu'audésespoir* ••
Je Bouligne, dans les passages cités, les mots où l'on peut voit ce que pensait de la mémoire affective l'auteur de la Nouvelle Héloïse, la place qu'il lui donne et l'intérêt qu'il en tire dans cette partie du roman, le rôle que lui paraissaient joner les associations dans l'éveil des souvenirs affectifs, la distinction très simple qu'il faisait sans peine entre l'émotion idéale ou remémorée et l'émotion nouvelle, souvent très iliiï<' rente, qui peut nattredes souvenirs intellectuels et affectifs
J'éprouvai combien la présence des objets peut ranimai puissamment les sentiments violents dont <>n fut agité prèsd'eux. — Evidemment Saint Preux avait le souvenir de ces sentiments avant d'arriver à l'endroit où il avait voulu conduire celle qu'il aimait, »'t je crois qu'il ne convient guère de donner le nom de taux .1 ce 30u venir, mais il est l «m* n vrai que ce bou venir était vague, général, abstrait Maintenant le réduit est atteint et Saint-Preux le contemple: voilà que l<i souvenir
affectif Bort de l'étal d'abstraction, devient c sret, se réveille
avec la vivacité du sentiment primitif. Il est Bi bien ressenti comme Bouvenir de ce sentiment, que c'est ce sentiment même qui Bemble ressuscité avec son ancienne violence.
Comment B'est il réveillé ? Par la vue des objets près desquels les Bentiments primitifs ont été éprouvés Si nous analysons la pniiiurth.11 de ce phénomène de reviviscence affective, nous y trouvons trois moments .1 distinguer : 1 des
1 / a Nouvelle Héloïse, partie iv, leUre xvn.
sensations visuelles résultent, tout d'abord, pour le spectateur des objets qu'il a voulu revoir et près desquels il se trouve; 2° les images des anciennes sensations visuelles sont rappelées par celles d'aujourd'hui auxquelles elles sont semblables i association de similarité) ,*3° les images des sentiments anciens sont rappelées parcelles des anciennes sensations qui accompagnaient ces sentiments association de contiguïté).
Cette analyse paraît confirmer ce que disent Bain et M. Hûffding des conditions de la mémoire affective. Lessentiments oe revivraient dans la mémoire que comme parties d'un ensemble, d'un toutou seraient entrées 'les sensations supérieures, visuelles ou auditives1 En raison de L'association de contiguïté qui unit et solidarise les diverses partiesdece tout, la reviviscence, plus facile, des sensations déterminerai! celle des sentiments. J'admets volontiers qu'il en est ainsi ihuis un grand nombre de eus, c'est-à-dire que l'éveil du souvenir affec tif tel qu'on l'observe ordinairement dépend du souvenir éveillé des sensations visuelles ou auditives qui ont été associées au sentiment. Ed dépend-il toujours et nécessairement .' On peut le contester. Mais c'est un point sur lequel j'aurai à revenir.
Tous 1rs sentiments délicieux qui remplissaient "lors mon
1. De môme que le- sensations visuelles, el avec la même puissance, les sensations auditives éveillent, par le mécanisme de l'association, les snuvenirs affectifs. ■■ Il ya en Suisse, 'lit Bernardin de Saint-Pierre, un air de mu ique antique ri fort simple, appelé le ranz </<'* vaches, Cet air est 'l'un tel effet qu'on fut obligé de défendre de le jouer en Hollande el en Franco de van I les soldats de cette nation, parce qu'il les faisail déserter tous l'un après l'autri . Je m'imagine que ce ranz 'le- vaches imite le mugissement île-, besUaux, les retentissements des échos el d'autres convenances locales qui faisaient bouillir le sang dans les veine- de ces pauvres soldats, en
leur rappelant les montagnes île leur patrie et en même Lemps les <■ pa
du premier âge, les premières amours el les souvenus des bons aïeux, d (Eludes </>■ lu nature, étude mi*).
dirai-je, dans le caractère imitatif du ranz de» vaches qu'il Paul cher* her, comme l'imagine l'auteur, l'explication 'lu rail rapporté. Les lu un- imiti . mugissements des bestiaux, retentissements des échos, < n ni pour rien. I lie se lire très simplement des souvenirs affectifs évoqui -. chez ces soldats, en vertu des lois 'le I association, par l'air 'le
inn-i.| |u'iis entendaient. Les sons que cel air apportai! ■< leurs oreilles
leur rappelaient, d'abord, par association 'le similarité, les sensations auditives lou qu'ils avaient autrefois, et très souvent, depuis leur enfance, i prouvées i n Suisse; puis, pai association 'le contiguïté, les sni iti i visuelles diverses liées a ces sensations auditives; enfin les
entiments et émotl i aux unes «•' aui autres. C'était l'ensemble de
souvenii intellectuels 'i affectifs, inséparablement uni.-, qui faisan bouillir le sang dans leur >■ ■ t-à-dire naître en leur- .mus le désir
n i. -i wiile de revoir leui p
-Il: i \ mi HOIR! i i i 'im\'.iv\ 1 1 ■ .n ai i m i mes
âme s'y retracèrent pour l'affliger. Voilà ce qui me jetait datu ,/, s le fureur et de rage, eu Rousseau n'a pas confondu
l'émotion idéale avec l'émotion nouvelle causée par un objet idéal 11 savait que ces deux choses ne s'excluent pas l'une l'autre, il marque leurs rapports. Il les montre différentes et opposées dans l'âme de Saint Preux. A la première succède la
sec le : au souvenir du sentiment délicieux de la joie et du
bonheur d'autrefois, le sentiment actuel d'une affliction crois santé, puis un sentiment de fureur est un sentiment de dés poir. Il «--I clair que ci - sentiments nouveaux in- peuvent être a llégui - contre la réalité et la force du aouvenir affectif, car ils les supposent, ils en sont les produits
On ne peut dire non plus que ces sentiments modifient le souvenir affectif en se combinant avec lui de manière à produire unesortede résultante émoti telle. En coexistant avec
lui. ils <'u restent parfaitement distincts; c'est lui qui les fait naître, qui les entretient, qui accroît, à chaque instant, leur \ ivacité : et, en réagissant sur lui. ils contribuent certaioement à augmenter la sienne.
Lorsque je m'enfonce dans mes souvenirs intellectuels et affectifs, en m'efforcanl < 1 * * 1rs revivre, il se peut, - j<' l'admets sans peine, que le sentiment qui me domine en cette application de un. ii esprit, altère plus ou moins, pn -'y mêlant ou a \ opp isant, le sentiment ancien dont j'ai réveillé en moi l<souvenir Delà, les illusions dont parle M. HÇffding. Mais il faut i''i distinguer entre l'éveil voulu 'lu souvenir affectif <•( .-.■lui qui se produit indépendamment de la volonté par I effet imprévu des lois de l'association. Je crois que, dans ce dernier cas, li mémoire reproduit fidèlement, en ses principaux caractères, !'• sentiment ancien, et que la pureté du souvenir affectif est conservée Personne ni- supposera qn'en s'é veillant, tout-à-coup, avec tant de force, en l'esprit «le Littré, le souvenir affectif dont j'ai rapporté plus haut l'observation ait pu être altéré par les sentiments ordinaires et dominants du philo Bophe.
Il y ;i lieu de B'étonner que l'existence de la mémoire aflec tive ait [>u être, sinon contestée absolument, au moins considérée parla plupart des psychologues comme chose négligeable
60 LÀNNÉB PHILOSOPHIQUE. 1906
et sans intérêt. Qu'est-ce, cependant, que cette expérience qui, sans doute, d'après la psychologie contemporaine, ne précède pas nécessairement le désir, mais qui est nécessaire pour le guider, l'éclairer sur les fins à poursuivre, pour lui donner une forme précise et une direction déterminée'.' N'est-ce pas la mémoire du plaisir et de la douleur éprouvés, c'est-à-dire une application générale et constante, chez l'animal et chez l'homme, — la plus générale, la plus constante, la plus essentielle dans le règne animal. — de la mémoire allective? Et ne faut-il pas donner à cette mémoire du plaisir et de la peine, guide du désir et de la volonté, la première place entre les mémoires diverses, par les raisons mêmes qui font reconnaître le primat du sentiment dans la vie psychique?
Voici, me semhle-t il, comment on peut s'expliquer que les psychologues n'aient pas jusqu'ici accordé à la mémoire alïective la place qui lui appartient parmi les ohjetsde leur science. Les souvenirs quelconques, intellectuels ou alïectifs, ou sont rappelés par la démarche volontaire et l'effort de L'esprit, ou s'éveillent spontanément, en certaines circonstances. Dan- les deux cas, le mécanisme de l'association joue son rôle, un rôle nécessaire, dans la production du phénomène et doit en être considéré comme la cause immédiate. Mais, dans le premier cas. la volonté se sert de L'association cou une d'un moyen pour atteindre le but qu'elle se propose. Or ce but, la volonté l'atteint beaucoup moins facilement, lorsqu'il s'agit i\r< sentiments et des émotions que lorsqu'il s'agil des sensations el des idées. Pourquoi '.' Parce que les sensations et les idées que l'esprit retrouve en cette régression volontaire sont très nombreuses el clairement distinctes : d'autant plus clairement distinctes l'une de l'autre que chacune d'elle- se représente à l'ordinaire séparée de l'élément affectif qui s'y trouvait joint primitivement. Kn suivant le fil conducteur que lui fournit l'association, L'esprit peut aller longtemps de l'une à L'autre - m- in ontrer un groupe ou le sentiment, faisant corps avec certaines idées, puisse revivre à l'étal concret
Remarquons que. par sa nature, l'idée peut se séparer de bod concomitant affectif, tout en restant particulière el en
gardant individualité nettement circonscrite: tandis que
le sentiment, B'il est Béparé de son concomitant intellectuel, passe nécessairement <\<- l'étal concret à l'état abstrait, el à un degré d'abstraction tel qu'il ne peut plus être l'objet d'un souvenir affectif vraiment distinct. Pour qu'un souvenir affectif
SUH i\ MÉMOIRE il L'IMAGINATION tPPECTIVKS 51
soit vraimenl distinct, il faut qu'il soil localisé dans le temp rt il ii.- peut ôtre localisé dans le temps que par le Bouvenir de quelque sensation, <\<- quelque idée auquel il se rapporte « ommeul distinguerait-on des sentiments généraux qu'oa peut dire actuels, parcequ'il sonl en réalité permanents, ceux qui, dans les souvenirs que la volonté essaie de rappeler, oe se présentent que détachés de toute représentation d'objets particuliers, c'est-à dire de toute représentation qui pourrai! leur
gner une place reconnaissable dans le pass< On a vu que M William James établit entre les sensations de la vue ou <lo l'ouïe et les émotions cette différence, que les premières peuvent ôtre idéales sans cesser d'être distinctes, tandis que les émotions ne peuvent être distinctes, si elle ne sonl réelles et actuelles Je tiens que la vraie différence .1 mettre entre les deux espèces d'états psychiques est celle-ci : Les sensations idéales de la vue ou de l'ouïe images visuelles ou auditives sont, par leur nature, distinctes, absolument comme les sensations réelles : elles n'ont pas besoin, pour l'être, des'accoml gner d'émotions idéales; tandis que les émotions idéales images affectives ue sauraienl ôtre distinctes, -i elles ne se présentent liées à des sensations idéales
11 est donc vrai de dire, avec Spencer et M Bôffding, que la volonté ne peut ni rapidement ni facilement éveiller des Bouvenirs affectifs; qu'elle y réussit uniquement à l'aide de l'imagination qui rappelle le souvenir «1rs circonstances dans
lesquelles les senti ats se sonl autrefois produits Spencer .
;m moyen des représentations auxquelles les sentiments étaient primitivement associés et «le concert avec lesquelles ils formaient un ètatde conscience Hoflding . Mais l'éveil des Bouvenirs affectifs peul quelquefois se produire par le jeu spontané «le l'association, Bans qu'on ait en l'intention m cherché le- moyens de le déterminer Dans des cas de ce genre t,.l que celui de Littré le phénomène présente des caractères Bi frappants qu'il est impossible de le mettre eu doute. 11 a pu, néanmoins, l'observation eu étant accidentelle et assez rare. échapper longtemps a l'attention des psychologues, laquelle devait naturellement -<■ porter d'abord sur la riche diversité de- sensations et .les idées, où elle trouvait un objet d'études plus facile-, plu- pivrises. plu- fi'.ondes en résultats positifs.
J'ai dit plus haut que l'éveil du Bouvenir affectif, tel qu'on l'observe ordinairement, dépend 'lu souvenir éveillé «le- sen sationa visuelles ou auditives qui ont été associées au senti
ment. Mais je ne vois aucune raison de penser qu'il <mi dépende toujours et nécessairement. J'ai fait remarquer comment les deux lois de l'association, similarité et contiguïté, concourent à évoquer le souvenir affectif. C'est toujours par L'association de similarité que commence le phénomène, c'est-à-dire que s'effectue la régression du présent au passé : une sensation présente en rappelle une semblable plus ou moins ancienne ; puis, celle-ci amène à sa suite, par association de contiguïté, diverses sensations de la môme époque, dont elle avait été accompagnée et qui avaient fait corps avec elle. Faut-il admettre que l'association initiale (similarité) ne s'applique jamais qu'à des sensations, et que les sentiments ne sont jamais remémorés que par l'association consécutive (contiguïté ? Il n'y a et ne peut y avoir là rien de nécessaire a priori. C'est donc l'expérience seule qui doit 'permettre de répondre à la question.
Dans sou livrera Psychologie de l'association. Louis Ferri raconte qu'un jour, piqué par une mouche, il se rappela tout à coup un enfant que jadis, étant lui-même fort jeune, il avait vu couché sur son lit de mort. « M'étant trouve, dit-il. coucbé sur mon lit au moment même où j'ai eu ce souvenir, je vois là une circonstance qui contribue à expliquer le retour de cette image. .Mais je suis encore loin d'en tenir une raison suffisante, car combien de fois lamôme circonstance ne s'est-elle pas renou velée sans le même accompagnement! Une autre circonstance a aussi son importance, el c'est que je me rappelle avoir vu le visage de cet enfant piqué par les mouches : mais ce n'est pas là encore une raison décisive pour le retour de l'image susmentionnée. Car bien des fois j'ai éprouvé le même inconvénient sur moi sans la même coucouiilance. Enfin j'observe que |;i vue du cadavre de la personne que j'avais connue produisit
sui moi une impression profondeel que. tout à l'heure, j'étais accidentellement dispose ;ï la tristesse. L'ensemble des circonstances nécessaires pour constituer une rai -on suffisante est ainsi trouvé '.
Dans cet ensemble de circonstance, il en esl nue que Louis Ferri aurail dû considérer el signaler comme primaire, en la distinguant de celles qui, sans Ba présence, -il le reconnaît, — auraient été inefficaces. C'esl le Bentimenl accidentel de tristesse éprouvé par l'écrivain au moment où surgit en son espritt
t. / a Psychologie de F association, p. 258, note (F. Alcan).
M II LA mi HOME M LIM \>.IN \ 1 1- -n \i i i;, ii\i -
le souvenir qu il raconte Nul doute que ce sentiment n'ait été la première condition du phénomène, en rappelant) par association <l<- similarité, le sentiment ancien el semblable de tristesse causé par la vue < 1 * * l'enfant mort.
Telle esl l'interprétation que donne M Fouillée du fail rappoi té par le psychologue italien el qui me parait très exacl
C'esl donc, dit-il, la similarité d'émotion, c'esl l'étal delà sensibilité qui a été la puissance dominatriceel déterminante. D'où M Fouillée conclut que o l'appétition el l'émotion apparaissent au tond de la mémoire comme I»' ressorl caché de l'association (1rs états de conscience el comme le principal moyen <!<• leur synthèse • : que - les mêmes objets ue réveillent pas les mêmes Bouvenirs quand nous sommes gais ou quand oous sommes tristes »; qu'il y a • en nous une disposition générale de la sensibilité el comme un ton général de uotr humeur qui repousse ce qui lui esl contraire, attire ce qui lui est conforme »; que l'on ■■ pourra il appeler cette loi profonde d'association loi de sélection sensible, puisqu'elle fait de ootre sensibilité une force d'attraction el de répulsion ■ : que les idées ue B'enchainant pas seulement par des rapports toul mécaniques el logiques ■: qu'elles s'enchaînent aussi • par un rapport d'adaptation à dos sentiments1 ».
Il peut donc arriver, el sans doute il arrive plu- souvent qu'une observation superficielle ue porterait à le croire, — nue ii similarité affective soil le poinl de dépari d'associations qui rappellent des souvenirs de sensations el d'idées. La conclusion de M Fouillée sur le rôle du sentiment dans l'association des états de conscience el dans la détermiu ition des Bouvenirs me semble une induction très légitime Elle esl d'ailleurs conforme et se ramène, notons l»\ .1 la thèse gêné raie de la priorité <lu sentimenl sur l'intelligence proprement dit.-.
C'est l'étal affectif, c'esl la mémoire des sentiments, restée en l'esprit, qui, comme l'a très bien \u Schopenhauer, tient éveillée ou réveille, •» l'occasion, la mémoire intellectuelle.
Une mémoire, même faible .1 l'ordinaire, dit-il, retient toujours parfaitement ce qui a delà valeur pour la passion dominante. L'amoureux D'oublié aucune sioo favorable, l'ambitieux rien qui B'accorde avec ses projets; le vaniteux retient chaque mot d'éloge et la moindre distinction dont il aétél'ob-
jet... L'observation personnelle donnera lieu à des remarques plus fines sur ce sujet. Quelquefois un trouble subit me fait oublier ce à quoi je réfléchissais à l'instant, ou la nouvelle qui vient de m'arriver aux oreilles. Eli bien ! si la cbose avait pour moi un intérêt quelconque, môme éloigné, L'influence que par là elle a exercée sur la volonté aura laissé comme un écho ; en effet, je me rappelle encore exactement à quel point cette cbose m'a agréablement nu désagréablement affecté, et aussi de quelle manière spéciale elle a produit en moi l'une de ces impressions, c'est-à-dire si elle m'a, même à un faible degré, blessé, rempli d angoisse, d'amertume, de tristesse, ou si elle a provoqué les émotions contraires. Ainsi donc, la cbose une fois disparue, ma mémoire n'eu a retenu que le contre-coup sur la volonté, et ce souvenir devient souvent le fil conducteur qui nous ramène à la cbose elle-même1. »
S'il faut voir dans le sentiment le fond de toute mentalité, le principe de l'activité de l'esprit, la diversité des natures mentales doit être attribuée à la diversité des tendances affectives et passionnelles qui dominent et meuvent les esprits. Ces tendances affectives, différentes chez 1rs individus qui les apportent en naissant, restent-elles fatalement invariables
dans le cours de la vie, formant un < iposé donl les éléments.
en lutte ou en harmonie selon les circonstances, oui toujours la même force et sont toujours dans les mêmes proportions ? Schopenhauer le croyait: de là son pessimisme. Les psycho logues évolutionnistes le nient, soutenant, -avec raison, selon moi, — que les sentiments ne sont, pas plus que les idées, BOUStraiK à I évolution mentale, quoiqu'ils la subissent beau- Coup plus lentement que les idées.
S il y ;i une évolution (\vs sentiments. I:i mémoire affective doit être considérée comme un des facteurs essentiels de celte
I ir Monde tomme volonté et comme représentation trad. Bardeau, t. III, p. 'M. — o Ce 'pu met en mouvement l'association des idées, dit Schopenhauer en an chapitre précédent, c'est, en dernière instance el dans le secret de notre être, la volonté, qui pousse l'intelligenc» irviteur, à coor-
donner les pensi es, dans la mesure de ses forces, .t rappeler le semblable, le contemporain, .i reconnattn les principes el les cons quences (t. II, p. 271). » [F âli
SI i: I \ Mi MOIRE i i i i\l \'.IN \ riOS Mil CTT
évolution. Le genre de sentiment éprouvé, à tel moment, bd telle circonstance, ensuite de telle sensation, se fortifie par la reviviscence du Bouvenir qu'il a laissé dans l'esprit. Il se fortifiera d'autant plus que le souvenir en Bera plus Bouvent ravivé. Il suit de là que la nature des sentiments I'1 plu- ordinairement éprouvés el la nature des souvenirs affectifs le plus ordinairement rappelés doivent changer la force proportionnelle
des éléments affectifs donl se composent, en chaq sprit,
les tendances affectives innées.
on ne voit pas pourquoi !<• phénomène psychologique auquel Ampère a donné le nom de concrétion ne se produirait pas pour les sentiments aussi bien que pour les sensations. Rappelons en quoi consiste ce phénomène.
Les images des sensations antérieures modifient nos sensations actuelles au point de de nous faire voir plus que nous oe voyonsel entendre plus que nous n'entendons. Un homme nous parle dans une langue qui nous esl tout à [ait inconnue : pourquoi ne distinguons-nous pas ce qu'il articule, tandis que, s'il parle dans une langue qui nous esl familière, nous percevons nettement tous les mots qu'il prononce. C'est,
ré] dail Ampère, en raison de la concrétion qui a lieu entre
les sensations présentes des sons et les images des mêmes sons que nous avons souvent entendus. Si les paroles que l'on chante à l'opéra italien, disait il encore, ne sont pas lortetement prononcées, l'auditeur assis dans le fond de la salle m- reçoit que l'impression des voyelles el des ondulations musicales; mais il n'entend pas les articulations et partant reconnaît pas les mots Qu'il ouvre alors le livret de l'Opéra, et, en suivant des yeux, il entendra très distinctement ces mêmes articulations que toul à l'heure il ne pouvait pas saisir. Voici ce qui se passe en lui. La vue des caractèi qu'il ;i (It'v.ini les yeux se composant non seulement de h sensation visuelle du moment, mais des images des sensations de même espèce qu'il a éprouvées en apprenant à lire l'ita lien, la vue des paroles écrites réveille en lui les imag sonores el acoustiques des paroles prononcées, el les images des Bons renforçant dans son organe les impressions trop faibles qu'il reçoit de la scène, il en résulte une audition il tincte.
Que de Bensations paraissent nous venir, telles quelles, du dehors, dans lesquelles l'analyse psychologique nous montra un phénomène de concrétion I Ainsi, quand j'aperçois «le loin
Pu ; v n . tau i j tu m ' ') •. 5
une personne .pie je connais, le souvenir que j'ai de cette perpersonne rend ma perception beaucoup pins précise. Pierre et Paul voient de loin le même objet. Pierre l'a déjà vu de près autrefois, Paul ne l'a jamais vu, Pierre y dislingue des détails que Paul n'aperçoit pas. Cependant ils n'ont pas meilleure vue l'un que l'autre. On le prouve eu les plaçant à la même distance d'un autre objet que ni l'un ni l'autre n'ont jamais vu et en s'assurant qu'ils ne l'aperçoivent pas plus distinctement l'un que l'autre. La conclusion qui s'impose est. d'abord, que Pierre n'aurait pas du premier objet une sensation visuelle aussi distincte s'il ne l'avait déjà vu autrefoisde près ; ensuite, que les sensations ou perceptions visuelles «les parties, qui sont confuses pour Paul, qui léseraient également pour Pierre s'il n'avait déjà vu l'objet de près, deviennent claires et distinctes pour Pierre grâce aux images qu'elles éveillent et qui les renforcent.
C'est par le phénomène de la concret ion qu'Ampère expliquait le- saillies et les creux qui nous apparaissent sur un tableau, quoiqu'il n'y ait réellement qu'une surface plane, couverte de diverses couleurs, mais où le peintre a reproduit les dégradations d'ombres el de lumières qui résulteraient de saillies et de ereux véritables. " L'habitude, disait-il, a lié depuis longtemps, chez, l'homme, les idées des formes que le tact lui a fait découvrir dans les objets où les saillies el les
creux existent réellement, avec ces dégradations d'oinhres el
de lumières, et leur vue lui retrace ces idées de forme-. lesquelles se concrètenl avec des impressions qui, sans cela, n'auraient produit que le phénomène visuel d'une surface colorée, sans creux ni saillie, comme elle est réellement
C'esl ce dont on peut s'assurer, ajoutait il. par une expérience liés simple : en traçant au simple trait, sur une surface plane, des losa OgOS don I les angles soient deliOel de 120 .
on bien des lignes parallèles, dont les extrémités soient jointes par des arcs de cercle-. D'après les habitudes dont nous venons <\>' parler, le premier de ces dessin- nous offre des cubes, el le second les plis d'un rideau. Mais rien ne distingue, dan- le premier cas, les angles en saillie de ceux qui doivent paraître en creux ; rien n'indique, dans le second, si
Ces plis de rideau tournent leur convexité un leur euiicavilé du côté du spectateur, Alors, -i mi se figure que certains
angles du premier dessin sont en saillie, ce qui met les autres ru creux, "ii voil les cubes disposés de cette manière, et on
SI n LA Ml MOIRE il L IMAGINATION V i i I i ■ 1 1 i -
continue à les voir ainsi jusqu'à ce que, par un autre effort d'imagination, on 8e figure, au contraire, les premiers en creux el les seconds en saillie l»'' même d ins le secoud dessin, si l'un s'imagine que les plis son! convexes, on les voit ainsi, et toi continue de les voir jusqu à ce que, se figurant qu'ils sont concaves, on parvienne .1 les voir de cette manière. Toul cela évidemment ne peut avoir lieu que parce que, par le rappel volontaire des formes dont il est ici question, on a produit les idées qui seconcrètenl avec les sensations. Il n'y a personne qui n'ait remarqué le second fait à l'occasion des papiers peints qui représentent des tentures en draperie, el pour vérifier le premier, rien n'est plus aisé que de tracer ^m- un papier les losanges dont nous ;i\ ons parlé : ».
Si j'ai insisté sur ce phénomène de la concrétion, c'est qu'il intervient, — on est fondé à le croire, dans les sentiments actuels aussi bien que dans les sensations actuelles, el que sou intervention fait comprendre comment les sentiments actuels sont renforcés par les souvenirs affectifs de même nature Prenons garde que dans toul souvenir affectif qui se fait reconnaître comme tel, en se localisanl dans le passé, il y ;i de l'intellectuel uni ;'i l'affectif, c'est-à-dire des sensations qui
I. Essai sur la philosophie des sciences, t. Il, Préface, note, |>. iv. — l. phénomène de concrétion observée) analysé par A.mp d'hui bien connu des psychologues. M Wundl le signale et l'expliqu
- ai tour, ''n l'' désignant par le ten l'ai ■ t. 1. issimil il on se
manifeste dit-il, quand une représentation, pénétrant nouvellemenl dans
la conscienco, reproduit aussitôt une représentation antérieur 1 ancienne
do sorte qu ni pour constituer un si ntation
uni [ue, simultan L issimilation con me en une 1
1 moins complexes, donl lu . ni d'une impn ssion ielle immédi itc ot I ndrée
• '1 m. . Voici qu Lérisliquc spéciale de l'assimila-
tion: l'image du souvenir est, en qui Iqui dans l'objet
ir, de façon que, m l'objet el la repres produite
itablemcnl l'un de l autre, la
cutée appai 1 ' c me une Mus on i|ui nous . 1 1 ■ 1 1 - • • jui la composition
Unsi, api rçus de loin 1 lustre, l< - • ■ ■ » 1 j • ^
de pim i*s d'un décor do théâtre, où est esquissée à grands I
l'imago d'un pn nous font absolumcnl l'effol d'un pa ible.
Quand nous lisons un livre, nous n'i 1 toutes I
d'impression: el que de faul happent-elles pai urvigi
Celui qu complète les mots qui arrivent im]
faitemenl .t son oreille, el rem que lui
garanti! la reprodution, s'il se trouve en présence d'un mal lu...
Presque toujou le 1 ons fournil oniqucim ni un
schéma approximatif des objets '!"•• nous r.-m j ■( i - duel Ions a [Eléments <ls pt t. I!. p. 33!
L'ANNÉE PHILOSOPHIQUE. l'JOG
revivent avec le sentiment ancien et dont les images nous représentent la cause et l'objet de ce sentiment. Mais ce qui est purement affectif dans le souvenir ne peul se détacher, se séparer de son concomitant sensible et intellectuel, sans échappera l'acte intellectuel de reconnaissance, et par conséquent sans perdre le caractère de souvenir conscient. Et, s'il échappe à l'acte de reconnaissance, s'il perd ie caractère de souvenir conscient, il doit nécessairement se confondre avec les sentiments habituels de même espèce, et augmenter, en s'y ajoutant, la couche mentale profonde sous les idées mobiles
On peul aisément, d'après ce qui précède, se rendre enmpte du rôle que joue la mémoire des sentiments dans l'évolution de la vie affective. Hien n'empêche d'admettre qu'en chaque individu, les tendances affectives innées sont, en partie, dues aux résultats accumulés et héréditairement transmis de la mémoire affective de ses ancêtres; que ces tendances sont ensuite modifiées, en chaque individu, par sa propre vie et sa propre mémoire affectives, dont i! transmettra, à son tour, en partie, à ses descendants les résultats accumulés ; en un mot, que la mémoire affective détermine, en nue certaine mesure, l'habitude et l'hérédité affectives.
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Un de nos critiques les plus pénétrants et les plus spirituels. M. Paguet, a bien vu que dans la mémoire des sentiments se trouve la solution de plus d'un problème psychologique, o II
\ a la. dit il. entre mille choses, Imite une explication de la
tendance polygamique de l'homme el de la tendance monogamique de la femme. Les hommes sont naturellement poly games sauf exception . les femmes sonl naturellement mono-
•j. - sauf exception aussi Pourquoi? Mais parce que la
mémoire affective est plus forte chez la femme, el la mémoire intellectuelle chez l'homme Autrement dit, I homme esl fait dans une certaine mesure pour oublier ses émotions et la femme pour s ru souvenir. Donc la première émotion amoureuse de la femme doil retentir éternellement dans son être et l'attacher indéûniment à celui d'où elle lui esl venue l. »
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Une plus forte mémoire de l'émoi amoureuse produit une
tendance monogamique plus forte: voilà qui esl certainement admissible M. Faguel s'arrête là. Il aurait pu, faisant un autre pas 3ur le terrain de la causalité psychologique, au lieu de passer aussitôt à des vues de finalité (l'homme fait pour oublier son émotion, la femme pour s'en souvenir . se demander si la différence qu'il signale, pour les deux mémoires intellectuelle et affective, ru\\r l'homme et la femme, ne doit p - être attribuée à la différence des conditions primitives et persistantes de la vie affective et de la vie intellectuelle des deux sexes, à la différence des conditions dans lesquelles les deux mémoires, chez l'homme et chez la femme, ont eu jusqu'ici presque constamment à s'appliquer.
D'autres problèmes psychologiques analogues à «•••lui qui s'est présenté à la pensée de M Faguet peuvent se résoudre également par la mémoire affectif e.
Tout lei ide reconnaît que l'amour des parents pour leurs
enfants l'emporte en intensité sur l'amour des enfants pour leurs parents, et que, <lu père et de la mère, c'est celle-ci qui a le plus d'amour pour l'enfant. L'amour ne remonte pas, dit un proverbe. Horace donne à la guerre cette êpithèle : abhoi des mères* Il s'agit d'expliquer les deux faits
Si l'on esl positiviste de l'école d Auguste Comte, on se borne à constater que ces deux faits sont des conditions d'existence de l'espèce humaine ; et si l'on est théiste ou panthéiste, on joint volontiers à l'idée de condition d'existence celle de dualité, o Plus l'accomplissement d'un devoir, «lit Bain est nécessaire à la conservation des êtres et à l'ordre qui les
ii. plus nombreuses aussi sont les garanties données par le Créateur à l'accomplissement de ce devoir. La famille et la perpétuent, malgré l'inconduite des Bis; mais du jour où 1rs pères ni gligeraienl « 1 « ■ rendre à leurs enfants soins indispensables, l'espèce humaine serait en péril C'est pourquoi les fils, même les plus reconnaissants et les plus tendres, n'ont jamais pour ceux à qui il doivent la vie, la tendresse ardente que ceux-ci ont pour eux Sans doute, le Créa leur aurait pu établir des deux côtés même attachement, même amour passionné ; s'il ne l'a point (ait, c'est «i1"' ''''' ■' n'était point nécessaire Chose remarquable! la mère ayant besoin de porter eu elle un foyer plus ardent de cet amour, pour
l lîrllu matribus delestata 0 livre premier, i
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contre-balancer les ennuis de la maternité, les dégoûts des premiers soins a donner à L'enfance, et l'enfant ayant un besoin plus grand des soins de sa mère, celle-ci pousse quelquefois la tendresse jusqu'à la frénésie1. »
La psychologie expérimentale et inductive n'a pas à s'occuper de cette explication téléologique, qui lui est étrangère ; et elle ne peut se satisfaire de l'idée générale de condition d'existence. Elle a autre chose à dire sur la question.
11 lui faut rechercher le mode de genèse de ces faits psychiques nécessaires a la conservation de l'espèce humaine. Eh bien, ce mode de genèse, elle ne peut le demander qu'à la mémoire affective d'où dépendent l'habitude et L'hérédité affectives. Si les parents ont plus d'amour pour les enfants que ceux-ci n'en ont pour leurs parents, c'est que la mémoire des sentiments sans cesse éprouves d'amour maternel et paternel est beaucoup plus riche en souvenirs alîectifs. sans cesse ravives, que celle des sentiments d'amour filial. Si l'amour maternel esl plus fort que L'amour paternel, c'est que, chez la mère, en raison de ses fonctions spéciales, l'amour pour L'enfant, vivement senti dès l'origine, est ensuite nourri el
accru, — beaucoup plus qu'il lie l'e-l rlie/. le père, — par les
actes continuels qu'il détermine et par les souvenirs affectifs qu'il laisse toujours prêts à se réveiller, toujours présents et vivants au cœur.
Est-il besoin d'ajouter, — en revenant aux observations el explications présentées par M. Faguet, — que la force de ramoiii- pour l'enfant, plus grande chez la mère, en raison de sa mémoire affective, qu'elle ne l'est chez le père, esl certaiiieineiii pour quelque chose dans la tendance monogamique .le la femme; qu'elle a dû et doit contribuer, et probablement
plu- que le souvenir île la première émotion amoureuse, a delei limier celte tendance el à la rendre naturelle? Et, d'autre
part, n'est-ce pas la mémoire affective qui, en fortifiant de plu- en pin- L'amour du père pour reniant, affaiblit la ten dance polygamique que M. Faguel estime naturelle, sauf exception, chez l'homme, ci malgré, cette tendance, assure le maintien de la famille, si nécessaire a la conservation et au progrès de l'espèce humaine ?