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Lcçonfaileà l'École rabbinique (novembre

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mier rang parmi les problèmes philosophiques. Aussi bien la manière dont le problème va se poser devant nous, porterat-elle la marque de notre temps. Nous venons près d'un demi siècle après Auguste Comte et nous lui accordons sans hésiter que la science positive peut et doit se passer de Dieu. Nous plairait-il d'ajouter que sur ce point, Auguste Comte s'est rencontré avec Kaut? L'opinion a été soutenue. L'opinion est plausible. La critique kantienne des preuves de l'existence de Dieu nous obligea contester la valeur des arguments de 1 "école, et nous défend d'aflirmer dogmatiquement, apodictiquement que Dieu existe. Or, aux yeux de Kaut, il nest d'affirmation permise au métaphysicien, comme au savant, que celle dont le contraire implique contradiction. S'il n'est pas nécessaire que Dieu existe, nul ne peut affirmer que Dieu est, autrement qu'à ses risques et périls. Tel est le résultat de la critique kantienne. Nul ne le conteste parmi les philosophes du temps présent dont le nom et les œuvres font autorité, le théisme dogmatique ne se relèvera plus de ses ruines à moins d'une révolution dans l'esprit humain. Et cette révolution — à l'extrême rigueur toujours possible — rien ne la fait prévoir.

Il est plus facile d'avoir raison d'un problème que d'en éliminer les données. Autrement dit, l'existence de Dieu peut nous être indifïérenle sans que l'idée de Dieu ait disparu. Si rien ne s'efface de ce qui fut jadis dans l'esprit, comment cette idée s'eflacerait-elle? Comment de temps à autre ne surgiraitelle point des bas-fonds de notre mémoire, de là ou tout ce qui, à un moment, traversa la conscience, dort dans l'oubli attendant une occasion de réveil? Les idées ne périssent point. Elles s'endorment et c'est parce que leur mort n'est au fond qu'un sommeil, que le terme d'idées mortes est décidément un terme mal choisi. Vous imaginez-vous que l'idée de Dieu est morte? Vous eu avez le droit pourvu que vous ayez égard aux distinctions nécessaires. Ce qui est mort, c'est le Dieu du théisme dogmatique, mortellement atteint parla critique de Kantet l'arrêt de proscription d'Auguste Comte. Mais si la notion de Dieu ne saurait plus déterminer en nous les réactions par lesquelles jadis on répondait à son appel, il serait prématuréde soutenir que le mot Dieu garde sa place dans notre vocabulaire sans que désormais, derrière ce mot, aucune pensée ne s'abrite.

Et non seulement l'affirmation serait prématurée, mais elle serait aisément taxée d'erreur. Car si la foi en Dieu a perdu de

sa chaleur et de sa lumière, si ceux qui la professent' sont et se font plus rares qu'il y a ceut ans, ceux qui s'y intéressent voient d'année eu année grossir leur nombre. Après tout, la question de savoir si Dieu est, par laquelle ou commençait naguère, est, peut-être, celle qu'il ne faudrait poser qu'à la suite des autres. Et puis, quand son existence devrait rester « problématique », serait-il, par cela seul, défendu d'élaborer son idée, et d'examiner à loisir: 1" ce que cette idée ajoute à notre capital intellectuel : songeons qu'une idée pour demeurer dans notre esprit n'exige pas nécessairement, qu'au dehors, une réalité lui corresponde; 2° ce que cette idée ajoute à notre capital moral, comment elle agit sur notre conscience et quelles énergies elle suscite ou développe? Quand Sénèque affirmait qu'au fond de toute conscience droite un Dieu réside il ne faisait pas une simple métaphore sans doute : mais il reconnaissait implicitement que le sentiment d'une présence divine dans notre for intérieur est le gage d'une vie consacrée à la justice et à la pratique du bien.

Ne vous occupez point dès lors de savoir s'il y a un Dieu hors de nous : vous ne le pouvez savoir par nul raisonnement. On assure avec W. James que quelques-uns le savent par expérience : une expérience dont la valeur ne dépasse point les limites de leur personne. Cette valeur pour me servir d'un terme emprunté à la langue des financiers, est toute fiduciaire. Elle peut être grande pour le voisin, médiocre à mon avis, nulle dans l'opinion d'un troisième. Ne nous y trompons point : l'expérience religieuse de W. James est un nom applicable à un groupe de faits d'une certitude presque aussi fragile que celle d'un miracle de Lourdes. Les conversions attribuées à l'objet d'une expérience de ce genre prennent donc leur source dans l'énergie de l'assentiment et c'est cette énergie qui constitue, sans nul doute, l'essentiel de l'expérience. Étonnonsnous, après cela, qu'au temps où nous sommes on reste aussi indifférent qu'hier à la validité objective de l'idée de Dieu, mais que la question de savoir comment agit l'idée de Dieu sur certains d'entre nous excite un intérêt dont les progrès sans cesse croissants, paraissent bien être, aujourd'hui, assez loin de leur terme !

1. .Je m'exprimais ainsi en 19H. Après avoir lu le livre d'Agathon sur la jeunesse contemporaine, je serais moins affirmalif. L'enquùte est curieuse et mérite qu'on y soit aUentif. Que prouve-t-eile au juste et que permet-elle d'augurer"? 11 faut attendre pour le savoir.

Inutile de parler à ce propos, du mouvement pragmatiste, auquel je ne me suis point caché de faire allusion depuis que j'ai commencé de vous entretenir. J'ai pu juger sévèrement, implacablement même le pragmatisme. Je l'ai fait en me plaçant à un point de vue que je ne suis certes pas près d'abandonner, mais duquel il faut savoir s'écarter à l'occasion. Si le pragmatisme n'est pas encore au bout de ses erreurs, il nest pas davantage au bout de ses services. Et nous en attendons beaucoup de lui .

Et nous devons compter au nombre de ses premiers et de ses plus grands services l'invitation par lui adressée à tout homme qui pense, de regarder ses idées en lui et non hors de lui, de négliger ce à (juoi une idée correspond dans l'ordre des choses inertes et stables, mais de rechercher à quoi elle correspond dans l'ordre de ces réalités mouvantes et changeantes qui sont nos actes, réalités dont est faite la trame de notre vie. Il est tout aussi intéressant de savoir comment l'idée de Dieu agit sur un esprit habité par la croyance eu Dieu, que de savoir comment on réussit ou l'on ne réussit point à prouver qu'il existe. On est d'ailleurs à peu près lixé là-dessus et nous sommes, à peu près tous, sur la valeur des preuves de Dieu métaphysiques, à peu près aussi sceptiques que Pascal. Quant à la façon dont cette idée se comporte là où sa présence s'accompagne d'une adhésion ferme — appuyée ou non sur un sophisme, peu nous importe ici — comment elle transforme l'idée que le croyant se fait de la vie, comment elle change ses idées sur la manière et dont on doit et dont on peut la vivre, cela nous le pouvons savoir. 11 nous suffit de regarder autour de nous.

On n'a donc pas tout dit quand on a dit : « Dieu ne se prouve point » ; ou encore : « Ce n'est ni une vérité, ni un fait que Dieu existe ». Car c'est une vérité et un fait que nombre de gens, parmi lesquels de très grands esprits, croient que Dieu existe. Et s'il est téméraire d'affirmer qu'ils sont ce qu'ils sont en vertu de cette même croyance, il y a lieu de se questionner sur ce point. Tarde disait volontiers que pour se bien conduire s'il n'est pas nécessaire d'être croyant, il est à peu près nécessaire d'avoir été reli^ïeux. Ainsi nos idéesagissent, et poumons servir du vocabulaire de Descartes, elles agissent en raison de leur réalité objective, non de leur réalité formelle. On peut douter de Jésus, de sa résurrection, de sa mort, de sou existence même. C'est pourtant Jésus qui a produit saint François

d'Assise et c'est à « Jésus crucifié » qu'après avoir attribué, comme à sa cause, le graud mouvemeut paulioieu, il faut attribuer le grand mouvemeut franciscain.

Nul n'a pu oublier, s'il a lu l'admirable livre des Apôtres, la page où Renan nous moutre Marie de Magdala se trouvant eu face de Jésus. Jésus est mort depuis deux jours. Il a dit qu'il ressusciterait et Madeleine le voit ressuscité. Elle entend Jésus lui dire « Ne me toucbe pas ! ». Parole superflue. Comme si Madeleine avait besoin de toucher le corps de Jésus pour être sûre que Jésus est là bien vivant! On sait le commentaire enthousiaste mais critique de Renan et comment il célèbre dans la Magdaléeuue l'une des fondatrices — oh ! très inconsciente assurément — du dogme de la divinité de Jésus-Christ. Hé bien ! ne sentez-vous pas ici qu'au point de vue du reteutissement historique, l'essentiel de l'événement n'est pas dans sa valeur objective, mais dans l'énergie de la foi dune femme en cette valeur? Pour chercher un exemple moins éloigné de nous, souvenons-nous de la dépêche d'Ems et du « faux patriotique » du prince de Bismarck. Ce n'est pas ce « faux » qui a déchaîné la guerre. C'est moins encore l'événement auquel fait allusion ce faux puisque cet événement n'a pas eu lieu : c'est l'accueil fait à la dépèche par nous autres Français, la promptitude avec laquelle nous avons réagi sans prendre le temps de contrôler l'exactitude du fait allégué, promptitude escomptée par le falsificateur. L'action d'un événement est médiocre si l'on s'en tient à sa seule matière : on peut même ajouter qu'elle est nulle si l'événement se passe sans témoins et si la chaîne de ses conditions est courte. Les faits que personne ne sait, entendons personne au sens rigoureux de l'expression, ont eu beau avoir lieu, leur ignorance à le bien prendre n'est pas une lacune dans le savoir de Thistorien. Un fait sans action appréciable est un fait avorté, donc un fait qui, tout en se produisant s'est presque aussitôt éliminé de l'histoire, devançant le geste de l'historien qui n'eût pas manqué de le supprimer en ne le mentionnant pas. Aussi Carlyle a-t-il beau insister dans l'un de ses essais les plus célèbres, dans l'essai : Biographie, sur le respect dû au fait par cette simple raison qu'il s'est donné la peine d'avoir lieu, c'est là, selon nous, une peine inutile. « C'est un fait, insiste Carlyle, que tel jour, à telle heure Jean sausTerre a passé par tel endroit.» Il est possible, mais j'ai le droit de n'eu rien savoir et surtout de n'en rien retenir, si je ne sais pas pourquoi il a passé en cet

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endroit plutôt qu'en un autre, et ce qu'il y venait faire d'important. Autrement je répliquerais quej'ai pris l'autobus du Jardin des Plantes pour venir à l'école rabbinique, que je l'ai pris jusqu'au Cliàtelet, que j'en suis descendu pour monter dansle tramway des Halles-Ivry..., etc. C'est là, ce sont là des faits. Mais ne confondons pas les déchets de l'histoire avec sa matière proprement dite.

Ici je me substitue à un défenseur du pragmatisme puisqu'en ce moment, je fais mienne une des opinions qui lui sont chères. Il me semble toutefois qu'il est des points sur lesquels l'accord est possible entre les pragmalistes et leurs adversaires. Je ne pense point qu'il faille négliger de savoir ce que valent les preuves de l'existence de Dieu, Je ne pense point davantage que toute vérité où l'on n'apercevrait pas une valeur négociable ait droit à notre indifférence, et, par làmême à notre oubli. Mais pour qu'un mouvement s'accomplisse dans l'ordre des idées et que ce mouvement porte des fruits, un changement est nécessaire dans les conditions d'équilibre de l'attention. L'attention ne peut se porter sur tous les points à la fois. Sa nature est de se ramasser et par là-mème de s'écarter de tout ce qui est étranger ou antérieur à ce sur quoi elle se ramasse. Quand elle s'attache aux conséquences pratiques dune foi, elle se détourne de sou objet et se désintéresse de la conformité plus ou moins grande de ce que l'on croit avec ce qui est. Il n'est pas probable que l'on se désintéresse de l'existence de Dieu. Le contraire plutôt est probable. Le fait est qu'aujourd'hui l'attention sapplique aux conséquences de la foi en Dieu, quelles que soient d'ailleurs les raisons qui la motivent.

Ai-je tort de prétendre qu'il y a là un nouvel état d'esprit? Ai-je tort de peuser que cet état d'esprit est profitable à certaines recherches et qu'il peut en résulter un enrichissement de l'intelligence et de l'âme humaine tout ensemble? Ai-je tort enfin de supposer, — puisqu'aussi bien nous sommes en France dans un pays où il n'y a point de religion d'état, mais où certains de nos hommes politiques aimeraient voir s'établir une sorte « d'irréligion d'état » — que le point de vue pragmatiste dans l'examen du présent problème inclinerait nos gouvernants à étudier de plus près les effets moraux de la foi religieuse. Ce qui détourne de ce genre de préoccupation, c'est l'assurance où l'on croit être qu'une

■erreur ne saurait avoir d'efficace. S'il ne faut pas, si l'on ne peut impunément ruiner la foi dans une conscience chrétienne, cela ne prouve rien, ni pour ni contre la vérité du christianisme. Les faits de rhisloire chrétienne se sont-ils passés oui ou non? Voilà ce que l'on me demande et je réplique que pour le moment nous n'avons pas à nous le demander. Ces faits, à les supposer vrais, entraîneraient la fausseté du judaïsme, du mahométisme, du bouddiiisme. Or, si l'on combattait la foi judaïque, la foi mahométane. la foi hodddhique on s'exposerait à de pareils dangers sociaux. Et donc ce u est point parce qu'elle est bouddhique ou mahométane ou judaïque que cette foi est considérée comme instrument d'ordre ou de progrès social. C'est parce qu'elle est religieuse. Ici les vertus du « genre » absorbent les vertus de l'espèce. Le malheur veut que le péril de la seconde s'étend à la première. Vous croyez ne vous attaquer qu'à « une » religion? Erreur. C'est contre « la » religion que bon gré mal gré vous dirigez vos coups.

Je voudrais insister sur cette distinction à laquelle l'histoire littéraire du xix" siècle doit un poème : Religions et Religion. Le poème étant de Victor Hugo, nul ne saurait douler de l'antithèse célébrée par le poète. L'antithèse est connue : ou peut n'être ni chrétien, ni mahométan, ni Israélite et cependant être religieux. La plupart des catholiques pratiquants d'aujourd'hui, même s'ils ont l'esprit clérical, hésiientà se le reconnaître. Ils s'apparaissent à eux-mêmes comme des gens religieux, nullement cléricaux. En quoi, s'ils u'a|>erç()iveut point tout ce qu'ils sont, ils ne se trompent guère. Ils sont religieux en effet. Ils ont la foi et ils pratiquent

D'où vient alors qu'ils se plaignent chaque fois qu'on s'en prend à leur religion, des attaques dont la religion est l'objet? Renouvier leur reprochait jadis ce qu'on pourrait appeler selon un mot de Ferdinand Brunetière « une fâcheuse équivoque ». Fâcheuse en effet. luévitahle quand même. J'en appelle à Rousseau. J'en appelle à Kaut.

J'en appelle surtout à Rousseau. Qu'est-ce en effet que son Vicaire savoyard ? Je voudrais éviter l'exagération. Je pense n'en point encourir le reproche si je constate la grande, la très grande « originalité religieuse » du Vicaire savoyard et, par là même, de son créateur. Plus profondément qu'un demi-siècle

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plus tîird, Jules Simon, cet auteur un peu trop vite oublié de la Religion naturelle, le vicaire catholique de V Emile qui a, ni plus ni moins, démêlé dans sa conscience et dégagé de cette conscience les éléments de la religiou naturelle, autrement dit de la religion universelle, a compris que la pratique de cette religion n'était liée à aucune abjuration préalable. Gela, je ne Tirai point dire à Rome, car je sais ce qu'à Rome on en pense. Je sais aussi ce qu'on en pense ailleurs qu'à Rome et ce qu'en pensent un assez grand nombre de pratiquants catholiques. Me tromperai-je en disant que si on les exilait de l'Église on leur ôterait l'essentiel de leur vie religieuse, d'une vie intérieure dont l'essence est de s'élever vers Dieu bien plutôt que de méditer (?; sur les vertus de je ne sais quel saint d'obscure naissance dont le nom et l'histoire se trouvent dans les hagiographies? Chassés de l'église, ce n'est donc point une religion qui leur serait enlevée, c'est l'accès à la religion qui leur serait interdit. La distinction entre le genre et l'espèce est logiquement indiscutable. Elle demeure abstraite dans l'état actuel des esprits et des consciences. Et c'est ce que Rousseau avait bien compris. Cest ce qu'avant Rousseau avait compris le plus grand représentant de la critique religieuse au wn" siècle, l'immortel auteur du Tractatus Théologien Politicus, Renoist Spinoza, lequel n'écrivit que deux œuvres véritables, mais qui ont leur place à l'avautgarde des chefs-d'œuvre de l'esprit humain.

Quant Spinoza invitait ses hôtes à fréquenter leur temple, il ne s'inquiétait guère ni pour lui, Spinoza, ni pour ses hôtes de savoir si Dieu avait un fils et si ce fils était Jésus. Une savait qu'une chose : c'estquedese recueillir en Dieuect une source d'énergie morale. Aussi bien dans les profondeurs de sa pensée, distinguait il mal entre se recueillir en Dieu et se recueillir en soi. Pareillement quand le Vicaire savoyard célébrait la messe, il la célébrait dans le même état d'esprit que l'eût fait Renan, si Renan n'eût pas accompli ce qu'il appelle « la bonne action « de sa vie, s'il fût demeuré clerc et devenu prêtre. Renan a reculé devant la prêtrise comme devant un mensonge. Le Vicaire de Rousseau n'a point déposé la soutane; il n'en interprète pas moins librement les matières de sa foi, et il pratique la religion naturelle, tout eu exerçant, selon l'apparence, le ministère d'un prêtre catholique. Le Vicaire savoyard a peut-être un défaut : celui d'être resté vicaire et de continuer à dire la messe. Encore cela prêterait-il

à discussion. Le Vicaire savoyard aurait eu raison, certainement, si renonçant à dire la messe il avait continué à l'entendre dire par d'autres prêtres. Vous n'avez plus foi dans le sacrement ? S'il vous reste la foi en Dieu, priez-le, adorez-le. Priez-le, adorez-le, et c'est ici que Spinoza et Rousseau se rencontrent, comme vous avez appris dans votre enfance à le prier et à l'adorer.

En d'autres termes, on peut s'en tenir à la religion naturelle dans l'ordre de la croyance. Mais toute croyance n'est religieuse qu'à la condition de se prolonger en un culte. Et il n'y a pas lieu d'organiser un culte spécial pour les simples croyants en Dieu. Qu'ils aillent où ils allaient au temps où ils croyaient aux mystères de leur religion. Qu'ils ne désertent pas leur ancien culte. Qu'ils continuent de pratiquer mais dans un esprit différent puisque, de l'idée d'u)((? religion particulière ils se sont élevés à l'idée de la religion universelle.

Telles sont les idées qui se dégagent du Traité Tliéologico- PoUiique de Spinoza. Les mêmes idées se dégagent de la célèbre Profession de Foi de V Emile. Je ne me demande pas dans quelle mesure le culte catholique se prête à cette disposition. Rousseau a cru qu'il s'y prêtait, que dans une conscience catholique l'élément «religieux «pouvait dominer. Emile Faguet nous dirait qu'il l'a cru parce qu'il avait l'àme genevoise et protestante. Et donc son vicaire savoyard ne serait au fond qu'un pasteur protestant? Il est possible, probable même. Il n'en reste pas moins que l'originalité religieuse de Rousseau est incontestable : que Rousseau a très profondément élaboré la notion de religion naturelle et qu'il ne s'est guère montré moins profond psychologue en comprenant que la généralisation des concepts religieux n'offrait rien d'incompatible avec la spécialisation des cultes.

Seulement il n'en peut être ainsi qu'à une condition : c'est que les religions et la religion aient partie liée dans l'évolution sociale et que, par conséquent, on ne puisse toucher à l'une sans toucher à l'autre. Offensez-vous la conscience « catholique »? Elle proteste au nom de la conscience « religieuse », et à ce dernier titre, elle a, peut-être, le droit de protester.

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Doue au poiut de vue social c'est « la » religion qui agit par l'iuterméfliaire « des » religions. Je ne soutiendrai poiut que l'intermédiaire soit indispensable et qu'on ne le pourra jamais supprimer sans péril. Je crois simplement que nous n'en sommes point là encore et je ne suis point seul de cette opinion.

Et si c'est là une opinion permise, c'est aussi un droit auquel le philosophe aurait tort de renoncer que celui d'entreprendre l'examen critique' d'une idée dont la fécondité morale et sociale ne saurait être mise eu doute. Un livre parut très peu de temps après la Vie de Jésus. Dans ce livre, E. Garo. à la veille d'entrer en Sorbonne, entreprenait l'examen critique de Vidée de Dieu. Il prenait pour accordée la réalité de la nature divine. On pourrait aujourd hui négliger l'admission et a fortiori la discussion de ce postulat. Et la raison de cette négligence je n'ai plus à vous la faire connaître puisque dans tout ce qui précède je me suis appliqué à justifier cette soi disant négligence. 11 n'y a pas là un désir d'éluder une question gênante en s'en allégeant. Il y a simplement la persuasion où l'on est et où nous sommes que la question gênante n'est telle que parce qu'on choisit mal le moment de s'y appliquer.

Ainsi, nous partirons de l'idée de Dieu telle que nous la trouvons en nous, sans nous interroger sur ses origines et nous essaierons de l'élaborer. Je n'ai guère besoin de dire que dans ce travail nous subirons malgré nous l'influence de notre culture générale et de notre culture religieuse. La culture religieuse peut survivre et même survit toujours au déclin de la foi: aussi ne suffit-il point de se déclarer librepenseur quand on veut justifier ses opinions. Il est utile eu outre de se rappeler et de rappeler la religion dans laquelle on a été élevé, la religion de sa famille, cela est d'importance souveraine Le libre-penseur Descartes — je l'appelle ainsi malgré ses croyances catholiques eu m'appuyantsur son parti pris de philosophe de n'écouter jamais que la raison — aurait-il écrit les Méditations s'il était né sur les bords du Gange ou sur

1. « Kxamen critique ne veut pas dire : Examen destructif. On ne se rend pas assez compte que la Critique de la Raison pure n'a au fond rien détruit.

les rives du Bosphore? Spinoza eut-il produit V Ethique, si sa première éducation religieuse n'avait été surveillée par des rabbins? Kant ne doit-ii pas à son éducation protestante et piétiste d'avoir pu écrire la Critique de la raison pratique et, par conséquent aussi, celle de la Raison pure? Nous sommes les fils de nos parents avant d'être les fils de nos œuvres. Et cette banalité est grosse de vérités dont on expierait durement la négligence. Elle porte et elle pèse à la fois sur le concept de libre-penseur et sur celui d'esprit laïque.

Nous sommes assez près des toutes premières années du XX* siècle pour nous souvenir du bruit que fit la formule : « laïcisons la laïque ». Le mot est d'un auteur dont le nom m'échappe. Et puisque le mot a fait fortune, c'est qu'en parlant pour sou propre compte, cet auteur répondait à un désir latent chez beaucoup d'instituteurs. On avait prescrit l'observation de la neutralité religieuse. Et pourtant l'on invitait nos maîtres de l'enseiguement primaire à enseigner les devoirs de l'homme envers Dieu. Or, il advint, qu'un beau jour, ou crut s'apercevoir qu'une morale où Dieu garderait sa place est une morale à base religieuse et donc tout le contraire d'une morale laïque. N'en soyons point étonnés. Cette définition de l'esprit laïque en fonction sinon de l'athéïsme, tout du moins du positivisme devait se produire dans le pays et dans le siècle d'Auguste Comte. Il y semblait naturel que l'on chassât Dieu de l'école, non parce qu'il s'appelle Dieu, mais parce que c'est un être dont l'existence échappe à toute démonstration. En d'autres termes, l'esprit laï(iue, disait-on, est ennemi de la croyance : une intelligence qui se respecte doit savoir affirmer ou douter : affirmer quand elle sait, douter quand elle ignore. Mais croire là où elle ne sait pas, voilà ce qu'il faut s'interdire. Et c'est pourquoi la morale devrait être enseignée sans appel à la croyance. La véritable neutralité religieuse ne commencera disait-on hier encore, que le jour où l'instituteur ne parlera plus de Dieu. De ce jour là seulement datera la vraie morale lai'que. On est môme allé plus loin. On s'est avisé, un autre beau jour, que l'idée du devoir ne trouvait où se prendre à moins qu'on ne le fondât sur la volonté d'un Dieu plus ou moins impérieux et jaloux dont les volontés seraient des commandements et dont les commandements seraient obligatoires. — Alors on a rétabli Dieu au sommet de la morale ? — Vous n'y êtes pas ! On a fait tout son possible

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pour en éliminer le devoir^. Il me sera hieu accordé, que l'on était dans la logique. Cet essai, ou le faisait encore, il n'y a pas bien longtemps. Peut-être cet appétit de soi-disant laïci- ?.ation à outrance n'est-il pas encore satisfait. C'est qu'aussi bien les catholiques une fois sortis de l'Église, n'y vont pas de main-morte et c'est en vain qu'à des catholiques on rappellerait la nécessité de remplacer ce que l'on vient d'abattre. N'est-il pas dans la nature de l'esprit catholique de pousser jusqu'au bout ses principes ou ses absences de principe et, après s'être attaqué à des objets de croyance, de s'en prendre à la croyance elle-même?

Ou dirait cependant, depuis peu, il est vrai, que le beau zèle de nos dévots retournés est en veine de ralentissement. La médiocrité des gains ne pouvait tarder à réagir sur l'ardeur que l'on dépensait naguère à la tache. On se fatigue tôt ou tard de faire des gestes de destruction, même et surtout peut-être quand on n'eu sait plus faire d'autres. Et de n'eu savoir plus faire d'autres on s'inquiète inévitablement. Une éducation ne saurait consister en négations ou en réticences. Et s'il est fâcheux qu'il eu soit ainsi, on s'aperçoit vile qu'il n'eu saurait être autrement. Pourquoi?

Je pose la question avec le ferme propos de lui chercher une réponse. Mais trouverai-je à répondre autrement qu'en opposant des affirmations à des négations et en établissant l'obligation de croire là où l'on ignore, au lieu de douter à perpétuité? -Il est certain, d'autre part, qu'en des problèmes de cette nature, si l'on parle pour d'autres que pour soi, c'est en premier lieu, pour soi que l'on parlée Et si l'on ne se met pas

1. Brochard, dans un article d'une louable et belle hardiesse, a soutenu que l'idée du devoir était religieuse d'origine, et donc il concluait qu'elle n'était point laïque. On sait notre amitié, notre admiration pour Brochard. Quand nous discutions ensemble ce problème, ce qui nous est arrivé plus d'une fois, je lui disais qu'il le discutait « en catholique ».

2. On se souvient du dilemme de Renouvier: Doute ou Croyance. Renouvier optait pour la croyance. Et il optait en vertu de motifs dont la prépondérance résulte elle aussi, à tout le moins partiellement d'une option. Un motif n'est en rien comjjarable k un poids : sa force peut croître ou décroître au fur et à mesure que l'examen s'en prolonge.

3. L'obligation de croire est morale et ne se justifie que par des jugements implicites préalables qui sont des jugements de valeur. L'homme qui veut

en scène, on se met toujours en cause, et Ton ne saurait éviter tous les détails de ce genre d'être juge et partie.

Sous le bénéfice de cette réserve je constaterai, en premier lieu, le loyal embarras de certains maîtres qui, par scrupule de laïcité, avaient souhaité l'enseignement d'une morale exempte de tout point d'appui religieux. Mais voici bien la chose étrange. On voulait se tenir à égale distance de l'attitude religieuse et de l'attitude irréligieuse, et l'on n'y parvenait point. Sous prétexte de neutralité et pour peu que l'on marche en regardant à ses pieds, on s'aperçoit que c'est l'irréligion qu'indirectement l'on prêche. Et voilà les parents qui s'etïarent. Le père de famille invoque sa liberté, l'instituteur invoque les droits de l'enfant, oublieux qu'au nom de ces mêmes droits de l'enfant le père pourrait exiger ce qu'il réclame au nom de sa propre liberté de père ^.

Des contlits s'engagent alors, et des conflits sans issue. Et il ne faut pas s'étonner de l'embarras des pouvoirs publics dans un pays où « la religion de l'État » a fait place à la « religion de la majorité ». Nous n'avons pas à prendre position dans ces conflits. Nous avons seulement à démêler les causes d'un ralentissement de zèle chez les défenseurs de la laïcité, entendons de la laïcité à la deuxième puissance-.

Ces causes tiennent, premièrement, je viens de le dire à la nécessité d'affirmer quand on enseigne. Il se peut, qu'en philosophie, le dogmatisme ne soit plus à la mode. Et cette mode, nous n'avons rien épargné pour la combattre, pas plus autrefois qu'aujourd'hui. Il ne se peut qu'en pédagogie le dogmatisme n'oflre de singuliers avantages. Je ne suis pas sûr, mais pas du tout, que l'enfant ne se sente plus à l'aise devant le maître qui lui dit : « C'est cela! » qu'en présence du maître que lui dirait : « Voici le pour, voici le contre. A vous de choisir! » Le conseil peut être bon, mais combien difficile à suivre quand on ne sait pas ce qui plaît, et quand on est à un

faire à la croyance sa part, sait fort bien que savoir est une chose, que croire en est une autre. Dans toute croyance il entre du risque. On court ce risque parce que de le courir, cela nous grandit à nos propres yeux. Ll il n'y a rien à dire de plus en faveur de ce risque.

1. Kicn n'est obscur comme l'idée du droit de l'enfant et la détermination de son contenu. L'enfant comme membre d'une famille n'a-t-il pas droit d'admisssion au culte de cette famille? C'est là une conception très romaine. Je la crois digne d'ûtre discutée.

2. Est laïque à la première puissance toute morale non dérivée d'une religion positive.

âge où en ces sortes de questions l'enfant ignore ce qu'il préfère!

Ce sont là difficultés de l'heure présente et bien propres à porter dans les âmes loyales un trouhle salutaire. Nous les indiquons sans plus nous y attarder. Nous devions pourtant ne les point omettre.

Cet esprit de laïcité intransigeante que nous sentons fléchir et dans ses allures et dans ses démarches, à mesure que les difficultés qui viennent d'être dites s'offrent à la réflexion, rencontre d'autres obstacles Ces obstacles résultent du mouvement de la pensée contemporaine: ce mouvement est double. D'une part, il oriente la curiosité vers les problèmes sociologiques; de l'autre, il incline les esprits aux solutions adoptées par les pragmatisles.

Or, précisément, s'il est une évidence dont le pragmatisme est venu non pas accroître, non pas même doubler, mais on pourrait dire, décupler l'énergie, c'est celle de la thèse que toute idée est une force. AHred Fouillée s'est fait le défenseur de la thèse, en quoi il lui est permis de prendre rang parmi les précurseurs du pragmatisme Le pragmatisme n'est pourtant pns la doctrine de Fouillée. Fouillée ne sépare point l'éuergie agissante d'une idée, delà vérité dont elle vient enrichir le contenu de la connaissance. La vérité disait Guyau, quoiquel'ony fasse, aura toujours ceci pour elle: d'être la vérité. S'exprimer eu ces termes — et Fouillée se serait emparé de la formule de Guyau — c'est barrer la roule au pragmatisme. Ainsi le pragmatisme attache aux idées une valeur indépendante de leur vérité? 11 en est vraimentainsi ; et de là vient la fortune de ces réfutations des doctrines par leurs conséquences dont l'école éclectique a si longtemps abusé. Il en est vraiment ainsi, et c'est ce qui explique ce commentaire si curieux fait par Renan du songe de Marie-Madeleine. Ce qui a renouvelé la face du monde occidental, ce n'est pas un miracle dont nul ne fut témoin, mais bien la persuasion contagieuse qu'un tel miracle avait eu lieu. On semblerait diminuer l'autorité du christianisme en le faisant reposer sur une illusion. Il n'en est pas moins vrai que nul n'a pu garantir la résurrection de Jésus. Pourtant, de rejeter ou d'admettre un tel article de foi, il y va de tout le christianisme.

RELIGION ET LAÏCITE 59

Les choses que je dis en ce moment, il y a bien des années qu'oQs'endoiite. Aumomeutoù je parle, on fait plus que de s'en douter. Quels sont ceux de nous qui hésiteraient à s'en convaincre? Jeu atteste l'évolution du terme vakiir. J'étonnerais plus d'un jeune philosophe si je lui disais que, de mon temps, s'interroger sur la valeur du principe de causalité revenait à se demander si ce principe est une simple loi de la pensée oa s'il est, une loi de réalité. Aujourd'hui cela signifierait tout autre chose. On constaterait que l'admission ou le rejet de la causalité dans l'univers se traduirait par deux altitudes différentes. Ces deux attitudes on les décrit, ou les oppose, et Ton nous invite à choisir.

Les pragmatistes d'aujourd'hui s'étonueut quand on leur reproche de faire bon marché de l'idée de vérité. Et j'en connais beaucoup que le plus inoffensif des mensonges révolte. Chacun a sa façon de sentir individuelle ; et ce ne sont point les mêmes choses douton s'indigne partout où il y a des hommes. J'ajouterai même, et cela eu dépit de l'apparent paradoxe, que les pragmatistes, comme tous les sectateurs d'une doctrine, peuvent, sur le terrain de la théorie, demeurer pragmatistes intransigeants, et, sur le terrain de la pratique, se départir de leur intransigeance. Il n'est cependant point facile à un pragmatiste de prétendre maintenir à l'idée de vérité ses anciennes prérogatives. De deux choses l'uue: sil veut que la valeur d'une idée soit indépendante de tout rapport de cette idée à la vérité (et il est obligé de le vouloir étant pragmatiste) : ou bien la valeur au sens nouveau du terme l'emportera sur la vérité et il faudra parler ouvertement de vérités inefficaces, nuisibles même ou néfastes; d'erreurs salutaires et fécondes; et ce sera le naufrage à échéance brève de la philosophie ; — ou bien il faudra que la vérité se laisse confondre avec la valeur. Et alors on dira qu'une idée est vraie quaud à la façon d'un remède cette idée fait du bien. Et la question de savoir si quelque réalité correspond à cette idée n'intéressera plus personne. Et ce sera le naufrage de la science.

Nous n'avons pas à nous inquiéter aujourd'hui de ce qui adviendrait ou delà scienceoude la philosophie, le jouroù sur toute la ligue le pragmatisme serait vainqueur. L'essentiel est de reconnaître qu'il a raison dans sa théorie de la valeur indépendante des idées. Et remarquez qu'un Pascal le reconnaîtrait comme nous. L'auteur du livre des Pensées ne s est point

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mis à l'ouvrage pour se demander si les uon-chréticDS tenus à l'écart de la vérité religieuse pouvaient être honnêtes ou sages, mais s'ils pouvaient être « sauvés » ce qui est une tout autre affaire. Et ce même Pascal qu'étourdiment ses admirateurs rattacheraient volontiers au pragmatisme était, à bien des égards, tout le contraire d'un pragmatisle. Il cherchait la vérité d'abord. Il déduisait l'importance du salut de la vérité du christianisme. Même dans le célèbre morceau du pari, si l'on y prend garde, Pascal se montre rebelle à l'attitude franche du parieur : car qu'est-ce qu'un parieur qui sait à l'avance le numéro gagnant? De là vient la faiblesse de l'argumentation. Le même Pascal n'en sait pas moins qu'il est de fausses religions et que les adeptes de ces fausses religions vivent souvent comme des saints. Autrement dit, Pascal distingue entre les sages et les saints ^ : je me trompe, il n'a jamais exprimé cette distinction, il l'a toutefois pressentie, et c'est ce qui fait, si l'on peut ainsi dire, l'intérêt dramatique de VEntretien avec M. de Saci.

De cette distinction résultent des conséquences et elles sont assez graves. La première est une inévitable distinction, corollaire à peu près immédiat de la précédente, et qui porte sur la valeur éducative dune idée considérée comme distincte de sa valeur philosophique. — Et c'est pourquoi chassée de la science positive où n'est point sa place, l'idée de Dieu revient prendre rang dans les idées directrices de la vie. — C'est là que l'est allé chercher l'auteur de la Religion dans les limites delà Raison, Kant ce père du pragmatisme contemporain dont parfois je me persuade que s'il revenait au monde ce serait pour rappeler à sa postérité, qu'il est des « ordres » à ne pas confondre : 1° celui de l'efficacité morale ; 2° celui de la vérité.

C'est qu'en effet Kant, le jour où il lui est arrivéde pressentir le pragmatisme, lui a fait immédiatement sa part, et s'il n'est pas allé jusqu'à soutenir que les idées naissent de l'action, il ne lui a point échappé que certaines de nos idées parmi les plus hautes demeureraient indistinctes et obscures si l'action n'intervenait pour les faire vivre et à plus forte raison pour achever de les faire naître. Avant d'être le Dieu de la religion, le Dieu de Kant fut celui de la Raison pratique, le plus laïque de tous les Dieux qui se puissent concevoir. Je n'ai pas à me

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