Scientia, p
relativité, s'il suggérait des expériences capables de liiiflrmer. Malheureusement celles que signale M. Langevin sont parfaitement irréalisables. Que dire, par exemple de la mesure réciproque des règles par des observateurs passant les uns auprès des autres avec une vitesse relative de GO kilomètres à la seconde et ayant à constater une différence d'environ deux millimèlressur des longueurs de 50 kilomètres? Quant à l'expérience sur le vieillissement du radium, elle comporte des condilions auprès desquelles celles que réalise Jules Verne dans sou Voyage de la Terre à la Lune ne sont qu'imaginations enfantines.
Notre conclusion est donc que, fort intéressants et mettant bien en lumière ce que l'expérience de Michelson a d'imprévu, les développements de M. Langevin sont absolument contestables : il sutïit d'envisager, à un point de vue théorique très légitime, des mouvements de translation uniforme dans léther et de les introduire dans les formules pour dissiper toute conséquence paradoxale ^ Nous ne savons pas comment 'SI. Mansion traite ces questions, mais il parait bien arriver à une conclusion voisine de la notre quand, parlant dans Mathesis des notions nouvelles que les découvertes de Lorentz ont fait introduire en ciuématifiue ou en dynamique, il déclare ne pas croire que « ces notions nouvelles, qui sont des définitions formelles comme les principes de la mécanique classique, soient incompatibles avec ceux-ci ».
Nous avons dit que, à la Société française de philosophie, une séance a été consacrée à la discussion des idées de M. Langevin, et ce qui nous inquiète, c'est que personne n'y a soutenu la thèse que nous venons de développer. Il est vrai que chaque interlocuteur n'a disposé que de bien peu de temps, car, alors que l'exposé de M. Langevin occupe "il pages, la discussion proprement dite en occupe à peine 19, en y comprenant les répliques de M. Langevin. Si Ton ajoute que sept iuterlocu-
1. Etant donnée la facilité avec laquelle M. Langevin suppose des expériences ijarfaitement irréalisables, pourvu qu'elles soient compatibles avec le principe de relativité, il n'est pas sans intérêt de noter que les divers observateurs pourraient convenir de considérer tous comme en repos un système 0' quelconque en repos relatif avec lui-même. Dès lors chacun d'eux adopterait l'heure de l'horloge 0' auprès de laquelle il se trouverait, et alors les conclusions seraient exactement les mêmes que celles que nous avons déduites de la considération du groupe 0, pourvu, bien entendu, que le principe de relativité fût vérifié. On voit par là à quel point les conclusions de M. Langevin ont un caractère systématique et volontaire.
leurs sont descendus dans la lice avec celui-ci, on jugera combien chacun a dû être sommaire dans ses observations. M. Alilhaud s'est montré assez sceptique à l'égard des nouvelles conceptions. Il a fait ressortir que tout repose sur queltiues expériences, toutes analogues d'ailleurs, au moyen desquelles on n'a pu réussir à mettre en évidence le mouvement de la terre par rapport à l'élher et que l'hypothèse de l'invariabilité de la vitesse de la lumière daus toutes les directions et pour tous les observateurs, ne constitue qu'une tentative diuterprétation parmi d'autres possibles, puis il s'étonne du transfert au rapport de cause à elïet du caractère absolu qu'on attribue généralement à celui de simultanéité, d'antériorité ou de postériorité: le cas de la finalité l'induirait à admettre que la cause peut suivre l'effet.
M. Le Roy a relevé le fait que M. Laugevin parle presque toujours un langage de temps et d espace absolus. Celte critique peut se justifier non seulement par certaines défectuosilés verbales peu graves en soi, mais aussi par le fait de la considération des accélérations daus l'élher, qui implique logiquement celle des vitesses.
M.Bruuschvicg a amené celui-ci à déclarer, très logiquement à son point de vue, qu'il n'y a pas lieu de chercher à refaire l'unité des temps, ce que nous avons précisément cherché à faire par la considération de la vitesse de translation dans l'élher, et ce qui peut se faire simplement en adoptant un système unique comme immobile, ainsi que nous l'avous vu à la note de la page précédente. Nous serions heureux si celte tentative permettait aux conceptions sur le sujet traité par M. Laugevin de gagner quelque chose en netteté.
G. Lechalas.
Uq jour Proudhoa se présentait à la Reçue des deux Mondes, un manuscrit en main. Buloz en regarda le titre et refusa d'imprimerie manuscrit. «Apportez-moi autre chose, et sur un sujet plus actuel », dit-il à Proudhon. Le sujet qui, au regard de Buloz, manquait d'actualité était « Dieu ». L'éternité de Dieu ne l'empêche point, paraît-il, d'être sujet aux fluctuations de la mode. — Aujourd'hui ce n'est point comme au temps de Proudhon. Il est permis de penser à Dieu sans rester en tête à tête avec soi et de dire ce que l'on en pense, tout haut et sans respect humain. Emile Faguet vient de nous eu donner l'exemple et son trop petit livre sur Dieu se lit avec intérêt. J'ai dit : « Trop petit livre » . M. Faguet en sait plus long sur Dieu qu'il ne lui a consacré de pages. « Il en sait plus long»; j'entends que si le bref traité avait eu la permission de croître, personne ne s'en serait plaint. Décidément il y a quelque chose de changé dans nos esprits en France. On me réplique que le nombre des dévots n'est pas encore inquiétant pour ceux qu'elïraieraient les progrès de la dévotion publique A peine va-t-on plus à la messe aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Et plus d'un y va, j'en suis sûr, « pour faire enrager le voisin » qui, chaque fois, qu'il le voit mettre le pied à l'Église, l'honore d'un haussement d'épaule. Nous vivons en un temps où dans l'impossibilité de professer une opinion précisément définie, à défaut du courage de sa propre opinion, on se donne le courage de l'opinion des autres
Profitons dès lors du temps où nous sommes pour nous interroger sur Dieu et nous persuader chemin faisant, que le problème na rien perdu de son intérêt ni de ses droits au pre-