L. L. 68 6, 15 et
2. Kant, Crié. dujug.,préf., Ilarten., p. 17o ; Barni. p, 6 et introd., §5.
Harten.. p. 188; Barni. p. 32.
:;. Nous supposons pour le moment que l'homme, le cheval et le mulet ne sont pas une énumération complète. Mais, quand ils en constitueraient une. cela n'empêcherait nullement la distinction de l'induction et du syllogisme, et c'est même, comme on sait, à l'induction par énumération complète que s'appliquent directement les remarques d'Aristote. Sans doute la conclusion du syllogisme connu : L'homme, le cheval et le mulet vivent longtemps; or, tous les animaux sans fiel sont l'homme, etc., est verbalement la même que la proposition inductive : Les animaux sans fiel vivent longtemps. Mais elle n'a pas le même sens, puisque, comme résultat de l'induction, elle est censée renfermer sa raison et, comme conclusion syllogistique, avoir sa raison hors d'elle. Le moyen est ici. nous en convenons d'ailleurs, une pauvre raison. Mais c'est à quoi l'on doit s'attendre dans un syllogisme qu'on l'ait reposer sur l'expérience. Un tel syllogisme m peut nous faire sortir de ce qui est constaté, mais seulement exprimer de diverses façons ce que nous avons constaté; c'est nécessairement une operation tautologique. — Quant à l'induction en elle-même, nous n'avons pas ici à en parler en détail. Bien entendu, elle n'est pas plus que le syllogisme affaire d'extension. Dire que l'on y conclut de quelques-uns à tous, c'est être superficiel et même inexact. 11 est trop clair que le passage de quelques-uns à tous, en restant dans le domaine de l'extension, est une opération dépourvue de sens. La vérité est qu'ayant perçu une coexistence ou. en général, une conjonction (comme dirait Hume . on affirme (comme dirait le même auteur) une connexion. L'universalité du rapport affirmé n'est ici comme toujours (voir ci-dessus, p. 4 sq.) qu'une dépendance de la compréhension de ce rapport (par exemple, l'absence de fiel et ce qui y es! lié étant la propriété d'un organisme, et cet organisme : homme, cheval on mulet, devant se reproduire ou être reproduit, l'absence de fiel, avec ce qui y est lié, se répétera précisémenl autant de fuis que l'homme, etc.). Le point de départ de l'opération inductive n'est donc pas, à vrai dire, la constatation d'un certain nombre, d'un nombre aussi grand que possible de conjonctions : c'est la constatation d'une conjonction, et la régie du juu<ne ni que qous appliquons en induisant est que conjonction signiûe eue nexion. En d'autres ternies, induire c'est traiter l'expérience (qui nous
I'iilon. — Année pliilos. 1 008. 2
18 i. VNNÉE PHILOSOPHIQUE, l! 08
Cela étant, oous disons que le syllogisme de la troisième figure u'est pas une induction commencée, niais bien, tout autre chose que l'induction. On ne conçoit pas sans peine une induction commencée: il semble qu'une induction puisse être provisoire, hypothétique, mais non pas commencée. On nous dit, il est vrai, que le syllogisme de la troisième figure conclut seulement vi formas par une particulière '. Mais, si cela arrive c'est que, pour l'instant, on laisse au moyen de ce syllogisme son sens objectif. On le lui laisse, du moins, autant que possible : car ce moyeu ne peut être pris en compréhension, mais seulement en extension. Dire, comme on le fait2,
fait percevoir les conjonctions exclusivement peut-être, ou dans tous les cas, en premier lieu) comme une sorte d'ufftepov 7rpôrepov. Ce qui a pu faire croire que ce n'est pas le singulier mai^ le particulier qui est à l'origine de l'induction, c'est que la répétition d'une même série de faits à travers les changements environnants est l'une des circonstances qui autorisent l'application rie la règle du jugement que nous avons indiquée. Mais ce n'est pas la principale, ni surtout la seule, puisque toute la théorie des méthodes expérimentales a pour objet de déterminer les diverses sortes de circonstances qui peuvent servir à cette fin. En effet, l'expérience étant complexe et confuse, il s'agil d'y pouvoir constater distinctement une certaine conjonction. C'est à quoi l'on arrive dans les laboratoires par ce qu'on appelle, depuis S. Mill. la méthode des variations concomitantes. Mais nous nous contentons, parfois, d'autres procédés plus imparfaits: par exemple, quand deux faits saillants se rëpètenl au milieu de circonstances variables, nous disons volontiers qu'il y a conjonction entre les deux faits. Et voilà comment la pluralité des constatations se rencontre dans certains cas, à l'origine de l'induction. Cela n'empêche pas, comme on voit, qu'elle ne consiste essentiellement à reconnaître, derrière une conjonction, une connexion. Cette opération très simple suppose évidemment que la pensée se retrouve au fond de l'expérience, Mais c'est ce qui est accordé par quiconque n'admet ni l'empirisme en général, ni spécialement la théorie empiriste de l'espace et du temps (dont la doctrine kantienne ne diffère pas quant au contenu qu'elle attribue à ces deux concepts). Il est certain que si l'espace et le temps existent à part des choses, et sont des multiplicités infinies, un abîme se creuse entre deux points et deux instants. C'est le cas de dire, avec Descartes, que les instants sont indépendants. Seulement, dans ces anéantissements et recommencements perpétuels, la pensée expire, et on voit trop que ce que l'on a pensé pour un instant et pour un point n'a rien de commun, si ce n'est par miracle, avec ce qui est donné en un autre instant et en un autre point. Mais ces questions très générales ne se posent pas exclusivement à propos de l'induction : de sorte que c'est à peine si l'on peut dire qu'il y a un problème de l'induction. Le vrai problème auquel elle conduit est celui de la méthode expérimentale: faire que la perception des conjonctions soit distincte. Il est difficile à résoudre, pratiquement surtout : car comment pourrait-on être sûr, sans réserves, dans un cas donné, d'avoir dissipé toute confusion?
i. Lachelier, Rev. p/i(7.,p. 486; Et sur le syll.,\>. 'M: nous poserons ainsi les deux prémisses d'un raisonnement en Darapti : Le corps A attire le fer : or, le corps A est un aimant, dont nous devrions conclure seulement vi forma), » donc quelque aimant attire le fer».