‹ L'Année politique (volume 2)Chapitre 41 sur 43 · U. — DISCOURS DU 21) NOVEMBRE · texte numérisé non relu

U. — DISCOURS DU 21) NOVEMBRE

M. JuLKs Mélinb, président du conseil, miniilre de l'agricttllure. — Messieurs,] 'ai essayé d'établir, il y a Imlt jours, que le remède proposé par l'école socialiste k la crise agricole serait pire que le mal, qu'il ne ferait que l'aggraver en minant le principe de la propriété individuelle qui constitue la force essentielle de résistance de notre agriculture dans la lutte dirBcile qu'elle a à soutenir. Je crois avoir prouvé que la propriété collectiviste serait un recul, un véritable retour à la barbarie.

M. Jules Gcesde. — Quand el comment l'avez-vous étabU?

M. LE PRÉsiUENi DD coNsBii mittitlre de ^agriculture. — Je conviens que l'école soiiaiiste attemdrait ainsi son but : il n'y aurait plus de rithes mais les pauvres seraient plui pauvres, et ce serait la le seul résultai <le la révolution

sociale qu'on nous annonce avec tant de fracas. {Très bien! très bien! au centre.)

M. Jules Guesde. — Je proteste.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Aujourd'huî, je voudrais opposer à la solution collectiviste notre solution, qui diffère en tous points de l'autre.

Elle en diffère d'abord par la méthode. Nous ne partons pas d'une -conception idéale de la société, d'une thèse àprioriy nous observons les faits, nous suivons la crise agricole dans son développement, pas à pas, et nous tâchons de lui appliquer, au fur et à mesure, des remèdes de nature à atténuer les souffrances des populations agricoles.

M. Dejeante. — Elles ne s'en félicitent pas.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ce u'cst pas VOUS qui les sauverez, en tout cas.

M. Dejeante. — Ni vous non plus.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Pour découvrir le remède applicable à la crise agricole, il est nécessaire de connaître la cause ou plutôt les causes du mal. C'est là la première question que j'ai à étudier devant la Chambre.

A quoi tient surtout la crise agricole? Il suffît d'un peu d'observation pour la ramener à un phénomène économique d'une gravité considérable et très inquiétant pour l'avenir. Ce phénomène, c'est la baisse générale et progressive, depuis quinze ans, je pourrais dire depuis vingt ans, de tous les produits agricoles sans exception. C'est là un fait qui n'est peut-être pas assez connu et sur lequel il est nécessaire d'insister pour bien éclairer l'opinion publique.

Les statistiques, les mercuriales des marchés, nous fournissent sur ce point des données qu'il est nécessaire de condenser. J'ai donc fait dresser, pour me rendre compte de l'importance du phénomène que je signale, un tableau dans lequel figurent les principaux produits agricoles, en prenant les cours de 1882 et ceux de 1897, en cherchant, par conséquent, à quinze ans de distance, quel a été le mouvement général des prix sur nos marchés.

Je vous demande la permission, messieurs, par quelques citations qui sont indispensables, de vous faire toucher du doigt les conséquences de cet avilissement des cours, inconnu jusque-là.

Voici quelques produits avec l'indication de leur valeur en 1882 et en 1897 :

Les laines, qui valaient, en 1882, de 1 fr. 85 à 2 fr. 05, ne valaient plus en 1897 que 1 fr. 08 à 1 fr. 25. Les cocons frais, qui valaient, en 1882, de 4 fr. 70 à 4 fr. 45, ne valaient plus en 1897 que 2 fr. 50 à 2 fr. 95. Les suifs, qui valaient,

t-n t8S2, 'J"> francs, ne valaient plus en 1891 que 42 francs. Le» alcools à 90 (ll^grés, qui valaicot en i8S2 59 francs, ne valaient plus en 1897 que 38 francs. Les sucres blancs, qui valaient às franci, se valent plus que 25 franca; les fécules premières, qui valaient 32 à 34 francs, ne valent plus que 27 à 38 francs ; les vinaigres, qui valaient 38 a 40 francs, ne valent plus que 30 i 35 francs. Les beurres euï-mAmes, — et c'est le produit qui a le moins subi de variation, — qui valaient 3 fr. 35 i 3 fr. jO, ne valent plus que 1 fr. 80 à 1 fr. 90.

Pour les lins, la comparaison est un peu plus difficile à établir en raison de l'étendue du marché. Cependant on peut U faire en prenant le cours des vins sur lu marché bien connu de Bercy. A quelle constatation arrivons -nous? En 1882, la pièce de bordeaux vieui valait à Bercy 170 à 190 francs; en 1897, elle ne vaut plus que 120 à 160 francs. Le muid de bourgogne, qui valait de 17S à 190 francs, ne vaut plus que 110 i 125 francs; la pièce de vin du Cher, au lieu de 13.'î à 105 francs, vaut de 85 à 95 francs; le màcoa, au lieu de 175 à 230 francs, vaut de 14D à 200 francs ; le vin de Touraine, qui valait 125 i, 135 francs, ne vaut plus que 90 à 100 IraDcs. Enliii, ai nous prenons les vins du Midi, nous voyons que le Roussillon, qui valait de 68 à 15 francs, vaut de 29 à iO francs; enfin le vin de Narboone, qui valait de 50 â 58 francs, na vaut plus que 32 à 3G IVancs.

Voilà les prix pour les vins.

Pour le blé, la comparaison est également difficile à cause du mouvement des récoltes; cependant, il n'est pas impossible, en faisant des moyennes, de se rendre compte de la marche générale des prix.

il est certain qu'en comparant des moyennes de cinq ans en cinq ans on est bien prés de la vérité, parce que les bonnes et les mauvaises récoltes alternent dans une période assez courte. En prenant des périodes de cinq ans depuis 1877, on arrive à cette constaUlion que, de 1871 à 1881. le prix du quintal de blé était de 29 fr. 39 ; de 1882 à 1886, il descend à 2t fr. 1)3; de 1887 à 1891: il est de S4 fr. 86; les prix se maintiennent, quoique bien inférieurs à ceux de la preniipre période; et quand on arrive à la dernière période, celle de 1892 à 1896, on trouve iwur le quintal de blé le prii de 20 fr. E3.

Vous le voyei, messieurs, par celte rapide ènumération de chiffres, un peu aride, mais qui était nécessaire, j'ai justifié cette nriirmation que la baisse des produits agricoles a Été générale, qu'elle a porté sur tons les produits, qu'elle a été exceptionnelle.

DOCUMExNTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 439

. Je ne connais guère d'exception que pour la viande ; et «ncore on relève chez le producteur im léger fléchissement sur les prix. J'ai donc le droit de conclure et de dire que la baisse a été générale.

M. Dejeante. — Qui en a eu le profit?

M, LK PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Nous le vcrrous dans un instant.

St l'on veut calculer l'importance de cette baisse et savoir dans quelle mesure elle a porté préjudice à Tagricullure, il suffit de multiplier par la production de chaque année les unités de prix pour chaque produit. On arrive ainsi à cette conclusion vraiment effrayante qu'en quinze ans le total des recettes de l'agriculture a baissé de plus d'un demi-milliard.

Je vous le demande, messieurs, quelle est l'industrie qui pourrait résister, sans tomber en faillite, à une pareille situation. 11 a vraiment fallu tout le courage, l'esprit d'épar* gne, toute la puissance de travail, et j'f^joute l'attachement invincible de nos agriculteurs à la terre, pour leur permettre de lutter dans des conditions aussi désespérées. (Applau^ dissements au centre et à droite,)

M. Dejeante. — C'était bien la peine de faire pour eux des tarifs de douane. {Exclamations sur les mêmes bands.)

M. le président du conseil. — Nous allons voir ce qu'ont produit les tarifs de douane.

Messieurs, il résulte de ce que je viens de dire que ia crise que nous traversons en ce moment est d'un caractère tout à fait exceptionnel. Certes, on a pu constater à toutes les époques un avilissement des cours des denrées agricolea. Il y a toujours eu dans le monde des crises agricoles, mais elles étaient toutes, ou presque toutes, partielles et temporaires ; elles portaient sur un certain nombre de produits, mais ce nombre était très limité et elles n'avaient qu'une courte durée. C'est la première fois qu'on assiste, je crois, à ce spectacle nouveau d'une crise prolongée portant sur l'ensemble des produits agricoles.

M. Jaurès. — C'est très juste!

M. le président du conseil. — Maintenant que vous connaissez la cause du mal, qui n'est qu'une cause seconde, il faut remonter aux causes premières et tâcher de savoir à quelle raisons est imputable cette baisse extraordinaire et qu'on n'avait jamais vue.

Telle est la seconde question que nous avons à examiner.

Quand on étudie les motifs divers de cette baisse, on arrive à découvrir qu'elle ne tient pas à une seule cause. Rien ne serait plus dangereux que de conclure, en pareille

matliTe, d'une foçou absolue. Il y a. certainement plusieurs iHcteuTâ en présence, et je vaii m'efforcer de les pa^âer ea revue dans leurs grandes lignes.

Le premier qui apparaît à toui leï yeux, parce qu'il & une BKtraord inaire importance, est cerlainenient révolution — je devrais dire la révolution — qui s'est accomplie depuis vingt ans dans les moyens de transport. La multiplicité, la rapidité, le bon marché des transports ont opéré dans le prix deii produit un abaissement inéritable. Autrelois. la distance était ,ime dérease pour les marcbéa ; aiijDUi'd'hui, cette défense n'existe plus. Tous les marchés sont à la porte les uns lies autres; ils ne font, eu quelque sorte, qu'un Bcui grand marché général; il en résulte que le nivellement des prix se lait Torcément par en bas en vertu de la tliéorie bien connue des vases communicants. Ce sont les pays qui produisent au meilleur marché qui font malheureusement, aujourd'hui la loi aux autres. C'est là on fait qui n'est pas douteux.

Actuellement, il en coûte moins pour transporter une tonne "i^ l»'* de New-York au Havre que pour l'expédier de Paris à Marseille. Il était donc inévitable que cette suppression de la distance — car il s'agît d'u sion de la distance — eût pour i

Celte cause aufSt-elle à eupliq a ba énerale que

je viens de signaler? Je ne le c p p ui ma part, et cela pour deus raisons.

D'abord, celte baisse ne peut pp q q produits

que j'appellerai d'échanges inter P ur es grands

proilults qui circulent d'un bout dm a e, comme

le blé, par exemple, il est cerla i f n été con-

gidi^rablement affectés par l'abaissement des prix de tranS' port: mais il n'en est pas de m^me de cette immense variété de produits locaux qui ne sortent, pour ainsi dire, pas lie l'enceinte d'un pays, qui ne font que se concurrencer les uns les autres, et qui subissent fi peine l'influence des produits étrangers. Nous constatons cependant que ces produits locaux ont été entraînés par la bai^ise générale.

M. jAUBti!!, — Quels sont ces produits locaux? {Rumeurs

M. LE PBÉsiDOT DO CONSEIL. — Laissez-moi, je tous prie, lu'expliquer; je ne vous ai pas interrompu.

M. J*uiiÈa. — Nous demandons simplement quels sont les produits locaux qui ne sont pas affectés par la concurrence internationale.

M, LE pRÉsiENT DU CONSEIL. — Est-CB que la pomme de- terre

a été atteinte par cette concurrence internationale? Non, n'est-ce pas ? et cependant elle l'est par la concurrence intérieure.

II est une seconde raison qui ne permet pas d'attribuer une influence décisive à la baisse du fret ; c'est que les prix continuent à baisser depuis plusieurs années, bien que. le taux du fret n'ait pas changé. Nous avons assisté à une baisse considérable du fret, mais qui, cependant, a pris fin. Il apparaît, au contraire, que la baisse sur les produits du sol ne subit aucune espèce d'arrêt.

Il faut donc chercher ailleurs. On Ta fait, et on a eu raison. On a tout de suite découvert une seconde cause, une cause bien connue dans l'industrie surtout, où elle joue un très grand rôle, qui s'appelle la surproduction. On s'est demandé si c'était la surproduction qui avait amené cette baisse de tous les produits. Il n'est pas douteux qu'il faut lui faire sa part, bien qu'elle soit beaucoup moins considérable qu'en matière industrielle, car le mode de production est tout à fait différent. En industrie, on peut produire] d'une façon indéfinie, on peut construire des usines autant qu'on le veut; l'outillage se perfectionne chaque jour et accroît dans les proportions de son perfectionnement la production ellemême. La terre, elle, n'opère pas de pareils miracles ; sa superficie est limitée et elle ne peut élever ses rendements au delà de la mesure fixée par la nature elle-même. La surproduction en matière agricole ne conduit donc pas aux mômes effets qu'en matière industrielle. [Très bien ! très bien !)

Cependant, je ne nie pas que sur un certain nombre de produits agricoles, de ceux surtout qu'on peut considérer comme produits industriels parce qu'ils proviennent des industries annexes de l'agriculture, la surproduction ne soit parvenue à faire sentir ses effets. Il n'est pas douteux, par exemple, que la surproduction soit pour quelque chose dans les cours des sucres et des alcools. Mais, en dehors de produits comme ceux-là, la surproduction ne suffit pas à donner l'explication que nous cherchons.

C'est surtout vrai pour le blé. Les statisticiens anglais ont établi d'une façon mathématique, par l'étude attentive de la récolte annuelle de tous les pays du monde, que si la production générale du blé avait augmenté d'une façon sensible — ce qui est indéniable — elle n'était pas parvenue cependant à suivre l'augmentation de la population ; si bien que, loin de rencontrer surproduction du blé dans le monde, on trouve qu'il y a plutôt insuffisance. Ce n'fist donc pas la surproduction qui peut expliquer seule la baisse d'un produit international comme le blé.

U3 LA>>ÉE POLITIQLE.

M. ltt^A».<3. — On s CD «Muemaie psf um. liûlà la

M. Lt n^DCTT iic o>*Mu — Celte put fiitc aux deux fscteuT:' que je tien* d~iiidù|aer, l'ibuieement do Int et la Riipro<la':lk>n. a'j a-t il p«« mie antre rvu* qui mérite

Il e4t imgaxNbte île pwaer hnii uleace no [ait coniidè' rable qoe je ■i^oale ■ laltentioa de la Chambre et i|iû- Je croif, e*t à l'abri de ttmxe c«Qleslatioi>, Ua « ëdï par remaniuer que, daiu les paji qui ne *e tentât comme ëU- U*D monétaire que de rargeni, les produits agricoles «t isdaitrieU aTilenl coirservé la même raJeiir en argad, tandis que. au conlraire. dans les pajs â étalon d'or, les m^oiei produits araient baîtsé de 50 p. 100.

Cesl la. ntessieuTt. un fait coosidèrabU. qai ncrilc bint un instant d'esamen.

Il est afGroiâ p.ir les autorités les plus considérables et les (.lus indi POU labiés. Le ^'oareniemeut anglais a nomiaé, en 11(87, une gr.inde cummisfion chargée d'eianiiner la qoeslioo et de se prononcer sur le rôle, au p"iat de vue êcnnomique. de l'étalon mouétaire. Je voudrais éviter les citsUona dans uo'ï matière aussi aride ; mais vous me permettrez bien de mettre sous voa yeux les conclusions de cette commission qui tiennent en quelques tiguRS el qui font décisives.

Vijici ce que dit la Gotii and Silcer CommifiiOR :

' En meute teinp^ que se produisait la baisse dn prix de l'argent en or, une baisse générale des prix en or avait lien en Angti'terre, qui possède l'étalon d'or: tandis que, dans l'Inde, la ri'upie conservait son pouvoir d'achat et que let prix en argent demeuraient Tenncs. 11 en résulte que la v.tleur de l'argent a'a pas baissé en elle-m>^nie, bien qu'elle ait largement baissé dans su valeur relative avec l'or; de là, deux résultat* favorables à l'Inde et contraires a l'Angleterre, du moins jusqu'h ce que les prix parviennent à l'équilibre. La production diMis l'Inde est Tavorisée aux dépens du producteur de blé en Angleterre, de méme<iue le manufacturier dam l'inile est favorise- aux dépens des manufacluriers en Angleterre.

" Le man II facturier anglais est atleint dans ses ressources par le change. Quant à fngriculteur anglaia, il vend son blé proportionne lie m eut moins cher que le rycit parce que le prix e*t tasUi le mL^me dont l'iude et qu'il a baissé t'U Angleterre. Dans l'Inde, paya à argent, maintien des prix ; en Angleterre, pays à or, baisse des jirix, ■

Ces coiiclusiiinn de la grande commission constituée par le gouverncnient anglais ont reçu depuis une conQrmnlioD

formelle dans. les rapports des consuls anglais et môme des consuls français. La même thèse a été soutenue notamment par M. Jamieson, consul général d'Angleterre à Schang-haï, dans sa fameuse brochure sur la question de l'argent pour l'Europe et l'Asie. Elle a élé reprise et précisée pour le Japon par notre consul général M. KIobukowski.

Le fait n'eat pas niable et la cause en est facile à trouver. C'est que l'argent a gardé toute sa valeur dans les pays qui se servent de l'étalon d'argent, tandis que l'or a haussé parce qu'il a conservé seul le privilège de la frappe libre et qu'il est devenu ainsi la seule monnaie internationale acceptée partout, pendant que l'argent devenait une simple marchandise. Il en résulte que tous les produits évalués en or ont dû hausser, puisque, avec la même quantité d'or, on peut aujourd'hui se procurer une quantité double dn produits.

Je confie cette simple observation à l'attention de la Chambre, parce qu'elle contient en germe, on peut le dire, toute la question monétaire.

Je ne veux pas traiter cette question aujourd'hui. La Chambre en devine aisément la raison : elle me mènerait trop loin. L'occasion se présentera sans doute un jour pour moi de rompre des lances avec les monométaliistes.

Je suis d'ailleurs prêt à leur faire, sur les avantages de la monnaie d'or, toutes les concessions qu'ils voudront. Je leur accorderai volontiers que c'est la monnaie saine par excellence, la meilleure, la plus maniable, qu'il serait très désirable qu'il n'y ait jamais eu que cette monnaie au monde, et que c'est relie de l'avenir.

Mais les monométaliistes ne peuvent malheureusement pas empêcher qu'il y ait 900 millions d'êtres humains qui ne connaissent que l'argent, qui ne se servent que de l'argent, qui ne font leur commerce qu'avec l'argent, et ne veulent pas d'or. (Très bien! très bien!)

En face de ces 900 millions d'êtres humains qui ne connaissent que l'argent, il y a, je le reconnais, 400 millions de monométaliistes or. Il est bien vrai que ces 400 millions appartiennent aux nations les plus riches, les plus puissantes, à celles qui sont les créancières du monde entier. Mais ces nations seraient bien imprudentes de s'enivrer de leur grande situation, de leur puissance actuelle, et de mépriser leurs adversaires ; car ces adversaires de pays a étalon d'argent sont des peuples jennes, vigoureux, qui ont la main-d'œuvre à bon marché, qui n'attendent que des ingénieurs et des contremaîtres, et qui les ont déjà.

Si on ajoute à ces avantages ceux que leur offre l'étalon d'argent qui leur permet de vendre leurs produits à vil prix

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d^ faine avr; le fo»- •iii.l-i.^mliqae aoiM^s ::ir iîq rappCTt fixe

rti-Lis pis ',-ï]>-:-iïDl it f'rtBt'^ïi^tiitiil d» 3ï frappe libre de l'ai-Kent. 'jui nt n-.ii! pareil f-^^ iudiîpençïbie; ni-oi doos )f'>nii''iu 3 rWiiutr im ent^mi.k «Je mesnrei de nabin à rétablir c« rapp'.'rt et ^ mettre iw terme a lanardùe mc-nélaire qui r^^ue dîui le mond? et qji jette nu si froad tr'jublt: dajj!- le couimt-rctr îDtemiitioQai.

V./U1 B'arc-ns p4f . je n'êpr^'Uv^ ^ucud embam* à k 4ire, réutci dïn« e«tte démarche. Je n*' la regr^/tte pas nêanuiifjof : elle était juste et elje pr.-duira «s résDllali phis tsTiJ. Car je suis vjntrûDra qa un j'.ur viendra «t la force dei eb'jEe^ otilluera kt nati'ynï eur'.<pêeiuies à eniisager ce probléiue el i k tHii<i'\n. le ^oubaile que diri 14 IliamamVi ne fiuffre p4i de I iod-fcUjc-D qui ajc>anie sans cesse la ■olutioa d'une que-lion 'lussi trap'.'rtaate. Trti bien! trèt hitit'.au centra et a ûnÂU. Inferruplioai à textrtiae gauche.)

M. JAL'iiïb. — C'eft la solution ^l'afemeoieiitale. Est-ce la fceuk?

U. LE ratiiuEST uc cafiiL. — Uc-aiîeur Jaurès, vous parler un peu Irup t^t. 'juand vous aurez enleodu mon dis- Cffuri. vijui verrez qu'elle n'eit pas la seule et j'attendrai votre réponie avec curiosité. {Applaudis^emenU au centre el »iir plutieurt banc» à gauche el à droite.'

M. JitRKS. — La ferez-voUB afficher aussi? {Appiauâis*emenii et rirei à texlriiae gauche.)

M. LE rHËsiuEST iiu co^iSEiL. — L'arficbsge tous fait donc bien peur? {.A-pplaudUtement» au centre et sur pluâieurt hanct à gauche.]

U. G£h*i:lt-Richaiid. — Non, mais vous nous refniei i'afdcbage et vous le pratiquez pour tous.

M. LE pRÉsiDE>'T DU CONSEIL. — Je voudrais bien, maintenant, messieurs, revenir à la France. Pjiisque nous ne pouvons rien pour modifier les prjx à Tétranger et relever notre marché, voyons ce que nous pouvons faire chez nous pour atteindre ce but.

La situation de l'agriculteur, telle que je viens de vous la dépeindre, est celle d'un industriel qui vendrait ses produits de plus en plus mal et qui se trouverait obligé de supporter toujours le même prix, de revient. L'écart entre son prix de vente et son prix de revient allant sans cesse en s'élargissant, ce serait évidemment la ruine à brève échéance.

Que ferait un industriel intelligent en pareil cas ? Il opérerait de deux côtés à la fois : il rechercherait les moyens de relever ses prix de vente et tâcherait de diminuer ses prix de revient. La situation de l'agriculteur est exactement la même, l'agriculture devenant de plus en plus une industrie.

C'est sur ce terrain que je vais poser le problème devant vous ; car il a "deux faces. Il faut savoir quels moyens l'agriculture peut employer pour relever ses prix de vente : c'est le premier but à atteindre. Nous verrons ensuite ce qu'elle pourrait faire pour réduire ses prix de revient. Nous examinerons en même temps ce que le gouvernement a fait, soit pour aider l'agriculteur à relever ses prix de vente, soit pour l'aider à diminuer ses prix de revient. {Très bien! très bien!)

J'aborde la première partie de ma thèse. Gomment l'agriculture peut-elle arriver à relever ses prix de vente? Le premier moyen qu'il lui faut employer, c'est assurément — il est tout indiqué — de se mettre chez elle à l'abri de la concurrence étrangère dont je viens de parler et qui^èse d'une façon si redoutable sur notre marché. C'est de cette idée très simple qu'est sorti le régime économique que nous avons institué depuis quinze ans, et dont je suis fier, je n'hésite pas à le dire, car je crois avoir contribué pour quelque chose à son avènement en France. {Applaudissements au centre et sur plusieurs bancs à gauche et à droite.) Et je ne sache pas que, pendant les longues luttes que j'ai eues à soutenir, ceux qui le trouvent insuffisant aujourd'hui aient été derrière moi pour le défendre.

Ce régime économique n'est plus aujourd'hui attaqué sérieusement par personne, et il ne peut pas l'être parce que les faits l'ont pleinement justifié. Ils ont établi avec la clarté de l'évidence que, sans lui, notre agriculture aurait été hors d'état de soutenir l'effort de la concurrence étrangère et qu'elle marchait à une ruine certaine. {T7'ès bien! très bien!)

U. L ANNÉE pijLITlijlE

ie -ait ifit'ja Doni dît int- ce répira^ f~I deT^&a iofaffi- »afl>- Je 1« recMiiMJs. Hait p'-anpKpi ? Parc» qae. d^tuis qne iMU* l'avons inftilot. depaû Itrtf . le* Fl>>>»ei ont marché. *iiu* HT^i «Uns <]U(-1 ^^m<. Les [irix ixit CMitinDê i bais^ov et ertle bai««« nouvelle a tia/irbé. fomatt c'était inérîtaNr. mil- piritp àa droil de doDïiie luiHD'me. Uaîs h ce régime tft iriïafnvult. il o'eçt pu tûih'-f luil afil et produit >oa êflet utile. Il n'e»l pas niable ifue les agricnltears liaarais. iJial. » c« poinl de rue. dani une sitoatton tufinitaent meïlleare que ceui des pav» voisins.

Qwuil au G'iuveroemeDL il continue i faire «on devoir, tout son deTifir. en dérendanl avec la dernière ënerinc ce rtBime tcoiioinï'|ite qui est la «auTcgarde indispensable de noire production agricole, et. quand il le Tant, en relevant les tarit' de douane qui fui paraissent ÎDsufQs4at3.

U. JcLis GuE'-rii- — Le paia n'est pas encore assez cher ? Bruit.]

il. u paÉsiDMT [it: cossKU.. — Vous noua eipliquereicommenl vous pouvez concilier votre observation avec l'iatêrfl de r«gi icullure. il faulr^it pourtant choisir et dire si vous entendez sacrifier l'agrirulture h l'inlér^t des consommateurs, comme votre interruption le laisse supposer. Eipliqutz-nius comment vous pouvez maintenir le prii du pain et rrlcver le prit du blé. J'a'tends que vous fassiez celle démons'rition. {Trii bien! tri» bien!)

- Vous ne. faites rien pourdimÎQUer

;oss£iL. — Nons allons en venir aux

s .spéculateurs!

lïSBiL. — L".igrii.'ulture ne souffre pas rrencc étrangère, file souffre aussi, •neurreDce inlérieure. Celte coneure intérieure est des plus légitimes. Elle est une garantie pour le consommateur contre l'élévation eicessjve des piin. Notis ne soiignons pas à y porter atteinte, mais à une condition : c'est que le profit engendré par la concurrence intérieure n'aille pas exclusivement soit aux intermédiaires, Hoit aux spéculateurs. {Trèi bien! très bien!)

M. Ukieantk. — Ce sont ceux-là qu'il faut surveiller et cornbattre. [ApplaudiasentenU à t'extvéme gauche.)

M. LB piifteinENT DU CONSEIL. — Nous allons voir ce qu'on peut faire pt je vais vous prouver qu'au lieu de déclamsr comme voua dans le vide contre les intermédiaires et contre les spéculateurs nous cherchons les moyens de diminuer K'ur action dans ce qu'elle a d'excessif. [Applaudtsie-

menls au centre et sur plusieurs hancs à gauche et à droite.)

Il n'est pas douteux que, dans Talimentation publique, l'intermédiaire joue un rô!e trop considérable au détriment de l'agricnlteur ; il n'est pas douteux qu'entre le producteur et le consommateur il y a trop d'échelons. Je suis prêt à reconnaître et à proclamer Tutilité des intermédiaires. Beaucoup sont à leur place. Mais il ne faut pas qu'ils se multiplient outre mesure. Leur nombre a malheureusement augmenté depuis quinze ans dans des proportions excessives et il en résulte ce phénomène étrange que, pendant que l'agriculteur vend ses produits à des prix de plus en plus avilis, le consommateur les paye toujours aussi cher ou presque aussi cher. {Applaudissements ironiques à Vertrême gauche.)

A Vexlrême gauche. — Voilà les beaux résultats de votre ordre social !

M. Desfarûes. — Qu'allez- vous faire pour empêcher ces abus ?

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Mcssicurs, j'ai coutume d'enchaîner mes idées, et vous voulez que je dise tout à la fois. Il me semble pourtant, et mes paroles le prouvent, que je ne recule pas devant l'objection. [Très bien! très bien!)

Je disais que le nombre des intermédiaires ayait augmenté outre mes^ire dans les industries d'alimentation, ce (lui a forcément augmenté leurs prélèvements sur le consommateur. Il suffit, peur s'en convaincre, de consulter le tableau statistique du ministère du commerce où se trouve indiqué, catégorie par catégorie, le nombre des intermédiaires. Ce tableau n-. va malheureusement pas au delà de 1891; mais il résulte des renseignements qui m'ont été fournis que le mouvement qu'il accuse s'est continué depuis.

Je lis dans ce document que le nombre des hommes employés à l'alimentation, qui était de 239,000 en 1886, s'est élevé à 263,000 en 4891.

Et, messieurs, — chose triste à dire! — c'est dans cette catégorie des intermédiaires que se retrouvent une partie de ces petits journaliers propriétaires qui ont disparu des campagnes et dont je constatais avec regret le départ à la dernière séance. Ils ont émigré dans les grandes villes pour y exercer ces petits commerces innombrables où ils croient trouver plus de profit que dans l'agriculture et où ils sont obligés de s'arracher la clientèle pour vivre. Beaucoup voudraient revenir à la terre, s'ils le pouvaient.

Pour limiter l'intervention et le rôle des intermédiaires à de justes proportions, on peut employer un grand nombre de moyens. Quels sont ces moyens? Certains dépendent

il8 LA-NSÉE POLITIQUE.

de» agriculteurs e ai- mêmes et d'autres de^; pouvoirs

Le moyen qui dépend de» africullem^, qui est à leur portée, c'e-t de constituer des sooiftés coopéraliïes de production et de crmaommatïon Tr^s bï'n! tris bien!,, qur créeut des relntirm^ de plus en pins directes avec le conlommateiir et qui limitent les prétentions des intermédiaires. Les agriculteurs retrouveront ainsi, par la vente directe qu'ils opéreront etiT-m*mes, une partie du profit qu'ils perdent aujourd hui. Tria bien! 1res bien! au centre. — Bruil à ïej:lréme gauche.,

M. Gauthieh de Clasnv). — Cest la condamnation à mort du petit commerce: (Bruit.)

M. Jaihés. — Von* n'avez pas d'autre solnlion que a suppression de la classe moyenne!..

H. L> PHÉstMXT nu co:isEi[.. — Vous ne m'avez pas compris, ou plutAt vous n(rei.'lei de ne pas me comprendre.

Les société! coopératives contiennent les intermédiaires et ne les détruisent pai: elles servent seulement de régnlateur au marché. L'agriculture est déjà entrée dans cette voie et elle a faitdes expériences qui ont pleinement réussi. C'est sur celte idée que reposent, par exemple, les fruitières, qnr, en matière de 'production frumagène, rendent de si grands servicci.

Vous savez ce qu'est la fruitière : les agriculteurs d'une région portent leur lait à un petit établissement industriel agricole qui Torme le centre de leur production. Cet établissement transforme le lait en fromages, fait à chacun un compte et s'adresse directement A la clientèle. Les agriculteurs trouvent dans cette organisation coopérative le maximum du prix qu'ils peuvent espérer de leur production fromagère et ils n'ont pas pour cela supprimé les marchands de fromage. {Trèi bitn! Iièi bien!)

Des tentatives du même genre, mais plus rares à cause des ditricultés de recrutement du personnel, ont été faites dan« un certain nombre de grandes villes, où l'on a créé des boucheries coopératives.

A Lyon, plusieurs de ces boucberîes ont ét^ ouvertes dans ces dernières années, et l'on a constaté que la conséquence de leur installation avait été de relever immédiatement le prix du bétail, dans les mains du producteur. {Tris bien! très bifn!) Les prix ont augmenté de 15 à 30 francs par tïte de bœuf, de 'à francs par tète de veau, de 2 francs par tête de mouton.

A Ntmes, on a fondé une boucherie coopérative, qui a donné les mêmes résultats. A Avignon, je constate encore

que, (lès l'ouverture de la boucherie coopérative, le prix de la viande a baissé de 35 centimes par kilogramme, tandis que celui du bétail augmentait de 10 centimes.

On peut constater ainsi une- double action salutaire des sociétés coopératives, qui obtiennent ce résultat intéressant de profiter à la fois au producteur et au consommateur.

Cest sur cette idée que repose également la création des sociétés viticoles du Midi, qui ont installé des comptoirs dans les grandes villes pour y vendre les bons vins naturels du Midi.

M. IIenri Ricard (Côte-d'Or). — Et de la Bourgogne.

M. LB PRÉSIDENT DU «CONSEIL. — Parfaitement I de la Bourgogne aussi.

C'est là encore une des nombreuses applications de la coopération. (Très bien! très bien!)

M. Desfarges. — C'est du socialisme que vous faites là.

M. le président DU CONSEIL. — C'est, en tout cas, de l'exceltent socialisme. Tâchez d'en faire comme celui-là. [Très bien! très bien!)

M. LE COMTE de Lanjuinais. — Ce n'est pas là du socialisme puisque l'État n'intervient pas ; c'est la mise en action du principe d'association.

M. LE président du conseil. — Voilà, messieurs, le premier moyen mis à la disposition des agriculteurs et par lequel on pourrait déjà résoudre en partie la question des prix.

Mais je conviens que, dans cette voie, le Gouvernement a aussi un devoir à remplir ; il doit faire tous ses efforts, par voie administrative ou législative, pour rapprocher de plus en plus le producteur et le consommateur. (Très bien! très bien!)

C'est le principe même de la loi excellente que vous discutiez hier sur la suppression des octrois. L'honorable M. Millerand nous disait que c'était de la réclame électorale. Eh bien! c'est de la bonne réclame électorale, et je souhaite qu'il en fasse beaucoup comme celle-là. (Tm bien! très bien!)

M. Jules Gubsde. — Voilà le piège à paysans I

M. LE président du conseil. — Quant à nous, nous considérons que la suppression des octrois sur les boissons hygiéniques est une des meilleurs mesures qu'on puisse prendre dans l'intérêt des producteurs et des consommateurs. [Très bien! très bien!)

M. Millerand. — Ouil si c'était vrai, si la suppression était réelle.

M. le président du conseil. — Elle ne sera pas seulement profitable aux ouvriers des villes auxquels elle assure une

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^■îf

L\iNNÉE POLITIQUE.

. aUmentation à bon marché, des produits sains et de bonne qualité; elle sera aussi utile pour nos producteurs agricoles, car elle supprime une barrière qui permet trop souvent d'augmenter les prix à leur détriment. Elle a également l'avantage, si justement signalé hier à cette tribune, d'empêcher des falsifications qui^ non seulement sont désastreuses pour la santé publique, mais qui constituent une concurrence directe aux produits naturels de l'agriculture. {Tj^ês bien! très bien!)

Supprimer les falsifications qui se pratiquent derrière les barrières d'octroi, c'est donner à notre agriculture, et surtout à notre viticulture, de nouveaux et vastes débouchés. {Très bien!. très bien!)

J'espère que la Chambre votera cette loi. En tout cas, le Gouvernement fera tous ses efforts pour qu'elle aboutisse. On disait hier qu'elle n'était pas parfaite. Assurément, aucune loi n'est parfaite. Mais si, parce qu'une loij n'est pas parfaite, on l'ajourne indéfiniment, c'est qu'on n'en veut pas, au fond, et qu'on cherche un moyen commode de maintenir le statu quo.

Les octrois ont des adversaires très ingénieux qui ont toujours poursuivi la politique de l'absolu. De même que dans le régime des boissons on demande le dégrèvement général des boissons quand on ne veut pas du dégrèvement partiel, de même on impose à la suppression des octrois des conditions inacceptables pour conserver les octrois eux-mêmes. C'est une responsabilité que, quant -à nous, nous ne prendrons pas. {Tf^ès bien! très bien!)

En même temps que nous faisons la guerre aux falsifications qui se passent derrière la barrière de l'octroi, nous les poursuivons sur tous les terrains où nous les avons trouvées {Ti'ès bien! ti'ès bien!}; car j'ai le regret de dire que nous vivons à une époque de falsification générale. La science, qui rend tant de sei*vices, favorise, malheureusement, trop souvent la fraude. Nous avons été obligés de la combattre, je le répète, sur tous les terrains. C'est pour cela que nous avons fait la loi sur les vins artificiels, qui produira d'excellents effets le jour où elle sera appliquée avec fermeté, et où les tribunaux se montreront un peu sévères pour ces fraudes qui font tant de mal à la santé publique. [Très bien! très bien!)

C'est dans la même pensée que nous avons fait la loi pour réprimer la fraude dans la vente des beurres qui nuit si fort * à leur commerce à l'intérieur et qui compromet notre exportation à l'étranger. {Tt^ès bien! très bien!) Vous voyez, messieurs, que de ce côté nous avons fait

tout ce qui dépendait de nous pour augmenter les débouchés de l'agriculture.

Nous avons aussi pensé que c'était améliorer la vente que de favoriser les moyens de transport du produit lui-même. Réduire les prix de transport, n'est-ce pas permettre à l'agriculture d'écouler ses produits dans de meilleures conditions en leur ouvrant un marché plus large? (Très bien! très bien!)

C'est dans cet esprit que nous avous pris l'excellente mesure de la création des colis postaux de 10 kilogrammes, mesure très modeste en apparence, qui aura, j'en suis convaincu, une immense portée [Très bien! très bien!), car, grâce à elle, les petits ménages pourront, surtout quand les octrois seront supprimés, s'approvisionner directement. Elle étendra dans des proportions considérables la clientèle de notre culture maraîchère et horticole, et je suis convaincu qu'avant peu, lorsque les habitudes nouvelles se seront créées, l'agriculture en aura le principal profit. (Très bien! très bien!)

Nous avons aussi essayé, dans la mesure où nous le pouvions, d'agir par les tarifs de chemins de fer, et l'honorable ' M. d'Estournelles était bien sévère et bien excessif quand il

prétendait que rien n'avait été fait de ce côté.

M. d'Estournelles. — Je vous demande pardon, monsieur le président du conseil : mon langage n'a pas été aussi absolu.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — La Vérité, c'est que tous les » ans, de nouvelles concessions sont demandées et obtenues

des compagnies. Nous avons obtenu, depuis deux ans, des concessions sur le tarif des vins, sur le tarif des fourrages, sur le tarif des engrais, sur le tarif des nitrates; et enfin, récemment, à la suite de la hausse du prix du blé, des concessions considérables nous ont été faites sur les tarifs des céréales.

M. d'Estournelles. — Permettez-moi de résumer d'un mot l'opinion que j'ai exprimée : J'ai dit que l'organisation insuffisante de nos transports nous mettait dams un état d'infériorité évidente par rapport à nos concurrents. {Applaudissements à qauche et à V extrême gauche.)

Il n'y a là rien de sévère ni d'excessif, mais je ne veux pas entraver votre discussion, monsieur le président du conseil, et je me réserve, si vous le voulez bien, de préciser ma démonstration à l'occasion de la discussion prochaine du budget des travaux publics. [Très bien! sur les mêmes bancs.)

M. le président du conseil. — J'accepte le rendez- vous i que vous voulez bien nous donner; le Gouvernement vous

\ montrera à ce moment, chiffres en maios, tout ce qui a été

*J2 LASSÉE POLITIQLE.

fait dan; n« dernières années. AMarémeat, ce a est pas tout ce que nrius vnadtioat, mais c'est déjà beaacoup. Vods aigaoïez pas que si le; compagnies ne peuvent pas aller plu!i loin dans la voie des coDcessionâ, c*rst qne noas sommes les premiers à leur demander de ne pas trop relever ta garantie d*iDt£r£t^. La mesure dans laquelle elles peuvent acrueîtlir nos réclamations est limitée par l'intérêt du Trésor lui-m^me.

Maïs je persiste k dire que, de ce cAté-là, nous avons rail un tffort considérable. Je pourrais ajonler que le projet de loi excellent sur le rachat des canaux du Midi, complète loute cette série de mesures et donne de nouvelle* et importantes lacilités aux transports dans tout le rayon des départements du Midi. 'Très bien! tria bien!)

J'en ai fini, messieurs, sur ce point. Vous voyez commeot un pourrait, par un ensemble de moyens bleu combinés, arriver a relever les prix en donnant au producteur une action plus directe sur la vente.

Mail, me dit-on, il y a aussi le spéculateur. Ehl oui, il y a le spéculateur, et il profile «ouvent, je le reconnais, de la baisse des prix.

Il est certain que ce <|ui peut avilir les prix dm produits agricoles, c'est que la vente en matière agricole se tait dans des conditions loules spéciales, et ne s'opère pas comme en matière industrielle. L'iodustrie] ne vcod pas ses produits à jour fixe; il choisit comme il lui platt l'époque de la vente ; il peut l'avancer uu la retarder à sa «olonté. L'agriculteur a, malheureusement, des besoins qui ne lui permettent pas d'attendre et de vendre comme H veut. S'il est fermier, il Ini en fuut pour rembourser les avances qu'il a faites h ta terre.

M. Toiissii.vr. — I) fallait faire la banque agricole, alors! [Tréi bien! à l'exlféme gauche.)

M. LE fh£sidf.:<t ou conseil. — Voua paraissez ignorer qu'elle est faîte.

H, ToLssAMT. — Nous allons voir.

M. LE pRËs[DENT DU CONSEIL.' — Je répète que l'agriculteur est ubiigé de vcudre les produits de sa récotte à une époque (lie, qui est d'haliiludc celle qui suit la récolte. C'est ainsi, nolsmmeut, que pour ta vente des blés, nous assistons à un spectacle douloureux.

Nos agriculteurs sont obligés de jeter leur blé sur le marché presque tous en même temps, parce que tous ont dtH besoins d'argent. Si ces blés pouvaient aller directement Il In consommation, celle-ci en aurait au moins te profit; mn'ia ce n'es't pas ainsi que les choses se passeut. La consommation ne peut absorber toute seule et à un même mo-

ment une pareille quantité jetée sur le marché. Qu'arrivet-ilparle jeu naturel des lois économiques? C'est que ce sont les spéculateurs — et ils sont dans leur rôle — qui achètent cette masse considérable 4e blé et qui la gardent en réserve. Et puis, quand tout le blé qui existait dans les greniers des agriculteurs a disparu, quand le vide s'est fait et qu'on approche de l'époque critique où s'opère la soudure des deux récoltes, alors la spéculation jette son blé sur le marché, en réalisant sur les prix des bénéfices considérables...

M. Jaurès. — Combien de spéculateurs avez-vous poursuivis ?

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — ... si bicu que le cultivateur a vendu bien bon marché un blé qui est payé très cher par le consommateur.

M. Gérault-Ricuard. — Vous faites là le manuel du parfait spéculateur.

M. LE président du conseil. — Comment remédier à un pareil état de choses? Ce n'est pas par des lois draconiennes qu'on y arrivera. Il y a un meilleur remède, un remède plus efficace, et il est tout indiqué : il consiste, pour permettre à l'agriculteur de choisir le moment où il pourra vendre, à lui faire des avances qui lui permettent d'attendre et de conserver son blé chez lui.

Que fait l'industriel en pareil cas?

Il va porter sa marchandise aux magasins généraux où on la warrante; il reçoit u|ie avance avec laquelle il peut attendre l'instant favorable pour réaliser sa marchandise.

Eh bien, nous avous pensé — . et ce n'est pas une découverte — qu'on pouvait faire une opération semblable pour Tagriculture. (Très bien! très bien! au centre.)

Il faut seulement la faire en tenant compte de la différence des deux genres de production. Nous ne pouvons pas songer à demander à l'agriculteur de porter ses produits dans des magasins généraux, parce qu'ils sont lourds et encombrants, qu'ils nécessiteraient des frais de transport considérables et des commissions onéreuses qui absorberaient tout le profit de l'opération.

Pour résoudre le problème, notre collègue M. Delaunay a trouvé la vraie solution, qui consiste à autoriser l'établissement du gage sans déplacement chez l'agriculteur. J'ai, de mon côté, saisi le conseil supérieur de Tagriculture de la même question, et il a élaboré un projet complet sur la matière des warrants agricoles. Ces deux projets font l'objet de l'étude d'une de vos commissions, qui — j'en ai l'assurance, après avoir eu avec elle une conférence hier — sera en état de déposer son rapport dans quelques jours et, si

lil L'ANNÉE POLITIOLE.

vous le voukv bien, avant la Qndel'anafe la loi eeru voti>e el la rétorme réalisée. {Très bien! très bien! sur lex i^tèmes bancs, j

C'est ainsi que, sans toucher aux marchés n tenue, vous aurez fait ce qu'il y a de plu» effleacc pour rcfréuer la spéculation. [Tris bien! Ires bien!)

Cola ne TOUS eInpêc^he^a pas rl'employeril'autres m<ijpns si vous eu Irourez.

M. LE rHÊsiBïHT DC CONSEIL. — Assurémeiit, on en Injuvera. d'autres encure; tnaîB je n'hésite pas à dire qu'il faut commencer par les mesures pratiques quand on veut résoudre des problèmes de cetleimporlance. Si vous Touleï avoir raison de la spéculation malsaine, de celle qui n'est qu'on jeu pur, il faut chercher des moyens qui atteignent le but; ils vaudront mieux que les attaques et les déclauiations creuses et vides que vous apportez tous les jour» à celte tribune contre lu spéculation et les spéculateurs. { Appla udii$emen Ir.)

M. MiLLERANu. — Voilà Une déclaration qui n'effrayera p;ia beaucoup la grande spéculation !

M. LE PiiKHiDEST i>u coNSBiL. — J'en ai fini, mesaieura, avfc cette première partie de ma dcnionBlralioo. Vous voyeï qu'il ne faut nullement désespérer, ai chacun veut faire sa part d'efforts, d'arriver à un relèvement des prix des denrées agricoles. Pour atteindre ce but, il faut que nos agriculteurs, comme iioa industriels, acquièrent une vertu qui est encore nouvelle ponr eux : il faut qu'ils deviennent an peu commerçants.

A l'exli'éme gauc/ie. — (Test cela!

Al. LE PRÉSIDENT 1IU CONSEIL. — Aujourd'hui , il Se Euriit pas de produire, il fout vendre. L'agriculture et l'industrie sont dans la mOine aitualion ^ ce point de vue, et pour bien vendre il faut savoir organiser la vente et ne pas la livrer au hasard. Je viens d'indiquer à la Chambre les moyens d'y arriver, moyens simples et parfaitement légitimes, qui n'ont rien de collectiviste [Très bien! très bien!)

J'arrive mainlenanl à la seconde partie de ma thèse.

Je vous ai dit que, pour rendre service à l'agriculture, après avoir cherché à, relever les prix de ses produits, on pouvait encore venir à son secours sous une autre forme en l'aidant A abaisser les prix de revient.

Diminuer les prix de revient, c'est en effet comme si Ton relevait directement les prix de vente, puisque l'un augmente ainsi la recette totale par hectare.

La recherche de lu diminution du prix de revient est donc

tout à fait dans le sujet. Peut-on y arriver en matière agricole? Le prix (fe revient de l'agriculteur se compose — comme pour Tindustriel — de trois grands facteurs ; la main-d'œuvre, les frais généraux et la production elle-même, ce qu'on appelle le rendement.

Je ne dirai qu'un mot de la main-d'œuvre; il est certaio que personne ne peut songer et que personne, ne songe à diminuer le prix de revient des produits agricoles en diminuant le taux de la main-d'œuvro.

M. Jaurès. — Elle a baissé.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Vous avcz raisou, elle est déjà insuffisante. M. Jules Guesde. — Alor?, il faut la relever. M. le président du conseil. — Elle a baissé, en effet, depuis 1882, pour les journaliers agricoles dans des proportions faibles, il est vrai, mais qui n en sont pas moins très fâcheuses et qui varient entre 5 centimes et 13 centimes par jour.

M. Dejeante. — Voilà la cause de la dépopulation. M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Elle a, cu revauche, ua peu augmenté, pour les valets de ferme, pour les domestiques à Tannée, mais dans une proportion dont je reconnais aussi la faiblesse et qui varie entre 19 francs et 28 francs par an.

11 n'est donc pas douteux que notre effort ne doit pas tendre à abaisser les salaires, mais à les relever^ c'est le but que nous poursuivons, et si nous recherchons les moyens qui doivent permettre à l'agriculteur de mieux vendre ses produits, c'est pour qu'il puisse mieux payer ses ouvriers.

A gauche. — 11 n'a qu'à employer des ouvriers français 1 M. Jaurès. — Les ouvriers se le rappelleront. Vous leur créez un droit.

M. Jules Guesde. — Sans le moyen de le faire valoir. M. le PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Assurémeut, nous leur créons un droit, mais c'est un droit naturel qui existe déjà pour tous les ouvriers français. Il est trop évident que, quand la situation d'un industriel est prospère, il paye d'autant mieux ses ouvriers; quand la situation de l'agriculteur sera prospère, il payera mieux aussi sy ouvriers et ses journaliers. Notre but, je le répète, est d'augmenter les salaires, et à ce point de vue nous travaillons pour les journaliers agricoles autant et plus que vous. ( Vifs applaudissements au centre et sur plusieurs bancs à gauche et à droite.) Dans les frais généraux, il y a un autre chapitre très important, c'est celui des impôts.

iSa L'ANNEE POLITIQUE.

Il n'esl pas douteux que les impôts très lourds qui pèsent riui' raarÏL'iilture augmentent dans uae proportion considér;ilile siei prix de revient. Ce n'est là uo secret pour persuDiK' : t< 4 charges fiscales qui grèvent la terre sont excessive.:; ..lli.-i ont coosidérablement augmenté depuis vingt 3ri-. I ( [. /irésenleot — je ne veux paa refaire une démoQsli^.h' [i : i a.éte faite si souvent — 20 k25 p. 100 de revenu

.M, '. -I \vE RiTHr. — Et m'orne davantage.

M . . I j.f;<ioEyr nu conseil. — C'est un fardeau trop lourd cL il !■-'■ 'i^^nl de l'alléger. Je l'ai proclamé bien souvent, je ?j I - cessé de demander qu'on rélabtiese l'équilibre eiiir. r>>priété mobilière et la propriété i m mobilière au

p> irii . '. imdes impûls. Sans doute, tes charges de la pro- |iii< i< Il biliére sont considérables aussi, mais il suffît de cui:-!'!"' l'i^relles sont de beaucoup inférieures i. celles de 1,1 I I ; nii^ immobilière pour quon soit autorisé à lui di'[i. .1 un supplément de concours.

\ il , mrquoi nous avons fait le dégrèvement de l'impAt firii' Kl il profite à tant de petits proprié taire i, et pouri|ii. 1 1 .~ demandons aux valeurs mobilière?, pour faire fai'i . lii^grèvement, une taxe supplémentaire indispen- Eiilii <|uilibie de notre Ifudget.

N.i - I. olons sur ce terrain solide où nous nous sommes

tiji ■ ]i!acés. Nous ne nous en sommes pas tenus là.

',(-■>' I le dans l'Intérêt de ta propriété immobilière et de r i.'i I' I ne que nous vous avons proposé la suppres- SLiiL ' 1 1 contribution des portes et fenêtres et le remanieiii< iii ' '-> laie personnelle et mobilière qui doit profiter â <li'> II. I n< de petits contribuables. [Très bien! très bien!)

.1 I <|u'un jour viendra où nous pourrons aller plus

Il II]] : h e et, de dégrèvement en dégrèvement, arriver à la ili[]i:iii 11] des droits de mutation que la, terre tratne I ] i].:.i ii véritable boulet {Trèa bien.' très bien!)

M iiicB Faube. — 11 faudrait commencer par là?

.M I <a.\. — C'est la réforme la plus urgente et la plus

M. r.E. ooMtB ng TbSvenelc. — C'est la seule réponse sé-

M, lititTBtux. — Il faudrait aussi voter l'impQt sur le

M. IX l'iitsiDGNT DU CONSEIL. — L'ImpAt suf le revenu, vc'U= le savez bien, pèserait surtout sur la terre et la rUinrriiit 'luvantage. J'ajoute que les propositions de réformes lisciiii.s cjue nous vous avons faites — je l'ai établi maintes fois pfLr des chiffres — doivent donner par l'importance de»

dégrèvements des résultats supérieurs à ceux que donnerait l'impôt sur le revenu lui-même, et cela sans inquisition ni taxation arbitraire. {Ti'ès bien! ti-ès tien!) A gauche. — Avec la justice en moins.

M. LE PKÉSIDENF DU CONSEIL. — AvCC la jUSticC CU pluS.

J'arrive' au dernier élément qui constitue le prix de revient : ce sont les rendements. 11 est bien évident que plus les rendements par hectare sont élevés, plus les recettes augmentent, et plus les frais généraux décroissent. Par conséquent, l'élévation des rendements peut compenser, dans une certaine mesure, dans une large mesure même, la diminution des prix. Aussi est-ce de ce côté que l'agriculture se dirige depuis dix ans avec une persévérance infatigable à laquelle il faut rendre pleine justice.

M. Thierry Cazes reprochait, il y a quelques jours, à l'agriculture d'être routinière. C'était peut-être vrai autrefois; c'est absolument faux aujourd'hui. {Très bien! très bien!) Jamais l'agriculture n'a fait preuve, au contraire, d'un plus grand esprit d'initiative et de progrès que depuis dix ans.

M. GcsTAVE Rivet. — Oui, les agriculteurs font des efforts, mais ils n'ont pas d'argent.

M. LE PRÉSIDENT DU co.NSEiL. — Vous allcz voir cc quc nous avons fait pour leur en procurer.

L'agriculture a compris que cette orientation nouvelle s'imposait à elle sous peine de mort. C'est pour la pousser dans cette voie que le gouvernement de la République a institué, depuis quinze ans, un enseignement agricole qui pénètre de plus en plus dans les couches profondes de la population.

M. Guillemet. — Il rend de très grands services.

M. le président du conseil. — M. d'Estournelles lui adressait certaines critiques de détail qui sont toujours faciles, qu'il me permette de lui répondre que l'enseignement agricole en France se défend de lui-même.

M. d'Estournelles. — Je lui ai rendu justice.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL — ... et si bien que, si vous voulez lire l'appréciation qui est portée sur lui dans tous les pays étrangers par les hommes les plus compétents, vous constaterez que l'organisation de notre enseignement agricole est considérée comme un modèle.

M. d'Estournelles. — Je l'ai constaté moi-même, M. le président du conseil, et je n'ai pas ménagé les éloges à notre enseignement, mais j'ai ajouté et prouvé qu'il était inefficace.

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Après l'avolr développé au «ommet, nous tâchons aujourd'hui de le développer en bas et de le démocratiser de plus en plus. Avant peu, tous les

*;i8 I/ANSÉE POLITIQUE.

ugriculteuri de France auront uat science (igi'icole sufQsaitte pour appliquer les nouvelles mêttiodes et leur Taire produire tous leurs résultats.

M. Jauhès. — Ma's il faut des cnpiiaiix.

M- M PHKsiDBST DU CONSEIL. — J'piileiids T interruption de M. Jaurès, et j'y réponds. Il De suffît pa3, en elîet, de donner a l'agricullure un enseignement de nature à lui permettre d'obtenir de gros rendements; il fnul lui fournir aussi les ressource) indispensables poar cela, Nous n'y avons pas manqué, et l'élude de In léRÎslalion faite depuis dix ans va Tons le prouver. C'est précisément pour piTmeltre à l'agricnlture d'élever ses rendements qu'ont été institués tes syndicats agricoles issus de la loi de I88i, qui ne croyait, pas lei enfanter, et qui ont pris depuis un si magnifique- développement.

lu sont entrés aujourd'hui dans une voie des plus hardies et ce qu'ils font tous les Jours nous permet de juger ce dont ils sont capables. Ils ont commencé modestement, comme on a l'habitude en agriculture; ils se sont bornés à l'origine à servir d'inlermédiaires entre le* fouruiFseurs et les agriculteurs pour permettre à ceui-là de se procurer à bon marché des engrais, des eemencei et des machines.

Sur ce terrain, ils ont pleinement réussi. Le résultat obtenu a été merTeilleux. Les syndicats ont provoqué ainsi un abaissement considérable des prix des engrais et des ■emeiice.4; Us ont assuré la bonne qualité des livraisons de matières premières et permis aux agriculteurs de faire un premier essai, un essai timide de crédit agricole.

Ce n'était d'abord qu'une ébauche ; il fallait aller plus loin et plu* vite. Les syndicats l'ont compris. Il ne suffisait pas de mettre à la disposition des agriculteurs des engrais et des semences à bon marché ; il fallait encore leur donner de l'argent pour les payer, leur faire les avances nécessaires pour attendre l'époiwe de la récolte. C'est dans ce but qu'a été organisé le crédit agricole qui existait à peine il y a dii ans et qui n'a commencé à fonctionner un peu sérieusement que depuis la loi de 1894 qui a permis aux syndicats de se transformer en banques mutuelles agricoles.

La loi de 1894 a fait sortir de terre, dans diEPéreote» parties de la France, un nombre toujours cro'issant de petites banques qui ont donné déjà d'excellents résultats. Seulement, j'en conviens, elles ont été arrêtées dans leur marche par l'insuffisance des ressources dont elles pouvaient disposer.

Il faut, en effet, pour opérer sur un aussi vaste champ que l'ensemble de l'agriculture française, des capitaux ccmsidérable». C'est pour cela que nous avons proposé et que

DOGUMEiNTS ET PIÈGES JUSÏIFIGATIVES. 459

vous avez accepté d'attribuer les 40 millidiis d'avances à l'Etat et les 2 millions d'annuités créés par la conveution avec la Banque de France à l'organisation de caisses régionales de crédit dei^tinées à subventionner les banques locales et à leur fournir le fonds de roulemeot dont elles ont besoin. Ce sera le véritable complément de la loi de 1894 €t le crédit agricole pourra prendre tout son essor.

J'espère déposer bientôt sur le bureau de la Ghambre le projet de loi qui doit organiser ces caisses régionales. {Très bien! très bien! au centre,)

M. Desparoes. — C'est insuffisant!

M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. -- Vous ôtcs blcu difficile à contenter.

Alors l'œuvre d'organisation du crédit agricole sera complète; il ne dépendra plus que des agriculteurs de répondre à l'appel du législateur et d'en tirer tous les grands résultats qui doivent en sortir.

Pour ma part, j'ai la conviction que le crédit opérera avec le temps, dans la production agricole, une véritable révolution; il résoudra bien avant qu'il ne soit résolu dans les villes le problème du capital et du travail; il fera disparaître un antagonisme qui n'est qu'apparent, en mettant sur le même pied les pauvres et les riches... {Applaudissements ironiques à Vextrême gauche, — Applaudissements au centre.)

M. Gaston Doumergue. — Voilà qui n'est pas ordinaire ! On voit bien que vous connaissez mal la situation des pauvres.

M. LE PRÉSIDENT. — Messicurs, laissez parler l'orateur. 1 M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Jc comprcuds que cela vous

contrarie, parce que cela tue le socialisme. Il mettra, je le répète, sur le même pied les pauvres et les riches, en permettant au travailleur qui a de l'intelligence, du courage et de l'esprit d'épargne d'avoir du capital à sa disposition et de •jouir des mêmes avantages que le capitaliste. {Applaudissements sur les mêmes bancs^ au centre^ et sur plusieurs bancs à gauche et à droite.)

Du crédit agricole on devait aller naturellement et on a été tout de suite à l'assurance agricole, qui en est le complément nécessaire. C'est elle, en effet, qui donne au gage sa valeur, en assurant la sécurité du créancier.

Ici encore, les syndicats agricoles n'ont pas manqué à leur devoir.

Ils out organisé, sur plusieurs points de la France, des assurances mutuelles contre la grêle, contre la mortalité du bétail, qui sont en plein fonctionnement. L'impulsion est donnée; mais il faut l'accélérer, comme nous l'avons fait

^ea LASSEE POLITIQLE.

pour le» pelitea hriiniiies de crédit mutuel agricole: test pour cel'i que nous iiTons itilrodiiil dnna le budget de cette année |un article de la loi de fiunnces qui autorise le Gou~ vememeat k tranafornier le chapitre des secours pour nccidents, qui donoe de si pauvres résultats, en une caisse de ïuliventions pour les sociétés mutuelles d'assurance agricole contre \a. grêle et la mortalllë du bétnil. Si bien c|ue, dès rnanëe procbaise, noua espérons bien susciter partout, grâce il la puîssnnce de cet encouragament, des caisses d'assurance mutuelle agricole. '.Trèi bien! Irè» bien!)

M. FnA:içois Diloncle. — Il Taudrail attribuer à ces caisses d'assuraoce des tonds sur le pari muluei.

SI. [.E PBÉsinENT uu CONSSIL. — Vous le voyez, messieurs, toutes ces œuvres que je viens d'énumérer, syndicats, aoclÉtés de crfdlt et d'assurance agricole, ont uu caractère commun. Elles reposent tontes sur le ptioeipe de la mutualité. La mutualité n'cit plus aujourd'hui ua principe abstrait et théorique. Elle a fait ses prouves ; elle a démontré par les rfisultati tout ce qu'elle est capable d'enfanter. Elle ne s'arrêtera pas là, messieurs. Par ce qu'elle a fait, on peiit deviner ce qu'on est ea droit d'attendre d'elle.

11 lui reste encore un pas à faire, et elle le fera pour créer dans nos campagnes ces œuvres d'assistance, hospices, l'.atsscs de secoui's, de retraites, qui sont le privilège des (grandes villes. C'est là, je n'hésite pas â le dire, ce qui attire, plus pcut-i^tre encore que les gros salaires, les ouvriers des campagnes diins les villes.

Comment pourrait-il en être aulreipent, quand ils savant que, dans les villes, en cas de maladie, de misère et Je vieillesse, ils sont sûrs de trouver une assistance toujours prête et des caisses toujours ouvertes. [Inlen-uptions à Cextrême gauche. — Ti-ès bien! très bien! au centre et sur plusiews bancs à gauche et à droite.)

M. Maurice Faurg. — Dans les trèsgrandes villes seulement.

A l'extrême gauche. — Où sont-elles, ces caisses î

M. LK PMÉ.'iiDKNT UU CONSEIL. — Quûrtd Cela Sera fait, je suis convaincu que l'oxode des campagnes vers les villes ae fera en sens inverse, et un jour viendra, qui n'est pas loin peuti^tre, où. les ouvriers des villes, qui s'agitent dans le vide, en poursuivant la politique de l'absolu h la voix des prophètes de la révolution sociale, s'apercevront que leurs frères des campagnes sont parvenus, dans l'union et la fraternité, 'a s'émanciper tout seuls, et qu'ils ont résolu mieux, que TOUS ne le faites le problème social lui-mâme. (Vifs applaudissemenls au centre et sur plusieurs bancs à gauche et à droite. — Interruptions à l'e^lréme gauche.)

Messieurs, je m'arrête. Je vous en ai dit assez pour vous permettre de saisir dans son ensemble la réforme agricole telle que nous la comprenons, et l'œuvre immense que nous poursuivons depuis quinze ans. Je vous demande pardon d'avoir été un peu long. [Non! non! — Parlez!)

Mais vous avez dû comprendre vous-mêmes que ces explications détaillées étaient absolument nécessaires pour éclairer la Chambre et le pays.

Il est facile d'être court quand on n'a qu'un remède unique ; la formule collectiviste a un avantage incontestable : elle répond à tout, elle suffit à tout, elle guérit tout. On peut broder sur ce thème les variations les plus brillantes et faire luire aux yeux des populations éblouies l'aurore d'une société admirable où il n'y aura plus ni misères ni injustices.

Nous l'avouons humblement, nous ne possédons pas la baguette magique qui doit transformer le monde, et nous sommes convaincus qu'elle n'existe pas. {Très bien! très bien!) Les transformations de l'humanité sont lentes et douloureuses ; elles exigent de longs efforts et une grande abnégation. Quand on veut supprimer l'effort pour aller trop vite au but, on recule au lieu d'avancer.

C'est parce que nous ne voulons pas reculer que nou» n'essayons pas de résoudre le problème agricole d'un coup. Nous nous contentons de l'étudier de près, de suivre la crise agricole pas à pas, au jour le jour, en lui appliquant tous les remèdes indiqués par la science et qui sont de nature à atténuer, à soulager les souffrances de la classe agricole. [Très bien! très bien!)

Nous suivons un plan méthodique et raisonné. Chaque législature y a apporté sa pierre ; mais je n'hésite pas à dire que la législature actuelle, si elle continue dans la voie où elle s'est engagée, si elle écarte de sa route toutes les difficultés qu'on accumule sur ses pas, pourra soutenir victorieusement la comparaison avec les autres.

Après avoir accompli et achevé l'œuvre que je viens de décrire, elle pourra affronter hardiment le jugement du pays en lui demandant de mettre dans les plateaux de la balance, d'un côté la chimère collectiviste et, de l'autre, les immenses bienfaits de cette politique de constante sollicitude et de progrès pratique, que nous soutenons, que nous défendons avec toute l'énergie de nos convictions et de notre amour pour le pays. {Vifs applaudissements au centre et sur plusieurs bancs à gauche et à droite. — Vorateur^ de retour à son banCj reçoit les félicitations d'un grand nombre de ses collègues.)

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