‹ L'Année politique (volume 3)Chapitre 1 sur 50 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'année qui vient de finir marquera une date dans rhistoire de la troisième République soit que Ton considère nos affaires intérieures, soit que Ton envisage^ le point de vue diplomatique.

Au regard de l'étranger elle restera « Tannée franco-russe ». Ce n*est pas qu'elle ait vu naître une situation nouvelle. Depuis cinq ans déjà il y avait quelque chose de changé en Europe, qui pour nous se résumait en cette formule simple et heureuse : « La paix, voulue, et non subie. ». La visite d'une escadre française à Cronstadt avait été le premier signe extérieur d'une> union étroite de la France et de la Russie. Une. partie de la presse étrangère avait bien essayé, alors d'équivoquer sur la réelle portée des fêtes, de Cronstadt et de Moscou et de railler notre.' enthousiasme trop facile. Mais il avait bientôt;

n INTItODLGTIOS.

fnllu se rendre à l'évidence et consenlir à reconnaître que réi]iiilibre européen qui semblait jusque-là rompu au profil de l'Empire allemand élail désormais réLabii. Ce nouvel élal do choses n'avail élé consacré par la publication d'aucun traité, mais des manifestations nombreuses et se produisant à do courts intervalliss avaient rappelé à qui aurait pu filre tenté de l'oublier que l'entente de la France et de la Russie était un fait acquis. Mais par cela môme qu'aucun instrument diplomatique n'avail scellé — du moins k la connaissance de l'opinion publique — l'alliance des deux pays, celle-ci pouvait sembler ne reposer que sur la volonté réfléchie et persistante des deux parties et sur la seule continuité des vnes de leurs gonvornemenis. En ce qui concernait la France, les chefs de l'Etat pouvaient se succéder et des ministères de nuances différentes exercer successivement le pouvoir, notre politique étrangfern resterait immuable parce qu'elle avail sa base dans le cœur même de la nation. Il n'en allait pas lout à fait de même en Russie et, de ce cftté, la volonté du souverain élail seule en jeu, La fixité bien connue de l'empereur Alexandre dans sc-s desseins suffisait à garantir l'avenir pour la durée de son règne : il n'était pas à craindre qu'un caprice impérial modifiât roricnfation de la politique russe. Mais lorsque Alexandre Ul

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disparut, emporté en quelques jours par un mal imprévu, la question se posait assez naturellement de savoir quelle serait la direction donnée par le nouveau tsar aux affaires extérieures de son empire. A vrai dire, Nicolas II prit soin de ne pas laisser place au doute. Dès la première heure de son règne, il affirma sa volonté de rester fidèle à la politique inaugurée par son^ père et il ng perdit aucune occasion de manu fester ses sympathies pour notre pays. Son voyage en France, au lendemain de son courons nement, prend dès lors un sens facile à discernei; : il symbolise la complète adhésion du nouvel empereur à la. politique d'union avec la France. C'est par là qu'il constitue un acte d'une importance capitale au point de vue français et aux yeux de l'Europe.

Et cet acte s'est accompli à une heure particulièrement opportune. Depuis longtemps les chancelleries n'avaient pas eu d'aussi sérieux i^ujets d'inquiétude. L'Orient s'agite, et de ce côté, de graves problèmes attendent leur solution qui chaque jour apparaît plus urgente, « L'homme malade » traverse une crise redoutable et, dans sa complexité, la question orientale est grosse de tous les dangers que l'Europe, depuis si longtemps, s'épuise à détourner^ L'Egypte, la Macédoine, l'Arménie, la Crète sont les points sur lesquels l'attention se con-

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