‹ L'Année philosophique (volume 2)Chapitre 41 sur 45 · I . Alcan; vm-488 p · texte numérisé non relu

I . Alcan; vm-488 p

L'objet de cel ouvrage est d'étudier le développement de la physique greque, depuis ses origines primitives jusqu'à sa forme achevée, chez Aristote. Il «-si <li\ isé en trois livres : 1. ' Il /. élabo Uionnelle du mythe; III. Pla ■ I

Dans les quatre chapitres dont se compose le premier livre, l'auteur montre le rôle des principes cosmogoniques mythes dans la science grecque el l'importance frappante du ■

iir «.h du changement dans les croyances mythiques. Il co ta te que, dans l'esprit des Gr< devenir est sans matière,

st-à-dire que l'idéed'une réalité permanente demeurant sous les formes distinctes, successivement percui ;» leur

pensée ; qu'ils ne laissent pas de concevoir l'ordre, puis la périodicité du changement, ce qui doit les conduire à la notion de la loi.

I e livre II comprend douze chapitres, où M. llivaud, p revue les doctrines des philosophi - antérieurs aux Socra-

tiques. Il explique en quoi chacune de ces doctrines a enrichi la science du devenir, el fait remarquer en conclusion qu'entn cosmogonie scientifique élaborée par leurs spéculations el la mogonie légendaireet mythique, la différence réside tout entière dans l'élimination d<- plus en plu- parfaite des éléments antl pomorphiques, d'une part, et, d'autre part, da toujours plus rigoureuse des procédés de la dialectique p.

l'année PHILOSOPHIQUE. lOOfi

Le livre III est divisé on deux sections. La première, qui renferme dix chapitres, est consacrée à la doctrine de Platon. La doctrine d'Aristote est l'objet des sept chapitres qui forment la si conde section. Sur [a doctrine de Platon, la conclusion de notre auteur est que, d'après cette doctrine. « 1'espace.est, non la matière ou le devenir lui-même, mais le réceptacle du devenir, la place ou le lieu où il se manifeste » : que, d'ailleurs, cette doctrine s est conforme, de tout point, au modèle traditionnel »; qu'elle ne met aucun substrat sous les changements successifs « dont l'ordre fatal ou divin a fait succéder le cosmos au chaos (p. 3^9) ».

Sur la doctrine d'Aristote, M. Rivaud conclut qu'elle est plus affranchie que celle de Platon de la tradition mythique, o Platon, dit-il, admet encore que le chaos a préexisté et que l'ordre s'y est introduit di\ dehors par l'intervention des Dieux. Mais il supposait déjà cependant que le devenir lui-même exige la réalité et la permanence des formes. Aristote met en accord -a • mogonie et sa logique Ayant proclamé par la force des déductions logiques l'union nécessaire du devenir et de l'être, il n'a plus besoin du mythe cosmogonique. Un état primitif de désordre d'où l'univers s'est dégagé est inutile. Inutiles aussi les légendes sur la naissance et la mort successives de l'univers. Car le ( mos est éternel, aussi éternel que l'être lui-même et le devenir (p. 4o2). »

Nous aurions des observations critiques a présenter sur quelques chapitres du livre II et du livre III. Nous regrettons de ne pouvoir les indiquer, même brièvement, en cette notice. Noue non- bornerons a dire que les passages ou sont appréciés les arguments de Zenon d'Elée (liv. II. ch. i\. p. J2 » l»27 nous ont fort étonné. Le jugemenl que porte M. Rivaud sur ces arg iments

est celui du sens commun, qui est incompétent en la matière cl

dont l'injustice ne peut que Faire sourire. Il prouve simplement que M. Rivaud n'a c pris ni la portée qu'avaienl ces arguments

aux Veux (le /elloll el de- disciples de l 'a mien h I e. ni celle que

leur a donnée le progrès de l'idéalisme dans la philosophie moderne.

L'ouvrage se termine par celle remarque, que la plus moderne de- philosophies, la doctrine de l'évolution, rappelle, par plus d'un côté, l'ancienne cosmogonie (p. 466] ». Il < st très vrai que la philosophie de Spencer, qui prétend unifier le savoir, par le

3tème de l'évolution, appliqué a ion- le- phénomènes, el qui réduit ainsi a une physique, non- ramené au point de vue général où -e plaçaienl les physiologues Lie.-: en quoi elle es! la m lion de tous les progrès accomplis par la philosophie moderne par el depuis la révolution cartésienne, <>n peut dire la négation de la philosophie.

III I u\ REVUS BIBLIOGRAPHIQI B

Si H i;l \l l'\i i Li Rêverie esthétique. Essai sur la Psychologie

du poète in-12, Bibl. de philos, contemp., 1 Ucan; 169 p.).

\ propos <!<■ cel ouvrage, on lit dans la /•' '/ aphysique

et de Morale (septembre 1906 : Voici un littérateur égaré parmi les philosophes. Il esl utile de signaler cette erreur de classifi* Hun donl la psycholo cel te fois encore reî ili l"i

l'auteur de l'article reprochée M Souriau de n'avoir poinl cherché ,-i définir /"•/■ genus oc differentiam des i ermes tels que misère, i ul riié, laideur. Je l'en féliciterais plutôt ayanl toujours été de cette opinion que les phénomènes de l'ordre affectif sonl rebelles à toul ai de définition logique. M. Herberl Spencer, un vrai philosophe, celui-là, a-t-il mieux défini le plaisir que n'eùl fait un litt< teur I La querelle faite à M Souriau parce qu'il s'esl clas parmi les philosophes esl certes instructive, el c'est pourquoi m. us m parlons. Bile esl à notre avis assez imméritée: d'abord parce qu'il esl philosophique de ue pas chercher à définir logiquemenl ce qui, de soi esl indéfinissable, ensuite parce qu'un homme

n'esl pas toul d'une pièce el que la difficulté que l' ;prouverai1

à le classer prouverai! t<nil simplement contre celui qui n'a pas >u prévoir les esprits de l'espèce don! esl M Souriau !><■ <p:<.i l'on peul sourire, mais non se contrister. On sail assez la réputation de bonne humeur de M. Souriau. Il ne se fâchera pas

El il aura raison, attendu que d'autri îonl rencontrés pour

faire l'éloge du même livre : «•! je m«' rangerais volontiers parmi .•n\. i ar si I on s'imagine <||"" pour faire la psychologie «lu poi il faul s'adressera un penseur exempt de toute capacité littéraire, el l>iiMi entendu de toute imagination, on peul être assuré <\u<- la psychologie du p fera longtemps attendre, l n pur philo-

sophe un entendrai! rien ou à peu près rien, non plus d ailleurs qu'à la psychologie du peintre "ii du musicien. La théorie de

Schopenhauer sur la musique vaut, non par l. ïtnphysique <|ui

émerge à la surface, mais par la psychologie donl celle métaphysique esl une traduction assez transparente. RI si Schopenhauer a dil sur la musique plus de cho que ses devanciers,

c'esl parce qu'il étail plus psychologue el par là même plus litté rateur. c'esl qu'il ne se contentai) pas d'avoir du génie, mais qu'il était, rn outre, un homme très intelligent

Je ne voudrais certes pas céder au facile el stérile pi d'opposer aux négtitions péremptoires 'I un collègue d< lion» toul aussi pércmpl I toul aussi peu probant* s. '

pourtant qu'on fait preuve 1 1 « • capacité philosophique quand on suit la méthode de M Souriau, quand on fait commencer la , chologie «lu poète loin du poinl <l éclosion de la menl dite, quand on considère les dons poétiques comme l*i

nouissemenl de qualités encloses chez un grand nombre et desl inées à ne germer que dans une élite. Dans ces conditions, il esl à peu près impossible, sinon de pressentir, tout au moins de fixer avec une précision rigoureuse, le moment où la vraie poésie se dégage : c'esl le cas où jamais de se défier d'une méthode scientificoïde laquelle ne serait rien de plus qu'une contrefaçon maladroite de la méthode scientifique.

La poésie esl doue virtuelle en chacun de nous : car nous sommes tous capables de rêver à l'état de veille, pourvu que nous en ayons le loisir el aussi le goût. Quand non- cessons de réfléchir, nous ne rêvons point au sens ordinaire du mot, nous ne sommes point dans l'état de rêve. Entre l'homme qui réfléchit et pense et l'homme qui rêve il est des degrés. La rêverie en est un, la rêverie qui libère l'imagination du joui;- de la mémoire el de la surveillance de la pensée. .Nous flottons alors dans ww monde qui n'est ni celui de l'abstraction — tout au contraire — ni relui de la réalité. Dans les états de ce genre il ne se produit aucune œuvre poétique. Mais nous sommes sur le chemin qui mène à la poésie.

Dans le chapitre cinquième sur la Poésie littéraire il faut louer le philosophe — pardon ! le psychologue — de la franchise avec laquelle il attribue aux images une vertu esthétique qu'il refuse nettement aux idées. Le penseur, s'il n'esl songeur, ne sera jamais poète. Il doit être capable de voit ses idées autrement dit de les revêtir d'apparences sensiblesel mouvantes. Victor Hugo pens l'opposition du bien el du mal. Pour transformer cette antithèse en matière poétique il lui substitue celle du jour el de la nuit, de la lumièreel de l'ombre. Cette remarqueesl d'unejustesse profonde, d'une justesse que nous qualifierons volontiers de définitive.

Disons pour terminer que l'ouvrage de M Souriau a été brièvement, mais forl r suggestivement » étudié par M. L.Arréat dans la /; vue Philosophique janvier 1907). Que M. Arréal nous permettede

I en remercier : M. Souri; si de ces philosophes qui fonl le plus

grand honneur à la philosophie française. Nous sommes à pou près tous «le cel avis. mais nous ne le disons pas toujours assez haut.

SI \l'l Kl; T\i Questions esthétiques et religieuses in-.i . lîi-

bliothèque de philosophie contemporaine. F. Alcan : 208 p.)

I. auteur a très consciencieusement recueilli les opinions les plus diverses et, en leur variété, les plus instructives sur la question de l'art pour Part. \ l'entendre, il donnerait raison aux artistes chez qui riidoiiiiuii de cultiver l'.nl pour lui-même revienl a celle de cultiver l'arl en vue de réaliser la beauté. M Stapfer n'esl même pas très loin de refuser l'immoralité à toul chel d œuvre de Part,

ili LON — m. \ I i: BIHLIOliRAPHIQI i

quelqu'en >oii le sujel Nous serions peul être, nous, il un a différenl Noua pensons qu il esl des oeuvres «I arl moralemenl nuisibles: nous tenons les romans < d, ceux de la p

mière manière, pour de vra s-d'œuvre el n »mprenons

qu'ils aient p i leur temps, pour de fort mauvais livi

L'arl esl une chose. La morale en esl une autre. El quand l'art offense la morale, les moral ni le droil de se récrier, i

artistes, alors, se cabrent. IU onl raison de se cabi travaille à faire œuvre d'artiste, quelle que soil celte œuvre, l'étal dans lequel il faul être pour la réussir, les efforts d'intell qu'il faul accomplir, efforts généralement ineffica is une

grande tension de la volonl intiraienl l'artiste contre toute

contagion, s'il étail possible à qui porte le mal d'en cti-

me. Je ne crois pas la chose impossible, toul en la reconnaissant exceptionnelle. Mais ceux qui regardent une œuvre toute faite en ne s'attachanl qu'à la matière de l'œuvre, el non au lalenl de l'ouvrier, ne sonl point, tant s'en faut, dans les mêmes conditions d'immunité. Il ne faul pas confondre les choses avec l'usage qu'on peul en faire et qui reste partiellement indépendant de leur nal ure. I -i pourquoi les moralistes et les arl - ront toujours

prêt s à se regarder de i r&\ e -

el lente el for! instructive esl l'étude de M. Stapfer sur la religion de Pierre Leroux.

ni à la façon donl il env la crise des croyances chré-

tiennes . c'est celle d'un protestant libéral, très opposé .1 I idée d'une morale naturelle », entendez d'une morale sans obi lion.

STAPFER Paul) Sermons laïques ou propos de morale et de philosophie in-12, Pischbachei

réable recueil esl l'œuvre d'un esprit fin Dix articles le composent donl un au moins parall être la réd d une<

l'i r. n. iférence sur la place que la 1 sic doit avoir

dans la \ ie est pleine d< L'esquissi d'une moi

du Beau ■ êe de \ ues pénél rantes. Un

n'est banal el toul esl sensé. M n si d ailleurs un exccld

psychologue doublé d'un scrupuleux moral l'un

moraliste qui a sa morale, ce qui n'esl pas ordinaire au temps où non- 3omraes. Cette moi dans la direction h

tienne cl chrétienne. De là vient que ce joli livre mé compté parmi les bons livn

270 L'ANNÉE PHILOSOPHIQUE. 190(i

STROWSK1 (Fortunat . Montaigne (in-8°, Collection Les Grands Philosophes. F. Alcan ; vni-356 |>.).

L'objet de ce livre est <lc retracer, d'après les Essais, les époques de la pensée de Montaigne et de montrer « comment la vie morale et la vie intellectuelle se sont entresuivies et mêlées chez lui et commenl elles (Mil réagi l'une sur l'autre p. 21) ». Il est divisé en sepl chapitres : i. Montaigne et son livre; n. Avant la sagesse; ui /.'• stoïcisme; rv. Le scepticisme de Montaigne; v. L'institution des enfants; vi. /.'■ sage vit avecles hommes; vu. L'homme Win1.

L'auteur qous présente, dans ces chapitres : d'abord, un premier Montaigne, celui qui es! donné par la nature et par l'éducation, formé par les leçons qu'il recuit de la vie, des amis et des livres; puis, successivement, un Montaigne stoïcien, non de système, m us d'inspiration et- d'attitude morale; un Montaigne sceptique, qui méprise la raison et la science humaines; un Montaigne pédagogue, qui explique commenl un véritable maître peut préparer un enfant a la sagessej un Montaigne qui voyage, qui vit avec les hommes, qui les observe, et qui arrête ses idées sur la sagesse politique; un Montaigne dilettante, dont « le dilettantisme ressemble trait pour trait à celui de Renan (p. 310) ».

Tous ces chapitres sont d'une lecture Fort attrayante. Nous

signalons particulièrement celui qui est consacré au scepticisme de Montaigne et dont la conclusion ne manque pas d'originalité. Selon l'auteur, V Apologie de Raymond Sebond « n'est pas un jeu, une construction de dialecticien émérite et d'écrivain subtil, elle est l'expression complète d'une âme vraiment religieuse et sincère

Repoussant l'opinion de Sainte-Beuve, il lient que Montaigne o ne conduit pas plus à Spinoza qu'il ne conduit à la Critique de la Raison pure » ; que le scepticisme « est, chez. lui. la forme du sen liment religieux »; qu'on ne saurait voir en lui un o Heraclite moderne . attendu qu'il affirme « l'être, l'incréé, l'éternel, celui qui ne change pas et qui demeure au-dessus du monde des transi toires (p. 208 et suiv.) ». Nous citons :

o Le devenir (selon Montaigne), ne va pas à l'être, n'y peut atteindre, mais l'être peut aller au devenir el lui donner la faculté de comprendre et l'être et le devenir : c'est la révélât ion.

a Ainsi, en dehors de toute révélation et dans un étal hypothéi ique de pure nat ure, toul ce que Montaigne a dit de l'esprit humain est vrai : il esl vrai que par soi l'esprit humain appartient, comme toutes les choses créées, à la catégorie delà fluidité, est incapable de rien savoir, de rien conserver Mais, en fait, la i'«'\ <•lation, sans modifie) les rapports de l'espril humain, vis-à-vis de l.i nature, a rendu Dieu accessible a l'homme. Montaigne aboutit ici a un jansénisme intellectuel. La révélation fonde la vérité pour lui, con ■ la grâce fonde la moralité pour Jansénius (p -i i . »

TABLE DES >l VTIERES

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