‹ L'Annee Philosophique, Volume 4Chapitre 32 sur 94 · PILLON. — L'ÉVOLUTION DE L'IDÉALISME AU XVIII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

PILLON. — L'ÉVOLUTION DE L'IDÉALISME AU XVIII^ SIÈCLE

tiennent pas ; et, de plus, parce que cette impression nous trompe sur leur grandeur, leur figure et leur mouvement, c'est-à-dire sur les qualités sans lesquelles ils ne sauraient être conçus. Si le jugement naturel qui suit l'impression peut être faux dans les deux derniers cas, pourquoi serait-il vrai dans le premier ? Et comment pouvons-nous être certains qu'il le soit ?

L'existence des corps n'est pas démontrable, parce qu'il n'y a de démonstration que du nécessaire. Dieu, qui est l'être nécessaire, peut être démontré. Mais le monde n'est pas une émanation nécessaire de la divinité, comme le Fils et le Saint-Esprit ; on ne peut donc passer, par un rapport nécessaire, de la Divinité au monde : il y aurait contradiction à vouloir déduire de la nature divine l'existence arbitraire des êtres créés. L'indémontrabilité de la matière se trouve ainsi liée à la distinction de Dieu et du monde, confondus par Spinoza, à la distinction en Dieu de l'activité libre (création) et de l'activité nécessaire (génération du Verbe, procession du Saint-Esprit).

Dieu ne nous fait pas connaître l'existence des corps par la révélation intérieure des vérités éternelles; car il est clair que cette existence, qui est < arbitraire », n'est pas comprise dans les vérités éternelles. Il ne nous la fait pas connaître non plus par nos perceptions; car nos perceptions, dont les limites doivent être celles de nos jugements, ne vont pas au delà des corps visibles ou intelligibles ; et c'est librement que nous dépassons ces limites, quand nous jugeons qu'il y a au dehors des corps matériels semblables aux corps intelligibles que nous percevons. Nous n'avons donc pas le droit d'imputer à Dieu ce jugement, comme s'il était nécessaire. Nous ne pouvons donc être pleinement convaincus qu'il y a des corps que par la révélation divine extérieure. Le domaine de la foi est donc le seul où la véracité divine puisse être invoquée. Sans doute, si c'est une erreur de croire qu'il y a des corps, nous ne saurions la découvrir comme nous découvrons celle de notre jugement naturel sur les qualités sensibles, ou sur les qualités primaires (grandeur, figure, mouvement) de tel ou tel corps. La différence est importante; elle ne permet pas de nier le réalisme cartésien. Ce réalisme est possible ; il faut même accorder qu'il est probable au seul point de vue philosophique ; mais il n'est réellement soustrait au doute que par l'autorité de l'Écriture et de r%lise.

On ne doit pas oublier que Descartes prouvait l'existence du monde matériel, en alléguant non seulement la très forte inclination que nous avons à l'admettre, mais encore l'impossibilité où nous sommes de savoir que nos idées des corps sont produites en nous par des causes autres que les corps. Les deux considérations réunies lui paraissaient rendre l'argument décisif. — Décisif I non, répond Malebranche, l'argument ne l'est pas. Quand même nous n'aurions aucun moyen de savoir que nos idées des corps viennent de causes immatérielles, nous ne serions pas fondés à éliminer ce genre de causes comme impossible. Pour rapporter à des corps extérieurs les idées dont il s'agit, il n'y a toujours d'autre raison que l'inclination naturelle ; notre ignorance n'y ajoute rien. Mais cette raison ne suffit pas : l'inclination ne peut faire preuve, car Dieu ne nous pousse pas invinciblement à nous y rendre, et si, pour la suivre, nous étendons notre jugement plus loin que notre perception, Dieu n'est pas responsable de l'erreur où nous pouvons tomber.

Mais Descartes était très assuré de la valeur de sa démons tration. Pleinement convaincu ^ar la seule raison de la vérité du réalisme, tel qu'il le comprenait, c'est-à-dire géométrique et mécanique, il était loin de penser qu'il fût nécessaire de lui donner la révélation pour contre-fort. On le voit par la réponse hautaine et dédaigneuse qu'il fit, à la fin de l'année 1647, à l'article IX du placard de Regius intitulé Explication de Vesprit humain. Cet article était ainsi conçu :

« Comme les choses qui ne sont qu'imaginaires peuvent aussi bien faire impression sur l'esprit ou sur l'âme que celles qui sont vraies, il s'ensuit qu'il est naturellement incertain si nous apercevons véritablement aucun corps (au moins si nous ne voulons pas nous contenter d'une légère et morale connaissance de la vérité, mais que nous veuillions connaître les choses avec certitude). Mais la révélation qui nous a été faite dans les saintes lettres nous a relevés de ce doute ; car elle nous apprend certainement que Dieu a créé le ciel et la terre et toutes les choses qui y sont contenues, et qu'il les conserve encore à présent. >

Ainsi Regius avait soutenu, avant Malebranche, que la révélation peut seule « nous relever > du doute idéaliste. Il est vrai qu'il ne présentait pas ce doute en toute la force que lui donnaient deux théories cartésiennes : celle du jugement et celle des qualités sensibles : mais sa thèse générale était

piLLON. — l'Évolution de l'idé,

bien celle de Malebranche. Pour d un adversaire qui allait trop vite e n'avait qu'à insister sur la distinct mun {sensorium commune) et de quoi il se borna.

€ Voici ce que dit l'auteur du pi incertain si nous apercevons térita raison qu'il en apporte est qne les i naires peuvent aussi bien faire impr qui sont vraies. Mais cette raison ne suppose que nous ne pouvons en a cette faculté que les philosophes î V entendement, mais seulement de c commun, dans laquelle les images < imaginaires, sont reçues pour touci nous être commune avec les bêtes de l'entendement et qui ne resse chevaux et aux mulets, encore qi s eulement par les images que la ] imprime dans le cerveau, mais au!

causes y excitent, comme il arrive dis-je, discernent néanmoins très de la raison les unes d'avec les aut tement et si exactement dans mes i se peut infailliblement reconnaître a personne qui ait un peu d'entend lus, puisse être encore en cela scep

Dans sa réponse à Regius sur s'appliquait à distinguer, à séparei son et de la philosophie et celui qu théologie chrétiennes dans les diff quait fortement son aversion pour dans le placard à faire intervenir selon lui, la raison, bien conduite Cette tendance nouvelle lui sembla rel qu'il faut bien reconnaître entre et la foi qui fait le chrétien. Il ne p fût sincère. Rien de plus opposé q sophique, sûr de lui-même, à ce qu l'esprit fidéiste.

(1) Remarques de René Descartes sur % Pays-Bas vet^s la fin de Vannée 1647.

1 y a des choses, disait-il, qui ne sont crues que par la ;omme sont celles qui regardent le mystère de Tincarnade la Trinité, et semblables. Il y en a d'autres qui, bien les appartiennent à la foi , peuvent néanmoins être ïrchées par la raison naturelle, entre lesquelles les théo- QS ont coutume de mettre l'existence de Dieu et la dison de l'âme humaine d'avec le corps ; enfin il y en a res qui n'appartiennent en aucune façon à la foi, mais ont seulement soumises à la recherche du raisonnement lin, comme la quadrature du cercle, la pierre philoso- 5, et autres semblables. Et comme ceux-là abusent des es de la Sainte Écriture, qui, par quelque mauvaise cation qu'ils leur donnent, croient en pouvoir déduire ernières, de même aussi ceux-là dérogent à son autorité ntreprennent de démontrer les premières par des argus tirés de la seule philosophie : mais néanmoins tous les ogiens soutiennent que l'on peut entreprendre de mon- [ue celles-là même ne répugnent point à la lumière de la n, et c'est en cela qu'ils mettent leurs principales études, pour les secondes, non seulement ils estiment qu'elles ipugnent poiut à la lumière naturelle, mais même ils rtent et encouragent les philosophes de faire tous leurs s pour tâcher de les démontrer par des moyens humains, à-dire tirés des seules lumières de la raison. Mais je n'ai •e jamais vu personne qui assurât qu'il ne répugne point à ture des choses qu'une chose soit autrement que la Sainte ure nous enseigne qu'elle est, si ce n'est qu'il voulût rer indirectement qu'il ajoute peu de foi à cette Écriture, comme nous avons été premièrement hommes, il n'est royable que, faits chrétiens, quelqu'un embrasse sérieunt et tout de bon des opinions qu'il juge contraires à ison qui le fait homme, pour s'attacher à la foi par îUe il est chrétien (1). »

5 Remarques sur le placard de Regius nous montrent Des s très attaché, et par la seule raison, à la distinction des ;ances spirituelle et matérielle, que ses disciples, au siècle, lui font honneur d'avoir portée au plus haut point rtitude, de clarté et de précision. Regius, qui avait été un lus ardents promoteurs de la nouvelle philosophie, sout que rien dans la méthode cartésienne, dans les senti-

Remarques sur un certain placard imprimé aux Pays-Bas.

piLLON. — l'Évolution de l'idéalisme au xviii** siècï

raents cartésiens sur les attributs pensée et étendue, n chait de conclure au monisme, soit matérialiste (arti soit idéaliste (article IX) ; que la vérité du dualisme pas rationellement démontrée et n'était donc entiè garantie que par la foi. Que fait Descartes? Il réfute vi et durement ces opinions, qu'il déclare « très pernicie très fausses (1) », et qu'il ne veut pas que l'on consi( que Ton présente comme des conséquences légitimes principes. Il désavoue un disciple infidèle qui < introdi certitude et le doute en sa façon de philosopher, d'qù i gneusement tâché de les bannir (2) ».

Descartes, qui tenait que la foi doit venir après la parce qu'on est homme avant d'être çhétien ; qui, da lettre à l'un de ses amis, avouait en lui « cette infiri qu'il n'était pas « si touché des choses que la seule fo enseigne que de celles qui nous sont avec cela persuada des raisons naturelles fort évidentes (3) » ; Descartei accordé aucune valeur à la preuve malebranchiste de tence des corps par l'Écriture. Il eût sans doute cru à cérité de Malebranche plus qu'à celle de Regius. W appeler à la foi pour bannir l'incertitude de la philo sur la question de la perception externe lui eût pan traire à la nature des choses.

Il n'y a jamais eu, dit Arnauld, de cercle plus viciei dans le raisonnement où l'auteur de la Recherche de la fonde l'existence des corps sur l'autorité de l'Écriture. « s'agit de savoir si, ayant supposé qu'il n'y a point de co qu'il n'y a que Dieu et mon esprit, je puis demeurer dan supposition jusqu a ce que j'aie la foi, et ne la quitt( par la foi. Et je soutiens que cela est impossible, et raison de cet auteur ne le prouve en aucune sorte ; cai cette supposition, tant que j'y demeure, je suis obligé de qu'il n'y a que Dieu qui ait pu représenter à mon espr ce que j'ai jamais lu de bon ou de mauvais dans les que je sais bien n'avoir pas composés. Il m'aurait don(

(1) Remarque sur un certain placard imprimé aux Pays-Bas.

(2) Les Principes de la philosophie. Lettre pouvant servir de préfj

(3) Lettre de Descartes à M. de Zuitlichen (8 octobre 1642).

inté ce que je me suis imaginé avoir lu dans TAl- 1 que j'ai cru avoir lu dans un livre appelé la Bible : ['hypothèse qu'il n'y a que Dieu et mon esprit, si était bonne au regard de la Bible : que Dieu n'étant eur, et n'y ayant que lui qui ait pu représenter t ce que je me suis imaginé avoir vu dans la Bible, t passer pour incontestable, je ne vois pas pourserait pas bonne au regard de l' Alcoran. Et ainsi je jue je ne pourrais sortir de cet embarras, qu'en me a maxime que Dieu ne peut être trompeur, pour cre de la fausseté évidente de cette supposition oint de corps, mais seulement Dieu et mon esprit ; en conclure qu'avant même d'avoir reconnu l'abcette hypothèse, des apparences de prophètes, ['Écriture sainte et de miracles nous pourraient

ajouter foi à l'Écriture et changer par là ces en réalités (1). »

ilebranche répond : — « Je ne conclus pas que les it précisément à cause de l'apparence que j'en ai ; îlusque les choses sont, parla foi, jointes aux appa- 'ai. Ainsi, j'ai autant l'apparence de l'Alcoran que ible ; mais la foi me fait recevoir la Bible et rejeter r, je rejette l'Alcoran et je reçois la Bible, à cause nces que Dieu, qui n'est point trompeur, m'a pôtres, de miracles et d'autres motifs de crédibilité

à la Bible, et qu'il ne m'a point donné de sem ifs de crédibilité par les apparences que j'ai eues [ui traitent de l'histoire de Mahomet, et par plu-^ s raison s (2). »

e réponse est-elle logiquement satisfaisante? Pour le ceux qui ont écrit sur le sujet, le cercle vicieux Arnauld est incontestable. L'argument tiré de la dit Royer-Gollard, est un cercle vicieux évident ; >se que la révélation est prouvée indépendamment andis que les preuves de la révélation sont dans [ui sont des corps. C'est en vain que Malebranche prévenir cette objection en disant que, quand ces livres seraient des fantômes, Dieu seul aurait uire ; Arnauld lui a répondu d'une manière qui ne

es et des fausses idées ^ ch. xxviir, troisième réflexion. de Malebranche à Arnauld, ch. xxvi.

piLLON. — l'Évolution de l'idéai

soufire pas de réplique. Si je dois c Bible, parce que Dieu seul peut me raison de croire ce que je lis dans Y seul avec Dieu dans le inonde, et qi n'ai aucun moyen de discerner la v contradictoires dont il est égalemen que les arguments des athées contre dans cette hypothèse la même auto seurs de la religion qui la démontrée des sens, dit Victor Cousin, le consen le cri du sens commun ne sont rien ne croit à Fexistencedu monde qu'à V logisme, au nom de la révélation d( doit exister, puisqu'il est l'ouvrage « point trompeur. Voilà certes un éti cartésien de la véracité divine (2). M. l'abbé Blampignon, déclare que reusement démontrer l'existence du pour en être certain, il faut recouri lui objectaient très justement que la foi, les motifs de crédibilité récla corps, et demandent que nous soyoi des sens... Le principe de la foi, sel la réalité des corps ; et, pour prouve) appelle à la foi... La raison n'arrive foi suppose des corps ; il est donc que ces apparences se transforment elle-même qui seule obtient ce résull si bon air après cela à se moque l'Aristote des scolastiques du xvi® si Mais M. Georges Lyon défend la Examinant de près le reproche de pj pas fondé. Il voit qu'en sa réponse en a très bien fait justice. Quel e raisonnement ? Cette hypothèse idé comme dans l'Alcoran, il n'y a qi dans la Bible, les apparences sont t raison à les rapporter à Dieu ainsi

(1) Œuvres complètes de Reid, publiées f de Royer-Collard, t. IIÏ, p. 387.

(2) Histoire générale de la philosophie^ h

(3) Étude sur Malebranche, p. 200.

►résentées. « L'ordre admirable et la liaison vraiment illeuse de ces apparences légitiment ma foi en la révéparticulière qu'elles symbolisent. Cette foi, à son tour, [ue un monde réel. La consistance et le plein qu'elle le pour l'œuvre divin retournent tout d'abord aux mces qui la suscitèrent, transformées désormais en intielles réalités. Nos idées autorisent la foi ; et, par ocité, la foi réalise nos idées. Grâce à ce tour d'une ite dialectique, l'accusation de sophisme est déjouée. Il si Ton préfère, une conspiration de vérités réciproques, nent un cercle vicieux (1). »

is croyons, comme M. Lyon, que le raisonnement de ranche est d'une correction irréprochable. Il faut pour- Duvenir qu'il ne s'est guère donné la peine d'en explila valeur logique ; ce qu'il eût pu faire aisément, semil, en développant davantage sa réponse. Quelle est îtion d'Arnauld, répétée par Royer-CoUard ? C'est que, l'hypothèse où il n'existe que Dieu et mon esprit et où e reste n'est qu'apparence, je suis obligé d'attribuer à es apparences de l'Alcoran aussi bien que les apparences Bible, sachant très bien que je ne suis l'auteur ni des li des autres. Me voilà donc conduit à assigner une oriîgalement divine à des assertions contradictoires, aux ^nements de Mahomet aussi bien qu'à ceux de Jésus- ;, aux arguments des athées aussi bien qu'à ceux des es. Pour ôter toute force à cette objection, je n'ai qu'à iuire cette proposition aussi simple qu'évidente : que qui est parfait, ne saurait être en contradiction avec ^me ; d'où je conclus que, s'il est l'auteur des apparences Bible, il ne l'est pas de celles de l'Alcoran. Mais, si elles innent ni de mon esprit ni de Dieu, les apparences de ran supposent d'autres êtres que Dieu et mon esprit ; 1, sans qu'on aille plus loin, détruit l'hypothèse posée à ne. Je ne sais pas encore s'il y a des corps ; mais je ne mon esprit n'est pas la seule créature existante. Je n pas de plus, le dernier, en reconnaissant aux appa- 5 de la Bible des caractères exceptionnels, et je m'assure tre toutes les autres, ces apparences sont vraiment pro- ; par Dieu. Si Dieu en est l'auteur, comme il ne se peut ne soit véridique, je dois tenir pour vrai ce qui m'y

'Idéalisme en Angleterre au xviii* siècle^ p. 169.

piLLON. — l'Évolution de l'idéalisme au xvm*^ siècle 125

est représenté ; et je conclus logiquement au réalisme qu'enseigne la Bible, c'est-à-dire Dieu même.

Ainsi, les livres quelconques, comme tous les corps, ne sont d'abord, par hypothèse, que des fantômes. Mais entre ces fantômes divers, entre le fantôme Alcoran et le fantôme Bible, entre les perceptions qui pour moi résultent de l'un et celles qui me viennent de l'autre, la différence est telle qu'il m'est impossible de les considérer, au même titre, comme les effets de la causalité divine. De là la nécessité d'abandonner presque aussitôt que je l'ai conçu le genre d'idéalisme qui ne laisse subsister que Dieu et mon esprit. Je n'étais invinciblement porté à croire qu'à ces deux réalités substantielles. Mais l'idée de la perfection divine m'oblige à en admettre d'autres. Et voilà que tous ces livres fantômes deviennent pour moi des corps réels, après qu'en l'un d'eux, très différent des autres, mon esprit a trouvé la parole de Dieu qui ne trompe pas. « Ce ne fut, a-t-on dit de Malebranche, que parce qu'il lisait la Bible, qu'il crut qu'il y avait des livres (1). > Le mot est spirituel ; il résume l'argument d'une manière piquante, mais en lui donnant un aspect sophistique. Il fallait dire, pour être exact : Ce ne fut que parce qu'il lisait la Bible, qu'il crut que les livres étaient des corps.

Il est clair que Royer-CoUard, Cousin et M. Tabbé Blampignon n'ont pas fait le moindre effort pour entrer dans la pensée de Malebranche, pour se mettre à son point de vue. Mais on ne peut s'en étonner. Pour le comprendre et le suivre en ses déductions, pour goûter son t élégante dialectique >, il eût fallu moins de prévention contre les doutes idéalistes. Ne se faisaient-ils pas gloire d'être de ceux à qui ces doutes paraissent extravagants et pour qui t le cri du sens commun » est une preuve suffisante ? Pourquoi ont-ils vu si facilement chez « l'obstiné méditatif » un paralogisme qui n'existait pas ? Parce que le réalisme superficiel de Reid, qui satisfaisait leur raison peu exigeante, qui bornait leur horizon philosophique, ne leur laissait voir aucune différence entre les simples données des sens et l'existence des corps.

Ce sens commun et ce consentement universel que vous invoquez, leur eût répondu Malebranche, sont faits de toutes sortes de préjugés ; et c'est l'objet propre de la philosophie

(1) Maupertuis. Lettres : IV, Sur la manière dont nous apercevons.

)réjugés, soit en en découvrant Terreur, soit en Lt par des démonstrations exactes en jugements

sied donc pas à des philosophes de m'opposer n. Je sais d'ailleurs fort bien qu'il faut beau- € avant qu'une opinion , aussi contraire aux aagination et des sens, aussi abstraite et aussi mienne, puisse être génératement reçue, je ne ; les hommes, cela n'arrive jamais, je dis des ette espèce de savants qui s'appliquent sérieuiphysiqueet à la connaissance de l'homme (1) ». a foi suppose le témoignage des sens ; mais je ignage des sens implique l'existence des corps, us donnent rien autre chose que des sensaîeptions. Ces perceptions, vous les appelez 5, considérées en elles-mêmes, elles ne sont rieures ; et si vous leur attribuez des objets n'est que par un jugement naturel qui n'est ui peut être corrigé par la raison. La foi supage des sens ; elle fonde la certitude de l'exiâ- : où est le cercle vicieux, si l'on n'étend pas le ; sens au delà de ses vraies limites, si l'on

la certitude de l'existence des corps avec ions et perceptions ?

parlé plus haut de cette espèce d'idéalisme I sont conservées que deux substances : Dieu et )sophe ; Dieu produisant en l'esprit du philoptions diverses dont le sens commun rapporte bjets extérieurs, à des corps. Il se comprend •anche ait fait cette hypothèse'; car elle se fonde cartésienne et malebranchiste de la méthode isance> D'après cette théorie, je ne puis avoir, le deux certitudes invincibles : l'une, de conntiment intime, celle de mes perceptions et de ion être percevant; l'autre, de raison, celle de ['être nécessaire et infini. Tout le reste est )ute, et veut être démontré, et ne peut l'être le la révélation divine et par le principe de la

Mais il est évident qu'une hypothèse qui ne

^alehranche à M. Régis,

^olste absolu n'admet qu'une substance : le moi du phi-

Page 1