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Voir l'analyse du projet, p. 201 et suiv

2T0 L'ANNEE l'OLIÏIOfîB.

rentiers de l'unciea régime, s'étail allaché à déoioii' trer que l'imposition de la rente serait pour l'Etat une sorte de banqueroute et un manque de foi. Il invoquait à l'appui quelques textes de la période révolutionnaire ' décidant que la Dette publique ne subirait aucune réduction ni retenue et serait exempte de toute contribution ])réseute ou Future : <t II est immoral, disait H. L. Say, que l'Etat proclame l'abolition de ea dette; il n'y a que les partisans de la nationalisation du Grand-Livre qui ae soient pas de cet avis. Il en est de même d'un impôt qui serait perçu par retenue sur tes intérêts de la Dette publique. Rien n'est, du reste, plus Tacile que de démontrer l'équivalence d'un impôt sur la rente et l'abolition pour partie du capital de la Dette. Il est naturel, cependant, que nos adversaires d'aujourd'hui refusent de confesser que leur opinion soit immorale. Ils prétendent, au contraire, avoir une meilleure notion que nous de ViHée de justice. La différence est qu'ils font appel à la justice sociale et nous à la justice sansépithète. Quand on accole une épitbète à un droit naturel, c'est toujours pour le restreindre. »

Bien plus convaincante était !a remarquable thèse soutenue en sens contraire par M. Fernand Faiire : " Nous repoussons, disait-il, toute idée d'un impôt particulier et spécial appliqué à la rente. La rente jouit actuellement d'un privilège. Elle échappe à des impôts que supportent les autres valeurs mobilières. Nous ne voulons point passer d'un extrême à l'autre; nous demandons simplement que la rente

supporte le droit commun et que ]e rentier soit trailé comme les autres contribuables français. »

Au point de vue juridique, al'Ëtat, dit-on, a promis aux rentiers, en empruntant leurs capitaux, un intérêt annuel. Il ne peut, sous aucun prétexte, diminuer cet intérêt sans le consentement de ses créanciers. Il peut le réduire par la conversion parce que la conversion est fondée sur le droit incontestable de rembourser le capital de la dette. Il ne peut le réduire par Timpôl. En le réduisant par rimpôt, il agirait comme un particulier qui, ayant emprunté une somme d'argent à un autre moyennant un intérêt de 5 p. 100 viendrait un jour dire à son créancier : « il m'est difficile ou impossible de payer un intérêt de 5 p. -i 00; je vous paierai désormais un intérêt de 4 p. 100. Le débiteur qui tiendrait ce langage serait un malbonnête homme ». M. Fernand Faure démontrait en peu de mots Timpossibilité d'une semblable assimilation. Pour cela, il faisait ressortir la dualité qui existe forcément chez le rentier en qualité de créancier de Tliltai d'une part et de contribuable d'autre part; «Les droits du rentier et du contribuable, ne sont nullement contradictoires. Ils peuvent se trouver réunis dans la même personne. Pourquoi, dans TEtat, la qualité de débiteur d'intérêt exclurait-elle In qualité de créancier d'impôt? »

Passant ensuite à Texamen de rengagement qui aurait été pris par TEtat de ne pas exercer son droit, le savant professeur commençait par émettre un doute sur le point de savoir si, à un moment donné, la nation avait pu être maîtresse d'aliéner un droit aussi imprescriptible que celui d'imposer des charges à tous ses enfants, et il s'etîorçait d'établir que les

lexles invoqués par son contradicteur n'avaient d'autre objet que de garantir les porteurs de rente cootrelesretranchementsdequartierdont ils avaient été si souvent victimes; qu'en ce qui concernait les immunités appliquées en l'an VI au tiers conBoliclé, c'élait là une manière d'indemniser les propriétaires de ce litre de la réduction conside'rable qu'ils avaient subie et de les mettre à l'abri de nouvelles réductions pour l'avenir. Quant aux » privilèges et immunités attachés aux rentes sur l'Etat », qui avaient été garantis aux souscripteurs lors de chaque nouvelle émission, ils ne comprenaient assurément que le privilège d'insaisissabililé accordé aux rentes et la faculté de servir à certains remplois. Cependant, on ne peut nier que l'Elat n'ait accordé aux porteurs de rente française des privilèges fiscaux, mais s'il lésa maintenus jusqu'à l'heure actuelle, il n'ajamnis contracté aucune obligation formelle à cet égard : « Les principes de justice que nous avons rappelés plus haut, conclut l'auteur, commandent impérieusement l'imposition de la rente française. L'exemption du rentier est doublement injuste comme tous les privilèges fiscaux. Elle procure à des citoyens un avantage auquel ils n'ont aucun droit. Elle entraîne pour d'autres une charge qu'ils ne doivent pas supporter '. » On ne saurait qu'approuver, à ce point de vue, l'opinion de M. Fernand Faure. Il est

1. M. Fernand Faure cite notamment l'eiemple de deux citoyens (rançals, ayant chacun, avant la guerre, un revenu de 10.000 francs, l'un en rentes sur l'Élat, l'autre en obligations de cbemin de ter garanties par l'État. ■■ Quelle est leur situation aujourd'hui après l'i^tablis^ement des nouveaux impôts exigés par nos catastrophes! Le porteur d'obli. gâtions supporte un impôt de 4 p. 100 sur son revenu. Le porteurde rentes en est exempté. Pourquoi cette inégalité? »

certain, qu'en présence de la propriété foncière déjà surchargée, ie privilège dont jouit la rente apparaît comme une véritable injustice. L'intérêt de l'agriculture exige une réforme dans ce sens.

Toutefois, si la thèse soutenue par M. Faure en faveur de Timpôt sur la rente parait incontestable au point de vue juridique et moral, son application rencontrerait au point de vue économique un certain nombre d*inconvénients qui ont été fort éloquemment relevés par M. Léon Say. L'un d*eux consiste dans la perturbation (}u'apporterait cet impôt dans le crédit de TEtat et sur la répercussion qu'il aurait presque infailliblement sur les emprunts de Tavenir. Un autre inconvénient c'est que cet impôt serait prélevé, en réalité, uniquement sur les possesseurs actuels, dont il diminuerait le oapital, et ne se ferait pas sentir aux possesseurs futurs. Il y aurait là une injustice, d'un ^utre genre à laquelle, malheureusement, il serait diffîcile de remédier, si ce n'est dans une certaine mesure, par une longue préparation de l'opinion publique à Tidée de l'impôt sur la rente.

Le point le plus attaqué du projet Cochery était donc l'impôt sur la rente. L'attitude des partis vis-à-vis de cette proposition était loin d'être nette. L'extrême gauche socialiste était décidée à voter en sa faveur parce qu'elle prétendait y voir un grand pas fait dans le sens de ses doctrines, une première atteinte portée au respect des contrats et de la propriété. La gauche radicale était divisée sur la question; une fraction importante était hostile au projet. Chez les républicains de Gouvernement, mêmes divisions, même confusion : les uns comme MM. Ribot et Rouvier, se déclaraient franchement adversaires de l'impôt sur la rente ; d'autres, faisant

abstraction de la question fiscale pour ne plus voir que la question politique et Tintérèt supérieur du parti, se résignaient à voter la réforme proposée; ils croyaient avoir à choisir entre le retour du gouvernement radical et le maintien du ministère modéré, entre Tincpôt global et progressif du cabinet Bourgeois et rimpôt proportionnel de M. Gochery. Des deux maux, ils acceptaient le moindre, et, sans enthousiasme, ils se préparaient à donner au Gouvernement Tappui de leurs voix. Néanmoins, il y avait dans tous les groupes des partisans réellement convaincus et la droite elle-même fournissait un contingent important en faveur de Timpôt sur la rente.

En ce qui concerne Tensemble du projet du Gouvernement, il donna lieu, dans \st discussion générale à un certain nombpe de critiques. M. Ducos, député de Yaucluse, lui reprochait de ne contenir aucune mesure constituant une amélioration des budgets locaux. Il aurait désiré que le système de M. Gochery, en réorganisant ces budgets eût permis dans un délai rapproché la suppression des octrois. MM. Mougcot, Raiberli, Gauthier (de Clagny), Naquel, formulèrent successivement leurs objections dont les principales étaient. que : la réforme consistait simplement en un changement de mots, qu'on . reconnaissait sans peine sous la dénomination de cédules A, B, G, nos vieux impôts foncier, mobilier et des patentes; qu'un certain nombre de revenus professionnels, notamment tous ceux qui échappaient à la patente, n étaient pas Haxés; que la perception de l'impôt sur les valeurs mobilières étrangères présenterait de sérieuses difficultés; que les dégrèvements résultant du nouveau système

étaient illusoires, que la réforme n'était pas démocratique, etc., etc.

L'exposé de ces griefs occupa deux séances. Puis vinrent les discours de M. Plichon^ en faveur de rimpôt sur la rente, de M. Ribot, contre cet impôt, et de M. Gochin, qui se plaignit qu'on voulût introduire en France le système anglais. M. Ribot se déclara favorable au projet du Gouvernement, hormis rimpôt sur la rente quUl avait déjà combattu lorsqu'il était ministre des finances et qu'il croyait devoir combattre encore. Son discours obtint un réel succès .

Le projet fut défendu par MM. Lasserre, membre de la Commission du budget, et Krantz, rapporteur général. M. Lasserre fit ressortir l'avantage de classer les divers revenus en cédules et de permettre ainsi d'établir une différence entre les revenus du capital^ les revenus du travail et ceux qni proviennent de l'association du travail et du capital. Il montra également l'intérêt qu'il y avait à baser l'impôt sur les 3ignes extérieurs du revenu. Enfin, il mit en lumière les dégrèvements très réels qui résulteraient pour les classes ouvrières et surtout pour l'agriculture de l'application du nouveau système. M. Krantz, après avoir constaté que jusqu'alors le projet avait rencontré plus de détracteurs que de défenseurs signala ses avantages et ses mérites, dont l'un et non des moindres, serait de barrer la route à l'impôt global et progressif. Le rapporteur général démontra ensuite que le projet de M. Doumer taxait la rente, d'une façon moins directe peut être, mais non moins certaine.

Après M. Krantz, M. Rouvier montaàla tribune. Le discours qu'il prononça fut sans contredit l'un de

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ceux qui produisirent le plus d'impressioQ sur la Chambre. L'ancien ministre des finances, sans contester les défauts de notre système fiscal, crut cependant devoir prendre très vivement la défense du statu quo. Il demanda à ses collègues de biea réfléchir avant de porter à notre organisation financière une atteinte, peut-être irréparable. « On oublie, déclara-t*il, que ce système fiscal, tant décrié, tant critiqué, tant attaqué, alimente le plus énorme budget qu'ait connu Tépoque contemporaine; que ce système produit 3,600 millions, et q^u'avec cette force de productivité, il fonctionne en quelque sorte sans protestations^ sans résistances, sans troubles, sans réclamations... N'a-tii pas fait ses preuves depuis un siècle? N'a-t-il pas résisté à la guerre étrangère, à la guerre civile, à Teffroyable rançon que, il y a moins de trenle ans, nous avons dû verser aux mains d'un ennemi victorieux? Je dis qu'avant de porter une atteinte à un tel système, avant de le condamner, il faut réfléchir. Quant à moi, il me parait digne de respect, digne encore d*èlre défendu. »

M. Rôuvier observa ensuite que ce sont les contributions indirectes qui rendent notre impôt antidémocratique, que c'est à elles, aux impôts de coosôm? mation qu'il conviendrait plutôt de s'attaquer. Il ajouta que la véritable réforme, celle à laquelle la nation attacherait le plus de prix, consisterait à arrêter le Ilot montant des dépenses publiques. Néanmoins, il consentait au principe du projet du Gouvernement, sauf en ce qui concerne l'intrOf duction dans les cédules de Timpôtsurla rente franr çàise : « Il m'est, dit-il, absolument impossible de me rallier à cette proposition. Je pourrai subir les

autres, non seulement les subir, mais les voter à titre de transaction, mais cette transaction ne saurait porter sur Timpôt sur la rente parce qu'il s*agit là d'un intérêt qui, à mes yeux, est Tinterèt Je plus fondamental, ie plus vital, le plus dominant de notre prospérité et de notre indépendance même. J*estime que rimpôt sur la rente ne saurait se défendre, à cette heure, par aucune considération, qu'il n'est pas^ nécessaire, qu'il est illégal au tout au moins d'une légalité contestable, qu'il est impolitique, improductif, dangereux. »

Après avoir contesté la nécessité de Timpôt sur la rente, M. Rouvier passa à Texamen de la légalité de celte taxe. Il déclara ne pas vouloir trancher la question et se contenta de rappeler Tavis des hommes éminents qui avaient combattu cet impôt comme illégal, et il constata qu'ils étaient beaucoup plus nombreux que leurs contradicteurs. Il voulait bien qu'un doute subsistât mais ce doute devait profiter aux adversaires de l'impôt, car il ne fallait pas risquer de se tromper sur une matière aussi grave.

Au point de vue politique, M. Rouvier affirma que cet impôt était une mauvaise mesure. Un des orateurs les plus écoutés du parti modéré avait, quelques semaines auparavant, stigmatisé dans un brillant discours la peur qu'ont trop souvent les hommes politiques de ne pas paraître assez avancés ; M. Rouvier, à son tour, vint protester contre le peu de courage et l'illusion des gouvernements qui pensent désarmer leurs adversaires en leur faisant des concessions de principe, et qui ne font que leur donner des armes contre eux-mêmes. Faisons chacun notre politique, conclut-il, et le pays jugera.

Dans une très belle péroraison, M. Rouvier attira

ratténtion de la Chambre sur les conséquences que paurraît avoir l'impôt sur la renie dans le cas où une guerre nouvelle nécessiterait un emprunt :

« Il y a des choses dont il faut parler le moins pos* sible, mais auxquelles il f^ut penser toujours, a-t-on dit... Et qu*on ne se méprenne pas sur la portée de mes paroles. Je ne viens pas ici attiser Tesprit de chauvinisme. Je considère que celui-là serait, non seulement fou, mais criminel, qui envisagerait la possibilité de tirer Tépée de la France pour autre chose que pour repousser une agression. Mais est-ce que nous sommes les maîtres des événements, les maîtres de Tavenir? Est-ce qu*il dépend de nous^ quelque sagesse, quelque prudence que nous apportions à la gestion de nos affaires, est-ce qu'il dépend de nous de dire que le fléau de la guerre nous sera toujours épargné? Est-ce que nous ne pouvons pas être appelés à tirer Tépée pour défendre et noire honneur, et ce qui reste de l'intégrité de notre territoire? Et alors, quel sera Teffet de la mesure que j vous nous proposez ?

« Croyez-vous que si, en 1870, il eût existé un impôt sur la rente, où si les capitaux se fussent sentis menacés par cet impôt, ils vous auraient prêté le concours qu'ils vous ont apporté?...

« Il faut tout prévoir, il ne faut pas oublier que ce pays, plus qu'aucun autre, voit son indépendance reposer sur deux facteurs : la force militaire et Je crédit ; que sans le crédit, la force militaire n'est qu'une force inerte»

« Il y a eu des heures dans Thistoire où ces deux forces se sont trouvées en conflit. Au commencement du siècle, nous avions la puissance militaire la plus admirable que les tenips modernes aient connu

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conduite par le plus grand capitaine que l'histoire ait mentionné. Elle s'est heurtée à une puissance qui n'avait ni les bataillons profonds, ni le génie militaire pour les conduire, mais qui avait l'argent, le crédit. Et qui a succombé? Hélas, aucun ri'ançai3 ne peut l'ignorer, c'est le crédit qui Ta emporté.

« Si ces souvenirs sont trop loins de nous, il y a moins de trente ans, la fortune des armes avait encore trahi nos efforts ; celte fois, elle nous laissait le sol envahi, sans frontière, sans armée.. Gomment avons-nous rétabli tout cela ? Gomment avons-nous renvoyé l'étranger de l'autre côté des Vosges, comment avons-nous substitué une frontière artificielle à celle que les armes nous avaient arrachée ? Gomment avons-nous fait surgir une armée et l'outillage qui permet de la mouvoir? Gomment même avons nous acquis des alliances dont nous sommes fiers et dont nous avons raison d'être tiers ? Par le crédit. G'est à notre crédit que nous devons toutes ces choses.

« Je ne sais pas si, dans un avenir que je veux croire lointain, la force inéluctable des choses, le cours des événements obligeront vos successeurs à prendre des mesures du genre de celles que vous proposez; mais, je vous en supplie, laissez, avant de sanctionner de telles mesures, laissez disparaître la génération qui a été témoin du relèvement prodi- ,gieux dont je parle! — Ge n'est p«^s elle qui peut porter une main sacrilège sur l'instrument merveilleux de ce relèvement. »

Ce discours produisit sur la Ghambre une profonde impression, qui parait n'avoir pas été étrangère au résultat final de la discussion.

Le lendemain, 3 juillet, après un intéressant dis-

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cours en faveur de Timp^t sur la rente prononcé par M. Aynard, dont Topinion avait en l'espèce une importance toute spéciale, et quelques observations de M. Gamard, le ministre des finances vint défendre son système fiscal. Il commença par déclarer qu'il n*était pas partisan du statu quo, malgré Téloge qu'en avait fait M. Rouvier, et qu'une amélioration lui semblait devenue nécessaire. En ce qui concerne l'impôt sur la rente, il montra facilement que la loi de l'an Vil n'avait pas la portée qu'on voulait lui attribuer. Il fit ensuite ressortir les dégrèvements qui résulteraient de sa réforme. Enfin il termina en disant qu'il n'avait pas la prétention d'apporter un projet qui fût le dernier mot du progrès, ni la formule définitive et irrévocable : « Ce que nous appor-. tons surtout, dit-il, c'est un plan de travail. »

Le discours plein de talent de M. Cocbery fut très applaudi, mais ainsi qu'on le verra par la suite il ne réussit pas à convaincre complètement la Chambre.

M. Doumer avait opposé au projet du Gouvernement un contre projet. L'ancien ministre croyait le moment vepu de revenir à la charge avec l'impôt sur le revenu global. Son contre-projet reproduisait dans ses lignes générales, le projet du cabinet Bourgeois. Il maintenait Texemption complète des revenus jusqu'à concurrence de 2,500 francs. La principale modification consistait en ce que les commissions d'évaluation, au lieu d'être communales devaient être cantonales. Les commissions cantonales présidées par le juge de paix seraient composées du contrôleur des contributions directes, du receveur de l'enregistrement et des percepteurs du canton. Il n'y avait plus de déclaration préalable.

mais une laxation de droit, après laquelle le contribuable était invité à présenter -ses observations et avait les voies de recours qu'il possède aujourd'hui en matière de contributions directes. En somme, le nouveau projet ne dilTérait guère du premier, il méritait les mêmes reproches. Il y avait toujours taxation arbitraire, et la déclaration du contribuable suivait la taxation au lieu de la précéder.

M. Doumer comptait mettre la Chambre dans ralternative ou de renverser le ministère où de se déjuger eh quelque sorte elle-même. Les radicaux ne se faisaient pas faute de répéter bien haut que la Chambre avait voté le principe de Timpôt sur le revenu global et progressif (ce qui n'était pas exact), et qu'elle ne pouvait, sans être taxée d'incohérence, repousser le contre-projet qui lui était présenté. Ils espéraient ainsi reconstituer la majorité qui avait émis le vote en question. Mais cette majorité qui n'était due qu'à l'appoint d'un certain nombre de modérés, ne devait pas se reconstituer au gré des radicaux.

Le discours de M. Doumer fut un véritable réquisitoire contre le projet du Gouvernement. Rééditant tous les griefé que nous avons déjà signalés, il Taccusa d'abord de manquer d'ensemble et de plan, de n'être qu'un « système chaotique », sans aucun caractère démocratique. Le Gouvernement, suivant lui, avait à choisir entre deux systèmes, le système d'impôts par cédules et le système d'impôt sur le revenu de MM. Ribot et Burdean, basé sur le loyer et les signes extérieurs du revenu. M. Doumer exposa que le premier système était nécessairement incomplet si on n'établissait une série d'impôts nouveaux sur les salaires, les pensions, les traitements

attachés aux emplois publics^ les créances, etc., ce qui présenterait à son avis d'énormes difficultés. Quant au second système^ il le repoussait également parce que le loyer ne saurait constituer une indication suffisante de la fortune : « Entre ces deux systèmes, ajouta Tancien ministre, le Gouvernement a beaucoup hésité. Il n'a opté finalement pour aucun d*eux. 11 y avait des inconvénients et des dangers dans chacun des deux systèmes; M. Gochery a additionné ces inconvénients et ces dangers pour apporter un projet qui emprunte à Tun et à l'autre une de ses parties, un projet qui ne se tient pas, qui n'a aucune base et qui ne peut donner aucun résultat sérieux. »

En parlant de l'impôt sur la rente, M. Doumer reprit les critiques déjà relevées par plusieurs orateurs, en particulier sur l'altéinte que cet impôt causerait au crédit de l'Etat: « Yous imaginez-vous, dit-il, que les privilèges et immunités de la rente sont faits au profit et en faveur des rentiers? Ne savez-vous pas que ces immunités sont créées en faveur et au profit de l'Etat? En les lui enlevant, ce n'est pas quelque chose que vous enlevez aux rentiers, c'est à l'Etat lui-même que vous retirez quelque chose. »

En terminant, M. Doumer exprima l'espoir que la Chambre repousserait l'apparence de réforme du Gouvernement et voterait « une véritable réforme, une réforme démocratique, qui fasse régner La justice dans la répartition de nos impôts ».

Aux termes du règlement, la Chambre devait statuer sur le contre-projet de M. Doumer après la discussion générale et avant le passage à la discussion des articles. Deux discours, l'un de M. Labat, l'autre

de M. Jaurès, qui remercia ironiquement le Gouvernement de répudier le contrat liant TEtat à ses créanciers, mirent fin à la discussion générale et Ton passa au contre-projet Doumer. Cette procédure mettait la Chambre en demeure de choisir entre les deux projets, entre les deux politiques. Malgré un long discours de M. Pellelan, malgré les nouveaux eflbrts de M. Doumer, la Chambre repoussa par 283 voix contre 254 Tarlicle <•' du contre-projet ainsi conçu : «Il est établi à partir du 4" janvier 1897 un impôt général sur le revenu. » M. Méline avait posé sur cet article la question de. confiance. Dans un discours très vigoureux, il avait fait entendre que s'il n'était pas partisan du statu quo, ce n'était point dans l'intention de désarmer ses adversaires, car il savait bien que c'était impossible; il avait exposé la grande idée de son projet qui était de réduire les charges pesant sur les populations agricoles ; enfin il avait invité la Chambre à opter entre son système et le système « d'oppression césarienne et démagogique )> de M. Doumer.

Mais en présence des objections sérieuses que rencontrait le projet de M. Cochery, l'ajournement semblait toutefois devenu nécessaire en vue des modifications qu'il y aurait lieu d'y apporter.

Après une séance assez mouvementée et assez in- ' cohérente, la Chambre vota, à une forte majorité, l'ordre du jour suivant :

« La Chambre, résolue à poursuivre les réformes des contributions directes, décide de reprendre le plus tôt |)Ossible, dans sa session extraordinaire, l'examen du projet en discussion. »

Au cours de cette séance du 9 juillet, la Chambre

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avait repoussé le paragraphe 2 de rarticleS du projet, portantà 4 fr. 50 p. 100 l'impôt sur les propriétés bâties. Le Gouvernement n'avail pas cru devoir poser la question de confiance sur ce point, au grand mécontentenrient de ses adversaires.

Quoiqu'il en fût, la disjonction était prononcée et les contributions directes furent rapidement votées sur les bases anciennes.

Avant de se séparer, la Chambre eut encore à se prononcer sur une interpellation de M. Pourquery de Boisserin sur Madagascar. Après un discours très applaudi de M. André Lebon, Tordre du jour pur et simple fut voté à mains levées, et M. Méline lut le décret prononçant la clôture de la session.

La campagne oratoire que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de signaler, fut vigoureusement continuée pendant les mois de juin et de juillet. La défaite des radicaux avait produit dans leurs rangs un certain découragement. Cependant les chefs du parti continuaient leur propagande en province. MM.Bourgeois et Doumer, le premier à Saint-Mandé puis à Lisieux, le second à Yersailles, au banquet Hoche organisé par les radicaux, puis à Provins, défen* dirent leurs idées politiques et financières. Les membres du Gouvernement, d'autre part, prirent souvent la parole en ces deux mois, A Chartres, devant un auditoire en majeure partie composé d'agriculteurs, M. Gochery, ministre des finances, réfuta les théories socialistes et fît l'éloge de l'initiative individuelle; à Paris, au banquet de l'Union coloniale, M. André Lebon^exposa en excellents termeà sa façon de comprendre la défense des grands inté-

rèls dont il avait la charge; un peu plus tard, M. Barthou formulait- au banquet traditionnel de Hocbe les saines doctrines de la politique républicaine. Enfin le président du Conseil prononça le 18 juin, à Soissons, où il s'était rendu pour présider la distribution des récompenses au concours régional agricole, un important discours où la politique financière et agricole du Gouvernement était ainsi définie :

... Ce n'est pas sans raison, en effet, messieurs, que j'ai gardé pour moi le ministère de l'agriculture lorsque j'ai eu l'honneur de former un cabinet : c'est, d'abord, pour essayer de vous rendre de nouveaux services, et, ensuite, pour donner au Gouvernement dont je prenais la responsabilité l'empreinte des idées de toute ma vie.

J'ai toujours pensé que le premier devoir d'un gouvernement démocratique était de concentrer tous ses efforts sur les réformes pratiques, positives, immédiates, qui ont pour objet et qui doivent avoir pour résultat d'améliorer incessamment la condition de tous ceux qui travaillent, sans distinction de classes, parce que ce sont ceux-là qui constituent la force et la puissance de la nation.

Je sais bien que cette politique n'est pas du goût de tout le monde et que dans certains milieux on éprouve pour elle quelque mépris, qu'on la traite de petite politique, de politique d'affaires. On lui préfère ce qu'on appelle la grande politique, celle qui soulève les grands problèmes sur lesquels il est impossible de se mettre d'accord et qui ne peuvent aboutir, ou qui a la prétention de jeter la société dans un creuset pour la refondre d'un seul coup. Cette politique-là n'est point la nôtre, parce qu'elle est celle de l'impuissance organisée. Certes, nous le reconnaissons humblement, nous ne possédons aucun secret pour faire du jour au lendemain le bonheur de l'humanité. Notre ambition est beaucoup plus modeste; nous nous tiendrons pour satisfaits si nous parvenons à réaliser chaque jour

quelques progrès, sans jamais iious arrêter. De la sorte, si nous avançons lentement, nous avancerons sûrement; ea tout cas, nous ne reculerons pas et nous espérons liien laisser quelque chose derrière nous, si ou nous eu donne le temps.

Telle est, messieurs, la politique que tous mes collègues entendent suivre dans leurs départements respectifs ; c'est celle que j'entends suivre moi-même au ministère de l'agriculture. J'ajoute qu'elle y est plus nécessaire que jamais; car, par une coïncidence dont je suis loin d'êlre fier, j'y arrive, comme il y a douze ans, dans un moment bien difficile. Sans doute, la crise que traferse aujourd'hui l'agriculLure est infiniment moins grave que la précédente : l'agriculture à repris des forces; elle possède h l'heure présente des connaissances scientiflques qui lui permettentde lutter contre tous les dangers qui la menacent avec de bien plus grands avantages.

Il n'e^t pas moins vrai que sa situation actuelle sollicite toute notre attention. Elle est obligée de vendre ses pro<luits essentiels à des prix tellement bas, qu'elle ne trouve plus la rémunération de son travail et de sou capital; mais il est juste de dire que, grâce à nos droits di douane, elle est encore moins malheureuse que cell3 de beaucoup de pays voisins: sans les nouveaux tarifs, il est permis d'affirmer qu'elle serait à cette heure hors d'état de se défendre ; toutefois, même avec la protection dont elle jouit, elle reste encore en perte : aussi a-l-elle le droit de demander que le Gouvernement étudie les moyens de résoudre le problème et d'arrêter un effondrement des cours qui ne saurait «eprolonger sans danger.

Si la îoiulion ne dépendait que de nous seuls, vous savez à l'avance qu'elle ne se ferait pas longtemps atlendrt; malheureusement, la question est fort complexe et je me laisserais entraîner trop loin si j'essayais de l'aborder aujourd'hui dans son emsemble , je me propose de la traiter prochainement dans toute son

Mon honorable collègue, M. t'ougeirol, vous en a montré hier un des côtés les plus importants en faisant

ressortir à vos yeux, avec la clarté de Tévidence, tout le mal que la démonétisation de l'argent a causé à* FEurope et Ija perturbation profonde que la crise monétaire a jetée sur tous les marchés du monde.

Qu'il me suffise de vous dire en ce moment que toutes les mesures que le Gouvernement pourra prendre pour réagir contre le mouvement de baisse excessive qui se produit, il les prendra. C'est ainsi que je me propose, d'ici à quelques jours, et d'accord avec mon collègue du commerce, de réglementer l'admission temporaire du blé, de manière à fermer une tissure qui s'est introduite dans notre régime douanier et qui enlève à nos droits de douane une partie de leur etÏÏcacité. Je ne veux pas exagérer l'importance de cette mesure ; toutefois, elle n'est pas à dédaigner.

Mais ce n'est pas de cette question que je voudrais vous entretenir ce soir'; je voudrais surtout attirer votre attention sur une autre partie du programme du Gouvernement.

Nous avons parfaitement compris que nous ne pouvions pas résoudre sans délai le problème si compliqué de la baisse des prix. J'ai pensé qu'il y avait autre chose à faire pour l'agriculture, quelque chose qu'on pouvait faire tout de suite, et c'est dans ce senai que notre cabinet s'est orienté.

L'agriculture ne souffre pas seulement de l'état du marché sur lequel elle vend ses produits et qui est si profondément troublé; elle souffre aussi, et depuis longtemps, des conditions mêmes dans lesquelles elle est obligée de produire. La première, et la plus dure de ces conditions, c'est l'excès des charges fiscales qui pèsent sur elle et qui deviennent de plus en plus lourdes. Depuia un siècle, le fisc semble vouloir s'acharner sur la terre, et il l'accable sans merci. Elle subit des taxes qui se superposent et s'entre-croiserit à profusion: on a eu trop souvent raison de dire qu'elle était la bête de somme du fisc. Le motif en est bien simple : la matière imposable est si facile à atteindre, il lui est si impossible de se dérober, et puis, l'agriculture est si docile de sa nature, si résignée, si peu révolutionnaire !

Mais ce qui est plus grave encpre que rénormité de rimpôt, c'est son inégalité criante, ce sont les avantages, que dis-je? les avantages! les privilèges fiscaux qu'on prodigue à la propriété et aux valeurs mobilières pendant qu'on accable ainsi la terre. Alors que la propriété immobilière paye jusqu'à 17 p. 100 d'impôts directs avec les centimes et 27 p. 100 avec les impôts indirects, on ne demande actuellement aux revenus mobiliers que de 5 à 10 p. 100, el à certains de ces revenus on ne demande même rien du tout.

Il y a longtemps que je proteste avec l'agriculture tout entière contre un état de choses aussi injuste, aussi antiéconomique ; et, comme je n'ai pas l'habitude d'oublier au pouvoir mes idées de la veille, ma première pensée comme celle de tous mes collègues a été, en arrivant au ministère, de mettre un terme à un pareil état de choses, de faire de la réforme des impôts et du dégrèvement de l'agriculture l'article essentiel de notre programme.

C'est sur te principe fondamental que repose le projet sur lequel la Chambre va être appelée à commencer ses délibérations.

Vous en connaissez l'économie générale. Notre reforme opère d'abord la péréquation des impôts directs en établissant les mêmes taxes de 4.50 pour 100 sur la propriété immobilière et sur la propriété mobilière.

Notre projet demande donc à la fortune mobihère une contribution nouvelle qui s'élève à près de 80 millions ; il la demande à tout le monde sans exception. Nous avons pensé qu'il ne nous était pas possible de faire une exception pour la rente, quelque désir que nous en ayons eu ; il nous a paru que, dans un pays simpliste comme la France, on ne comprendrait jamais qu'il suffît d'acheter de la rente pour échapper aux charges des autres contribuables et qu'un pareil privilège nerésisterait pas longtemps à la poussée de l'opinion.

Sur les ressources créées par les nouvelles taxes mobilières il reviendra à l'agriculture, sous forme de dégrèvement, plus de 50 millions. Ces 50 millions com-

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prennent un dégrèvement partiel de Timpôt foncier, la suppression de l'impôt des portes et fenêtres, une remise de la taxe foncière aux débiteurs hypothécaires pour la partie de Timpôt correspondant à leur dette. Ce n'est pas tout : le projet supprime la contribution personnelle et mobilière et la remplace par une taxe d'habitation qui ne porte plus que sur les contribuables aisés ; plus de 4 millions de contribuables actuellement frappés par la contribution personnelle et mobilière sont exceptés du nouvel impôt.

Enfin, notre projet réalise une amélioration depuis longtemps réclamée : il tient compte, dans le calcul de la taxe d'habitation, des charges de famille qui pèsent déjà d'un poids si lourd sur le budget des petits contribuables et qui s'augmentent même d'un supplément d'impôts indirects d'autant plus considérable que les enfanfs sont plus nombreux. C'est pour corriger cette choquante injustice que nous demandons, au contraire, un allégement de taxe proportionnel au nombre des enfants; nous avons pensé que cette réforme devait surtout profiter aux campagnes, parce que c'est laque se rencontrent les familles nombreuses.

Tel est, dans son ensemble, le plan financier qui va être soumis à Tapprobation du Parlement. Nous n'avons pas la prétention de croire qu'il soit parfait et qu'il ne comporte aucune retouche; mais il me sera bien permis de dire, sans fausse modestie, qu'il est le plus complet, le plus méthodique et, dans une certaine mesure , le plus hardi qu'on ait déposé depuis longtemps.

Il contient, en effet, à n'en pas douter, une réforme de principe qui donne à notre système fiscal une orientation nouvelle, plus conforme à la justice et à l'intérêt des masses laborieuses. Quand il sera vot4, on ne pourra plus dire qu'il y a en France des contribuables qui ne supportent pas leur part des charges publiques ou qui n'en supportent point une part proportionnelle à leur fortune.

Il est à remarquer encore que dans le nouveau système, on n'atleint que la fortune acquise; on ne (ièmande riett aux revenus du travail, à la richesse en

ffirmatioa. 0kl m^Mig&vaL pas» camme dans le systèn^ dft nmpôt »iur I& revenu^ Fagneiiilteuir à faire eoimaître k TageaJi dik Tiésoc le ^six. de ce <|all yen4 et mégote de ca %Wil eansonyaey et ces résnltala sont obtenus sans Dfceftiiresr ^exatoires dlsiacune sorte, sans mcjaisitioii, saiiâ taxation arbitraire, sans: cf^&a p^nëtre dans Ta vie isîtime. eidans lesialCairea de chacun.

Siéteudœ que soit la réforme,, je me Mfe de dîre^i ce €ffât ne vous étonnera pas, qu'elle n*esC pas le dernier mot du progrès en matièse financière,, surtoat en ce qpii coQcerBie Uafrlculture.

:Sàas doute, la réforme des contriButioms directes Tai aq^l^rte un aoulâtgeuieut coiiLsidéraBIe ;, mais ce n^'est pasi assea, et il faudira MefL re viser aussi les conlriBiilions- indirectes (|ui pèsent sur elle,, en s'attaquant d%lM«di àhcellie qpi la gène le plus,, â ces droits de mutation qui s£ait une des causses principares de l'infériorité de Itaterrei auregacd de La propriété moËilière.

Le j;@Far où. la terre pourra se transmettre aussi fsMiilÊment, anu poin^t de vue fiscal, qu'une oB!igatîon de ohetmin. de fô£„ sayez. sûrs que les capitaux lui reviendront d'eux-mêmjes^r parce qu'cDJe sera le meilleur et le plus sûr deâ' placements.

Ramener Les bcaa,, les capitaux^, les întelTigences â la terre^ voilai Le but supérieur à atteindre,, la grande œuvse soeiale à. accomplir,, la question qui domine toutes tes autre» et. fyû est la. clé de toutes les autres.

Il faut vodiir lesr choses comme elles sont : le malaise sociai' dont on se plaint ne tient nullement à la mauvaise répartition des fruits du travail et â nn^iïffï^ancp desï saliaires, mais bien, à ua mauvais équilibre de fa production eUe-méme* Quand les bras se portent tous dfun côté, l'engorgement est. inévitable, et c'est ce qui se pasee dans les grands centres, où la question soc|aîe se po-se de la £açon la plus ai^ë ;, c'est là qu'on voit affluer feous" les découra^s de. la terré, Ie$ ouvriers agricolies sans travail,, les fermiers et les petits propriétaires ruinés, qui mendient partout du travail, des emploi», et qui ne trouvant ni travail ni emploi,, se tvansfiKPmiendt eo». intermédiaires,, en parasites, et viennuifii toiiiâiiériB Le frâ^ d& toutes cîtûses. On Fa dit hieik

JUIN-JUTL'LET 1^96. 2W

sauYeiit, et ojq ne saurait trop le répéter, c^est dans les caiDj^agnes que se reerule Tarmée des saiws-travaîl qm pèse si lourdement sur le marché de la main-d'œurreu

Voilà le mal qu'il faudrait guérir si on voulait vraiment faire quelque chose dans î'ititérêt des ouvriers. Mais récole sociali&te refuse de le voir, et elle fart toig*. pour Fa^ggravpr- Elle a une Idée fixe, c*est de constituer Ififi ouvriers de^ villes à Télat de classe privilégiée, en leur assurant des avantages exceptionnels ; son but — elle le proclame bien haut — est de leur garantir le maximum de salaires ave^: le minimum de travail. TM-e ne s^ajperçoit pas des comparaisons qu'elle provoque et des réjxercassions inévitables d'un pareil système. 11 fie dépend pas d'elle de régler à sa guise le travail dans les campagnes, et elle ne saurait y songer. Elle Jtt'est pas la maîtresse du soleil et des saisons, elle ne commande pas aux lois naturelles qui forcent le laboureur à se lever dès Tauhe et à travailler sans relâche jjiisqu^au coucher du jour. £tle le laisse donc aux prises avec son dur labeur, sans pouvoir rien faire pour alléger ses souQrances.

Mais est-ce que Técole socialiste s*ima^ne que le tnavailleur de la terre acceptera longtemps nae pareille situation, qui*! se résignera indéfiniment à supporter le poids du jour sans une minute de répit, quand il saura qu'à dMé de lui il y a des Français comme lui qui ne travaillent que huit heures, qui touchent de gros salaires, qui ont tous les plaisirs et t(»us les avanta^ges des villes pendant qu'ail subit toutes les fatigues, tontes les rigueurs^ toutes les déceptions de la plus ingrate des professions ?

Une pareille abnégation n''est pas dans la nature hnjuaioe, et U n*y a aucune illusion à se faire sur rînévîtable résultat d''une semhlahle politique économique. C'est rémi|i^ation en masse et définitive des campapagnes vers les ailles. Le jour où les socialistes seront arrivés au hut qu'ils poursuivent^ i! faut donc qu'ails en prennent leur parti et qulls se préparent à trouver du travail poiur les millions de hras nouveaux avec lesq^ls û sera nécessaijie de <^mptef.

Sans doute, ils auront pour les occuper la ressource

de diihinuer encore les heures de travail; on pourra réduire la journée de travail à six heures, à quatre heures, à deux heures même. Mais pendant ce tempslà, que deviendra la terre? qui la cultivera? et qui est-ce qui nourrira les ouvriers? Je vois bien que la grande table socialiste sera dressée et que tout le monde sera appelé à s'y asseoir. Malheureusement, il n'y aura rien à mettre sur la table, et tout le monde y mourra de faim. La misère générale, la famine, voilà, messieurs, il faut Je dire bien haut, le dernier mot de la politique collectiviste.

Et voilà aussi pourquoi il faut que tous les hommes de bonne volonté se lèvent dans ce pays pour la combattre ; il le faut non seulement dans Tiutérêt de la civilisation menacée, mais dans Fintérêt des travailleurs eux-mêmes, qui en seraient les premières victimes.

Oui, il y a encore beaucoup à faire pour eux, et je ne suis pas de ceux qui pensent que le Gouvernement peut se désintéresser des questions sociales; un gouvernement qui ne sentirait pas la nécessité de faire tous ses efforts pour soulager les classes laborieuses, leur faciliter le travail et augmenter leur bien-être, manquerait au premier de ses devoirs. Mais aucun ne Ta méconnu et, si on voulait être juste, on serait obligé de reconnaître que dans cette voie le progrès est incessant, qu'il n'y a jamais eu plus de bonne volonté pour venir au secours des petits et des humbles et qu'il n*y a pas d'année qui ne marque un progrès nouveau et réitéré accompli dans leur intérêt.

Lorsque les masses ouvrières le comprendront et lorsque leur éducation sera faite, lorsqu'elles ne se laisseront plus leurrer par des formules vagues et par des promesses fallacieuses, lorsqu'elles rechercheront les solutions pratiques, leur émancipatioii se fera toute seule.

Peut-être ce progrès est-il plus proche qu'on ne pense, et, si on en juge à certains symptômes, les ouvriers eux-mêmes commencent à se rendre compte que la politique de révolution est celle de l'impuissance absolue. C'est à l'espérance de voir bientôt se lever cet heureux jour, de voir bientôt se réconcilier tous lus

Français sur le terrain de la véritable solidarité, que je lève mon verre en formulant dans mon toast toute la pensée de mon discours : A T union des travailleurs par Fagriculture et pour Tagriculture !

Mais le programme républicain modéré était aussi défendu en dehors du ministère par quelques-uns des membres les plus distingués du parti, notamment par HM. Trarieux et Waldeck-Rousseau.

Dans un premier discours prononcé le 27 juin, dans une réunion d'électeurs des V* et XIII'' arrondissements de Paris, en vue de la réorganisation du parti gambettiste, le sénateur de la Loire commença par montrer Timpuissance du parti radical :

Je me suis très souvent demandé, dit-il, et il faut se le demander aujourd'hui plus consciencieusement que jamais, où commence le radical et où finit le républicain sans épithète dont parlait tout à Theure votre honorable président; je ne me ilatte pas encore d'être arrivé à le comprendre. Toutes les réformes que nous avons accomplies entre 1878 et 4885 ne sont-elles pas précisément les réformes les plus radicales et je puis dire les seules [réformes radicales qui aient jamais été accomplies?

Et, chose singulière! Quand ces réformes ont été accomplies, Tépithète de radical, — contre laquelle je n'ai d'autre prévention que celle que j'éprouve pour toutes les choses mal définies, — prenant tout à coup une importance nouvelle, exerçant sur les esprits je ne sais quelle tyrannie, le mouvement continu, régulier, progressif, d'où étaient sortis tant et de si grands progrès, s'est arrêté. Quels principes impliquait cette dénomination?... Quelles étapes allait-elle marquer? Etait-ce aussi un état d'esprit que d'être radical? N'était-ce pas, pour quelques-uns, sinon pour beaucoup, un état d'ambition?,..

Deux articles figuraient dans le programme radical, dont l'application était impitoyablement réclamée par

2M L'AJVNiZ fWimcnB.

nent ajournée par enz-méoMS, quand ils anraiailUiTea^

MBsalnlité dn pouvair : la rëvinoB «I la aépaimtioB.;4cs Eglises et de TEtat. Ilaw ces deax ai l ik Ie B ne courte tuent pas une définition suffisante.

Qmel banoie palfiM|iie fanai. cemx i|«'aB apftila iip^^acittatfiiefi dkait qae jaiuaii» ea aiicoa JtesifikS» œ^ s'opérera la aéparatio& des ÉgUseset de rÉtat?oQ que,. jusqu^à la cons<HniDation des slèdes, nous vivroossous Fempire de la même Constitotion?

Cefll. dcNic vne «piestioti 4e date, de ciroo*8ianuw et à'oppmttmâU foi Bans séf^am. Jkm paaMéaie, yninjiMr préôiéflienl «eux qm leprochaieui aux appoitunisfta» de ne pas faire la révision ni la s^aration des Égliseset de llStat n^ont xien en de plus pressé que de prodarmer rinep y i w U m îlé dVm déM; aar ces de«x ^tgagm^ tions.

AfRSsi deTaifr4l advenir el eiA-il edineou, que le indi— ca&sBie, démié d'Hm pix^gramne de gonremeneflA^^ condamné par son passé et ses pro messes à de perp^ tndles sarentbères^ a éd, le jour oà il e^t arrivé am ponToir, snbir toutes tes compr (im i wi hw» doiift la déflMi' ^ogie Impose I& servitude, et s^alnsori^er enfin y dans we alliance eonfnse et mortelle » aTf|>o wbl socialisme 4 la fpis complaisant et dolent qm n^a pïus ime senle dea^ idées çénérensesde cdm de lt!M.

Après f^élve fëfieMé de rexpérionee déeafare Ikite* avec le ministère Bourgeois, ML WaMeck-lloiiflienii' iârmina ainû ;

Qnant II nous, llessîem!ii, nons nTavciis pas & dioidiar' Wà. programme nouveau;; il nous suffit de rester fidèlesà noQS-mémes et fidèles à la potîUqoe d*où fe gen v c r nement lépnblicam a tiré toute sa force.

ISd matière de go n v emem enij la valeur d'an pro^ l^amme tient beanconp moins k la ricluesse de la taibla des matières qn^ la direction pins ou moins ra^mnella^ plus ou moins élevée^ des idées générales qm dominent aaco&daife.

Ia programme de. gonremement fbruiidé par €am^

JtnN-îtHLLTT 1TO6. 295

^ette dès 1372 tenait en trois mots. Gambetta disait d*abord : « La Bêpu^îqae sera éducatrke ». Et H ne parlait pas seulemeat, par là^ des lois scolaires, de rinstructioD technique de l'enfance; il entendait que la République doit aux générations nouvelles rensèlgnemeot à la fois moral el pratique de la sdttice de la TÎe, de ses droits^ mais aussi de ses devoirs, du but auquel doivent tendre les démocraties, des épreuves auiquelles elles doivent se préparer, des remèdes qn^elles comportent, et qui dépendent avant tout de nnîtiative et de la sagesse des individ)»s.

Tai dît plus d^une fois, laissez-moi le répéter encore» que la prévoyan^^e s'apprend, qu'il faut en enseigner les lois, — faire apercevoir à Tenfant la puissance de répargne, lui en donner le goût. On enseligne, on a raison d'ense^er à nos enfants beaucoup dlilstoire, mw ce serait une histoire bien intéressante, bien simple et bien fêconde à leur Mrs connaître que celle des instStations de prévoyance pi'éparées par la seconde Bépublique : la caisse des retnaîtefi pour la vieillesse, la caisse d^assurahces en casd*accident,— et ce serait une leçon d^arithmélique bien Instmctire que eélle qui leur montrerait quelle pension correa^nd au moindre versejnent commencé dès la jeunease et prélevé dans une pensée d'avenir siir le travail . quotidien. [Aâhêdûn générale et oppiMuâiœmaUs,)

Gambetta voulait encore que la Bépabliqoe fût gùnêwmementale, c^esi-à-dire que tous les intérêts trouvasseul en elle la mésoesoBime de protection, sinon même une somme de protection anpéiienre à celle que posvait leur assurer ancua antre r^;ime.

H entendait par là que, dans le Gouvememeut réputl^caifi, le pouvoir législatif doit avoir plus de conb^ le pouvoir exécutif plus de force, les cnttèges électoraux plus dlnitiative : il voolajt que chacun de ces trois pouvoirs ioncUounàï dans sa ^hère, sans empiétement de Pun sur l'autre, parée qii^en dehors de l^nnonie qui naltde leur séparation on arrtve étalement à Ilmpaissance.

n disait encare — et cette parole plus qif ancnne autre doit être méditée : c La République doit être

réparatrice. » Ce n'est point qu'après avoir été Tâme de la Défense nationale, il rêvât d'ouvrir de nouveau Tère ' des épopées saftglantes ou qu'il fût moins avare qu'aucun autre du sang généreux de la France. Mais il croyait avec raison que c'est par la puissance morale qu'un peuple retrouve sa suprématie ;' il sentait que si la République restait fidèle à sa tâche, si elle donnait à TEurope .l'exemple d'une démocriatie ordonnée, féconde, soucieuse de sa dignité, jamais agressive mais jamais humiliée, l'heure viendrait de la justice immanente et qu'alors, non dans la guerre, mais dans la paix, se cicatriserait la blessure... {Mouvement prolongé $t applaudissements.)

Je ne dis pas que jamais ont ail été infidèle à celte pensée, mais peut-être n'a-t-elle point été toujours assez présente, peut-être n'a-Uon pas assez aperçu que les peuples comme les individus n'accomplissent rien de grand, ne savent point accepter la loi du sacrifice sans un idéal qu'on ne saurait jamais placer trop haut.

Dans la vie politique pas plus que dans la vie privée il n'y a de résignation généreuse, de stoïcisme fécond, sans une grande pensée et sans une grande espérance. Chacun de nous n'accepte la loi du travail, les servitudes de la vie, ses déceptions, ^effort quotidien, le recommencement des entreprises, que parce qu'il veut plus honoré le nom qu'il a reçu, pour donner plus d'indépendance, plus de bien-être aux siens, pour leur rendre moins dur le combat pour la vie. De même, il ne faut pas deniander à un peuple d'accepter avec résignation tout ce qui est le pénible cortège des évolutions politiques sans lui proposer un but dont la noblesse le soutienne et le console. A ceux-là surtout qifï souffrent, à ceux pour qui le poids du jour est plus lourd, il- faut dire qu'il n'est pas de sacrifice inutile, qu'il n'est pas jusqu'à leur misère qui ne puisse tourner à la grandeur de la patrie. (Applaudissements,)

Que serons-nous dans l'avenir ? Nous serons des républicains, vous l'avez dit, Monsieur le Président, et s'il faut nous parer à notre tour de certaiûes' qualifications, j'ajoute : Il est des points sur lesquels" nous serons des républicains intransigeants. Nous serons

JDIN-JUILLKT i896. 297

miransigeants sur tontes les idées et sur tous les principes de la Révolution française, intransigeants sur toutes les vérités fondamentales et primaires qui sont Tessence d'un document trop oublié,, la Déclaration des droits de Thomme et du citoyen.

Nous serons intransigeants sur la séparation des pouvoirs, en dehors de laquelle il n'y a que désordre et tyrannie.

Nous serons intransigeants aussi en ce qui concerne ces deux principes, sans lesquels il n'y a pas de société humaine perfectible ni de civilisation véritable : j'ai nommé la propriété individuelle et la liberté individuelle. {Applaitdissements répétés.)

Pour toutes les questions qui naissent du cours du temps, du développement national lui-même, je dirai volontiers : Continuons d'être opportunistes! Ce mot ne m'a jamais fait peur; il n'est pas très français, mais il contient, sous forme de néologisme, un hommage rendu à un sentiment très français, le bon sens.

Être opportuniste, c'est agir avec opportunité, au moment opportun, c'est attendre que la récolte soit mûre, ce n'est point tenter d'imposer au pays une réforme qu'il n'ait pas déjà dans son esprit voulue, mûrie, acceptée.

C'est de ces pensées, qui ne sont en réalité qu'un rappel à la véritable doctrine républicaine, un retour vers un passé consolant parce qu'il n'a été ni sans utilité ni sans grandeur, que je souhaite de voir s'inspirer le comité du XIII* arrondissement. Je souhaite que son exemple soit. suivi et que tous ceux qu'anime une même ambition de constituer une politique sans timidité, sans témérité, qu'aucune chimère ne séduit, qu'aucun progrès ne déconcerte, se groupent dans une pensée de fidélité aux traditions qui ont fait la grandeur de la République. {Applaudissements répétés,)

Dans un second discours prononcé le 8 juillet à Saint-Mandé, M. Waldeck-Rousseau dénonça les dangers du socialisme. Il rappela ensuite que le droit de dissolution est un droit permanent et

2W L'AIWÉE fOtmOCS.

qu'il y a fien d'en iver ^aqtie fols qm la majorité parlemmilâire semble n*^re pbu en eonlael avec la Msajorité de ia AaUxMi.

Au Sénats les derniers joncs de la session araieni é!é iMSfègj^ par la disciia^n et le vole de la loi sur la constitution des Universités.

Avant de se séparer, le Séaat avait «égafaenient voté le projet de loi préc éd e mm ent adopté par I» ÇbajjQl)re des députés et déclarant Madagascar colonie française.

Après ja réunion des mnmcipalilés soctaiitdes à llarseilie^ âoos la présideoee du maire de cette viliey. on vit a'oavrîr à lille, dans les derniers jours da^ nets de jniliet, ira congrès socialisiez préhide d» grand congrès international de Londres. Le cougrés décida qu"]! y avait lieu de continuer la tactique suivie jusqu^à ce joar par le parti eocialiste ei d'intervenir dans les éiedions sénaiorialea, comma^ dans toules les autres élections, prograosme et dr»<^ pean déployés.

Des invitations avaient été envoyées anx socialistes étrangers et Taffiebe suivante avait été placardée snr les mors de Lilie :

Camarades, jendi :23 jniiiety se i^endant au Gmgrèa^ tsteraatioaal de i^eiidres, seront dans v«s murs les dé-^

légiaéfi des Iravailleun d'Espagne, d'JUieniagae» de Belgiique, d'ttaiie, de Suisse, eie.

Ils ont accepté Tinvitatk»! IrateroeUe du proiétariai

français organisé et s'arrêteront quelques heures an milieu de vous, dans cette capitale du Nord définitivement acquise an socialisme.

Camarades,

Vous vieaidrex nombreux pour saluer et acclamer vckS. frères du dehors, prolétaires et socialistes comme vons^

^ns, ùomoLe v«»iis ei a««e vous, kiiieni p<Mic ra£Ep&nH <liissenieat du tramU ^t tfe Ilmœanlté.

Vous affirmerez, par votre présence» roCre riiloiif^ de urainCeuRT entre les p«tiples cette grande pair qtit est aujourd'hui le preoûer hewtm ei !» pvenièfe levettéie- «calîoA de» ttanbiiteurs de j^artovt.

Maiis,, panxii ee& iavité» de notre congrès national, fMffimi les hôte? de notre ville d'avanC-garde, vous saluerez ef roos acclamerez deux fofs Liehknecbty Vkomme qui, en 18^, alors qm la Firance fépaMieaiiic éfaiil abaoéomée de toute l'Eoropie et dtf set prof ces ^«TecnAAtSy ft'esi BÛSy &Tee te& Â^OMMîraies socialistes •de rAllemagne^ en trayers> de Tanne^ion de Tiisacer Corraîne et a pay^ de deux années d'emprisonnement son oppo^itton andémemlbfemenirde faf patrie française*.

Vive Lille socialiste I Vive le parti ouvrier ! Vive Tln- Cernatîonafe du travail et de îapaîxl!

Lfi CONGRBS,

. Cette proclajBEiaticMà me devaiît pas cestev sans réponse. Une «Dkrv afielie aôn» eaaiçse i»t pkwamdée sur les murs de Lille :

Aux éfndfants,

Camarade&l Les Allemands osent fouler le sol de Lilky patrie du glorienx FaÂdherBe. La manicipalîté socialiste s'apprête à recevoir triomphalement Lieb-* Juiecht, Bebel^ Singer, députés au Reichstag. Nous ne laisserons pas s'accomplir cette profanation sans une protestation vigoureuse. Camarades, tous à la gare •aujourd'hui à 8 beuees pour protester de toute la^rce <le notre patriotisme insulté . A bas Tinternationalisme ! A bas le drapeau rouge ! Vive la France I Vive la République nationale! Vire !a pair sociale!

La réception des socialfsfesr étrangers Pîrt donc marquée à Lille par de véritabfes bagamafs et par ^difti* BtaiiiileiUtiMi» koaUks.

Le coggfèg égtijjie» piwwMi i n p w rtii i w i i ii w g i i iM

de la question agricole, de la question du militarisme et de l'arbitrage et de l'attitude que les délégués Trançais devraient observer au congrès de Londres sur ces différents pointa.

Pour )i question agricole, la discussion eut lien sur le point de savoir si les délégués français au congrès devraient se déclarer partisans de la petite propriété paysanne ou si, comme le demandait Engels, ils devraient pousser k la prolétarisation du petit propriétaire afln d'arriver plus rapidement à la socialisation de la terre. La résolution adoptée par le congrès de Lille à ce sujet fut la suivante :

Considéranl que si elle est aussi fatale que la concenlratio[i industrielle et commerciale, la concentration terrienne n'a pas, à l'heure présente, atteint le môme degré dajis tes divers pays d'Europe ;

Oue si elle est achevée en Angleterre elle ne fait que commencer en France où la petite propriété est encore la règle;

Que, par suite, la propagande et l'action socialiste dans le^ campagnes ne sauraient être les mêmes pour des milieux auisi différents;

Le Coup-ès de Lille doime mandat aux délégués du parti ouvr.er français d'affirmer au congrès de Londres la nécessité de laisser au parti socialiste de chaque pays la literté de sa politique vis-à-vis des populations agricoles.

En ce qui concerne la question de l'internationa lisme, le congrès de Lille décida qu'il serait déposé, autant que possible dans leâ divers parlements, des propositions tendant a réduire par voie de conventions internationales, simultanément el graduellement le tempj de service actif dans les armées euro-

1. tlne proposition dans ce sens a été déposée à la Cham bre française, dans la séance du 19 décembre 18S6.

péennes ^ Le congrès se prononça également pour Tinstitution d'un tribunal arbitral pour régler pacifiquement les conflits pouvant survenir entre les di« verses nations de TËurope.

Le congrès de Londres s'ouvrit le 27 juillet. Dans rassemblée préparatoire des sections, on discuta la question de savoir si les anarchistes seraient admis au congrès. L'on vit apparaître à cette occasion la division profonde qui sépare les divers groupes socialistes. Les marxistes, partisans de Texclusion des anarchistes, comptaient avoir la majorité dans toutes les sections. Mais ils se trompaient. Le congrès de Londres avait été organisé au dernier congrès de Zurich par un règlement dont Tarlicle i\ était ainsi conçu : a Toutes les chambres syndicales ouvrières seront admises au congrès et aussi les partis et organisations socialistes qui reconnaissent la nécessité de Torganisation des travailleurs et de laction politique, c'est-à-dire de la conquête du pouvoir politique. »

Or, un grand nombre d'anarchistes faisaient partie du congrès, non pas en qualité d'anarchistes mais comme représentants de syndicats plus ou moins vagues. M. Jules Guesde déclara que l'on devait les exclure en vertu de l'article 11 précité dont ils ne remplissaient pas les conditions. Par 57 vuix contre 56, la section française décida que les anarchistes munis de mandats syndicaux seraient admis. *

La minorité déclara ne pas vouloir prendre part au congrès dans de semblables conditions et demanda à l'assemblée générale, par la liouche de M. Millerand, la formation d'une seconde section française qui fût sans aucun contact avec Tanarchie :

m^Uî/aeiaÊÊà^^ (t^taAm méié fgwàm^êemvûit f <Mft esrivnôi VaoMHtrUMie aoM fsri^iiC fMn» qve ce soit. Cette question ÔUâicWre^ 1m «aarcyÂs de la section française ayant déclaré qu'ils se prémiMieaî nvee èts mméoAn syncRcftcnr, mm qu'ils 4hfn6ifr8iefil décioéà ft éféÊettdrû foor niée? p<yntR|w( z

<t 0^ 1Î0O9 eroycKift cfOM* Je fÊodsiistfïtf tte ptxxî étn ifof â fat catiérfShn ée rvsftr luMnéfiie et ée ne pns lÊé woliêsriser Siree raaaLttttîe . Ifaas »ou€ sommes reCrnfe et notre reCratCe «rt tfé» e»rKcférfrtîqti« : ffous ff^arc^ffs p«Mr coprfam g é Faelios corporatf5n&; aetrs fatvns reesnraraiydée as même titre qtteV^te- |K)A pofftrqm. Ifbfre refrsfte tfvgmfto (feite sfivfd!é^ ai«ni! qae nonn rt'dtccepîcirtts pas <fe et^tiférer dtaâ notre «ectton avw le^ airarcWstîeô. FTcws Ttnis ife^ mandbn^, fort» ée ntftre âtoit, ée coastituer tme :ffectit)n antOTioTffe, ayant F« feiculté de tofer et dT étï« représeifCée dans vt)s eOTnin'hfsions, Mt^ffon où notis pourrons émettre des résolution^sû^Hstes. Slceflte <feraattde es! repoussée, nous n'&ésiterom pas à dons retirer du congrès*. »

On vota p«r nationalîté sirr Ta pnyposftfoiî MîHteranrf; par 14* voir cowtre 5, elle fat ado^ptée. Les opposanti^ étaient : TAugleterre, la Belgique, fa Prance et la Hollande.

Le congrès de Londre» fut dos le !«* août. Les résolutions qu'it adopta furent rf'crnc manfère générale celles qTii avaient été votées an congrès préparatoire de Lille; Sur six jonmées de délïbéralron«; trois avaient été ernptoyée* à la vérification des pouvoir» et à ik (fisenssion ie ràdnrissôon des an«i^ €m9t0f. Cs* euugrétf xfe^ dûwe ytiSKome pûtitée rAsIfe^

MvouMMxm fpw. ait

«rai TéÊfiâtmi M de éémxMâjtet é'wam msLuiite flagrante les divisions du p^irlii H ées «aeialwie» français en particulieri

Ve Présidefit de 1« fi.é{itd3Jliqne «e rendit à Reîiii» le 45 j-iriliet ^^<mr aMister à t*ma<iif«nlion 4e la Btatfie éterée à lenme d'Are. Le momiflaettt M. reims à !l« ^tle par k *préfildeiit éa eomtlé d'initiative, n à eondition de rentretoair à ^erpéUtUé x>. Pm, lorsque, devant la fe«leprelcifi46tDent résinée et a« mMtev dlannenees afeetamattoas, le 943ile <f «î caek^it la i^atve (ut tombé, tandn qne les tambonr» et les clairons battaient et sénnaîent aux ettann^, qu'une salve de vingt et un coups de canon était tirée et que le» boardons de la cathédrale se îaisaiejDt eoteBdre^ le ministre de la guerre prit la pyur^&le a« iM>n de Tanoée et St laa siMgiûQque tl WÊÊ^le ék»ge de « le vierge liénoiifee qiû, par bmi aYBfror en pays, «en méprfs de la mort et ea M inâuranlable avait sauvé la patrie^ lorsque la France eovabje ei vajuoeue gâaiissaiiy ^ lorjsque » c'était gnMtd'pitîé ee g^mstme 4e iPcaoee »,

A «on tour le Préflident de le aépuUiqee, desne ce îréponse au toast du maire, * la fin du banquet qee la municipalité lui offrait, tint à rendre hommage à «I le grande libératike» 4^1e doisi la cojirie exisleeee eoenlilue le pies etervenUeeae lépe^pée de eotre bntoire ». Gomme le dit fl. Wdihi Feure^ « devant cette admirable ligure^ toutes 1» diverguuùËB j'efiaceai» toiia les jreaseatimeols disj^anuswerni », et il bM ee té^wàr qee ^arfoia de cûoabie- Mes îooreées eieol liée et peim qe'ettca év o qe ertt de» eouvcnîrs feftîftant» et parce q«e, griiee à eilee, pendant un instant du moins « tous les Trançîfis

TT-i^TV^

sont confondus dans une même pensée d'ardent amour pour la patrie ».

Le 26 juillet eut lieu à Saint-Dié rinaùguralion d*une statue élevée à Jules Ferry par ses compa* Iriotes. Plusieurs ministres, qui avaient été ses collaborateurs, et le président du Sénat s'associèrent à cette manifestation et rendirent, dans leurs discours, un éclatant hommage au grand homme d'Etat.

Apfès la cérémonie, un banquet fut offert aux ministres par la municipalité de Saint-Dié. M. Méline y prononça un discours très applaudi qu'il est intéressant de rappeler :

J'ai aujourd'hui une satisfaction plus haute que celle de toute cette pompe extérieure, de toutes ces manifestations, si flatteuses qu'elles soient : c'est de me retrouver aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, en face de ce grand parti républicain des Vosges dont Jules Ferry a été le chef incontesté et avec lequel nous avons depuis vingt-cinq ans livré tant de batailles et remporté tant de victoires. Il est, hélas! aujourd'hui bien décimé, et, quand je jette les yeux derrière moi sur ce champ jonché de morts, je ressens une profonde tristesse. Ce qui soutient mon courage, c'est que les survivants sont nombreux et qu'ils suffisent à m'indi» quer ma voie.

Il représente ce vieux parti républicain, dont les chefs de l'école radicale et socialiste parlent aujourd'hui comme d'une chose à eux, et dont ils nous opposent le programme avec une assurance imperturbable, pour nous écraser et nous confondre.

A les entendre, ils ont seuls le monopole de la tradition républicaine et se proclament les vrais gardiens du sanctuaire; Eh bien I je le demande à vous tous, aux vieux républicains qui m'écoutent et qui peuvent aisément me juger; car ma politique est sans voile, comme ma pensée, et ceux qui me connaissent savent bien

JUIN-JUILLET 1896. 3(fô

que je ne tiens pas au pouvoir pour lui-même et que je ne consentirai jamais à le garder en cachant mon drapeau ; je leur demande de dire si, en passant au pouTÔir, j*ai changé une ligne du programme des idées, des- principes que nous avons toujours soutenus ensemble, je leur deniande de dire si, dans la conduite de notre gouvernement, il y a un seul acte qui soit en contradiction avec les engagements que nous avons pris. N^en déplaise à nos adversaires, nous avons la conviction que cette politique est plus conforme que la leur au programme du vieux parti républicain.

Ce programme était bien simple, et il est facile de le préciser dans ses grandes lignes : il considérait le parti républicain comme une grande armée toujours en marche pour la conquête de la liberté et du progrès, comme une armée dont les rangs devaient aller s'élargissanl sans cesse en s'ouvrant à tous les hommes sincères et en se confondant de plus en plus avec la nation ellemême.

Cette armée, comme toutes les armées, avait son avant-garde pour Téclairer et la pousser en avant, et son arrière-garde pour la retenir, pour Tempêcher d'aller trop vile. Mais c'était le gros de Tarmée qui réglait la marche, c^était lui qui avait la direction des affaires et de la politique générale, rien n'étant plus juste, puisque c'est lui qui a la majorité dans les Chambres et dans le pa^rs; et il la conservera tant qu'il saura répondre au besoin d'ordre et de progrès qui est la note dominante du suffrage universel, tant qu'il saura résister énergiquement aux brouillons et aux violents qui sont une menace pour notre sécurité intérieure et extérieure, tant qu'il formera enQn les internationalistes à respecter ce qu'il y a de plus sacré au monde : l'idée de la patrie.

L'opposition ne perdait pas ses droits pour cela; mais elle savait rester dans son rôle ; elle réclamait, par exemple, la revision de la Constitution avec la suppression ou l'annulation du Sénat, la séparation de FÉglise et de l'État : elle y a ajouté, depuis, l'impôt général et progressif sur le revenu. C'est sur ce terrain qu'elle livrait bataille ; mais, une fois la bataille perdue, elle

SM vxxstB, miitiqvE.

tvcvr la ^prde&tMB •âeri«ifK>9er eft ^'«s fKîre mne «cm-

dire à une i€ ' v<fl 'i i f Cw ' m ^ t]iB m ettaoc de iioiflotag eff les cooêtilMUM) ^dn jgcni'wmienMiit ^ miiAwit fxAev fa ibi'ii'HLil IjrsnAettiefrtaSiv. liU nmtp^tte afSBft^-f^ipde <â<e f ai'JDifte t^ IjftAifieaine ^ivMiïaifie lâsen %cniit 'cpT'eile ise *70uft ^pss j^œf fAfttB ItfiigleiiifA le tMc ^TétS^BTew; fflte €îève Ibl çt^ tei^NMi 4e condfRre tOPiito 'scisie faraiée tMe-vnêHie, ^ela wreer 11 lUBPcfti^ ve von p&u ^ 'Ae i^esdii dnes* -va 9 Itri phÉll*;iB§l« irfuse AéMrfnaîs 4e traungei' 'swlvb «i^— clés essentiels de son programme et entend meKttpe%i nnnn vfxt la «éSs^efft/iofi gënët^e €^ la péfiti^e 'cA 'dur' raénâtît^bratkni 4>h f>ays.

Cr«A tmïsi gnlli ftmoieiiae oppoeilâcm à d^ tmwei%, sans finaev et ^aara ^nl^es, ise «olbistilne pea ià "p^em '^msiB' erpposiifioti 4'tin çeîiw nenv^eati, 'syHyèïMBSicftÈt ^ futeai*^ sigemftey (jfâ nustavee l^tAcB les tEnnos if ai Im ^oiribcaft fnMs fa msliii pour Iraroeler iBans cesse le diia<vwiià<3BGn.tplBralywr (boira «e* 'monveiseii^s, le rédisûre 'à I'^hjp'Obb-' sanoe Ae çotiverDer, lai renAre «ti tm «w*la i4e «tpos^ BîWe ipotrrle ferocr â «apîtnlw, URe ^»e livre |)Ib8 B«tlemeitt %affciâ11e ^rar 9es lât&CfB, isrtr ^ses ^prîTicâfMGs. IHte* livre litataiille "Sot font, même «bt les ^pcSirts ^ «fie le^ ira f oiEnA d'tboooTéi arec le dtxa^eiTReiMnft. ISlIs ib wl ^^tesi|irtR>e frarcttiiifi il ^[tttfoiéli^ 'fSfte ras&ène ftotft "î TeaweirBisf ■ tous- les Cabinets qui refosenl 4e se Teoêi^ Il meipdî.

ija vfi 4e la 4'era$ere ^aessâon utres a 'Cifflfeit tsnM a^iipli'' draon "oaitniiHUoitie 4e 'C^stl-e vitFQTelHie tsidtiqœ. Cieft pailil^ sanstoeTBttp^M i^êci'éfal left pio'giitïswKrtifn ^ fev^eiui afweift vélk0Qé 4ftn8 Wior ifaecSswPv^ ijpotiT le fasire aœejp^teTf c/omBft'

UB ^ClMmU^BR; liOQJ^KQSQS, fsKPOC 4QWS vie ^ttyS tt^A ^f^fA

pss ^ qtie %e l^ow -efil il ^eirfldt TcAê, verait Is jhbw 4^ su nofti ^tanft v TenfOOtftrenM île TMh^anue 4B!nB le ^msjb»

mmi^mujst ttM. tn

maitmn m*ai«tei«l frfi» i^'tae cteie à In», c*éi»t f'tkoocipter la véCoiWK iaiUieièf« ^nf^sée par le € < ■ TOi'iMDWUi it, qui emticat m iaoattteataJiie {maires «r ratât actuel, ^vrMt temà à nétaMir réqulilm catre Ja praffiété ifnnoMièiv, trop loafJbeHips sacnfiée ci la p r op riété «alMfiève, «A «dmaaifairt à oeAle-câ «éa s«p» paster sa fart des dHurges pvMtqoea^ de fmçam à fia«-

Le dégrèvement agricole était «taie la def de la Tê fv f imt et sa waa aa i 4'étiCL Hais, fKNv défreier, il frai tramer d^s vinoui^oai : c^'cat tti aMie vténté élé-" BMOlmîre. Or, le frataer aitkle dai prajiet deoMuidat an «M»âe«(e ««^|déa»eiit de taxe 4 fat fiofiné'lé feâtie^ vn «BppléflBeat «qm étaat de hteaucpay iolGMeiir an dégr R y c âf C trt dest die pmÉtait f<r la sapprcBiAan dea p0ites et fenèties. Cet attifcile «i maderte a'a fMNdrt»flt pas ftrtmTé'frtoe devaflft r^ppoottai «auif>e1ie «qm Ik fait éciKwer afec le immotmi d^nne fanctie de ia dwiila,

n a fnÊRy peoir acoonpiir «e «nade, de kidjii«iHtai de 4fKftgMs m e infcwii de la droite et de rcspoir «folaMe a tent de anile ^it vattre fOEnn les akÉvetnainEai dai Gabinit de fenteRimer, peat^Étne de la fnna i towaii i u, en teas nnÈ de le seKire dais Hif laitiliilulé de faire nae i « Sfw iu e nadcamae, Ceat aiwn q«e «mis «vaaa aasiiAé aai wye eta de le fflsa wflifçalier. IHoBa avsaM f« feir les démocrates voter «aats liéfiitaliiNi «a iaspilt le trairaJI, aar les «alalres, imk* la rkdnaae ea U (car, U fsnt le dm imaa kaat, aa me «aanât trsy ia H^lter, ViwBfêH féarérai «or le tefe a a a'eet et ne ipeiA être 4jtCwÊ. ignpèl sar le tiajml), et, deux jooia aprèa, les aaêoBMs détasicrateft repcmasaieiit «a aavpfit sar ia capital, la mfaesae aoafBiee, cTeiA-à-direflar ^▼énftaUa oisalAreia^peeiMedaasaapiajiv d€aiiMjiudii|ae«

Paiar faire cette Ibesa^gae, e«L a*a pas recalé dcvaiit ia aéoeesitë de preadre fa mua de fa droite, car ii est enftenéa ^e les iroix de fa droile seat exicelkaÉes toutes les fois gu^ «"a^ ^de leain e iim aa CSalaiaet laatfr6, laats aoa panr le «o«fte«tr et le déiBadia. Ce qui n'finpMM pas qa^aa ceatiaaera à aaas aciDaa e j r da pactoer afec la ik a i le et de faire aWia ao a a?wac alla.

Messieurs, je n^essayerai pas de me justifier de cette pitoyable accusation à laquelle nous comn^nçons â nous habituer : d'abord, parce que je sais bien que ce serait parfaitement inutile et que, quoi que nous disions et que nous fassions, on ne cessera pas de nous le jeter à la tête tant que nous serons là; c'est un thème si commode pour r.oppo5ition ; ensuite, parce que les collaborateurs qui sont à côté de moi sont des républicains assez bon teint pour soutenir la comparaison avec ceux qui les ont précédés.

Pour moi, je ne vois qu'un moyen de répondre à cette campagne de partis pris : c'est de continuer mon chemin et de défendre notre programme et nos idées qui sont neltement, franchement républicaines. Gomme je Fai dit déj^, nous suivra qui voudra; viendront à nous tous ceux qui croient que nous travaillons pour le bien du pays. Nous n'avons d'alliance à faire avec personne et persomie ne nous en proposé. La droite entend conserver son indépendance. Elle la revendique bien haut à la Iribune et elle en use tous les jours. C'est son droit ; c'est aussi son droit de faire preuve d'esprit politique et de ne pas sacrifier à ses préférences et à ses passions les plus grands intérêts du pays.

Ce n'est pas nous qui faisons le jeu de la droite ; ce qui fait son jeu, c'est celte politique audacieuse et provocante qui prêche ouvertement le renversement de la société et du pays, qui déclare la guerre à tout ce qui constitue la force et la puissance de la nation, qui inquiète tous les intérêts, et qui, en ébranlant la confiance partout, menace de tarir les sources du travail lui-même, au grand détriment de nos ouvriers c'est cette politique que Jules Ferry a toujours combattue, comme un véritable danger, parce qu'il savait bien que , le jour où il serait démontré que le gouvernement républicain est hors d'élat de résister à ces doctrines funestes, qu'il n'a pas assez de force pour leur barrer la route, et surtout qu'il pactise avec elles par faiblesse ou par peur, la République serait perdue.

Voilà pourquoi nous n'avons pas hésité à prendre le pouvoir dans les conditions les plus difficiles, pourquoi nous supportons avec courage tous les assauts, pour-

quoi nous acceptons d'être méconnus et calomniés. En le faisant, nous croyons devoir agir en bons et loyaux républicains, ^ous avons la ferme conflance que la majorité qui nous a suivis jusqu'à présent restera autour de nous en faisceaux serrés comme nos adversaires, qu'elle ne se laissera pas entamer et diviser par des querelles ou des rivalités de personnes, et qu'elle nous soutiendra jusqu'au bout . pour faire triompher une politique qui, dans notre profonde conviction, répond au sentiment général du pays.

A la suite de la grève de Garmaux, M. Rességui^r avait intenté un procès aux journaux la Dépêche^ de Toulouse, et la Petite République^ et à M. Jaurès, député du Tarn, qu'il accusait de lui avoir causé un préjudice considérable. Le tribunal civil de Toulouse saisi de Taiïaire, rendit le 19 mars un jugement qui déboutait M. Rességuîer de sa demande et le condamnait aux dépens. Mais le directeur de la verrerie de Garmaux ayant fait appel, la cour de Toulouse réforma le jugement du 49 mars et condamna M. Jaurès et le gérant des^ deux journaux mis en cause à payer à M. Rességuier la somme de

i5|000 francs à titre d'indemnité (1).

Huit élections législatives eurent lieu dans le courant de juin. Tandis que MM. Dejeahte etGroussier, députés socialistes de Paris, démissionnaires, étaient réélus, la Ghambre reçut six nouveaux membres appelés à représenter respectivement : M. Perrin^ la h^ circonscription de Privas; M. Gassou, la i"* circonscription de Pau; M. Legrand, la \^ circon-

1. En raison de Fimportance politique de Taffaire, nous reproduisons aux pièces justificatives : l<» une consultation de M« Waldeck-Rousseau sur la loi des syndicats ; 2« le jugement du 19 mars i896; 3o Tarrêt du 20 juin.

eonscriptioD Ût Sailat; H. le D'^Bhmrtrtft, ^'arrcmâissemeni d'AThertville £t H. Gabriel lÀevitle ia 1^ (efa«oûtt0Gri|itiaii «b IV* 4irB9iidiweiiiap.t da Saisuu Lee eiiiq 'praomm «aiei iéfi«b]K»ii^^ *DewiiUe

e!^ coUec'limBle.

AQBT-SEPTEMBRE

"Voyagi» du Fvé«îâl6fltt dc^ 1« lM|mbttqi»' «nt Bovtkg^c;. -' 3«Mi3in dte conseils généraux : l'impôt sur la rente, la monopole de l'alcool et le dégrèvement de l'agricultunr devant 165 AsveinWéîais défpvtrie' mentales.. -^ Stdte de lsr>(nmi|)a|pe ontoireT DiMonni de. HCSk ItTé» Une, Lebon, Darlan, Tnrrel, Gochery, Trarieux, Raynal, Bourgeois •et Poincaré. — Sxpolsion de deux dëfpat^ sodalistëv allèuiandk. -» Biection» pavtieUiBs..

Lat peenitève quînoaine du^ moi* é^aoùi &it emffttoyési par le* PitéaideDt de la Répiibltq^oe k ¥is^er te Bretagne» âur celto teirre daMÎqtae du; caUioli/- <wme ek dte la iin}D«rehiey. le chef de VE^Jaà re^ •partout Faetueiè \» plus ayiftiMiihi^pieeison vc^a^e, ffi'auQiRsineixiefii filictieuiX ne marc!!»», cealrast» par le mèmB très bem^usemenC avee eelui 411II avaU afeeomtplcqaeUfBe» mois pkis iM dmaA le sud-est de la Vrànoe.'

La session des conseils généraux s^ouvrit le 1 7 août 'dan»' des oandîtLoii» qn! la* ranidaieat partieuliè- VBfXieM intéressfflile. Les aseeiabiées déparleaienttales a' «valent pas ékéy eomme aa iiH»i!» d'avril, mmisées k' se presoiiceir sur leit pirojete du Go»ver* «enoMiit en maliière; de réformée ftseaie»; mais, a^rès ravortement du projet d'impôt global et ptofpreaÂf éô' BL. DiMmer; an. leifdeaai» dw débat teès ample ^ si0La^ MsmM k I» fhmmlia eur le pf a^tà db

^«■•T ,' >"ji ' • V"- ^F* ■ ^--^W""'!»» /■-!.■

M. Gochery, sans aboutir pourtant à une conclusion; au moment enfin où les conseils généraux étaient appelés à faire la répartition des quatre contributions directes, tout semblait leur fournir une occasion excellente d'exprimer lés vœux du pays et de fournir au Parlement et au Gouvernement une indication opportune. L'attente générale fut, sur ce point, quelque peu déçue. Une dizaine de conseils seulement discutèrent la question de Timpôt sur la rente* En revanche, un nombre assez important d'assemblées départementales émit des vœux en faveur de rétablissement du monopole de Talcool et le plus grand nombre insista sur la nécessité de procéder à une réforme fiscale comportant des dégrèvements pour l'agriculture.

Le silence presque général des conseils généraux sur la question de l'impôt de la rente semblait du moins prouver que la nouvelle taxe, si elle n'était pas réclamée par la majorité de la nation, n'était pas non plus très redoutée et ne soulevait pas de vives oppositions. Aussi bien le Gouvernement ne s*obstinait-il pas à en faire un arlicle nécessaire de sa réforme. M. Méline saisit Toccasion de le faire entendre dans son discours d'ouverture de la session au conseil général des Vosges.

Cette partie des vacances parlementaires eut sa bonne part de discours. MH. Méline, Lebon, Darlan, Turrel, Cochery parlèrent au nom du Gouvernement dont la politique républicaine fut d'autre part éloquemment défendue par MlM. Trarieux et Raynat.

M. Léon Bourgeois formula une fois de plus à 'Figeac ses vues politiques et M. Poincaré exposa à

Commercy le programme qui devrait être, selon lui, celui du parti républicain modéré.

Pour M. Bourgeois, la lotte n^était plus € entre ceux qui soutiennent la République et ceux qui la combattent; elle était désormais entre ceux qui soutiennent et ceux qui combattent la démocratie ». Sans expliquer suffisamment peut-être cette formule un peu vague et facile à interpréter de plusieurs façons, l'ancien président du cabinet radical s'efforça de calmer les inquiétudes exploitées contre ses amis et lui. II se prononça nettement pour la propriété individuelle qu'il déclarait tenir pour a chose sacrée, car elle n'est qu'un fruit de la liberté, le prolongement même de la personne humaine ». Mais il déclarait non moins nettement — et c'est sur ce point qu'à son sens devait se faire un classement nécessaire — qu'il croyait au devoir social, que l'aide sociale devait exister pour (es faibles en raison directe de leur faiblesse, qu'elle devait être donnée par les forts en raison directe de leur force. Là était pour lui la bataille. Mais k la vérité ce n'était point précisément sur ces généreuses aspirations mêmes, mais sur les moyens pratiques de les réaliser qu'on était divisé et ceux que le parti au nom duquel M. Bourgeois parlait avait proposés n'étaient évidemment pas de nature à rallier tous les suffrages.

M. Poincaré, dans la première partie de son discours, mit en lumière ce qu'il y avait d'illusoire et de vide dans le programme socialiste en même temps qu'il montrait la grande erreur des radicaux qui plutôt que de faire front à l'ennemi passaient dans ses rangs ;

Ce singulier effaremeut a gagné, sous le précédent ministère, jusqu'au Gouvernement lui-même. C'est

acLOBi qiLâ, sau» prétexte' de mieux Répartir les charges fiscales, on a proposé, un projet (fimpôt qui eut mis tous les citoyens, lès plhs pauvres- comme l'es plus riches, àkns une sortty dfe serv^ige' vfe-^è^s- de Pad'mimstratiou et q«i eù/(r ponté & piustiatoiéiDable atteinte: à 1ai libecté- du* £oyeE. doiQe»tiqpei.

Dea députés qpi reconnaissaient,, dans des conver5ations familières, tout ce que ce projet avait d^iuadmissiblb et d'impratîcafilfer, ne se dëîèudarcnt cependant pas de U voter, peussé^, dîsai^iitMls^ ps^fes vcBU»:irvéilécMis de kurs éleetbors^ Gamme 9^ loirsqufùn- eeiiâit s'élève entre la conscience d'un^ tiomme politique et ce qu'il considère comme son intérêt, Tintérèt durable et bien entendii ne lui conseillait pas,^ au contraire, de suivre lés indications dfe sa conscience!' Comme si* Tes éleetecrrs n'étâ^ient pas asses éclainâb powe s'apercevoir tôt oa* tard des eFreurs^ cyaL'ïh ont pu. commetiire , et comme s'ils n'étaient pas alors les premiers à reprocher, et avec grande raison, à leurs représentants de n'avoir pas cherché à les renseigner et aies dél?rompeiî!

Il est temps, Messieurs, de mettre. un- terme à ce désarroi morali^. et d' entendre sonnes; le rsappel des républicains de progrès et de bon sens,, qgui ne veulent être prisonniers ni de la réaction), ni de la révolution...

Malgré les efforts suprêmes que font l'es députés social isl es pour se dégager de l'étreinte des* r^oiutf onnaires et des émeutîersi fes débats^récenlis du congrès de Londres, ont prouvé qjuie. socialisme,, collectivisme, anarchie sont Les trois actes d'une trilogie fatale. Tout socialiste qui ne réclame pas ouvertement la destruction de la propriété individuelle et qui met ses espérances ailleurs que dfens l'emploi de la force est sûr d'être rapidement dépassé, débordé, désavoué.

Il semble par moments, aux votes contradictoires qjii sont émis, que la politique soit devenue le jouet de rëmpirisme et que les solutions des queslions les plus graves se déterminent sur des coups de dé. Héitonsnous de nous réchauffer à Fesprit de 1789 et de ra vivier dans la Déclaration des droits de rh9mme,.dans cette œuvre éternellement jeune et rayonnante, les principes générateurs dis notre action pofitîijuw:

AOCTjOTFTEMBRE «96. df^

Sonverain^të de ia «otfiétë civîl«,lî!berté învitfltAle €e te, conscience, respect de la propriété privée, par l'Etal comme par les citoyens, légâflité de tons tievanPt la loi, devant les fonctions, devant les charges socrale5, consenrtement dtîs impôts par la nation, répartition de ces impôts sriivant les facultés des contribuables, fraternité active et solidarité efficace, c'est sur cette synthèse d -idées dominantes, c'^est ^sar ces sommets aux lignes Simples et lumineuses, -que nos regards dtwvent rester fixés, comme sur le but encore ëioigné des efforts de la démocratie.

Oui, Messieurs, nous -ne saurions ^trop le ^répéter tant pour calmer les nnpaliences fébriles que pour secouer les nonchalances et les inerties :rédifice dont la Révolution française a jeté les fondements est encore inachevé, et fle longtemps même il ne sera point couronné. Avant que soit terminée la gigantesque entreprise que nos p^es ont conçue et commencée, les générations sans doute succéderont aux générations. EvitoDs également de irous ^endormir dans un repos coupable et de nous enivrer d'ambitions chimériques. Nous sommes des ouvriers d'une hexrre, penchés *ur une tâche plusieurs fois séculaire. N'ayons pas la prétention de «onsocBmér dans notre passage éphémère toute révolution de rhumoniAé^^..

Mail, fians nous laisser aller à des xèves insensés, ne négligeons rien de ce qui e&t immédiatement réalisable dans le champ indéfini des améliorations sociales. TCe permettons pas aux heureux de ce monde de s'enfei^ mer dans un égoïsme étroit. Tendons à la faiblesse et àJapauvreté une .main fraternelle et secourable. Développons, autant qu'il est en nous, les instilutîtms d« prévoyance, d'assistance, de mittuîtlifé

C'est surtout dans l'ordre ihmnciei:, ^Messieurs, qu'il importe de nous attadher à des idées nettes et à ^osprincipes .solides. X.e mécanisme tte nus impôts, fait de pièces diverses «et n^Qrtj§es, Bst certamemerrt ^oin fl'lètre irréprodia'ble.

Jl a mie grande qualité : fl^est simiJte cft proilnciff. Mais'fl ne tientj/lus un courte sttffîsamrmeiit exact ftes facilités des contrIbualWes, lies propriétair«s -culfivtt-

tJZ* ^t^

teurs connaissent mieux que personne tout ce qu'il y a notamment de vieilli, d'arbitraire, de chaotiîjue dans l'assiette de l'impôt foncier. Les Chambres ont voté, il y a deux ans, sur ma proposition, une évaluation nouvelle du revenu des parcelles qui, faite d'un commun accord entre l'administration et les propriétaires, permettra, dans un avenir prochain, une meilleure répartition de l'impôt. Il n'est que trop facile de trouver d'autres injustices à faire cesser, par exemple, dans ces droits, rongeurs des petits héritages, qui frappent uniforïhément les dettes et les biens liquides.

C'est dans le dessein de remédier à ces iniquités qu'un des ministères dont j'ai fait partie a déposé un projet de loi sur les successions et qu'auparavant déjà MM. Casimir-Perier et Burdeau avaient cherché, comme ils l'ont expliqué, à épargner le travail en rejetant sur la fortune acquise une partie du fardeau commun. Le Gouvernement actuel a proposé à son tour un ensemble de réformes qu'il sera peut-être désirable de simplifier et d'alléger, mais qui contient des parties excellentes et dont la disposition maîtresse vise un large dégrèvement agricole.

Dans la seconde et dernière partie de son discours, rhonorable vice-président de la Chambre insista sur la nécessité d'une sévère discipline et d*une réforme profonde de notre méthode et de nos mœurs parlementaires :

fl

Les lois agissent beaucoup moins profondément sur les mœurs que les mœurs sur les lois, et tout acte du législateur qui heurte, qui froisse ou même qui devance trop le sentiment public risque non seulement ie demeurer incompris, mais de provoquer des mécontentements et des réactions.

Encore ne sùffit-il pas, dans Tapplicalion d'une bonne méthode expérimentale, du concours de toutes les activités individuelles que renferme un parti. Il faut que ce concours se produise avec simultanéité, harmonie, régulaiité ; il faut, en un mot, que les repu-

blicains sachent se plier à cette discipline qui fait la force des partis aussi bien que celle des armées.

Les socialistes nous ont donné, à cet endroit comme à quelques autres, un exemple que je n'hésite pas à qualifier d'admirable. Malgré les désaccords profonds qui les séparent, ils ont gardé les rangs compacts et serrés. Nous, au contraire, nous avons Thabitude de nous disperser et de disséminer tellement nos efforts que nous finissons par les neutraliser. Chacun de nous revendique son indépendance avec une ardeur assurément très généreuse, qui fait honneur à la sincérité •de nos convictions, mais qui pourrait parfois trouver dans une discipline volontaire un emploi aussi noble et plus utile à Tintérét général.

Nous avons aujourd'hui un ministère à la tête duquel se trouve un démocrate éprouvé — un Lorrain comme nous, Messieurs — en qui M. le Président de la République et les Chambres ont librement mis leur confiance et qui dépense au service du pays le zèle le plus courageux et le plus désintéressé. Il entend poursuivre, avec- les collaborateurs dévoués dont il s'est entouré, une œuvre de progrès libéral et républicain.

Le devoir du Parlement n'est-il pas de prêter au cabinet un appui loyal, sans ces arrière-pensées maussades, sans ces hésitations et ces réserves^ sans cette humeur critique et contredisante dont les majorités instables accompagnent trop aisément le don de leurs suffrages?

Le mal, le mal croissant et redoutable vient de ce que la Chambre s'est peu à peu arrogé la plupart des prérogatives gouvernementales. Nous en sommes arrivés insensiblement à une telle falsification du régime parlementaire et à une telle violation de l'esprit de la Constitution, que les députés gouvernent, administrent, nomment, sous le pseudonyme des ministres qui passent, à une multitude d'emplois publics, absorbent à la fois des pouvoirs dont la confusion est néfaste tout ensemble pour l'ordre et pour la liberté.

Nous sommes tous. Messieurs, électeurs et élus, quelque peu coupables de cet état de choses qui, en compromettant l'autorité gouvernementale responsable

et contr41ée,iiiei]settrait ^il ^se ^rdlongesft, ife%yt)>riser tôt.oti tarfl, un rctonr irréfféchi'deToiîiiiimi^ «ne ttutortté. sottTefAiiiie ^ét aibs^hre. 'Bamave iKflàtf , H y; a i^lns ^'an sîèel^, que H'-e^prit français t)sc!tte tietftt*nnëliemeift entre "l'annmr âeTantorfCé et I%moiir He la liberifô.fiâtte panâe ne s'^trt irottTée qwetrop/iew ift g iirf é fc âi^pûis cetttiins, ât si ces oscfllâtionstN» soitt, en ^^Bêt,, prodaitos, c'e^ qtae la démocratie n*a -pas'hmjottrs très exadlement rmaitttenn rëquIHbi^ entre ^ecs Û»m éléments ntlcessâires 'de t0tftt>rganitrme^oiHif}ne. Hia RépObliqne est 'la torme jle?S9nTemeraetftcfin*pern«H lemieux de les concilier ;nnais i^atfftie fféts tjn^élleiï'n pas sn Taire à éfaacun d^cnx sa^art 'fégHime, t^^^^e^ exposée aux^ires (^tastrophes.

Sous les appftrenees pat lemeirtal i» e s nons 'ayons, à eeftaînes lieureSyteatte la i^ltté dn fègrme rùvf^mt^ th>nnél/I^^Cfaanlbi9e, *Sireci;eni6itt ^hnanée ^asiMinf^o* tiniversel, ftôll /ëViOeninient ^garder % fasute tmlin^tir lapolitiqne ^énér&k ;3iais, sonsyréte^e-de HS ^te ulf^fr les droits de ïenrs mandants, ^es^mmidittéires «^sotHi parfois tentés de i^éfenfit^ Aiinjl l ement ' tes - prétuntitmÉ de leur propre vanit^ «ft ^h isinr aiettt le *^^his ^renSi tort de dKréher^.aniiHiilerle ^^ du'Qottrërnementy. celui de lal^r^dence, icéitti^n^Sénat^ieti^ ^ nw^ a w gn'lls dStiennent :à enx setds tmite la ^sanvendntit^ Mtiomde.

Si vous voiflez, ISfessicnw/totttetnaTp^iïs^,^*!^^ avouerai gue je tronve la Chambre trop noii B >r<K iafe ^ trop encline aux sets^ions ^prolongées.

On pafle souiFent de con^rnite ime seffle -des st unaos ^ pins Taâte. 'Je .me Jdemande ^é^ll ^e Yffudisait -ptis ftifttmi ^xoitr dans la MJie -actnélle nn j^lns^^râlilt tmvfbre^' amputés, ôt cpl'ih ^fussent !tmis compétents ^ ^^è^fo^ rieux.

rjftme demande. smftottt «i 'k ttim^omitttion^en«M^ «ions ordinaires des «estons excej^ionnéllvs, i^i n^Cte pratique tont à ialto^oiiftraire àTesprft^e'ln GmMtH»^ tion^loin d*aiderà l^ccongH ag e me if t de ht'feMPgne^pa»» lomentaire, .ne tn^âtrSnie yas Si ^eltar -on <dé9Q«dre iBséparable dans la^mardfae nés tifàtipes ^nBfr|ues.

TÎ li'e^ pas totijours 1a*ès t>rdflt«îMe %^ha ^hmm'mtffê^

âltian flu travail .guHrffie jÉss«iiM'ée^l!wiw)se'fle*trop te tenipseilie loisirs, tl wrrre alors iqne «hi -ptymibilHI a'ajoarner la tâdtie normale ert nécessàhie t^ffre tm pi^étexle aux fligcesshms orsiffQBes ni irent délntts infi* tadts.

Mais cette permanence des ^sest^ons, ârnigerernse^ la fois pour TiBuvre Té^rilrftive tft-ptrar'la ^afWIitë niitrisiërietle, a des cotrtëcpieiïcesphis^aves enrcore ei'pfta^ fune^es.

Efle .éloigne peu %, pendes niftnd^tts-poRti^es^es hconmes les mîein: gttriWBésponr ^«sreinîAk'/leS'iîvâustrîëlSyles commèrçatftSyles 'agricTflletrrE,1e6^sa!¥iiBrtB les Jurisconsiiltes, ♦tiras tjeyirx tyin auraieift îe iJius «èe titres pour pat^hr an itom des tnl&rtSts mrt^i^ls^ moraux du jpays, moÉis qui ire pewreirt i^rratfher, tcnlle Tannée duraitt, aux oWigfttioiis He leur^»i^e««e »professiounelle.

la â^trtettiion devrerut ttin^^tmeinfftcii,^!! «délier, une fonction», au lien de Tei^ier un "contrat ik ibonn>e *M etttre lies ^BtJteurs idt les 'CTos*, trt iRms^Nniftuch«nîi-lions jieutnâtFe Tapidemecrt '«ers Tlietrre e^ «11« «ne "sera (Qus, satfT rares e%iiep(roEB«i,;gue le 4axe ^fte H #nftiesBe ou la gagne-pain des pcffHitpiens -dH tvg i rto n' e .

On ne saurait trop *tdt, Vegsietirs, lât^tuop^batltettent Sénonoer na 1:él péril. 'CPeet^amn échange / piqt' f i H ftm^ de Jorces avec tout ice i|ui *travaîfte ^ •totft t>e *tfni 'ponw Atns le pays ^ue les Assenftflëes déHbëraslIes yuwift. se vjvîfier tft ser^fetnâr. lîcjuttr où^fâtraît une stntte^ de classe prcdHicfue et 'pai^em^entàire , sane tMIaiiftyes WKtfc les parties les plus vivantes de la démocratie, rnoxm racines dans les .prdfoudem^ du lïol «tefioiMn, gai «ait eaive quelles mains ^hJhcttîiles ^ IrB exp é i 'h n e il tëei^ *qA sait jpeiït-^re -etïtre ijttëîles miihis cfrhnitncdiev ^oaibe*raient les de^mëesilela SPrance^'

fh:, {ilus encore gueuses -dief^tînëfi â VifHéna o r , ^tf^ctftaa sitoatifin esMfêriettre, tfest sa cgn m ftem'^dans le miottde^ iT.eât son renom fte^iit UThi^dipe, 'tiuî #dïvei!t tôtwe ^ souci jconâtaitt jfte i^eux .que "Tous aappéleZylieflBievrs,^. Ilnmneur de ^ Teprêsenter. ^ ironâtîm 'Cfif an smw me i a, des scrutins qui paraissent le plus modestes et le ^Ons insignifiants, chaque député vit se dresser devant lui le

souvenir des blessures de la patrie et Timage de FEurope armée. Combien éviterait-on de malentendus et de dissentiments si celte vision demeurait toujours •présente à Tunanimité des esprits et si chacun songeait sans cesse au tort que nous font à l'étranger nos querelles et nos crises politiques.

Par bonheur, Messieurs, révocation muette des grands devoirs de l'avenir a toujours suffi, dans les circonstances décisives, pour rapprocher tous les cœurs. Il n'est, en réalité, personne qui ne comprenne que la persistance des vues et des desseins, la régularité dans la direction, la suite dans l'action, si utiles dans les choses du dedans, sont indispensables dans les choses du dehors, et que, sans patience, sans longs efforts, sans ténacité prudente, notre diplomatie, condamnée à l'impuissance, nous laisserait exposés à toutes les surprises.

Depuis quelques mois est rentré au quai d'Orsay, pour le grand bien de la France, un ministre ferme et avisé qui avait d^jà montré, sous deux cabinets précédents, ce que peut une politique étrangère qui puise ses inspirations dans les leçons du passé et dans le fond même des traditions nationales.

La visite prochaine du puissant souverain qui est l'allié pacifique de la République française sera la consécration visible des effets de notre sagesse et de notre persévérance, et marquera aux yeux de l'Europe que la France, sortie de son long isolement, est digne des amitiés qu'elle accepte et des respects qu'elle exige.

M. le Président de la République se fera, auprès du Tzar, l'interprète éloquent de l'unanimité des Français. La France, à son tour, confiante en l'avenir et fîère d'elle-même, adressera ses remerciements et ses vœux à l'homme de bien qui remplit, avec autant de dévouement que de simplicité, la magistrature suprême. Vous vous associerez avec empressement. Messieurs, à la reconnaissance générale. Je vous propose de lever nos verres en l'honneur de M. le Président de la République.

Deux députés socialistes allemands, MM. Bebel et Bueb, empêchés de rendre compte de leur mandat à leurs électeurs en Allemagne, eurent Tétrange idée de le faire dans une réunion organisée sur le territoire français, à Wissembach. Les principaux chefs du parti socialiste français avaient été invités h assister à leur conférence. Mais le ministre de rintérieur estima qu'une pareille manifestation n*était pas tolérabie et MM. Bueb et Bebel trouvèrent à la frontière un commissaire de police, muni d'un arrêté d'expulsion, qui les pria de renoncer à leur projet.

Durant les mois d*août et de septembre, quatre élections sénatoriales eurent lieu. Furent élus : MM. Grimaud, républicain, dans les Hautes-Alpes; Monestîer, républicain, dans la Lozère; Destieux- Junca, radical-socialiste dans le Gers; et Bézine, radical, dans T Yonne.

OCTOBIE-ÎÎOTËMBIE

I^e voyage .dQS souverains ruaies en Fr»nceu

L'incident Gorundôt-Batthon. — <Safte delà eampagneide discean.

Ouverture de la session extraordinaire de 1896.

Chambrb : Interpellations et questions sur les événements d'Arménie, sur l'action gouvernementale à Carmaux dans la journée et' ia Boinéo da â6 «MitPobm, air laciroiUatioa de Ja mojuiaie de Ji)tUon étrangère en France, sur l'organisation administrative de l'Algérie - ''et les agimenMnts des nhtssioiiBâiipes anglais, eur la. libère .dUsso^ ciaticm dos. nenbres de l'enaeigneipant.

Discussion de deux propositions de loi modifiant la législation électo- -rale^u-^Séftat. *- ÛHAstioi- adressée an.aiioistee 4b» tra'wuxx irablÂos svr l'iBSuffisance du «matériel de la compagnie des obemins de fer • de l'Ouest; —interpellation relative à raffaire Dreyfus. —Discussiondu budget de 1897 : vote des chapitres «eiati^s lanx «di^euMS jdflft départements ministériels de l'intérieur, des affaires étrangères,, de l'instruction publique, des beaux-arts et des cultes. — Voted'une proposition de loi relative à la fabrication des vins de raisins secs.

SÉNAT : Interpellation sur les affaires de Madagascar. Questionsadressées au ministre de l'intérieur sur le retard apporté dans la transmission au Conseil d'État des dossiers intéressant les élections' municipales et sur les mesures à prendre pour rendre sa prospérité à l'établissement thermal d*Aix-les- Bains; interpellation relative au sanatorium d'Aubrac. — Vote en deuxième délibération du projet de réforme du régime des boissons; — d'une proposition de loi modifiant l'article 310 du Gode civil ; d'une proposition de loi rela» tive à la compétence des juges de paix et de divers prejets de lot concernant : les clôtures de chemins de fer, les domaines congéables, . l'inscription maritime et la prohibition de la monnaie debillon étran- , gère.

Élections partielles.

Dès le commencement des vacances, le broit avait couru que TËmpereur de Russie viendrait en France à l'automne. D'abord démentie, la nouvelle avait ensuite été confirméCi et durant le mois de sep-

8 IL-l-J

OCXÛBR&NaVfiMBRS. 1896. 323

tembre^^elle fat Yob'^i de toutes les préoccupations ^.des camjneotaires les, plus divers chez noa« et au cUhors. Dès q^all ne fut glu« possible de nier la visite du Tsar> ceux qu^elle contrariait et dont elle Croittsait les sentiments d'hoBiilité àTég^rd dé not^e 4)ays, essayèrent d'établir quTella constituait un acte de simple: politesse internationale, sans portée poli- Ucpie,, mai» tout dans, leur attitude ei dans leur langage, montrait^ qu*ila savaient bien le contraire. £ln vérlbé, mil n&s'y trompait: un acte d'une très haute importance allait, s'accomplir. L'isolement de 4a France en faee de l'Europe ennemie ou sourdement hostile avait pris iln^ on ne l'ignorait pas.et des manifestations 1 suffisamment claires avaient souligné le nouvel état de choses, dont la visite du ^sar allait ètra en quelque sorte la consécration.

Les différentes étapes du voyage impérial à tra- <vers TElurope, loin d'afiaiblir la portéa de la prétsenee de. Nicolas II en Erance, lui donnèrent sa véritable signification. On savait de reste que le Tsar n'allait point négocier en Autriche, en Allemagne, en DanemarL et en Angleterre. Dans ces différents pays, les jeunea seuverai^is russes allaient rendra visite aux doyens dea dynasties européennes <€t aux représentants des maisons régnantes auxquelles des liens de parenté les unissaient : tout devait se passer et se passa, en effet, en réunions de. familles, et en cérémoniea de gala. On se demandait pourtant si les. entrevues de l'Empereur de tEussie. et de l'Empereur allemand garderaient facilement jusqu'au bout ce caractère d'un simple et courioia échange d'amabilités. Il semble bien qi^e /Guillaume II ait voulu profiter de l'occasion, qui 4'offrait pour a'entreteoic «vec soa kète des plus

graves problèmes de la politique ioternationale ; mais Nicolas II, qae la mort subite du prince Loba- Dof venait pourtant de priver d*un éminent et fidèle conseiller, sut ne passe laisser entraîner au delà du point qu'il ne voulait pas dépasser.Les toasts échangés à Breslau mettent admirablement en lumière cette attitude des deux souverains; rien de plus net sous une forme aimable que les paroles du Tsar. Sa réserve qu'on qualifia d'extrême froideur provoqua de longs commentaires et la presse allemande dissimula très mal son dépit.

G-est ainsi que le séjour du Tsar h Paris, où M. Chichkine, gérant du ministère des affaires étrangères de Russie, Tavait précédé de plusieurs jours, allait être, pour ainsi dire, commenté par toute la première partie du long pèlerinage impérial. Le peuple de France qui attendait l'arrivée de son grand allié, savait la signification qu elle pouvait avoir, mais il ne s'attardait pas aux détails et aux finesses de la politique et il ne supputait pas les avantages que nous pourrons retirer de notre entente avec la Russie. Son enthousiasme était plus désintéressé et plus instinctif, il aboutissait, d'ailleurs, au résultat que pouvaient souhaiter les plus habiles politiques, car il montrait sur quelles larges bases reposait l'alliance franco-russe et combien elle était conforme à la volonté unanime du pays.

L'Empereur Nicolas qui avait voulu, par une délicate attention, être accompagné en France dé rimpératrice Alexandra et de la jeune grandeduchesse Olga, débarqua à Cherbourg le 5 octobre. Les souverains russes furent reçus par le Présidei\t de la République, qui s'était rendu au-devant d'eux,

'compagne des présidents du Sénat et de la

Chambre, du président du Conseil et du ministre des affaires étrangères.

La première journée de Nicolas II fut marquée par une revue de l'escadre du Nord qui l'avait escorté depuis son arrivée dans les eaux françaises ; puis un grand dîner eut lieu à Tarsenal de Cherbourg. Le Président de la République 3' porta le toast suivant :

« C'est avec une grande joie que, accompagné du président du Sénat et du président de laChambredes députésJ'aireçuaujourd'huiyotreMajestéJmpériale et Sa Majesté rimpératrice. Le Président de la République est certain de répondre aux sentiments de la nation en se faisant l'interprète des vœux unanimes qu'elle forme pour la famille impériale , pour la gloire du règne de Votre Majesté et pour le bonheur de la Russie. Demain, à Paris, Votre Majesté sentira battre le cœur du peuple français et l'accueil qui sera fait à l'Empereur et à Tlmpératrice de Russie , leur prouvera la sincérité de notre amitié !

« Votre Majesté a voulu arriver en France escortée par une de nos escadres : la marine française lui en est reconnaissante. Elle se rappelle avec orgueil les nombreuses marques de sympathie dont l'entoura votre auguste père et la part qu'il lui a été donné de prendre aux manifestations de Gronstadt et de Toulon.

« En souhaitant à Votre Majesté la bienvenue sur le soi de la République, je lève mon verre en l'honneur de l'Empereur et de l'Impératrice de Russie ».

Nicolas II répondit à M. Félix Faure :

« Je suis touché de l'accueil sympathique et cor-

dial qui nous a élé fait à Cherbourg. J*ai beaucoup admiré Tescaire qui nous a escortés, ainsi que le bateau-amiral le Hoche.

« En touchant le sol d*une nation amie, je partage les sentiments que vous venez d^exprimer, monsieur le Président. Je lève mon verre en Thonneur de la nation, de la flotte française et de ses braves marins, et je remercie monsieur le Président de la République pour les souhaits de bienvenue qu'il vient de nous exprimer. »

A leur arrivée à Paris, les souverains russes trouvèrent le même accueil enthousiaste qu'à Cherbourg. Séduite par la grâce charmante de la jeune impératrice, la foule immense, massée sur le passage du cortège officiel, mit tout son cœur dans les acclamations dont elle saluait nos hôles. Pas une note discordante ne se fit entendre durant leur séjour et c'est bien au nom de la population parisienne toute entière que M. Pierre Baudin, président du conseil municipal, put leur souhaiter la bienvenue la plus chaude lors de leur visite à l'Hôtel de Ville.

Le Tzar, de son côté, ne perdit aucune occasion de témoigner ses sentiments d'afl'eclion pour notre pays, de respect pour le souvenir de son glorieux passé, d*admiration pour son génie. H sut montrer à quel point il pénétrait Tesprit de notre démocratie et de ses institutions. Il tint à rendre viisile aux présidents du Sénat et de la Chambre, par une aimable inspiration que le protocole n'avait pas prévue. Lors de la présentation qui lui fut faite à i'Ëlysée des membres du Parlement, il voulut s'entretenir avec nos principaux hommes d'Ëtat, sans distin( ticm d'opinions, et po'jr chacun il trouva le mot gracieux qui convenait. Au Panthéon, il s'arrêta

longuement devant la tombe de Carnot et y déposa une gerbe de fleurs qu'une couronne d'or devait remplacer un peu plus tard.

Au d!ner qu'il donna le 6 à TElysée, le Président de la République prononça le toast suivant :

« L'accueil qui a salué l'entrée de Votre Majesté à Paris lui a prouvé la sincérité des sentiments dont j'ai tenu à ce qu'elle reçût l'expression en touchant le sol de la République française. La présence de Votre Majesté parmi nous a scellé, aux acclamations de tout un peuple, les liens qui unissent les deux pays dans une harmonieuse aclivité et dans la mutuelle conûance en leurs destinées. L'union d'un puissant empire et d'une république laborieuse a pu déjà exercer une action bienfaisante sur la paix du monde. Fortifiée par une fidélité éprouvée, cettQ union continuera à répandre partout son heureuse influence.

« Interprète de la nation tout entière, je renouvelle à Votre Majesté les vœux que nous formons pour la grandeur de son règne, pour le bonheur de Sa Majesté l'Impératrice, pour la prospérité du vaste empire dont les destinées reposent entre les mains de Votre Majesté Impmale. Qu'il me soit permis d'ajouter combien la France a été touchée de l'empressement avec lequel Sa Majesté l'Impératrice a bien voulu se rendre à ses vœux. Son gracieux séjour laissera dans notre pays un ineffaçable souvenir.

« Je lève mon verre en l'honneur de Sa Majesté Tempereur Nicolas et de Sa Majesté l'Impératrice Alexandra Feodorowna! »

Le Tzar répondit :

« Je suis profondément touché de l'accueil qui

Doas a été fait à rimpératrice et à moi, dans cette grande ville de Paris, source de tant de génie, de tant de goût et de tant de lumière.

« Fidèle à d*inoubIiables traditions, je suis venu en France pour saluer en vous, Monsieur le Président, le chef d'une nation à laquelle nous unissent des liens si précieux. Ainsi que vous Tavez dit, cette amitié ne peut avoir, par sa constance, que la plus sérieuse influence.

« Je vous prie. Monsieur le Président, d'être Tinlerprète de ces sentiments auprès de la France toute entière.

a En vous remerciant des vœux exprimés pour rimpératrice et pour moi, je bois à la France et je lève mon verre en Thonneur du Président de la République française. »

Le séjour de Nicolas II en France se termina, comme il avait débuté, par une imposante cérémonie militaire : le Tsar, la Tsarine et le Président de la République passèrent en revue les troupes des V, 6« et 7* corps d'armée, au camp de Gbàlons. Ainsi, après avoir trouvé dans nos monuments qu'il visitait les témoins du passé de la France et les gardiens de ses souvenirs, après avoir assisté aux manifestations diverses de notre vie nationale et pu se rendre compte de ce que ce pays est capable de faire dans toutes les branches de Tactivité humaine, après avoir posé la première pierre du Pont Alexandre III, construit en vue de TExposilion universelle de 4900 où la France convie tons les peuples à venir inaugurer le vingtième siècle par un concours d'émulation dans la poursuite du progrès, l'Empereur de Russie allait voir de près noire armée qui fait avec notre marine la force du présent et la garantie de

Tavenir, et, comme dernier souvenir de son séjour chez nous, il allait emporter la vision de ces admirables troupes, suprènie espoir de la patrie.

Au déjeuner qui suivit la revue, les deux chefs d*Etat échangèrent un dernier toast où tout ce qu'il était utile de dire fut dit « largement et discrètement ». Le Président de la République s'exprima ainsi :

« Votre Majesté va nous quitter après un séjour qui laissera dans les annales de nos deux pays un ineffaçable souvenir. Gomme un sourire d'heureux augure, le charme de la présence de Sa Majesté rimpéralrice restera gracieusement lié à celte visite. A Paris, Vos Majestés ont été acclamées par la nation tout entière; à Cherbourg et à Châlons elles ont été reçues par ce qui tient le plus au cœur de la France : son armée et sa marine. L'armée française salue ici Votre Majesté. A chacun des fréquents anniversaires de leur glorieux passé, les marins et soldats français échangent avec leurs frères de Russie le témoignage de leur coic<listlité et de leurs vœux. — Aujourd'hui, au nom de l'armée et de la marine françaises, je prie Votre Majesté de recevoir pour ses armées de terre et de mer l'affirmation solennelle d'une inaltérable amitié.

« Je bois à Tarmée et à la marine russes.

« Je lève mon verre en l'honneur de Sa Majesté l'Empereur Nicolas 11 et Sa Majesté Tlmpératrice Alexandra Feodorowna. »

L'Empereur répondit :

« Dans le port de Cherbourg, à notre arrivée, j'ai pu admirer une escadre française; aujourd'hui, à la veille de quitter votre beau pays, j'ai eu le plaisir du spectacle militaire le plus imposant, en assistant à

la revue des troupes sur le terrain habituel de leurs exercices. La France peut être fière de son armée.

(( Vous avez raison de le dire, Monsieur le Prési* dent, les deux pays sont liés par une inaltérable amitié. De même, il existe entre nos deux armées un profonil sentiment de confraternité d'armes.

« Je lève mon verre en Thonneur de vos armées de terre et de mer, et je boisa la santé de M. le Président de la République française. »

Les paroles prononcées par Nicolas II ne pouvaient laisser, dans leur éloquente sobriété, aucun doute sur la nature des relations franco» russes. L'Empereur avait parlé, à Paris, des « liens si précieux » qui unissent les deux pays, à Gbâlons, il avait affirmé « le profond sentiment de confraternité d*armes», qui existe entre nos deux armées. On pouvait, après cela, épiloguer sur Tahsence du mot alliance dans les allocutions de Nicolas II et de M. Félix Faure. Si le mot en effet n'avait pas été prononcé, la chose s'était affirmée si clairement à la face du monde que personne n'avait pu ne pas comprendre. Au surplus, c'est aux résultats mêmes de nos efforts combinés à 'ceux de la Russie, qu'il appartient de commenter les paroles échangées entre le Président de la République et le Tsar pendant ce séjour au cours duquel Nicolas II a dit qu'il avait (( senti battre le cœur de ce beau pays de France. »

 peine la « semaine franco-russe » était-elle passée, qu'il nous fallut, alors que le pnys était encore sons l'impression de ces fêtes inoubliables^ retomber dans les divisions et les tristes polémiques^ de la politique journalière. Le vigoureux ministre de l'intérieur du cabinet Méiine, M. BarlhoU, était

plus que tout autre désigné à ranîrnosité des adversaires du Gouvernement, par sa valeur personnelle et la netteté de son attitude. Ce fut à lui, en effet, qu'on essaya de porter les premiers coups après la trêve que personne n'avait pu s'empêcher de respecter. Le bruit courut, et M. Cornudet le recueillit dans un article publié par la Lanterne^ que M. Barthou avait mis à profit son passage au ministère des travaux publics, pour faire des opérations de Bourse aussi fructueuses que peu avouables. L'honorable M. Barthou s'empressa de demander la constitution d^un jury d'honneur chargé déjuger les faits. Composé pour M. Barthou, de MM. Mézières, Kranlz et Deschanel et pour M. Cornudet, de MM. H. Rochefort, C. Peiietan et Mougeol, ce tribunal, présidé par M. Goblet, mit hors de cause la bonne foi de M. Cornudet et reconnut que rien ne permettait de mettre en suspicion la parfaite et scrupuleuse honnêteté du ministre. A vrai dire, ce verdict était prévu et l'incident n'eut d'autre résultat que de procurer de précieux témoignages d'estime et de sympathie à l'homme qui venait d'être l'objet d'une odieuse calomnie. Mais en pareille matière, tout n'est pas bien qui finit bien et les mœurs qui s'établissent de laisser se produire et se répandre les accusations les plus variées et les moins fondées, auront, si l'on n'y met bon ordre, la triste conséquence d'éloigner des affaires publiques tous ceux qui pourraient les traiter avec utilité et ont quelque souci de leur honneur.

A l'approche de la rentrée des Chambres, le* divers partis préparèrent la reprise des luttes parlementaires en essayant de former dans le pays un

courant d'opinion favorable à leurs idées. Tandis que MM. Bourgeois et Doumer menaient une active campagne de conférences en faveur de la revision limitée et de l'impôt global et progressif, que MM. Goblet, Mesureur et Gornudet, à Limoges, Pelletan, Chauvière et Sembat, à Warmériville, exposaient les doctrines de l'opposition d'extrêmegauche, qu'enfin les socialistes faisaient de l'inauguration de la verrerie ouvrière d'Albi, une grande manifestation politique et tenaient à Saint-Hippolyte-du-Fort, un congrès où leurs dissidences apparaissaient une fois de plus, les principes républicains étaient défendus par M. Raynal, à Bordeaux, par M. Ch. Dupuy, au Puy, par M. Waldeck-Rousseau, dans la Loire, par M. Deschanel, à Marseille, enfin par M. Barthou qui, dans un grand discours prononcé à Oloron, le 48 octobre, définissait le programme de travail que le Cabinet se proposait de soumettre au Parlement.

Au Sénat et à la Chambre, dès le début de la première séance, les présidents, MM. Loubet et Brisson évoquèrent le souvenir du voyage des souverains russes et se firent les interprètes des sentiments des deux Assemblées, auxquels MM. Méline et Darlan associèrent le Gouvernement.

La Chambre inaugura ses travaux par une série d'interpellations d'utilité et d'importance très diverses. La première discutée fut celle de MM.Denys Cochin, de Mun, Delafosse^ sur les événements d'Arménie.

En termes très éloquents et très mesurés, MM. D. Cochin et de Mun firent le récit de la sanglante tragédie orientale qui soulevait l'indignation du monde

civilisé, sans d'ailleurs révéler d'antres faits que ceux déjà connus. La grande utilité du débat fut de, permettre à M. Hahotaux de proclamer du tiaut de la tribune les principes directeurs de notre politique en Orient : il le fit en un discours excellent. Après avoir rappelé la situation des Arméniens dans Tempire ottoman, où cette malheureuse population n'est en majorité sur aucun point qui puisse servir de centre autour duquel s'opérerait la constitution d'une certaine autonomie, le ministre des affaires étrangères fît l'exposé des causes du mouvement qui s'était produit et le récit des troubles qui s'étaient succédé. Puis il continua ainsi :

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — Tel a été,

messieurs, le commencement des troubles, qui ont donné lieu, par la suite, à des violences, à des excès dont on vous a présenté Témouvant tableau. Des causes diverses y ont contribué : état habituel d'une région dont les populations sont exposées sans défense aux incursions des Kurdes nomades; souffrances provoquées par les abus d'une mauvaise administration, ingérences étrangères et excitations entretenues par des agents non responsables, répandus en grand nombre dans le pays; désespoir d'une population poussée à bout, frappée dans ses prêtres, dans ses couvents, dans tous les objets de sa foi ; impuissance ou mauvais vouloir des autorités locales, et peut-être même, on Ta beaucoup dit, instructions regrettables laissant trop de latitude à des autorités sans prudence et sans humanité. (Très bien! très bien!)

Dès que les nouvelles furent arrivées à Gonstantinople, les ambassadeurs eurent à s'occuper de la question qui venait de se poser si brusquement. Depuis longtemps la diplomatie britannique surveille avec attention une contrée qui avoisine de si près le Caucase, la mer Noire, les rives'du Bosphore, et dont la situation, aux sources du Tigre et de FEuphrate, peut être décisive dans les problèmes qui touchent aux destinées de

TAsie. Des missions évangéliqnes en grand nombre sont répandues dans la re^gion et sont les correspondants naturels des consuls et des diplomates.

Cependant, le gouvernement anglais comprit, dès le début, à quel danger on s'exposait si on voniait agir isolément. Il s'établit rapidement, à la demande même du sultan, une sorte de concert entre les ambassades d'Angleterre, de Russie et de France — celle-ci offrant, dans une question où nous n'étions pas directement intéressés, ses bons offices pour des raisons de conciliation et d'humanité ; — et après de longs et minutieux travaux, après des enquêtes approfondies qui révélèrent toute la gravité des faits, un accord se fit entre ces trois ambassades et la Porte, établissant tout un système de réformes applicables aux vilayets d'Arménie. Cette entente intervint, messieurs, dans les derniers joursd'octobre 1895. Si ces clauses fussent entrées immédiatement en application, peut-être les nouveaux désastres qui allaient suivre eussent pu être évités. {Très bien! très bien!)

Malheureusement, soit que la bonne volonté fît défaut, soit que les événements qui se précipitaient de nouveau s'y opposassent, ce plan de réformes ne put être appliqué. A partir de novembre 1895, les luttes et les massacres recommencèrent partout. L'hiver de 1895-1896 a été surtout terrible. C'est ici que se placent les faits les plus graves dont vous avez entendu le récit. Leur énumération a quelque chose d'effrayant dans sa monotonie, et si les renseignements relatifs au chiffre des victimes sont difficiles à vérifier et jusqu'à un certain point contradictoires, ce qui n'est que trop certain c'est qu'une calamité sans exemple s'est abattue sur ces malheureuses régions.

Si l'on veut, d'ailleurs, se rendre compte de la situation morale et matérielle qui a succédé à ces événenenients, qu'on me permette de citerquelques passages du rapport d'un de nos a^ients placé mieux que per- • sonne pour être exactement renseigné.

Le rapport est daté du mois d'avril.

« Pour compléter le tableau de nos misères, écrit cet agent, j'aurai à vous montrer la population chrétienne

de la ville et des villages terrorisée, les musulmans eux-mêmes fatigués de cet état intolérable, la misère s^étendant sur toutes les classes de la société, le commercé nul, l'industrie arrêtée, les travaux des champs interrompus, des milliers de personnes sans travail errant dans lés rues, la faim guettant tout un peuple que les secours ne pourront, si une amélioration ne se produit, arracher à la morl. »

Le correspondant analyse ensuite les causes de ce déplorable état de choses. Il montre, dans les faubourgs du chef-lieu de la province, une bande de fanatiques nommés qatchaks, bandits sans ressources et sans asile, dont le nombre ne dépasse pas quelques centaines, mais qui par leurs violences, terrorisent la population chrétienne. «En face d'eux, ajouie-t-il, sont les comiiés arméniens composés de tout jeunes gens, d'autant plus inexpérimentés. Ils ont la spécialité des fausses nouvelles qui tiennent les esprils dans une inquiétude continuelle, causent de vaiùes alarmes, font naître de folles espérances et organisent les attentats politiques dirigés spécialement contre les Arméniens qui ont des relations avec l'autorité et sont considérés comme traîtres à la nation.

a II ne faut pas oublier, ajoute-t-il encore, les qatchaks, qui seraient, en Perse, répandus dans les villages de là frontière, au nombre, dit-on, de six à sept cents, toujours prêts à passer chez nous.

« Enfin, à ces éléments de désordre, les musulmans en opposent un autre beaucoup plus formitlab'e; je veux parler des Kurdes et spécialement des Hamidiès, dont les exploits sont trop connus pour que je m'y arrête. »

Telles sont les causes du mal, prises sur le vif, et je ne fais que mentionner, en outre, le désordre régnant dans toute l'adniinistration, et pour employei" encore une expression du même agent, « l'anarchie d'en haut amenant celle d'en bas », les bonnes volontés même paralysées, et tout laissé au hasard des événemenis, à î'aflolement des paniques ou au choc des passions déchaînées. [Très 6i>n/ très bien!)

Vous étonnerez-vous, messieurs, si dans de telles

circanstances, à la suite de tels événements, vous voyez parmi des hommes qui n'ont connu de mesure ni dans leurs espérances, ni dans leurs misères, un état d'esprit voisin du désespoir, qni les porte aux plus téméraires entreprises ?

C'est ainsi qu'au mois d'août dernier éclate soudiin, à Goostantinople, cet étrange complot dont le coup de main sur la Banque ottomane est l'épisode le plus connu et q,ui, par la folie de l'attaque fournit un prétexte à toutes les violences. La population paisible paya pour les quelques audacieux qui l'avaient compromise et ce qui se passa, pendant plusieurs jours, dans les rues de Gonstantinople offrit le spectacle le plus douloureux à l'Europe, irritée d'abord contre les auteur's de l'attentat, mais bientôt tout autrement émue dQS cruautés et des excès dont la répression fut le prétexte. {Très bien! très bien /)

Ne CToyei pas, messieurs, que devant ces faits les puissances soient restées impassibles. Deux sortes de devoirs s'imposaient à elles : arrêter les violences, protéger leurs colonies menacées. Elle n'ont manqué ni à l'un ni à l'autre, et, sans qu'il soit utile d'apporter ici des documents qui seront publiés à leur heure, je puis affirmer que la France a fait entendre à Gonstantinople et à Paris, par l'organe des ambassades respectives, un langage tel qu'on n'a pu se méprendre ni sur sa force ni sur sa portée.

Et ce langage paraît avoir été entendu, puisque, depuis qu'il a été tenu, aucun événement grave ne s'est produit ni dans la capitale ni dans l'empire. [Très bien! très bien!) Mais le mai n'en subsistait pas moins. {Bruit à V extrême gauche.)

M. LE COMTE Albert de Mun. — Les massacres de Van et d'Eghin sont postérieurs aux événements de Gonstantinople.

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. L'empire

turc était, d'ailleurs, dans ces mêmes temps, agité de bien d'autres secousses. Ceux qui incriminent les lenteurs de la diplomatie ne tiennent pas assez compte de ses efforts et des difficultés qu'elle rencontre. En effet, messieurs, les maux qui, par suite d'une mauvaise

OCTOBRE-NOVEMBIIE 1896. 331

administration, frappent les populations ne bont pas exclusivement propres à la région aroiénienne. Chrétiens et musulmans, tout le monde eu soufTre, tout le monde les déplore, et chaque fois qu'une desparticade i'empire est ébranlée, le reste s'Émeut. C'est ce qui eut lieu, par une sorte de contre-coup des événements d'Arménie, dans plusieurs provinces européennes de l'empire. L'année dernière, en Macédoine, cette année en Crète, de graves événements se produisirent, et il fallut la bonne volonté réciproque des diverses puissances, leurs intentions résolument pacifiques pour que ces branlions, bien plus manifestement dangereux parce qu'ils étaient plus proches, n'allumasaent pas un redoutable incendie.

En Macédoine et sur les frontières de la Bulgarie et de la liièce, le péril fut conjuré grâce à une heureuse initiative de l'Autriche- Hongrie, et vous n'ignorez pas, messieurs, que, cette année même, la diplomatie a fini par formuler pour l'Ile de Crète les conditions d'un régime nouveau et plus libéral, accordé par le sultan k la demande de l'Kurope, et qui, s'il est pratiqué comme il doit l'être, avec suite et avec bonne foi, assurera à cette lie le repos et la prospérité, [Ti-és bien! très bien!)

Il est vrai que ces solutions particulières n'ont pas atteint le mal à sa source ; mais, du moins, ont-elles permis de dégager quelques-uns des principes qui paraisscnl devoir guider les puissances dans la solution que réclament ces délicates et périlleuses questions.

Ces principes, que la Chambre me permette de les indiquer devant elle, tels que, peu à peu, et malgré les rivalités des intérêts latents et la poussée des passions souvent imprudentes, ils ont paru ac poser devant l'unanimité di?a puissances.

Tout d'abord, celles-ci .semblent convaincues, les unes et les autres, que la première nécessité qui s'impose est une enlenle solide et loyale entre elles. I.es gouvernements unissent leurs efforts pour rechercher les élémetils de celle entente, et, pour la consolider, ils s'appliquent, à l'heure même où je parle, à écarter ou à aplanir ce qui paraît pouvoir les diviser. L'action commune des ambassades à Constuntinople a offert,

--•r-jr^''rT' iTtry

depuis le début de la crise, une suite et une unanimité dont il ne faut louer aucune en particulier, mais toutes ensemble, et cette union, fortifiée sous cesse par Tapprobation des cabinets, a obtenu, précisément en Crète et en Macédoine, les résultats que je rappelais tout à rheure. .

De cette première donnée, il en découle immédiatement une autre, à savoir que toute idée d'action isolée doit être écartée. {Très bien! très bien!) Vous avez suivi assurément avec attention, messieurs, les débats publics qui se sont produits à ce sujet en Angleterre, et vous avez remarqué l'énergie avec laquelle celui qui était hier encore le chef du parti libéral a préféré quitter cette situation plutôt que de se mettre, sur ce point, en cori'tradiction avec les déclarations si formelles du chef du cabinet conservateur actuel.

Et alors, messieurs, une autre conséquence suit encore : à savoir que si l'action des puissances pouvait et devait se faire sentir k Gonstantinbple pour obtenir du sultan l'amélioration des conditions de la vie publique et particulière dans son empire, cette action ne devait cependant porter aucune att'einte à l'intégrité de l'empire ottoman et aux situations acquises par les traités. (Très bien! très bien!)

Ce point de vue, messieurs, a toujours été celui de la France. On peut dire que c'est une des traditions les plus respectables de sa politique et de son histoire; et elle est heureuse de voir d'autres puissances s'y rallier compae à une des bases les plus solides de l'équilibre européen. {Très bien! très bien!)

Contenue et affermie par ce cadre déjà précis, l'action commune des puissances me paraît pouvoir se faire seniir à Constantinople dans le sens même indiqué par les précédents orateurs. Non pas qu'il s'agisse ni d'immixtion- directe ni de quoi que ce soit qui puisse ressembler à un condo minium; ce serait là le plus précaire et le plus dangereux des expédients. (Très bien! très bien!). Mais la diplomatie européenne, consciente de sa tâche, résolue à panser les blessures et à empêcher le retour des malheurs qui viennent de se produire, peut aborder, conjointement avec le gouver-

nement ottoman, le problème de Tamélioration de Tempire. Celte lâche est difficile ; elle n'est au-dessus ni de notre bonne volonté ni de nos moyens d'action. [Ti^ès bien ! très bien !)

Je ne vois que des avantages à le dire à cette tribune, messieurs : parmi les résultats si féconds du voyage de Tempereùr de Russie à Paris, nous pouvons compter celui-ci que, notamment sur le point qui a attiré justement l'attention de la Chambre, des vues précises ont été échangées.

M. Camille Pelletan. — Lesquelles? (Exclamations et rumeurs à gauche et au centre.)

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — La COmmU-

nauté des appréciations et des intérêts s'est dégagée entre les deux puissances, et nous avons la ferme confiance que par la modération, l'équité, le haut souci de l'avenir et le ménagement apporté à tous les intérêts en cause, les solutions envisagées répondront aux vues de tous les autres cabinets et aux besoins de la situation en Orient.

L'Europe unie saura, nous l'espérons, se faire comprendre du sultan; elle le mettra en garde contre les influences néfastes; elle saura lui prouver qu'il ne s'agit nullement de favoriser telle ou telle partie de l'empire ni telle ou telle religion au détriment des autres, mais que tous, catholiques, arméniens, orthodoxes, musulmans, soufTrent des mêmes maux et demandent les mêmes améliorations [Très bien! très bien!}; elle lui montrera la source du mal là où elle est, c'est-à-dire dans la mauvaise gestion politique, financière et administrative ; elle lui indiquer^ les moyens de mettre, dans tout cela, un certain ordre sans lequel les Etats ne peuvent durer; elle réclamera de lui la réalisation de ses propres promesses; elle lui demandera de mettre en pratique les réformes déjà accordées, de les étendre là où elles sont nécessaires, de mettre un terme aux répressions violentes, d'ouvrir les prisons, de venir en aide aux plus grandes misères. On lui répétera encore, avec plus d'autorité s'il est nécessaire, que l'existence des colonies européennes lui est confiée, qu'il en est responsable, qu'il doit, non

seulement à tous ses isujets, mais à tous ceux qui vivent sur le territoire de son empire, la sécurité, la paix publique et Tordre. On saura lui démontrer enfin que cette politique est la seule loyale, la seule forte, la seule digne, et qu'enfin là, et là seulement, se trouvent, pour lui et les siens, l'honneur et le salut. (Appiaudissements.)

Mais aussi; messieurs, il faut que ceux qui ont la responsabilité des entreprises parfois si téméraires qui ont été tentées, il faut que ceux-là se rendent compte du mal que de nouvelles imprudences peuvent causer : ils savent maintenant que l'Europe n'est pas insensible aux maux qui les frappent; mais il convient qu'ils comprennent aussi que l'œuvre qu'il s'agit d'entreprendre est laborieuse, qu'elle peut subir bien des lenteurs apparentes, que la violence n'y peut aider, et que si l'Europe entière, animée des sentiments bienveilveillants que j'ai essayé d'exposer, a les yeux fixés sûr eux et veut leur bien, à l'égal de celui de tous les autres sujets de l'empire, elle ne veut pas que de nouvelles surprises la détournent de sa tâche et découragent d'unanimes bonnes volontés. {Très bien! très bien!)

Messieurs, j'ai essayé de répondre dans la mesure où il m'est permis de le faire, du haut de cette tribune, aux questio>ns qui m'ont été adressées et aux inquiétudes qui ont été manifestées. J'ai essayé de dégager devant vous les éléments d'un problème obscur, ou, pour mieux parier, les données nouvelles que la marche des événements a ajoutées à cette éternelle question d'Orient.

Je crois que la Chambre comprendra et que Ton comprendra aussi hors de cette enceinte quels sont les mobiles qui dirigent la politique de notre pays.

La France, fidèle à toutes ses traditions, désire l'amélioration du sort des peuples de l'Orient; elle n'oublie pas les devoirs du protectorat religieux qu'elle exerce; elle sait que l'ordre et la sécurité sont nécessaires aux grands intérêts de toute nature qu'elle défend; elle n'oublie pas non plus les liens qui Funij^sent depuis si longtemps à l'empire ottoman et les raisons qui lui*

font désirer le maintien de son intégrité. (Très bien! très bien !) Mais, avertie par le passé, elle répudie Tesprit d'aventure; elle sait aussi que ses devoirs sont multiples dans le monde. (Très bien! très bien!) et qu'elle doit, dans chaque circonstance donnée, proportionner son effort à retendue de toutes les tâches qui lui incombent. (Applaudissements,)

Telles sont les vues, messieurs, qui ont dirigé et qui dirigeront, si vous les approuvez, la politique de la France au moment où elle s'efforce de résoudre, dans la mesure qui lui appartient, les questions si délicates posées devant l'Europe. Si graves que soient ces problèmes, ils ne sont pas insolubles, si tous y travaillent, comme nous le faisons nous-mêmes, dans un esprit de concorde, de justice et d'humanité. (Vifs applaudisse^ ments,)

Favorablement accueillies par la grande majorité de la Chambre, ces explications ne satisfirent pas M. Jaurès, auquet il semblait qu'après comme avant la question restait entière. Pour lui le Sultan s*était joué de l'Europe hésitante, incertaine, divisée contre elle-même, et, devant l'impuissance des gouvernements et des nations, il ne restait plus qu'à faire prendre en mains celte cause par le prolétariat qui par son indignation et sa volonté obligerait les puissances à accomp^r leur devoir.

Hais la Chambre, par 451 voix contre 5i, repoussa Tordre du jour de M. Jaurès et adopta, par 402 voix contre 90, celui de MM. Develte et Francis Charmes « approuvant les déclarations du Gouvernement ».

La seconde interpellation discutée fnt celle de M. Jaurès « sur Tèctiori gouvernementale à Carmaux dans la journée et la soirée du 26 octobre ». Ce. jour-là M. Jaurès, était allé tenir une réunion publique à Carmaux, mais, comme il était assez facile de le prévoir, la population, mécontente d'avoir vu

choisir Albi comme siège de la verrerie ouvrière^ avait fait le plus mauvais accueil à celui qu'elle jugeait responsable de ce choix qui lésait si gravement ses intérêts. A son arrivée à Garmaux, M. Jaurès avait été accueilli à la fois par des applaudissements et par des huées, surtout par des huées. La réunion projetée s'était ouverte au milieu d'un grand vacarme, des coups de couteau avaient été échangés déjà et la bataille allait devenir générale lorsque les commissaires de police présents avaient pris le parti de dissoudre la réunion. Naturellement M. Jaurès ne manqua pas d'attribuer au Gouvernement toute la responsabilité de son insuccès et la Ghambre consentit à consacrer une longue séance à écouter ses plaintes, après quoi elle approuva par le vote d*un ordre du jour de confiance les explications du ministre de l'intérieur.

Le 7 novembre^ le ministre des finances eut à répondre à une question transformée en interpellation, sur la circulation de la monnaie de billon étrangère en France, puis elle aborda un grand débat provoqué par M. Fleury-Ravarin sur l'organisation administrative de l'Algérie.

La question soulevée par l'honorable député du Rhône n'était pas neuve ; depuis longtemps on réclamait la suppression des décrets de rattachement qui,, depuis 1881, ont réparti entre les divers ministère^ la connaissance des affaires algériennes et en retardent ainsi la solution, en privant de la plus grande partie de son autorité le gouverneur général devenu une sorte de pr^^fet simplement superposé aux trois autres d'Algérie. Souvent cet état de choses fâcheux avait été exposé au Parlement, M. Jules Gambon notamment s'en était expliqué en maintes circon-

stances devant la Chambre; mais tout s'était borné à des discours. Une fois de plus les inconvénients du système actuel furent mis en lumière dans une discussion à laquelle prirent part tous les députés de la colonie, et après un remarquable discours du gouverneur général, la Chambre vota à mains levées Tordre du jour suivant de M. Fleury-Ravarin :

La Chambre, approuvant les efforts faits depuis quelques années pour rétablir Tordre dans l'administration de l'Algérie ; convaincue que le système des rattachements édicté par les décrets du 28 août 1881 conslitue un obstacle au bon fonctionnemnnt des services publics en Algérie et à la réalisation des réformes, invite le Gouvernement :

1° A rapporter immédiatement ces décrets et à réorganiser la haute administration de la colonie;

2® A déposer sans retard un projet de loi, tant pour constituer le contrôle de l'administration que pour régler Ig. composition et le fonctionnement du Conseil supérieur.

La Chambre adopta également à mains levées un I ordre du jour de M. Saint-Germain par lequel^

il t( comptant sur Ténergie du Gouvernement, elle lui

demandait de faire cesser immédiatement par tous les moyens en son pouvoir les agissements des missionnaires anglais en Algérie ».

A ce grand débat un autre succéda dont l'opportunité n'apparaissait pas aussi clairement : M. Mirman développa une interpellation « sur la liberté d'association des fonctionnaires civils et en particulier des membres de l'enseignement ». En réalité les radicaux savaient bien qu'il était assez difticile de faire passer les membres de TUniversilé pour les tristes victimes d'une persécution organisée par un ministre qui était précisément un universitaire des

Mi L'ANNÉE POLITIQUE.

pluBdiglingués. Aussi coroptai(-on frapper surtout les esprits en exposant que le Gouvernement tolérait de la part du clergé ce qu'il interdisait aux professeurs. Des Têtes en eSet avaient eu lieu k Reims à l'occasion du centenaire du baptême de (^lovis et elles avaient élé suivies d'un congrès de prêtres, puis d'un congrès national calholique. C'était une belle occasion de crier au péril clérical, M al heureusement ces fêtes avaient été préparées dès l'époque ob le cabinet Bourgeois détenait le pouvoir, et M. Combes, ministre des cultes, avait laissé faire. Aussi bien les fêtes du Centenaire de Clovis et le congrès ecclésiastique n'avaient donné lieu à aucune manifestation politique. Personne sans doute n'eût compris que le Gouvernement employât la force et M. Hirman, l'interpellaleur lui-même, moins que tout autre, puisque dans un article de journal il avait écrit à l'époque qu'il serait absurde de sévir. Au congrès national, des paroles aggressives, contre la République avaient été prononcées. Mais c'était là une réunion qui ne pouvait légalement être empêchée; des six membres du clergé séculierqui y assistaient,un seul était sorti de laréserve convenable et il avait été privé de son traitement.

Les explications très nettes et très mesurées des ministres de l'instruction publique et des cultes, la lecture faîte par M. Darlan de l'article de M. Mirman, rendaient certaine la victoire du cabinet. Elle ne fut point compromise par l'intervention de M. Bourgeois, et après quelques paroles très fermes de M. Méline, qui tenait à suivre une politique par- ' faitement républicaine, mais se refusait h déclarer la guerre au clergé, la Chambre repoussa les ordres du jour de défiance, et vota par 306 voix contre 34i

celui de M. Develle « approuvant les déclaralions du Gouvernement, et complaal sur sa fermeté pour faire respecter les droite de l'Ëlat ».

Il semblait qu'aprôs tout le temps que la Charnière venait de perdre en débats inutiles, elle aurait hâte d'aborder enGn l'étude du budget. Il n'en Eut rien, et elle consentit encore à consacrer deux séances entières à modifier les bases électorales du Sénat. Deux propositions avaient été déposées : l'unie par . M. Maurice Faure tendant à l'élection des sénateurs au suffrage universel; l'autre par M. Guillemet, établisBant le suffrage directe deux degrés. La commission chargée d'étudier ces deux projets lIc réforme, s'arrêta à un système de transaction qui conservait comme électeurs sénatoriaux les dépmés, les conseillers généraux, les conseillers d'arriiriiliâsemenl, et se bornait à remplacer les délé^rucs des conseils municipaux par des délégués cboisi; pur les électeurs de la commune. A vrai dire, on ne diâcernait pas bien sur quels principes s'appuyait ce système, dont, en revanche, les défauts variés et nombreux sautaient aux yeux. M. Barthou montra pourtant en vain ce qu'il y avait d'incohérent et d'inapplicable dans ce projet mal étudié. La Chamiire n'en passa pas moins à la discussion des articles, qu'elle vota. Mais les radicaux, non contents de ce résultat et, d'avance, fixés sur le sort qui pouvait être réservé à l'œuvre de M. Trouillol, prétendirent obtenir que le ministère prit l'engagement de contenir devant le Sénat le projet qu'il avait combaltu à la Chambre. M. Méline protesta contre une pareille mise en demeure, et par 293 voix contre 3IJ5 la Chambre lui donna raison. Cela prouvait sans doute que cette dernière attachait peu de prix au résultat

de son travail de deux jours entiers, mais peut-être cela prouvait-il aussi que si le Gouvernement avait pris au début Tattitude résolue qu*on lui vit prendre à la fin, il aurait pu éviter la perte de deux séances en vaincs dis( ussions.

Après une question de M. de Montfort au ministre des travaux publics sur Tinsuffisance du matériel mis par la Compagnie de TOuest à la disposition des cultivateurs pour le transport des produits agricoles, la Chambre entendit encore une interpellation, celle de M. Castelin, relative à l'affaireDreyfus et à une campagne menée en faveur de Tex-capitaine condamné. Ce débat fut clos par le vote d'un ordre du jour aux termes duquel la Chambre se déclarait t< confiante dans le Gouvernement pour rechercher, s'il y a lieu, les responsabilités qui se sont révélées à Toccasion de la condamnation du traître Dreyfus ».

Alors enfin la Chambre aborda le budget et en poursuivit l'étude jusqu'à la fln du mois sans interruption. Elle adopta successivement les divers chapitres des dépenses de l'Intérieur, des ASaires étrangères, de l'Instruction publique, des Beaux- Arts et des Cultes, sans autres modifications qu'un certain nombre de relèvements de crédits. La dis- . cussion fut naturellement retardée par la série d'amendements habituels sur les articles qui servent do thème aux revendications radicales et qui furent ' repoussés comme les années précédentes. A propos du budget de l'Instruction publique, MM. Millerand et Louis Jourdan déposèrent des projets de résolutions invitant le Gouvernement à acheverla laïcisation des écoles publiques. A la suite d'une assez longue discussion à laquelle prirent part MM. Jour-

dan, Lavy, Méline, Millerand, Poincaré et Goblet, la Chambre a<lopta par 454 voix contre 91 la première partie du pi;oiet de résolution de M. Millerand ainsi conçue : « La Chambre, affirmant le droit du mi* nistre à procéder sans délai à la laïcisation du personnel des écoles primaires de filles... », mais par 326 voix contre 227 elle repoussa la seconde ainsi rédigée : ... « invite le Gouvernement à achever cette laïcisation dans le délai de deux ans pour les communes qui ne tombent pas sous l'application de Tarticle 67 de la loi du 30 octobre 1886 et dans le plus bref délai pour les autres ». A propos du budget des Affaires étrangères, M. Millerand interrogea le ministre sur la nature des relations franco-i;usses. M. Hanotaux répondit par une courte déclaration qui ne parut pas satisfaisante àTextrème gauche, mais dont la majorité de la Chambre estima qu'il y avait lieu de se contenter, pour le moment tout au moins.

Plusieurs séances du vendredi avaient été consacrées par la Chambre à la proposition de loi de M. Turrel tendant à interdire la fabrication des vins arliRciels. Il semblait qu'une pareille question, n'ayant rien de politique, ne dût pas beaucoup passionner les esprits ni soulever de vives résistances; il s'agissait simplement de donner aux producteurs de vin une satisfaction légitime depuis longtemps réclamée et de les protéger, non pas contre des produits étrangère, mais contre une concurrence déloyale et contre les fraudes rendues possibles et favorisées par la libre fabrication des vins de raisins secs. La proposition fut cependant très vigoureusement combattue et Ton put croire un instant

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que les libre-écbangisies intransigeants et les socia* k listes parviendraient à la faire repousser. Elle fui volée pourtant, mais avec des modifications dont lé résultat sera peut-être de rendre son efficacité illusoire.

Le Sénat inaugura la reprise de ses travaux par la discussion d'une interpellation sur les affaires de , > Madagascar, développée par H. Le Provost de Launay.

L'honorable sénateur protesta tout d'abord contre la façon dont Texpédilion avait été préparée, mais il se hâta d'arriver à la situation actuelle et fit la

plus vive critique de l'administration de M. Laroche, contre lequel d'ailleurs une campagne de presse d'une rare violence avait été menée depuis plusieurs mois. Il reprochait surtout à M. Laroche sa qualité de protestant, d'avoir été « sans retenue, sans réserve, le prisonnier des ho vas », enfin d'avoir professé cette opinion que les concessions de travaux publics dans l'Ile pouvaient n'être pas réservées à des Français.

M. André Lebon répondit en détail et de la façon la plus complète à l'interpellateur : << Le Sénat comprendra, dit-il, que j'aie à cœur après que bien des faits^ bien des intentions ont été travestis au cours de cet été par ^es polémiques extrêmement passionnées et bien souvent injustes, de profiter de la circonstance qui m'est offerte pour retracer devant lui les vicissitudes de notre politique à Madagascar pendant la présente année. » L'honorable ministre des colonies commença donc par faire connaître les instructions que M. Laroche avait reçues à son départ pour Tananarive le 11 décembre 1895.

/il

Biles lui recommandaient d'enlourer la reine des plus grands égards et insistaient sur Tintention de notre Gouvernement de respecter les lois, les croyances, les usages, les mœurs des indigènes et de ne pas toucher à leur statut personnel. Dans la même dépêche, M. Berthelot attirait l'attention du résident général sur Tutilité d'éviter avec soin tout acte de nature à affaiblir Tautorité de la reine sur les populations qui lui sont soumises.

Un peu plus tard, M. Bourde, nommé secrétaire général de la résidence de Madagascar, emportait pour son chef une sorte de mémoire, d'instruction sur divers points de détail . Le résident général y était invité à diviser Tœuvre de la pacification en deux étapes distinctes. Pendant la première, il devait se borner à organiser les provinces habituées à obéir au gouvernement de Tananarive et à les protéger contré les incursions des pillards des provinces insoumises. Il n'y aurait lieu que plus tard de songer à étendre à toute l'île, de proche en proche, notre domination eflFeclive. « Le Gouvernement de la République, disait le mémoire, estime du reste que cette extension doit s'opérer par des procédés plus politiques que militaires et qu'il y aura lieu d'user de persuasion et de pression morale plus que de violence.

« Les provinces insoumises sont partagées entre une foule de chefs indépendants. Les avantages qu'il pourrait y avoir à conserver l'autonomie de tant de petits royaumes ne sauraient compenser les inconvénients de la complication de rouages qui en résulterait. Vous n'admettrez donc qu'un budget pour toute l'île et qu'un pouvoir législatif pour les indigènes, celui de la reine de Tananarive, à laquelle

le Gouvernement .a conservé son titre de reine de Madagascar. » Cependant, pour éviter de créer une prépondérance exclusive aux hovas, le résident gé* néral devait faire mie large place aux indigènes des races autres que la racé hova dans le recrutenient des fonctionnaires et parmi les milices.

Après avoir fait connaître oeà instructions, M. A. Lebon ajoutait qu^au moment où elles parvinrent à Tananarive, cette politique ii*était plus applicable parce que la reine avait trop perdu de son prestige et que matérieliemeut les instruments essentiels de la domination hova sur Tile étaient détruits. Aussi, dès son arrivée au Pavillon de Flore, le nouveau ministre se préoccupa-t-il surtout de ralTaire de Madagascar et envoya-t-il de nouvelles instructions au résident général. Il rengageait à ne pas trop se fier à la docilité excessive des autorités indigènes et à les rendre responsables des incidents qui pourraient survenir dès qu'il y aurait dans ces incidents la moindre trace de participation de leur part. D'autre part, le ministre appelait Tattention de M. Laroche sur Tiptérét qu'il y avait à ne maintenir aucun gouverneur hova en fonction dans le poste qu*il occupait avant la conquête et, dans certaines régions, à chercher dans les tribus indigènes les cadres d'une administration locale. En ce qui concernait celles des tribus sakalaves ayant Thabikide d'envahir et de piller à des époques périodiques la région des plateaux, le résident général était invité à se borner à renforcer l'organisation de postes militaires à la limite de TEmyrne. Les instructions arrivèrent à Tananarive vers le milieu de juin. A cette époque les troubles s'étaient développés sous l'influence de causes très complexes. Un élément important acvait

OCTOBRE-NOVEMBRE 1896. 3î5i

été un réveil du fétichisme résultant de la conquête : une partie de la population, en effet, attribuait à l'abandon de la religion des ancêtres tous les malheurs subis et un mouvement sérieux s'était produit. Il était dirigé contre les religions chrétiennes représentées dans nie, aussi bien contre les catholiques que contre les protestants, et ce qui le prouve bien, c*est que les destructions et incendies d'éditices religieux avaient porté dans la même proportion sur les églises catholiques et sur les temples protestants. En face d'elle, Tinsurrection avait trouvé les autorités divisées d'opinion sur les moyens de la réprimer sans que le résident général pût faire prévaloir son avis, puisque le décret du 11 décembre 1894 avait établi dans une sorte d'autonomie, l'autorité civile d'un côté, l'autorité militaire de l'autre. M. A. Lebon avait mis fm à cette situation, en établissant Tunité de commandement par te décret du 11 juillet 1895, et en envoyant à Madagascar, le général Galliéni qui devait réunir la totalité des pouvoirs civils et militaires dans la région troublée deTtle, c'est-à-dire dans l'Emyrne. Le ministre avait . d'abord songé à charger M. Laroche d'une inspection des parties de l'ile qu'il ne connaissait pas, pendant que le général Galliéni aurait tous les pouvoirs sur le plateau central. Mais il avait renoncé à cette idée et prié M. Laroche de rentrer en France. Il n'avait pas pris cette décision plus tôt parce que^ si M. Laroche avait « pu commettre un certain nombre d'erreurs — tous les hommes et tous les fbnclionnaires sont susceptibles d'en commettre, — il avait, dans l'ensemble, exécuté les instruction» qu'il avait reçues ». En outre, le ministre estimait qu'il y avait intérêt à faire commencer l'évolution

politique décidée par M. Laroche lui-même, pour bien marquer qu'elle n'élsit pas le caprice d'un homme substitué à un autre, mais la volonté très réfléchie, très raisonnée, très imposée du Gouvernement français lui-même.

Passant à la situation financière, M. André Lebon exposa que trois événements imprévus avaient troublé l'économie du budget de l'île. D'abord la subvention métropolitaine de 2,700,000 francs pour les dépenses civiles de Mndagascar avait été réduite de 1 million en cours d'exercice. En second lieu, lorsque M. Laroche était parti, on pouvait escompter te vote prochain de la conversion de l'ancien emprunt malgache et l'afTeclation du produit de la soulle qui en résulterait à un certain nombre de travaux publics. Et une partie de ces travaux avait été engagée. Enfin, l'étal de trouble où l'Ile s'était trouvée n'avait été rien moins qne Favorable à la perception des recettes locales et la cessation des travaux agricoles menaçait le pays d'une disette. Malgré tout, le déficit ne dépasserait pas 1 ,500,000 à \ ,800,000 francs et le Gouvernement propo.serait de 'prélever celle somme sur te produit de la conversion, de manière à éviter un nouveau recours aux ressources générales du Trésor public.

Arrivant alors aux concessions de travau.i publics qui avaient plus particulièrement préoccupé l'opinion, le ministre s'exprima ainsi :

C'est un des sujets qui ont le plus préorcupé l'opinion dans ces temps derniers; J'espère qu'après les déclarations très simples que je ferai au Si-nat l'agitation cessera.

Il n'est pas vrai de dire que M. Laroche ait concédé des Iravau.ï publicH à un étranger. M. Laroche a signe'.

avec M. de Coriolis, un avant-projet sous la réserve expresse de Tapprobalion du. ministre des colonies ; de même que quinze jours plus lard il a, avec une autre personne, recouvert de sa signature un autre projet pour r«xécution de la même voie, qu'il m*a transmis sous réserve de mon approbation.

M. Laroche s'est borné à faire sur place l'étude de deux combinaisons qui lui étaient proposées; il n'avait pas qualité, aux termes du décret du 11 décembre, pour accorder cette concession, et vous verrez, ^iprès les déclarations que j'ai à faire, dans quelles conditions celte concession pourra avoir lieu.

■ Il y a ici — et je raisonne tout particulièrement sur le projet Coriolis et sur l'exécution d'une voie ferrée entre la côte et Tananarive -^ il y a ici deux questions en présence : Tune technique et l'autre politique. Je vous demande la permission de vous parler d'abord de, la question technique et ensuite de la question politique.

Au point de vue de la question technique, l'administration des colonies est actuellement saisie de trois combinaisons tendant à l'exécution d'une voie ferrée.

Une de ces combinaisons consiste à ne demander au budget local ni au Trésor public aucune subvention, aucune garantie d'intérêt et à faire payer la concession de la voie ferrée par une concession de terres ou de mines. Ce n'est pas là un système nouveau ; c'est celui que la grande république du nord de l'Amérique a employé pour construire son réseau ferré.

Un autre système, que l'on peut considérer comme plus particulièrement français, consiste à demander au Trésor une garantie d'intérêt. {Sourires.)

Un troisième système, enfin, consisterait à profiter des études que les officiers du génie ont faites sur place, pour procéder à la construction directe d'une ligne ferrée, aux frais du Trésor ou aux frais du budget local, ce qui reviendrait au même.

Je ne vous cache pas que, en ce qui me concerne personnellement, je suis partisan du premier de ces systèmes, qui consiste à exécuter la voie sans demander un centime ni au budget local ni au budget de l'Etat, et à l'aide de concessions de terres. [Tt^és bien! Très bien!)

Soi LANNÉE POLITrQUE.

Il va sans dire que je D'abordé pas pour l'instant les détails techniques qui sont à l'étude; je ne voudrais pas enfiuger mon administration d'une façon prématurée. Maia — et c'est ici que je donne, je crois, satisfaction pleine et entière aux préoccupations manifestées dans l'opinion publique. — il n'est jamais entré, à aucun degré, dans tes intentions du Gouvernement, de concéder la voie stratégique qui asfurera les relations de la capitale de l'Emyrne avec la côte, soit à un sujet étranger, soit i une sociiSlé qui serait étrangère ou dan» sa forme ou dans son personnel.

Je demande à ne pas en dire plus long au Sénat sur cette matière. Les trois projets soot actuellemeat à l'étude. Je n'ajoute qu'un mot.

Quand l'adminislralion des colonies aura arrêté sa décision, après comparaison des divers systèmes, je prends l'engagement devant le Sénat, devant le Parlement tout entier, de ne pas mettre l'opinion publique en présence d'un fait accompli, et entre le moment où j'aurais pris une résolution mi petlo, si vous me permette! l'expression, et le moment oi!i je signerais ua contrat pour le chemin de fer de Tauanarive à la mer, de laisser un délai moral suffisant pour que, soit par voie d'interpellation, soit sous toute autre forme, le Parlement puisse manifester son opinion. (Viveapprohalion iur divers bancs,)

M. Le Provost de Launay m'a encore interrogé sur l'absence de réponse Taile à un grand nombre de demandes de concession. Je regrette beaucoup, quant i moi, qu'il n'ait pas donné plus de précision à ses questions; j'avoue que j'ai été pris un peu de court, j'aurais voulu être informé par avance des points spéciaux sur lesquels il avait ù m'iiiterroger.

Je me p^irmettrai de lui dire qu'il ne faut pas prendre toujours au sérieui toutes les demandes de concessions dans les colonies, ni mâme toutes les annonces qui paraissent dans les journaux sur des objets analogues.

M, Le PnovosT de Lal'nav. — Je n'ai pus parlé d'^anonces...

M. LK MiNisTHK. ^ Vous avcï parlé d'une annonce,]»

crois; permettez, je vais vous donner des explications sur ce dernier point.

Il est parfaitement possible que le résident général n'ait pas pu répondre à un certain nombre de demandes qui lui ont été adressées. La situation générale de l'île, vous le comprendrez comme moi, n'était pas précisément favorable à des enquêtes de ce genre.

J'aj"Ute qu'on a reproché si violemment à la résidence générale, à un moment donné, d'avoir laissé venir des Français à Tananarive, alors qu'ils y étaient exposés à être assassinés, que le zèle pour répondre à certaines demandes que je ne connais pas, d'ailleurs, en était peut-être un peu refroidi.

Mais il y en a d'autres auxquelles il a été fait une réponse.

Je crois que l'annonce que M. Le Provost de Launay a vue dans un journal, et qu'il a citée tout à l'heure au Sénat, avait trait à la « Société française de colonisation » qui avait demandé la concession d'une route à péage entre Fianarantsoa et la mer. On me permettra de dire qu'il était impossible d'avoir une réponse par la poste, attendu que le projet n'est parti que le 10 août et que nous n'avions pas encore eu le temps matériel de recevoir une réponse. Mais hier, j'ai reçu un télégramme du général Gullieni m'annonçant qu'il donnait son adhésion au projet. J'ai fait immédiatement prévenir la Société et nous n'avons plus qu'à dresser le cahier des charges pour l'exécution de ce projet.

Sur ce point, je crois donc avoir donné satisfaction à l'honorable M. Le Provost de Launay.

Enfin, au cours de son argumentation, M. Le Provost de Launay a posé diverses questions ayant trait à des droits de sortie trop élevés qui auraient été perçus à Diégo-Suarez sur le bétail. Aussitôt que j'ai connu le fait, j'ai écrit à la résidencer générale pour avoir des renseignements à ce sujet. Il arrivera encore souvent que moi ou mes successeurs nous aurons à demander des explications sur des faits accomplis à Madagascar par l'administration locale. Mais cela me semble assez, compréhensible, et je ne pense pas qu'il y ait lieu de s'en émouvoir.

35fi L'ANNÉE POLITIQUE.

M. Le Provost de Launay, gériéralisanl la questioi nous demande ce que nous voulons faire au point i vue ilouaiiier. Je puis répondre dès maintenant que noa ayons l'intention de demanderai! Parlement d'applique à Madagascnr la loi douanière de 1893, en y apportait certaines modifications très reslreinles. Je puis faifi

savoir aussi à M. Le Provost de Launay, sans entr^

dans) de trop longs détails, que nous sommes à p^ près d'accord désormais avec les représentants d€ industries les plus intéressées sur la quotité eiacte 4 la protection qu'il convient de leur donner pour pénétrer leurs produits dans la grande ile africaine.

telles sont, messieurs, les réponses que j'avais à fï' à M. Le Provost <ie Launay. Je pense, en m'excusas encore de la longueur de mes explications, avoir je aufllaamment de lumière sur les divers aspects de " question pour vous permettre de conclure que noua devons pas nous décourager et qu'il n'y a pas à regctti ter trop araè'reme nt ce qui s'est passé dans ces derni^n temps. Je me suis nppliqué à exclure de i mentation toute espèce d'optimisme et je ne voudra^ pas que, par uo phénomène contraire, le Parlemui français et l'opinion publique se laissassent aller à a pessimisme exagéré.

Je vous assure, messieurs, — et je termine par ■< mots, — que les conditions faites au ministère < colonies pour diriger la politique coloniale de la Frai sont parti culièremeDl difllciles. Chaque fajt; chaa accident qui survient dans une de nos colonies j transmis à l'opinion publique sous forme de deuxj trois éditions. Il y a, d'abord, une première télégraphique offlcielle, toujours très sommaire, fi que nous faisons des économies sur les frais de ,âU ches télégraphiques; quelques jours après survientâ dépêche privée un peu plus détaillée, surfout ^ elle est dictée par des intérêts particuliers, et aBJ trois ou quatre semaines plus tard, les courriers») tiers arrivent, apportant beaucoup de détails ém ou de personnes qui n'ont pus été très bien oifciie journalistes qui cherchent à faire des article sensation qui sont immédiatement reproduits etfi

OCTOBRE-NOVEMBRE i896. 357

plifîés par la presse française. (Très bien! Très bien! à gauche.)

Tout cela crée autour de radministration des colonies une atmosphère surchauffée , énervante , qui rend extrêmement difficile à son titulaire de conserver la liberté d'esprit nécessaire, et j'ajoute Fesprit d'équité indispensable pour diriger ce personnel et cette administration.

J'ai, quant à moi, senti tout le poids des responsabilités qui pesaient sur moi. Je crois avoir fait ce qui était nécessaire et possible au fur et à mesure que les circonstances m'ont démontré qu'il y avait des décisions à prendre et des ordres à donner.

Je ne dis pas que tout soit parfait à Madagascar, mais vraiment on ne peut pas s'étonner qu'un an juste après la conquête, Madagascar ne soit pas encore au degré de pacification et de progrès économique que le Tonkin a mis dix ans à atteindre. {Mouvements divers,)

D'après mes informations, le caractère de la rébellion, la nature des difficultés auxquelles nous avons à faire face ne sont pas tels que je ne puisse affirmer — j'en ai la foi profonde — que Madagascar sera très prochainement une de nos plus belles colonies, une de celles dont les générations à venir, pour lesquelles nous travaillons, auront le plus à profiter et à se glorifier.

Seulement, pour arriver à ce résultat, il faudrait que tous en France nous eussions la volonté de traiter ces questions avec sang-froid, avec la ténacité que certains pays étrangers apportent dans la conduite d'entreprises de ce genre et que, surtout, on voulût bien renoncer de tous les côtés à chercher dans les accidents de la politique coloniale des armes pour les querelles de parti. {Applaudissements répétés sur un grand nombre de bancs.)

Après ces explications et une intervention de MM. de Lamarzelle et Prevet, la discussion fut close par l'adoption de l'ordre du jour pur et simple, accepté par le Gouvernement.

Le Sénat entendit encore une question de M. Dean^^ dreîs au ministre de l'intérieur^ sur le retard apporté . dans la transmission au Conseil d'État des dossiers intéressant les élections municipales; une interpellation de M. Joseph Fabre sur le sanatorium d'Aubrac et Taltitude de divers fonctionnaires; enfin une question de M. Porest sur les mesures à prendre pour rendre sa prospérité à rétablissement thermal d*Âix-les-Bains.

La Haute Assemblée consacra le restant de ses séances à la discussion en deuxième délibération du projet de réforme du régime des boissons^ Elle adopta en première lecture, par 157 voix contre 80, une proposition de loi modifiant Tarticle 310 du Code civil et disposant qu'après trois ans, la séparation de corps sera de droit convertie en divorce, si cette conversion est demandée par Tépoux qui a obtenu la séparation. Le Sénat acheva également Texamen en première délibération de la proposition de loi relative à la compétence des juges de paix portée au triple de ses limites actuelles, et vota un projet de loi concernant les clôtures de chemins de fer ainsi que le projet relatif aux domaines congéables et ceux sur Tinscription maritime et la *" prohibition des monnaies de billon étrangères.

Pendant les mois d'octobre et novembre, MM. Vidal de Saint-Urbain, républicain, et de la Biiliais, monarchiste, furent élus députés, le premier, dans l'arrondissement de Millau, le deuxième, dans la 3* circonscription de Nantes. Les électeurs de là 1'* circonscription de Bordeaux, avaient également à élire un représentant en remplacement de M. Labat, décédé; le scrutin de ballottage donna IH

UCTOliRE-NOVEMBRE iK9C, 3li9

6,080 voix à M. Ferret, radical-socialiste et 3,246 à M. Decrais, républicaiu; mais le décès de M. Ferret survenu une demi-heure avant la Un du scrutin ne permit pas la proclamation de Télu, et rendit nulles (es opérations électorales.

DÉCEMBRE

e h di»ca£S[ou du budget: — interpella lion s

ijueBtiou adresarSe au niinlslro dsa coloniRa aar 1

Cqnlpognie rojaiH du Niger, — loiErpollation m

iiplflMineDt du général Doddi on Indo-Chine.

Amendemont do

M. Loctroy >u budget de la marine.

Vole de crôdil.

upplénie maires. - Rejet d'une proposition ■

vicliDiM du chia

og«.

S£kat : DiscuBsiDD

ot Yole en deujiirae ddllb* ration de la propositio

la compétence des ju?es do paii. — Question a

iniuialrB des eolo

douiifeme provia

de MM. BoargoDls at Donraer en faveur de l'imp

global Bl progrc

5if sur le rcyenu : - conférence de M. Paul Des

cbansl » Dirmsu

NoiniDalion da M

P. Doumer as gouvernement gi'uérRl de l'Ind

Éleo'

.iollea.

La discussion du budget se potirauivil en décem- Ijre, mais avec une extrême lenteur et des inlerniplions qui, en lin de compte , rendirent impossible le vole de la loi de flnances avant la Sn de la session.

La discussion générale du budget des colonies fut précédée d'une interpellation de M. Michelin aar Madagaitcsr. Lu nécessilé do ce débat ne se Taisait peiil-ôlre pas bien sentir, après celui qui avait eu lieu quelques jours plus lot au Sénat. Avec plus d'opporlunilé, M. le prince d'Arenberg se plaignit de la façon dont la Compagnie royale du Niger

DÉGEMBRS 1896. 361

comprend la liberté de navigation sur ce fleuve, et appela Taltention du Gouvernement et de la Chambre sur les agissements des Anglais. M. André Lebon répondit qu'il n'avait pas perdu de vue les questions relatives à la boucle du Niger et que notre diplomatie s'occupait de faire préciser les déclarations rassurantes du cabinet britannique.

M. Gerville-Réache profita de la discussion générale du budget de la marine pour interpeller le fninistre sur les causes du remplacement du général Doddsdans le commandement des troupes de'l'Indo- Chine par le général Bichot. L'amiral Besnard, qui parla des services du général Dodds comme il convenait, expliqua très simplement qu'il avait placé un générai de division à la tète des 2^,000 hommes qui occupent Tlndo-Chine, parce qu'un corps de cette importance ne devait pas être placé sous les ordres d'un brigadier. La Chambre, satisfaite de ces ' explications, vota l'ordre du jour pur et simple demandé par le Gouvernement.

C'est le budget de la marine qui donna lieu à la discussion la plus longue et la plus vive, et une fois de plus, la Chambre entendit le procès de celte ^administration où il semble, en effet, que la routine «et les abus ne puissent jamais prendre fin. M. Lockroy proposa Tinscription d'un crédit de 50 millions pour le prochain exercice, et de 200 millions à répartir entre les exercices suivants jusqu'à celui <ie 4900, pour entreprendre la réfection de noire matériel naval. Mais le ministre fit rejeter l'amendement en observant qu'aucun plan .d'ensemble ne CDirespondait au crédit proposé et en promettant de déposer un projet de loi dès les premiers jours de la rentrée.

l;àknée politique.

Avant de se séparer, la Chambre vota les crédits aupplémeDlaires. M. Vaillant prit prétexte des dépenses occasionnées par le voyage du Tsar pour demander le vote d'nne somme de 4 millions destinée aux victimes du chômage, que la Chambre refusa.

Le Sénat vota en deuxième délibf^ration la loi relative à la compétence des juges de paix. M. Bérenger, soutenu par M. Monis, essaya d'obtenir le renvoi du projeta la commission pour augmenter les garanties de capacité des juges de paix au moment où leurs attributions étaient étendues ; mai» M. Godin réussit a éviter tout nouveau relard. En dehors de la discussion de divers autres projets ou propositions, le Sénat entendit une question de M. Godin relative à M. Lagarde, ancien gouverneur d"Obock et la session fut close après le vote d'un douzième provisoire déjà accordé par la Chambre,

La propagande oratoire que les divers partis politiques avaient entreprise dans le pays, redoubla d'activité à l'approche des élections sénatoriales. Tandis que MM. Bourgeois et Doumer poursuivaient leurs tournées en faveur de la révision et de i'impàt global, M. Barthou comballait ces prétendues réformes, et M. Paul Descbanel allait réfuter à Carmaux les sophismes socialistes, et reniporlait un magnifique succès là même où, dans sa propre circonscription électorale, M. Jaurès avait été par deux fois dans l'impossibilité de se faire écouter.

Le 28 décembre, on apprit avec quelque surprise que M. Puul Doumer était n

DÉCEMBRE 1896. 363

rai de llndo-Ghine, en remplacement du regretté M. Rousseau. Cette nouvelle fut très diversement accueillie. La plus grande partie de la presse radicale blâma très vivement Tancien ministre des finances de s'être laissé « déporter »]et accusa le Gouvernement de n*avoir songé qu'à se débarrasser d'un adversaire gênant. Parmi les amis du Cabinet, tout le monde ne fut pas non plus d'accord pour approuver le choix qui venait d'être fait, mais il était difficile de contester que ce choix fût bon en soi et que M. Doumer ne dût rendre plus de services en consacrant ses grandes qualités à l'administration de i'Indo-Chine qu'en les employant à prôner un projet de réforme chimérique.

Quatre élections législatives eurent lieu en décembre. Furent élus députés : MM. le D' Grenier, républicain (arrondissement de' Pontarlier), Cornet, radical-socialiste (arrondissement de Sens), Girault, sociatiste-blanquiste (2* circonscription du i 9** arrondissement de Paris), et Rigaud, républicain (4^ circonficription de Saint-Denis).

NECROLOGIE

3 janvier. — Comte dk LAUBBSPiNy homme politique et philanthrope ; — sénateur conservateur de la Nièvre depuis 1888, Né en 1810.

6 janvier. — M. DrEn-MoNcs, sénateur inamovible répïdilicain depuis (882 ; ancien membre de l'Assemblée nationale; ancien conseiller municipal de Paris; ancien président de la Chambre de commerce de Paris de 1883 à 1887. Né en 1826.

6 janvier. — H^ Gilly, évêque de Nîmes.

11 janvier. — M. Avez, député socialiile allemaniste de la Seine depuis 1893.

18 janvier. — M. Charles Flaquet, sénateur radical de la Seine depuis 1804; — ancien adjoint au maire de Paris au 4 septembre ; démissionnaire après le 31 octobre; — ancien membre de l'Assemblée nationale; -^ ancien membre et président du conseil municipal de Paria (1872-1876); — ancien député; — ancien préfet de la Seine ; — ancien vice-président et président Je la Ëhamhre des députés; ancien président du Conseil des ministres. Né en 18!8,

20 jamier. — M*'^ Meigkak, archevêque de Tours, cardinal depuis 189k Né eu 1817.

366 L'ANflÉE POLITIQUE.

19 février. — H, Gatimead, vice-président du Conseil municipal de Paris.

22 février. — M. Abel Hovelacque, anthropolngiste, élève de Broca, ancien membre et président du Conseil municipal de Paris ; — ancien député socialiste de la Seine de 1889 à 1894. Né en 1843.

24 mars. — Colonel Tézenas, sénateur républicain de l'Aube depuis 1885;— député de l'Aube de 1876 à 1885. Né en 18(5.

21 avril. — M. L^on Ski, député républicain des Basses-Pyréoées depuis 1889; —ancien membre de l'Assemblée nationale; — préfet de la Seine du 5 juin 1871 au 7 décembre 1872 ; — ministre des finances du 7 décembre 1872 au 24 mai 1873, dulOmars lâlSau 16 mai 1877 [ministères Buffet, Dufaure et Jules Simon), du 13 décembre 1877 au 21 décembre 1879 (ministères Dufaure et Waddington) et du 30 janvier au 7 août 1882 (ministère de Freycinet);— ambassadeur àLondresduSOavril au 25 mai 1880; — président du Sénat du 25 mai 1880 au 30 janvier 1882. Né à Paris le 6 juin 1826.

26 avril. — H. Feudinjind Huval, ancien préfet de la Seine. Né en 1827.

28 avril. — M. Pieiire Bla^jg, député républicain de la Savoie, depuis 1876, ancien député au Parlement piémontais avant l'annexion de la Savoie à la France. Né eu 1806.

15 mai. — M. Roussblle, président du Conseil municipal de Paris. Né en 1836.

7 juin. — M. Jules Simo.v, sénateur inamovible républicain depuis 1875 ; — ancien membre de l'Assemblée constituante de 1S48, suspendu, puis déclaré démissionnaire de ses fonctions de professeur i la Sorbonne après le 2 décembre 1851 ; —membre du Corps législatif depuis 1863 ; — membre du Gouvernement de la Défense nationale et ministre de l'instruction publique, iSi beaux-arts et des cultes ; président du Conseil du 12décembrel876aul6raai 1877; — secrétaire perpétuel de l'Académie dea sciences morales et politiques, membre de l'Académie française. Né en 1814.

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