BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER
EUaÉNE FASQUELLE, ÉDITEUR
11, RDI DB ORBNSLLS, Il
INTRODUCTION
L'année 1899 a été certainement, au point de vue polilique, la plus troublée et la plus douloureuse que la France ait connue depuis longtemps.
Un seul changement de ministère a eu lieu dans le cours de cette année, ce qui, avec une Chambre aussi inconsistante que celle élue en 1898, peut ne pas sembler excessif.
Mais Tavènement du nouveau ministère, précédé de tant d'agitations et suivi de tant de mesures pénibles, a revêtu un caractère si inattendu et si déconcertant pour tous ceux qui s'efforcent de juger la politique aux habituelles lumières de la raison et du bon sens qu'une grande partie de l'opinion a été — on peut le dire — tour à tour révoltée et stupéfaite de la
INTRODUCTION
:t de certains actes du cabinet sseau . '
de janvier 1899, quelqu'un s'était icer que M. Waldeck-Rousseau, }re à ce moment comme i'espoir cains conservateurs », — suivant mployée jadis par lui-même, — et rie conire le socialisme menaçant t surtout de la grande industrie, moins de six mois plus tard, un t M. Millerand, le chef du collecteur du programme de Saintla principale assise, assurément, îtt été considéré par tous comme
ix mois de temps ont-ils suffi à ms la réalité cette hallucination, e corps h ce cauchemar de politi-
les événements de la première mée politique 1899 qu'il faut en ison ou, — si ce mot ne semble e employé ici — tout au moins
ire que le projet de loi dessaisisire criminelle de la Cour de casment définitif de l'affaire Dreyfus nois de janvier 1899, la première
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étape du 'rapprochement entre les socialistes, la plupart des radicaux et un certain nombre de républicains modérés ou opportunistes, appartenant surtout au groupe de ceux qui se disaient le plus volontiers dans les Chambres les disciples de Gambetta.
Battus ensemble, tant à la Chambre qu'au Sénat, par le cabinet Dupuy qui posa sur l'adoption de ce projet de loi la question de confiance, tous ces républicains, d'opinions pourtant si diverses, conservèrent contre le cabinet Dupuy, de son succès et de leur échec, un commun ressentiment qui ne tarda pas à trouver Toccasion de se manifester.
La mort subite du regretté Président Félix Faure, qui ouvrit en février, d'une manière si inattendue, la vacance de la Présidence de la République, fut l'occasion d'une première manifestation commune.
.La candidature de M. Loubet, président du Sénat, fut en effet posée et soutenue à la Chambre et dans la presse, à l'instigation principale de ceux qui avaient été les adversaires déclarés de la loi de dessaisissement.
Le Sénat ne pouvait que voir avec satisfaction celui qu'il avait choisi comme son président porté à la première magistrature de rÉtat.
INTRODDTIMN.
D de M. Loub<?t qui. va <l'aatres paru si nalarelle à tous, fut [e signal ^s attaques roaire lui et L-oatre les prôcist^oieot pour les rai^oos coolies qui svuient di;>i^é le a<.>UTeaD Je la Hôpubliquo. au i.-h'>is des
di' la loi de dessaisi jseoieu t.
lieu que M. Loubol neiU jamais pris
les qufstioiis briiIauU':^ ïv^ulevées e Dreyfus, le fait que *<'a -•lectiiiD e avec faveur par les ■'■";/ "^an/i- (ui ilra^os des (i/t'it//v, '/,>.(■-•/-.
Je ce grossissement moiistrur-ux que IX faits ies j>olèuiiques de presse el bles suggestions do IVspril de parti, it de la Kêpublique fut bieuliH rep rêne le serviteur dune cause : celle de tent de Dreyfus à tout prix.
'Dt d'ajouter que les jouruiuix revine néglifièreut suouuo occasioa de ur campagne, pour ainsi dir^. par înt du Président Loubol.
îu du trouble général des esprits.
)arut bonne, soit aux partis hostiles ique, soit à ceux hostiles seulement ! parlementaire du régime républitenter un coup de force contre le lent-
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Clameurs hostiles dans Paris contre le Président de la République au retour de Versailles le jour de son élection, manifestations nationalistes diverses, embauchage de la brigade du général Roget, à Reuilly, en vue d'uncoup de force militaire, tenlé par MM. Paul Déroulède et Marcel Habert, telles furent les phases successives du mouvement politique dont Télection présidentielle du 18 février avait été l'origine.
Une trêve se produisit ensuite dans la lutte nouvelle engagée entre les partis, jusqu'à Tarrêt tant attendu de la Cour de cassation sur le procès en revision Dreyfus.
Presque en même temps que le jury de la Seine acquittait à la fin de mai MM. Paul Déroulède et Marcel Habert pour leur tentative avortée le 23 février 1899 à Reuilly, la Cour de cassation prononçait solennellement, par son arrêt du 3 juin, admettant la revision du procès Dreyfus et renvoyant ce dernier, pour être jugé à nouveau, devant le conseil de guerre de Rennes, ce qu'on pouvait croire le dernier mot de cette si longue et si douloureuse affaire.
Dès le lendemain de cet arrêt (4 juin), la trêve des partis fut rompue et Facte d'odieuse violence tenté par un énergumène royaliste, au
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champ de courses d' Au teuil, contre le Président de la République, marqua — on peut le dire sans exagérer en rien — le début d'une politique nouvelle.
Depuis la loi de dessaisissement, l'opposition contre le ministère Dupuy n'avait fait que croître en importance et en étendue, les uns lui reprochant sa politique de itatisfactions alternatives à l'égard de tous les partis, les autres lui reprochant sa faiblesse à l'égard des adversaires du régime républicain.
L'insuffisance des mesures d'ordre, prises à. Auteuil, le jour où le Président de la République fut frappé, eût fait tomber le ministère, dès le lendemain, s'il ne s*était défendu devant la Chambre en revendiquant hautement la responsabilité des arrestations d'un certain nombre de sporstmen royalistes, opérées au cours de la manifestation d'Auteuil.
Huit jours après, le cabinet Dupuy tombait, en apparence sur une autre interpellation, mais, en réalité, succombant aux suites du coup de canne de l'agresseur de M. Loubet.
L'opinion générale désigna M. Poincaré comme le futur président du conseil. Ce fut, après la tentative ministérielle infructueuse de celui-ci, la personnalité très inattendue de M. Waldeck-Rousseau qui apparut au pouvoir.
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La combinaison qu^il élabora était encore plus inattendue que son retour aux afiPaires.
Pour la justifier, il mit en avant la nécessité de la défense républicaine.
Dénomination nouvelle et plus saisissante de cette vieille connaissance : la concentration républicaine. Celle-ci s'était donnée comme une méthode permanente de gouvernement.
Celle-là ne semblait prétendre qu'à un rôle temporaire, comme la crise aiguë dont souffrait le pays et qu'elle se flattait de résoudre.
L'affaire Dreyfus liquidée tant bien que mal par la grâce présidentielle qui suivit immédiatement la nouvelle condamnation prononcée à Rennes, le ministère Waldeck-Rousseau semblait devoir, ainsi qu'il l'avait presque annoncé lui-même, laisser la place à un gouvernement ayant un programme, une méthode, des principes ou tout au moins quelques idées directrices communes.
Il n'en fut rien. Au procès Dreyfus, le gouvernement fit aussitôt succéder le procès de la Haute-Cour, puis les projets de loi sur le contrat d'association, la réforme des conseils de guerre, et, enfin, le projet sur le stage scolaire. Par ce dernier projet surtout, l'opinion fut déconcertée. Si deux hommes aussi dissemblables que MM. Waldeck-Rousseau et Millerand
INTRODUCTION
; pu s'entendre, sous prétexte de garanties r des futurs fonctionnaires, pour faire rer par la loi la plus formelle atteinte à tii de penser et aux droits des citoyens, objection pouvait-il y avoir à ce que ces hommes politiques s'entendissent égaleans l'avenir sur la séparation des Eglises l'Ktat, par exemple, ou -bien, dans un rdre d'idées, sur l'impôt sur le revenu, y avait pas en effet dans Igs questions ; de côté d'un commun accord plus Icultés que dans les questions qu'on lécidé à résoudre. Celles-là ne présen- ;ufere plus d'atteintes au droit individuel
paix des consciences que celles-ci. prétendue modération des idées du prédu conseil n'avait pas été choquée par s, pourquoi ne s'accommoderait-elle pas lent des autres?
i, peu à peu, les principes disparaissant, érèts prenant leur place et l'objectif
de constituer une majorité, de l'ac- , et, dans ce but, de prévenir ses désirs îs avoir éveillés, devenant la fm suprême >litique, il n'y avait aucune raison pour combinaison ministérielle de M. Walousiiftau, qui, jugée aux règles de la (,ne semblait pas durable en juillet 1899,
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ne continuât pas à vivre en octobre de la même année et pendant les mois suivants.
De fait, elle a terminé Tannée 1899 et commencé Tannée 1 900, grâce au concours permanent, mais non désintéressé, que les fractions radicale socialiste et . socialiste de sa majorité lui ont prêté dans la Cli ambre.
Le quasi-asservissement des socialistes, conséquence de la présence d'^un des leurs au pouvoir, a été assurément le fait le plus étrange et le plus surprenant de cette année politique.
Cette attitude nouvelle des socialistes est apparue surtout dans les grèves, conduites souvent par eux comme des combinaisons parlementaires, avec plus de souplesse et de ruse que de violence.
Les interventions de la force publique dans les grèves, jadis flétries par les députés et les journaux socialistes du nom déshonorant de provocations policières^ ont été plus récemment représentées par les mêmes hommes et les mêmes organes comme de simples malentendus et comme des excès de zèle sans conséquence.
Le langage du bon sens a été ainsi, par tactique, tenu dans des journaux et dans des discours habituellement employés à proférer des appels à Tindignation.
1 INTRODUCTION
Les grèves ont été d'ailleurs le plus possible imitées et terminées par les mêmes hommes olitiques qui jadis les entretenaient avec soin, l'est ainsi que des sentences arbitrales, méit favorables aux ouvriers grévistes, nt pu être, avec succès, représentées au proléiriat moutonnier comme de grandes victoires uvrières.
Tout cela permet de constater, avec la disciliae des troupes socialistes, la responsabilité e leurs chefs dans les grèves, qu'ils peuvent à ait-gré rendre violentes ou bénignes suivant u'il leur plaU ou non de créer des embarras u gouvernement.
C'est un renseignement è. la fois intéressant our le passé et utile pour l'avenir.
U est bien probable que lorsque M. Millerand u tel autre socialiste oe sera plus ministre, ;s revendications de la classe ouvrière seront nouveau défendues sans ménagement et sans iplomatie.
Nous verrons alors reparaître les sommaons impérieuses aux pouvoirs publics, les tenaces contre le capitalisme, les interpel- Ltions sur les grèves accompagnées des habilelles colères oratoires contre l'intervention es gendarmes et de la force armée dans les snflits d'intérêts patronaux et ouvriers.
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L'année 1899, qui restera comme une époque tristement politique et judiciaire, n'a pas été une année législative.
Trop de procès et de projets politiques, peu, très peu de lois, tel est le bilan de celte année, année qui a été une période de déchirements et de désunion pour notre pays.
Puisse Tannée 1900 nous apporter un apaisement réparateur qui est dans les vœux de tous ceux qui ne cultivent pas la haine et ne croient pas à sa prétendue fécondité !
JANYIER
Réception du oorps diplomatique à l'Élyséo. Allocution du Président Félix Faure.
Affaire Dreyfus. Situation respective des partis politiques à ce sujet à la fln de 1898 et au début de l'année 1899. <~ Fondation de la Ligue de la Patrie fi-ançaise.
Appel à rUnion. — Incidents soulevés au cours de l'eiiquèt» criminelle de la Cour de cassation. — Démission de M. Quesnay do Beaurepaire, président de la chambre civile de la €U>ur de cassation. '^ Campagne de presse.
Ouverture de la session parlementaire ordinaire de 1899. —Constitution du bureau du Sénat et du bureau de la Chambre ; discours d'installation du président de la Chambre, M. Paul Deschanel.
Ghambbb : Interpellation de M. Mille voye sur les causes de la démission de M. Quesnay de Beaurepaire. — Interpellation de M. Breton sur le dossier « ultra-secret » de l'affaire Dreyfus.
Brochure de l'ex-commandant Esterhaxy sur « les dessous de l'affaire Dreyfus ».
SÂNAT : Discours d'installation du Président Loubet. ■— Interpellations de MM. de Ghamaillard et Le Provost de Launay sur le retard de la Cour de cassation à statuer sur la demande en règlement de juges déposée par le lieutenant-colonel Picquart.
Chambre : Ajournement de la proposition Gerville-Réache tendant & faire juger les demandes en révision des procès criminels par toutes les chambres réunies de la Cour de cassation.
Décision du Conseil des ministres de déposer un projet de loi faisant juger les demandes en revision des procès criminels par toutes les chambres réunies de la Cour de cassation.
Chambre : Dépôt de ce projet et discussion sur le renvoi de ce pro«
jet à la commission. Vote.
2 I.ANNKK l'DLITIQl'E.
SÛIAT : Qiiotlisn 4« U. Jacquri Mébrari] utr 1- , Corae, — Quettion de M. Visi'ur lar les cam *mx l'mrmte.
Adoption, en pr^inière Uctiire. du bulgi'I do toi rt
fraDca-ilalicii.
CuAUBBB : DiscussioD tii-iivralE du |ii'ij.ietdu IK'jD. — Inipoc cmùon géndraEe du t>iiil}»t des an'jiiri's i^trjing^rpa, — \
Wïcmsion ot vote du hudgel do ITnti'rienr. — Disi^uasion t des cultes. Vote. ~ Discuiision du budget des sorvlcespinil
Question de M. l'asoh»! Croussot A ÏC. I.ookroy, minlalre ilc sur Les bstcaux sous-iiiariu».
InlorpelUtion de M. Cl.ai-lcs Ili^rnai^L sur les aaUm ùlecl
. Les préoccupations nées des incidents francoanglaia à Fachoda n'élai«nt pas encore calmées quand s'ouvrit l'année 1899, Le discours prononcé te 1* janvier à la réception du corps dipfotnalique à TElyBée par M. le président Félix Faure eo porta la trace. Répondant i M"Clari, nonce apostoliqoe, ^
rEarope de marquer les véritables mobiles auxquels la France avait obéi en ne poussant pas à ses exlrêfnes limites la querelle que TAnglelerre lui avait cberchée dans le Haut-Nil.
Ce n'était pas de la part de notre pays une poiltique d'abdication, ntais un juste souei de ses responsabilités et des conséquences d'une résolution violenle, qui Tavalt poussé, de propos délibéré, à faire à sa propre sécurité tous les sacriGces compatibles avec Tbonneur national.
L'année 4899 devait être, comme Tannée 1898 l'avait été elle-même, l'année de « Taffaire Dreyfus. »
Commencée dans les derniers jours de 1897 comme pourrait Tètre toutecampagnepubliquepour la revision d'une erreur judiciaire quelconque, la demande en revision de ralTair» Dreyfus n'avait pas tardé à devenir le cliamp de bataille des partis politiques, champ de bataille à transformations, les partis politiques ne s'étant pas d'abord nettement groupés comme il était logique qu'ils se groupassent par la suite.
C'est ainsi que dès les premiers débats soulevés dans les Chambres sur ce sujet, les partis avancés, radicaux et même quelques socialistes, avaient reproché au cabinet Méline de mettre de la mollesse dans la défense de l'autorité de la chose jugée et dans la protection de l'armée et de ses chefs contre les polémiques de presse et de réunion.
Devant le suffrage universel^ un grand nombre de radicaux avalent presque accusé le ministère Méline d'èire, par son attitude, complice plus ou moins inconscient de la revision du procès Dreytus.
Le mioisière Brisson c'était constitué en \ma 4B9S avec M. Gavaignac pour ministre de la guerre.
i LAN.SÉE POLITIQUE.
Gelni-ci garaotissait au cabinet radical l'appoint, nécessaire k ea nnajorîlé, des députés nalionallttea . qnî avaient la plus absolue confiance dans les sentiments ( antirevisionnistes » du ministre de la guerre, partagés à ce moment d'une manière pubKque et officielle par tous ses collègues du cabinet. Seuls, les socialistes, ou plulAl quelques-uns d'entre eux, formaient la poiguée de parlementaires acquis à ce moment h l'idée de la révision. Encore était-ce leur étal d'esprit antimilitariste qui les y avait conduite, plue que toute autre considération.
Le fameux discours du 7 juillet tS98, dans lequel M. Cavaignac, ministre de la guerre, donna à la (HminËbe les prétendues preuves de la culpabilité de Dreyfus, commença à Taire naître quelques anxiétés dans un très petit nombre d'esprits. Uais les situations respectives des partis politiques par rapport à l'affaire Dreyfusn'enfurentpointniodinées.
Il fallut le coup de tonnerre de la révélation du faux du lieutenant-colonel Henry pour modifier, de fond en comble, les positions prises.
Le parti socialiste devint tout entier et violemment révisionniste. Le parti radical suivit, une fraction avec enthousiasme, une autre avec résignation, la politique révisionniste de M. Henri Brisson.
Le parti républicain progressiste se trouva assez désorienté. Un certain nombre de sesmembres avaient été convaincus par la révélation du faux Henry de la nécessité de la révision. H. Barthou, ancien ministie de l'intérieur du cabinet Méline, n'avait pas hésité, dès la première séance que tint le groupe républicain progressiste, à la rentrée d'octobre,ii faire connaître que telle était son opinion. M. Poincaré était d'un même sentiment. Mais la grande majorité des
républicains progressistes s'étaient séparés d'eux sur ce point. Ils voulaient bien, ne pouvant faire aulrement^d' ailleurs, accepter le fait accompli de la revision ; mais le dossier secret de l'affaire, dont on parlait beaucoup, les affirmations des minisires de la guerre sur la culpabilité de Dreyfus, tout, jusqu'à la campagne des partis avancés pour la revision, la leur rendait suspecte.
Quant aux partis nationaliste et de droite^ ils avaient cru voir dans les attaques sans mesure dont un grand nombre d'officiers avaient été l'objet dans certains journaux une occasion de reconquérir une influence politique disparue, en présentant la revision décidée par le gouvernement comme une injure à l'armée. Opposer la justice à l'armée, dénoncer les révisionnistes comme des fauteurs de trabison, faire incliner, sans discussion, l'opinion publique devant l'avis exprimé par les ministres de la guerre sur la culpabilité de Dreyfus, telle fut la tactique politique adoptée pair l'opposition de droite. Celle-ci se Qallait de Tespoîr que la grande majorité du pays dût accepter cette tbése qui avait assurément le mérite d'une simplicité presque brutale. Elle s^opposait exactement à la thèse aussi simple et aussi brutale du parti socialiste qui voyait, dans les regrettables et parfois coupables menées de certains officiers de Tétat-major, un moyen inespéré de faire peser, par d'injustes généralisations, la suspicion sur le plus grand nombre possible de chefs, et de réaliser ainsi les tendances antimilitaristes qui sont au fond même du programme socialiste.
Entre ces deux violences extrêmes, le spectacle de ceux qui demandaient simplement le respect des principes du droit, l'observation des lois, la justice
■6 L'ANNÉE POUTigUK,
pour tons, pouvait apparaître commâ une étrange anomalie et laisser l'iAiprenicMi d'impuiuance d'un paciAcatcur qui, par la persuasion et le raisonnement, essayerait d' éteindre les clameurs d<' deux eonemia aux prises el d'abaUser leurs poings levés.
Le lainrsLire Dupuy lenla ce rdie, maissemblavite, ans yeux mimes de t>eaucoup de parlementaires, vouloir chercher à lort la pacification dans des b«IUfactions alternatives accordées à chacune des deux grandes fraeUons qait l'alfaire Dreflus avait opposées l'une à l'autre.
A mesure que l'enquête de la ebambre crintinelle de la Coor de cassation se poursuivait, l'agitaiion semblait croître.
Bien que le secret le plus absolu lût gardé sur les dépositions entendues au cours de celle enquftle, les i< antirevigtoDuiales h, redoutant que l'arrêt à idtervenir f6t rendu contre leur opinion, multipliûsnt les réunions et tes campagnes de presse pour rendre suspecte i'œovre des magistrats en suspectant les magislrals eux-mêmes.
Diflérentes ligue* Turent Eondées dans ce but vers la fin de 1898 et le commencement de 189d.
La plus importante d'entre elles, sans contredit, parle nombre el l'importance de ses adhérents, fut celle qui prit le litre de * /.iifue de la l'atne française ».
Dans son appel au public, celle Ligue se disait u persuadée que l'agitation actuelle nesaurail durer davantage sans comproinetlre marleUement le»
intérêts vitaux de la Patrie françaite et nolamotent ceux dont le glorieux dépôt est aux mains^de V Armée nationale ». Le but qu'elle se proposait était « de travaillefl à maioteiùr, en les conciliant avec le pro-
JANVIER ISill». 7
gréa dea idées et des mœur?» les Iraditions de la Patrie française ek de forlifier l'esprit de solidarité qui doit relier enlre, elles à travers le temps toutes les géfiéralions d*an grand peuple >».
Plu» de la moitié des membres de T Académie française^ au premier rang desquels MM. François doppée et Joies Lemaltre, signèrent cet appel qui rencontra aussi Tadhésiou d*un assez grand nombre des membres de rUuifersité, d'avocats, de magistrats et d'officiers.
Les termes mêmes de cet appel semblaient présager le désir de ses auteurs de contr ibuer à l'apaisement de Fagîtatton entreprise pour ou coi»tre la revision du procès Dreyfus.
Un journaliste monarchiste, M. Hervé de Kérohant^ qui avait signé un manifeste en faveur de la mise en liberté du lien tenant-colonel Picquart, le comprit ainsi et signa Tappel de la Ligue de la Pairie française. Mais le Comilé de la Ligue déclara que si M. Hervé de Kérobant setiiblait partager les sentiments de la Ligue, la Ligue ne partageait pas tous les siens, et décida de Texclore, ainsi que tous ceux qui avaient exprimé publiquement une opi-' nion favorable à Dreyfus ou à PlcquarL
La Ligue semblait devenir dès 101*3 une ligue d« parti, ouverte à tous les partisans de la thèse anti* revisionniste, fermée à tous les partisans de la thèse contraire. Ceux qui avaient conçu Tespoir de tra« vaiiler à Tapaisement en répondant à son appel furent vite détrompés.
Le discours^ d'ailleurs très éloquent, par lequel M. Jules Lemailre ouvrit le 19 janvier, dans la salle de la Société d'Horticulture, devant plusieurs milliers de personnes^ la séance d'inauguration de la Ligue,
s L'ANNÉE POLITIQUE.
ne dissipa pas cette impression que la Ligue prenait de plus en plus parti dans i^affaire Dreyfus du côté antirevisionniste contre l'autre.
Aussi, vers la fin de janvier, un certain nombre de professeurs de philosophie à la Sorbonne, tels que MM. Janet et Boulroux, et de littérateurs éminents, tels que MM. Sully-Prndbomme, Victorien Sardou et Lavisse, prirent-ils l'initiative de ce qu'ils appelèrent un Appel à l'Union. Cet appel était ainsi conçu :
Il ne s'agit pas d'une nouvelle ligue, mais de rallier, par une déclaration commune, les amis de la légalité , et de la paix publique.
\jha soussignés, déplorant les appels répétés à Tillégalité, à la violence et à la haine, persuadés qu'à Tbeure présente le devoir de tous les Français est de travailler à la conciliation et à l'apaisement;
Egalement respectueux de la magistrature, gardienne de la justice, sans laquelle aucune société ne saurait subsister, et de Tarmée, école de dévouement et de sacrifice, nécessaire à la nation pour la défense de son territoire et de ses droits;
Affirmant l'égalité de tous les Français devant la loi ;
S'accordent pour déclarer que l'agitation actuelle, funeste aux intérêts vitaux de la patrie, ne peut prendre fin que si tous les bons citoyens s'inclinent par avance devant la décision, quelle qu'elle soit, de la Cour de cassation, tribunal suprême du pays.
Irréprochable dans sa rédaction et dans son objet, cet appel, qui réunit un certain nombre de signatures, ne rencontra .pas au milieu des passions, à ce moment déchaînées, Timmense adhésion qu'il aurait dû recueillir pour être efficace.
L'attention publique fut d'ailleurs bientôt attirée par un racontar qui sembla d'abord sans importance
et autour duquel la politique intérieure devait évoluer, cependant, durant plusieurs mois.
Une interview d'un juge au tribunal de Versailles, M. Groftjean, parut dans un journal du soir et fit connaître que M. Quesnay de Beaurepaire, président de la Chambre civile de la Cour de cassation,
avait été à même de constater la partialité de ses collègues de la chambre criminelle, chargés de Tenquéte Dreyfus. M. Quesnay de Beaurepaire aurait raconté au magistrat de Versailles le fait que voici : Au cours de Tenquète de la chambre criminelle, M. le conseiller-rapporteur Bard, des dossiers à la main, aurait ouvert précipitamment la porte du cabinet de M. Quesnay de Beaurepaire et, croyant y trouver seul le lieutenant-colonel Picquart attendant son tour de déposer devant la chambre criminelle, se serait écrié : « Mon cher Picquart, quel est votre avis sur la déposition du général Roget? »
Il y aurait eu ainsi une sorte de concert entre certains témoins et le magistrat rapporteur contre d'autres témoins et aussi d'autres témoignages. L'imputation était grave.
Le garde des sceaux Lebret ouvrit aussitôt une enquête qui aboutit rapidement aux conclusions suivantes :
Le jour où il devait «^tre entendu par la chambre criminelle, le lieutenant-colonel Picquart avait été conduit dans le cabinet d'un des présidents de chambre de la Cour suprême pour attendre sa comparution, la Cour de cassation ne disposant d'aucun local pour y faire attendre les personnes dont la déposition est demandée.
M. le conseiller Bard fut charg»' d'aller prévenir le lieutenant-colonel Picquart que la Cour, occupée par d'autres dépositions, ne pouvait l'entendre ce jour-là.
10 L'j\N.NtK l"!!!.!!'!!,!!!;-
H ê". rendit poc erreur au caUiiiel de M. Qui Beau repaire, présîdeut de chambre, où il qu'avail été conduit le iieulenant-colonel F
L'erreur fut immédiatement reconnue et M.
averti qoe le lieutenaat-cotonel Pic^nort se trouvait dan» le cabinet du président de chambre Tanott. Il s'y rendit et trouva là, en effet, le Heulenanl-oolonel, soas la ^iirde d'un capitaine de gendarmerie et d'un agent dp la sûreté.
Et n'ajant jamais vu le lieutenant-colonet Picqaart et ne pouvant .t 'adresser directement à lui, il se borna, a)ir^3 avoir ouvert la porte du cabinet, à prévetiir que la Cour ne pouvait eutendre le lieiilenanl-coloncl.
M. Picquart s'avauçant alors dit: « C'est moi qui snîs le lieu tenant-eo Ion d Picquart. »
Il n'y eut pa^ d'autres paroles échangées.
Le 8 janvier, au lendemain du jour où les résultais de celle enquête avaient été communiqués aux journaux. M, (Juesnay de Beaurepiire adressait au re lie la justice sa démission de président de ire à la Cour de cassation et^la faisait connaSdirecleur de VAgence Haum, en l'infurmaat 1 intervenait « à )a ^uite d'un désaccord surelativement à l'enquête ouverte & la Cour de
^ndemain, 9 janvier, le magistrat démissionîommençaif , dans le journal l'Echo de Paris, rie d'articles sur les causes de sa démission, sriminait ses anciens collëgiiea de la chambre elle d'avoir maniresté ouvertement leurs prêts et leurs antipathies. Ne pouvant supporter ^ingtemps on pareil spectacle, il déclarait îr H s'en aller », mais non sans afQrmer qu'il )erail d'inanité l'arrêt qui se [iréparaiE « et vengerait noire armée et ses chefs des injuil leur fallait subir en silence *.
JANVIEH 1899. Il
Quant au fait qui avait donné lieu à lenquêt^ ordonnée par le garde des sceaux, M. Quêsnay de Beaurepaire en fit un récit qui ét^it sensiblement pareil aux con cl usions officielles. li reconnut qVit avait autorisé le greffier en chef de la Cour de cassation à user de son cabinet pour y faire attendre le lieutenant-colonel Picquart. Le 24 novembre, il avait repris son cabinet, ayant à y travailler.
Ce jour-là, le 24- novembre, copliDuaU-il, eiiire trois heures et trois heures et demie, j'entendis qu'on ouvrait vivement el sans frapper la porte du vestibule, puis la porte du cabinet. Un peu surpris, je levai la tête et j'aperçus M. le conseiller Barden costume d'audienoe. Mon premier mouvement fut celui de la con^ fiance, car M. Bard est un de mes anciens camarades, et bien que nous ne nous fréquentions pas au dehors, nos relations au Palais étaient excellentes. Mais je constatai aussiiôt qu'il s'tirrêlait court et me regardait comme une personne qu'on ne cherche pas. Il dit : a Ah! paràonî » et dessina un mouvement de retraite. Je lui adressai je ne sais quelle question banale pour dissiper cet état de gène, et M. Bard, regagnant le vestibule, me dit à peu près ceci : « Tiens! je croyais qu'il y aTait ici un prisonnier. »
■ Je m'étais levé machinalement comme jiour ie reconduire, et il me semble que je lui répondis : u On Ta peut-être déposé chez mon collègue Tanoii. »
Il disparut rapidement. Voilà toute la scène exacte et complète.
Puis, d'une manière assez în al tendue, M. Qnesna;^ de Beaurepaire continuait ainsi : « Je «epuis cacher que cet incident me causa une impression pénible. »
Il semblait — Tenquète ordonnée par le ministre de la justice et le récit de Tancien président de la €h«inbTe civile étant au fond d'aoeoird dans leurs lignes essentielles — que Taffaire dût e» iiester là.
12 LA.NNÉE POUTIQUE.
MaisU. QiiesaaytteBeaurepairen'avai.^».,
poar si peu aa démission de président de cliambre.
Il voulait, comme il l'avait anDoncé, nrapperd'inanilé l'arrêt de la chambre criminelle.
11 allégua donc ane série de faitt nouveaux au sujet desquels il demandait au garde des sceaux ds faire une enquête.
Parmi ces faits se trouvaient l'imputation contre le président de la chambre criminelle, H. Lœw, d'avoir fait servir au lieutenant-colonel Picqaart un breuvage réconfortant après une de ses dépositions, puis le mécontentement du capitaine de gendarnierie chargé de la garde da lieutenant-colonel Picquart devant les marques de bienveillance qne lui auraient données les magisirats, puis le refus d'un homme de service de la Cour de cassation de préparer un grog chaud pour Picquart, s'exprimant ' sous cette forme pittoresque : « Préparer un grogt J'aimerais mieux lui donner un vomitif 1 »
L'excitation des esprits sur tout ce qui touchait & l'alTaire Dreyfus était telle que les aaserlions de M. Quesnay de Beaurepaire, reproduites dans loas les Journaux, servirent de nouveau champ de bataille aux partisans et aux adversaires de la révision.
Dès ce moment une campagne de presse se dessina en faveur du desEaisissement de la chambre criminelle considérée par quelques-uns, malgré les résultats de la première enquête conGrméeen somme par le récit de M. Quesnay de Beaurepaire, comme discréditée.
La rentrée des Chambres pour la session ordinaire de 1899 avait lieu précisément à ce moqient (tO janvier^.
Au Sénat, x\f* Wallon, doyen d'âge, défendit dans son allocution d'ouverture, la Constitution de 1875, dont 11 était Tun des principaux auteurs, contre les attaques dirigées contre elle.
A la Chambre des députés, M. Boysset, doyen d'âge, prononça un discours d'ouverture qui fut .surtout applaudi par les partis autres que l6 sien. Bien que le parti radical-socialiste, auquel appartenait le président d*âge. se fût engagé très avant dans la politique révisionniste, M. Boysset par le ton général de son allocution, qui contenait même un appel à la « France de Jeanne d'Arc », sembla se séparer des traditions^ des usages oratoires et des tendances de son parti.
M. Paul Deschanel, président sortant, paraissait, quelques jours encore auparavant, ne pas devoir rencontrer de concurrent, tant il avait rempli à la satisfaction générale les multiples devoirs de sa haute tâche.
M. Henri Brisson se décida cependant à tenter les chances du scrutin. Elles lui furent nettement défavorables.
M. Paul Deschanel fut en effet élu au premier tour de scrutin par 323 voix contre 187 données à M. Henri Brisson. ^
Furent élus vice-présidents : MM. Aynard, député républicain libéral du Rhône (345 voix) ; Maurice Faure, député radical de la Drôme (342 voix); Co« chery, député républicain du Loiret (337 voix) ; Mesureur, député radical-sociali3te de la Seine (308 voix).
Les secrétaires élus furent : MM. Ruau, député radical de la Haute-Garonne (322 voix); Dubief, député radical de Saône-et-Loire (320 voix); Drake,
■ANNKK POLITIQUE.
&jn d'Indre-el-LoÎpe (311 voix);
député conservalear de la Seîn«,
tteau, député radical d'Eure-et-Loir
ry-Havarin, député républicain du
i; Grouseier, dépoté sodaliete rêvo-
Seine (Î69 voix}.
élue farent : MU. Gaslave Rivel.
) rUèfC (36t Buffrages); Lecheval-
blicain de la Seine-Inférieure, (361
imely député radicaf de ta Vendétt
eelioo du bareau, qui eut lieu le donna les résutlats suivants :
ésident sortant, fut réélu par il 8
ihauveau, eénatear répubiicain de 6nateur inamovible, républicain, de ur radical du Loi, et Demôle, sénadeSa6n«-et-Loire, furent élus vîci:- «, 190, (83 et 178 suffrages.
élus fnrenl MM. Snvary, sénateur FinÎBlère (183 snffrages); Prev<'l, cain de Seîne-el-Marne [180 suffiaateur radical de l"Yonne (179 suTde Blois, sénateur monarchiste de 177 snffrBges); Taulier, sénateur cluse (177 suffrages); Decaoville, icain de Seine-eL-Oise (t7S suffra- Sibour, sénateur radical du Gard
Ratier, sénateur républicain de •»fes).
naleurrépufalicainde l'Aube, Dueo- |iuMîcMn de la Durdogae, et Cat<o1,
JANVIER 18i)î». 15
sénateer inamovibîe^ républieain, furent élus qaes» teors par (8t» 474 et 471 voix.
C^était le bureau même de Tannée précédente qui se trouvait ainsi réélu sans modifications.
Leurs bureaux respectif? ainsi constitués, Les Chambres purent commencer keors travaux.
Dans sa séance du 42 janvier, la Chambre des députés entendît un très beau discours de son président réélu» M. Paul Desclianei, et Taccueil qu'elle lui fit exigeai autant que la valeur aratoire de ee morceau d'éloquence politique, qu'on lui fasse sa place dans ce recueil :
Messieurs et chers collègues,
Le nouveau témoignage de confiance do«t voos venez de m'honorer me remplit d'une émoticn profonde et d'une reconnaissance indicible. En même temps, il fortifie mon ferme propos de maintenir à riijstitution de la présidence ce qui est, suivant moi, son vrai earaclère; car, {e jour où l'homme de parti percerait sous l'arbitre, où le fauteuil présidentiel deviendrait une autre tribune, où, d'ici, partiraient le mot d'ordre à une fraction de la Chambre et Tattaque contre une autre, le régime de discussion serait vicié (tans son principe, puisque la balance serait faussée par la main même gui la doit tenir égale. {Applaudissemntts sier un grand nombre de bancs.)
Aussi bien, FimpartiaUté, qui est ici le premier devoir professionnel, est une joie morale pour qui aime toutes les grandeurs et toutes les gloires de la France, de son histoire et de son génie (Tms 6ie« /), pour qui sent et respecte la légitimité d'aspirations en apparence contradictoires, mais que la science politique consiste précisément à concilier et h fondre dans une harmonie supérieure, d'une [Kirt la continuité des vues, la suite dans les desseins, la stabilité, sans lesquelles il n'est point d'entreprise nationale durable, et d'autre part les impatiences généreuses d'une démocratie avide de
ITIQCE.
irité. {Applaudissements.) dans ma pensée, l'action i cette magisl rature ne pendant nos séances, au ['elle doit se faire sentir jour pour ainsi dire et h i les hommes qai ne se Ht ne se combattent que ' facilitant les moyens de vilement, en faisant tomiclies qui isolent les uns non seulement tes groules divers groupements ur le plus grand mal du lir de consiant» rap[)ortï 1 pas, certes, avec l'illuonllits qui sont l'essence lut pays libre, mais avec : plus possible ce qu'il y l'accessoire et de subal- , préjugés, partis pris, ever au-dessus de ces ctrines et des principes?
tes bons citoyens vers la 'e que dans les conjouc-
illicitude maternelle ses sauvegarde de son indé- :e même. (App/au dissela passion de la justice plaudissemtnts.) Or, par aste impie pourrait-on IX nobles amours de la rer le cœur? {Applaudis-
lOire race que ses crises eule; mais cet honneur de que l'ivresse de potéoéralisations précipitées portés d'une main trop
rude par des Français à des Français, prenons garde que ces divisions, exagérées au loin par la crédulité ignorante "et perfidement exploitées par la malveillance et par l'envie (Applaudissements sur un grand nombre de bancs.) j ne fournissent des armes aux intérêts rivaux qui nous guettent. [Très bien!)
C'est à vous, messieurs, représentants de la nation, qu'il appartient de donner l'exemple du calme et du sang-froid (Rumeurs ironiques à V extrême gauche. — Applaudissements sur divers bancs.)) car la dignité de nos débats est une part du bon renom de notre pays et une condition de sa puissance. Celte Chambre, qu'on a vue si ardente à certaines heures, parce qu'elle était toute frémissante encore de la bataille électorale, a montré en plus d'une rencontre que, lorsqu'il s'agit de nos intérêts extérieurs, elle sait obéir aux inspirations du patriotisme le plus éclairé et s'imposer à elle-même cette discipline morale sans laquelle il n*est de vraie force ni pour les individus, ni pour les assemblées, ni pour les peuples. (Applaudissements.)
Cette sagesse ne l'abandonnera pas dans l'accomplissement des diverses tâches que le pays attend d'elle et qui réclament votre activité et votre expérience.
Ce sera le plus sûr moyen de préparer le succès de ces fêtes du travail, où la France va offrir aux nations le merveilleux spectacle de ce xix« siècle, grand entre les plus grands par les lettres et par les arts, mais qui, par la science, a plus changé le monde à lui seul que n'avaient fait tous les siècles antérieurs.
Nos sympathies et nos vœux accompagnent tous les artisans de cette grande œuvre, les plus modestes comme les plus illustres, car ils travaillent tout à la fois pour la France et pour la paix de l'Europe.
Messieurs et chers collègues, il me reste un devoir bien doux à remplir, celui de remercier en votre nom le bureau provisoire, notre cher et vénéré doyen, ce vétéran des luttes démocratiques, et nos secrétaires d'âge, qui apportent ici, avec la llamme de la jeunesse, tant de promesses de talent. En la personne de M, Boysset, je rends hommage à cette forte race de vieux républicains (Applaudissements.), si droits, si purs,
L ANNÉE fUUTlOlE.
ule» les heures de lenir vie, rou» out donné idiBtrables exemple» de constance, d'énergie t de désintéressement. {NowiemiX oppioNdà- Jc les salue en. lui avec un respect filial.
a ayant touiours devant les yeux leurs nobles le nous conlinueroNS de bien servir la Francepublique; c'est eu nous inspirant de lears que nouï garderons au cmur une foi tndom|H s le génie de la France, un iniincible espoir ■stinée^i eoliu, ce que les Grecs, dans lear ; langage, api^elaient te dieu iatérîeur, lenle — ealboHstasme pour la liberté, pour la pour la patrie. {ApplaudiMenuitli protongii »ur aitd nombre de baitcs.)
e on diivail s'y allendre, ta preraï^e dîsi laquelle se livra la Cbambre fut celle erpellation sur les causes de la démission esnay de Beaurepaire.
levuye, député nationaliste de Paris, en rtncipal signataire.
ivernement avait cependant décidé, dans il des ministres, tenu la veille, d'ordonner elle enquâte sur les nouvelles imputations lar M. Quesnay de Beaurepaire contre cer- [istralsde la Chambre criminelle, zèle des interpellatenrsne pouvait attendre.
evoye affirma que la démission de l'ancien de la Ciiambre civile avait causé une émo- )nde dans le paya en accroissant le trouble jon r|ui y régnaient déjà. Après avoir loudisserté sur les principales imputations par l'ancien magistrat, M. Hillevoye conétait temps « d'arrêter l'œuvre d'une ma- : politique et de rendre à ce pays des iBt r&me TrançaÎBe ».
JANVIER l»i'9. t»
. M. Lasies, député nationaliste du Gers, souleva od vif incident de séance, en renouvelant contre les magistrats de la Cour de cassation les attaques du précédent orateur. Il le ut avec une violence inositée jusque-là au Parlement^ en ap|>elant MM. Lœw^ Bard elManau a un trio de coquins ».
M. le garde des sceaux Lebret et M. le président du conseil Diipuy protestèrent avec indignation contre de telles paroles.
M. Dupuy annonça, aux applaudissements d'unegrande partie de la Chambre, que si la discussion devait continuer sur ce ton, le gouvernement s'abstiendrait d*y prendre part.
Rappelé à Tordre avec inscription au procèsverbal, M. Lasies continua ses atlaqnies dans un style plus parlementaire.
Il affirma que le rapport du capitaine de gendarmerie, qui avait conduit le lieutenant-colonel Picquart à la Cour de cassation, contenait les paroles suivantes de celui-ci : a Je suis le témoin préféré de M. Bard que je porte dans mon cœur. »
Pour Toraleur nationaliste, la campagne en faveur de l'ex-capilaine Dreyfus était en réalité la campagne de l'étranger contre la France.
M. le garde des sceaux Lebret, qui répondit à MM. Millevoye et Lasies, se borna k reprendre les faits qui avaient été l'objet de la première enquête : il rappela comment le lieutenant-colonel Pipquart avait dû, la Cour de cassation n'ayant pas de local spécial pour les témoins, prendre place dans le cabinet de M. Quesnay de Beaurepaire. 11 annonça Touverture d'une nouvelle enquête sur les faits révélés par l'ancien président de la Chambre civile, tout en portant à la connaissance des députés la
Jj aO L'ANNÉE POLITIQUE.
i réponse que M. Lœw, président de la Cliai
|; minelle de la Cour de cagaation, venaî
|| adreiser concernant l'incident dit du grog. Le lieu-
1 tenant-colonel Picquart, après une déposition qui
|; avait duré plusieurs heures, avait, en effet, bu un
:|: grog) mais d'autres témoins avaient, dans des cas
'I analogues, profité des mêmes avantages.
'% ha réponse du ministre ne salisOt point les nalio-
i; nalistes et la droite qui, devant la puérilité de tels
racontars, réclamèrent la production du rapport r du capitaine de gendarmerie Herqué, chargé de la
garde du lieutenant-colonel Picquart pendant le .;:| cours de ses dépositions devant la Chambre crimi-
;! nelle,
M. Paul de GassBgnac se chargea de porter cette exigence à la tribune, puis se lança dans unevio- :l lente diatribe politique contre la République, lui
;: demandant compte de ce qu'elle avait fait des
i; finances, des libertés et de l'armée de la France. A
\. un interrupteur, qui lui demandait ce que l'Empire
t enavaitfaità Sedan.M. de Cassagnac opposa le sou-
,'. venir récent et douloureux de Fachoda, ce qui lui
i', valut une manifestation hostile de la plupart des
'! députés et quelques paroles de bl&me du président
Deschanel,
Rentrant dans l'objet même de son discours, H. de Cassagnac fit cette observation importante « qu'à son avis on avait bien fait de porter l'affaire Dreyfus devant la Cour de cassation », mais que la '' Chambre criminelle n'ayant pas compris son devoir,
il fallait faire juger son enquête par les autres Chambres de la même Cour.
Il termina en rappelant la fameuse phrase de U. Thiers sur la disparition de la République « dans
le sang ou rimbécillité, » disparition que, quant h> lui, il jugeait prochaine.
M. le président du Conseil Dupuy saisit avec empressement l'occasion que lui avait offerte M. de Cassagnac de donner au débat une tournure politique. L'orateur de la droite ayant affirmé qu*il n*y avaft^plus rien dans ce pays, M. le président du Conseil répondit qu'il y avait deux choses qui réunissaient tous les citoyens : la loi et la liberté. Le gouvernement n'avait d'autre but que de servir la loi. Ce n'est pas lui qui ressusciterait les commissions mixtes de 1851, car ce n'est pas de lui que viendrait jamais le mépris de la magistrature. Qualifiant ensuite Tœuvre de M. Quesnay de Beaurerepaire, le président du Conseil l'appela une œuvre de discorde et déclara que, pour la juger et pour se juger, l'ancien président n'aurait qu'à lire au Journal officiel le compte rendu de celte séance.
M, Godefroy Cavaignac succéda au président du Conseil et s'efforça de mettre en relief, à l'aide des déclarations de M. Quesnay de Beaurepaire et en faisant allusion au rapport du capitaine de gendarmerie Herqué, la partialité des membres de la chambre criminelle de la Cour de cassation. Il demanda au garde des sceaux s'il était disposé à lire à la Chambre le rapport Herqué, et comme le garde des sceaux lui paraissait trop long à se décider, M. Cavaignac reparut à la tribune, un document à la main. C'était le rapport en question qui se trouvait, d'une manière assurément insolite, entre les mains de l'ancien ministre. Une partie de la Chambre souligna par des protestations cette incorrection. Le garde des sceaux demanda alors la parole pour lire le rapport. Les principaux faits qu'il contenait
L'ANNÉE POLITIQUE, tent retatifa à l'attitade trop cour m du capitainede gendarmerie Hei .
' les magistrats de la chambre criminelle A l'égard lieutenant-colonel Picqaart. Le président Lcew it veoD on Jour lui faire saroir que la Cour ne ivait l'entendre au moment fixé et, en renvoyaat déposition au lendemain, loi avait exprimé ses ;rets. De même i>n avait servi à U. Picqnart d» re, du rhum, de l'eau de Sainl-ûalmier. Adm»
ui-H aarail-il dit « qn'il portait H. Bard dan» I cœur 0, et, à son altitude primitiva, avait cédé « une attitude dégagée et pleine de bpIB-
levanl la futilité de pareils grief?, ta grande jorilé de la Chambre réclama la clôturu de ka Eussion et l'ordre du jonr pur et simple. Accepté ' le gouvernement, appujré par M. Camille Petle-
qui déclara intolérable « que la Cour de casea- 1 jugeât pluâ longtemps sous la surTeillanee d'an itaine de gendarmerie », l'ordre du |otir par et p!e fut voté, malgré l'opposition deM.Caiaignse,
423 voix contrefît.
,u lendemain de cette séance paraissait une brore dn commandant Esterbazj intitulée /«« />e«f de l'araire Dreyfm. Dans cette brochure, le (mandant E^terhazy faisait diverses révélations t la plus importante était : qu'en 1894 le colonel dher, alors cbef du service des renseignei»ent« ministère de la guerre, l'avait employé à l'effal canaiiser un attaché militaire de l'ambassade Itemagne à Paris. Par canaliser, il fallait entendre )n devait ouvrir à cet attaché mitilsire nommé .. une voie dans laquelle il s'engagerait et oiion
JANYIEH 1899. ;>3
le dirigertit sar de faussée pistes, (oui en •essayant d'autre part de lui tirer âen renseigoements.
Ësterfaazy avait été chargé de ce travail. A l'aide de fausses circulaires eonfidentielleB à en-lète du noinistère de La guerre, Esterhazy était parvenu, prétendait-il, à abuser da la crédulité de Taltaché militaire allemand avec qui il avait ain^i entretenu des relations suivies.
Dans cette même brochure, £sterhazy demandait TÎvemeni à être entendu comme témoin par la Cour de caesaiion.
Comme le commandant Eaterhaz)', sous le coup de poursuites pour tentative d'escroquerie à Tégaid d*un de ses parents, ne se souciait pas de revenir en France où il risquait d'être emprisonné, sa déposition n'eût pu être reçoe par laCour de cassation, si le garde des sceaux ne lui avait fait délivrer un saufoofidoit pour venir en France faire sa déposition et retourner ensuite d'où il venait.
C'est ce qui fut décidé le ^7 janvier.
Le 2^ janvier, M. Breton, député socialiste révo-' latio&naire du Cher, prit l'initiative d'une interpellation sur le dossier « ultra-secret » de l'affaire Dreyfus. Le dossier u ultra-secret » on diplomatique était éelui qui, dans la pensée de rinterpeliateur^ aurait contenu diverses pièces manifestement fausses, comme des lettres de l'empereur d'Allemagne sur ou à'pix^posde Dreyfus. Deux journaux anlidreyfu- $ards^ii \k Patrie » et « ['Intransigeant », s'étaient fait pendant quelque temps les éditeurs de cette in vraiseflihlai)Le assertion qu'il existait un dossier diplomaikpe contenant des lettres, écrites de Ja eiain même d^ l'empenenr d*Alienvagne, dans lesquelles
POLlTlQlfl t comme lllemaDd.
Ireton avf lires élra stence pri
isle consacra la majeare mettre en caase l'AOciea Méline, l'accusant d'avoir ' da l'affaire Dreyrus, en ips la revision. Il alla jusëline avait connu la faux ament fermé les yeux sur
lie accusation à tons les Sline, M. Barthou se leva vait pas connu la pièce Henry sous le ministère 'il l'avait connue pour la a. Cavaignac l'avait lue à lourg minisLêrîel du 7 Juillu moment ob il avait été le était un faux, il n'avait I que la revision du procès Ireton persista h affirmer line avait dû connaître la pour raison l'abstentioa de l'arfichage du discours de lit le faux. Puis il arriva & lerpellalion : existail-il un 'affaire Dreyfus contenanl 1 étranger ? M. Breton préil dossier avait existé, qu'il {ail avail disparu.
JANVIER 189y. 25
La réponse de H. Delcassé, ministre des affaires étrangères, fut aussi décisive que brève :
La chambre criminelle de la Cour de cassation^ayant réclamé le témoigaage d'un de mes fonctionnaires, j'ai autorisé ce fonctionnaire à se rendre devant elle, à déposer* à dire tout ce qu'il savait.
Ce fonctionnaire a dit tout ce qu'jl savait et. en ce moment même, il montre à la chambre criminelle Ten* semble des pièces sur lesquelles il a fondé sa déposition et qu'il a plu à certains d'appeler le dossier ultrasecret ou le dossier diplomatique.
On nous a demandé : Parmi ces pièces y a-t-il des lettres écrites par le condamné à un souverain étranger ? Je réponds nettement : Non, et il n'y en a jamais eu, à la connaissance des agents qui sont au ministère des affaires étrangères depuis plus de dix ans» (Très bien! très bien!)
On a demandé ensuite : T a-t-il une lettre ou deslettres écrites au condamné par un souverain étranger ? (Exclamations et rires.)
A droite. — Ce n'est pas sérieux '
M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — il me parait
bien que l'honorable M. Breton ne croit pas — et qui pourrait y croire? — à l'authenticité de ces lettres. (Très bien! très bien!)
M. Eugène Fournière. — Permettez, monsieur le ministre des affaires étrangères, il y a une troisième manière de poser la question. (Exclamations au centre,)
Messieurs, c'est une question de bonne foi. (Bruit à droite,)
C'est ainsi que M. Breton l'avait posée, et elle a pu échapper à M. le ministre : Un souverain étranger a-t-il écrit au sujet ou à propos du condamné?
M. le ministre. — Il me paraît, messieurs, qu'on ne croit pas, qu'on ne peut pas croire à l'authenticité de pareils documents...
Voix à l'extrême gauche. — Personne n'y croit!
M. le ministre. — On voudrait établir qu'ils ont été fabriqués...
Voix à gauche. — Parfaitement!
2« LANSÉE WJLITIOCE.
M. LE BiNtsrKB. — I* ministre îles alTain n'est pas en élat de seconder ces ffforia. J lumenl et l'on iyaore absolument au n affaires étrangères si des lettres sembla fabriquées, mais il est bien certaio qa«, ti cas, le fabricant se serait bien gardé de le: ijuai d'Orsay, car, si grande qu'on puisH naïveté des diplomates {Sourires. ). elle n'ira ;«cce()ter ou apprécier pareille marchamUse.
applaudissetneats. i
11. Uéline, qui avait élé et vivemeiit mî» ea cuise par H. Breton, tint à s'expliquer sur celte accusation d'avoir connu l'existence, dans te dossier Dreyfus, (l'une pièce fausse.
11 y opposa la dénégation la plus absolue et ardrm&que s'il avait découvert un faux # il aurait ?u faire son devoir ».
N'ayant pas connu l'existence d'une pièce fausse, M. Mélîne montra ensuite qu'il n'avait qu'it se féliciter de n'avoir pas fait la revision du proeè« Dreyfus, car s'il avait ouvert dans ces conditions la procédure de revision, il aurait manqué au premier de ses devoirs qui était de faire respecter la loi.
C'est ce qu'il avait dit d'ailleurs aux partisane de la revision qui étaient venus lui demander d'en prendre l'initiative au nom du gouvernenienl. 11 )6ur avait toujours répondu qu'il ne la fejait que quand il aurait trouvé le fait nouveau indispeneafale pour l'entreprendre.
• Depuis la découverte du faux Henry et le dépôt entre les mains du garde des sceaux de la rc:quète de M°"' Dreyfus, la situatioB a changé, Je le reconnais, ajouta M. Méline.
Cependant M. Méline mit en garde les revision-
JANVIKK 189^. 27
niâtes conUe la résislance que le pays opposaîl à U revision.
Cette résislance provenait de ce que le pays, « avec sa clairvoyance patriotique, apercevait derrière cette affaire Dreyfus ddc can) pagne systématique et perfide dirigée contre son armée ».
Très interrompu, à ce moment, par Texlrème gauche de la Chambre, M. Méline lut à la tribune les extraits ^e quelques journaux qui sétaiept signalés en effet par d'impardonnable:^ violences contre les chefs de Tarmée et contre Torganisation militaire elle-même. Puis Tancien président du Conseil termina son discours par un éloquent appel à Tapaisement pour le repos et la sécurité de la France.
M. Yiviani, député socialiste de Paris, lui répliqua. Il tenta de mettre en contradiction MM. Méline et Barthon à propos de leurs déclarations respectives sur leur ignorance de la pièce fabriquée par le colonel Henry.
M. Méline lui répondit que la déclaration de M. Barthoa était parfaitement exacte, M. Barthou n'ayant pu connaître un faux qui n'était pas encore découvert. M. Barthou, en remerciant M. Méline, tint à témoigner une fois de plus « de toute son affection et de tout son respect pour lui ».
Abandonnant alors cette partie de sa discussion, M. Yiviani s'eiïorça de défendre son parti contre les reproches « d'outrages à Tarmée » dirigés par M. Méline contre des journaux socialistes et radî-eaux.
H rappela que les journaux nationalistes avaient couvert d'outrages le général Zurlinden quand celui- ci, acceptant le portefeuille de la guerre des
28 L'ANNIÏF, POLITIQUE,
mains de U. BrissoD, avait pu passer lîsan de la révision du procès Dreyfus, Les véritables insulteurs de l'armée qui t'avaient solidarisée avec des cr qui l'avaient prise comme un rempart derrière elle des responsabllitêB que la
; I dû rechercher.
{Il « Nous ne pouvons pas laisser dire, ajouta
M. Viviani, que nous avons en vue le dénigrement de l'armée tout entière, car l'armée, n'est-ce pas la nation? »
M. Viviani termina en aHlrmanl le droit, alorsque tous les grands corps de l'État sont livrés & la censure publique, de demander des comptes à « l'oligarchie militaire '> au nom de la nation elle-même. - La Chambre, à une énorme majorité, par 480 voix contre 51, adopta l'ordre du jour pur et simple demandé par le gouvernement. Comme dans l'interpellation Millevoye, discutée huit jours auparavant, elle manirestait ainsi sa terme intention de ne pas entraver le rôle dé la Cour de cassation en prenant prématurément parti dans une affaire judiciaire en cours, quelles que pussent âlre d'ailleurs les répercussions politiques de celle-ci.
De son c6té le Sénat, qui avait repris ses séances délibératives, le 13 janvier, après avoir constitué son bureau et entendu et applaudi un remarquable discours de son président, M. Loubet, sur les droits de contrôle de la Haute Assemblée et l'utilité chaque jour croissante d'en user pour le bien des finances publiques, le Sénat avait fait connaître aussi sa manière de voir sur les incidents judiciaires nés à propos de la revision du procès Dreyfus.
Le 19 janvier^ M. de Chamaillard^ péaatear monarchiste du Finistère, et M. LeProvost de Laiinay, sénateur monarcliiste du Morbihan, avaient interpellé le gouvernement, le premier, sur le retard mis par la Cour de cassation à statuer définitivement sur la demande en règlement de juges déposée par le colonel Picquart, le second, sur les causes de la démission de M. Quesnay de Beaurepaire.
Les deux sénateurs monarchistes profitèrent de leur intervention à la tribune pour mettre en cause en termes très vifs la chambre criminelle de la Cour de cassation. Pour M. de Ghamaillard, celle-ci était non pas juge, mais complice de la révision. Et H. Le Provost de Launay tira les conséquences pratiques du discours de son collègue en demandant que la chambre criminelle, disqualifiée^ ne pût pas juger la revision dont elle avait été saisie, ou que, tout au moins, elle ne jugeât pas seule, mais avec le concours des deux autres chambres de la Cour de cassation, chambre civile et chambre des requêtes.
M. Théodore Girard, sénateur républicain des Deux-Sèvres, prononça, au cours de cette double interpellation, un discours éloquent sur la nécessité de ne pas oublier, en cette affaire comme dans toutes les autres, le principe tutélaire de la séparation des pouvoirs. Il demanda un égal respect et une égale protection pour la magistrature et pour Tarmée et fit appel à tous les bons Français et à leur accord pour respecter les décisions de la justice. L^accueil chaleureux fait par le Sénat à ce discours ne pouvait laisser de doute sur les sentiments de la très grande majorité de la Haute-Assemblée.
Le garde des sceaux, M. Lebret, se plaça lui aussi au même point de vue que le précédent orateur, en
SNÉE POLITIQUS.
rail sage et patriotiq soD oeuvre ».
du conseil aueepta, aa nom du -dre da jour de MM. Bernard, t /ainsi conçu : « Le Sénat, aprâlions du gouverne menl,el reslipe de la réparation des poDdo jour Fut adopté par 212 vois
29 janvier, M, Charles Dupuy, seit, obtenait qae la Cbamb.re ion (JD rapport fait sur la propo- It-tiéache, dépalé radical de la .
nt à faire juger les demandes en criminels par toutes les chambres de cassation.
celte décision d'ajournement par
B trouvait donc d'accord ponr la Cour de cassation, sans essayer I quelque sens que ce Tût.
ier, apprit-on avec une profonde prise par les ministres, réunis en ,. Ceux-ci, après avoir reçu le azeau, premier président de la tries failsallégués après sa démisy de Beaurepaire, avaient décidé lasionsdu rapport Mazeau,pxpn' « serait sage que la chambre ir de cassation ne fût pas appelée
jgouvernement résolut de déposer rant la Chambre un projet de loi
modifiant rarlide 445 du Code d'inslraciion criminelle snr kl revision des procès criminels. Aax lermes de cette modiOcalion, qui devait être rendae immédiatement applicable au procès en révision Dreyfus^ tontes les fois que la chambre criminelle de la Goor de cassation admc-tlrait la recevabilité d'nne demande en ret tsion, Taiïaire devrait être Jogée par toutes les chambres réunies de la Cour de cassation^ si toutefois Tenquète préliminaire de la chambre criminelle avait été confiée à plus de trois de -ses membres.
A la Chambre et au Sénat, le projet du gouvernement, d'autant plus inattendu que M. Charles Dupuy, président du conseil, avait nagoère fait repousser par les Chambres, au nom dn gouvernement, une proposition de M, Gervilie-Réacbe presque analogue au projet ministériel, fut accueilli par les plus vifs commentaires.
On pensait généralement qu'il faFlait que le gouvernement eût les preuves les plus décisives et ie& plus graves de la partialité de la chambre criminelle et de son enquête pour la dessaisir ainsi, presque à la veille de son arrêt.
Aussi éprouva-t-on quelque étonnement quand M. Charles Dupuy, entendu par la commission parlementaire de revision en matière criminelle, affirma Thonorabilité absolue des membres de la chambre criminelle, d'après l'avis même de M. le premier président Mazeau, ainsi conçu :
Sans suspecter en rien la parfaite honorabilité de^v membres de la chambre criminelle, il serait sa^e, dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons, de ne pas laisser à la chambre criminelle seule la res- ;
ponsabilité de l'arrêt à rendre.
33 L'ANNÉE PULITIQUE.
Avant la séance où devait 61re dépo!
gouvernement, les divers groupes po Chambre se concertèrent.
Les nationalistes, les antisémites e déclarèrent naturellement favorabti Quelques-uns estimèrent pourtant qu qu'un commeDCement et qu'il fallait la suspicion jetées'ir la chambre crimii faite par celle-ci sur le procès Dreyfus
Les groupes radicaux et socialistes ..-^.w... ^^
majorité, dans une réunion plénière préparatoire, de s'opposer k la discussion immédiate du projet du gouvernement et de réclamer le renvoi de ce projet il la commission spéciale déjà saisie.
Quant aux républicainsprogressistes.ilsadoplèrent une résolution qui n'élait pas conforme à ce que leur avait conseillé leur président, M. Barthou. Getui-ci s'était déclaré hostile au projet à cause du caractère de loi de circonstance qu'il révélait; it fît remarquer que le gouvernement avait obéi à la même répugnance quand il avait par deux fois fait repousser la proposition Gerville-Réache. Si donc l'opinion du gouvernement s'était modifiée à la suite de l'enquête du premier président Mazeau, il devait faire connaître à la Ciiambre ou à ta commission les éléments de celte enquête.
Si des magistrats avaient manqué & leur devoir, il fallait les frapper; si, au contraire, leur honorabilité était intacte, legarde des sceaux avait l'impérieux devoir de les couvrir, au Heu de les disqualifier par un projet de loi les dessaisissant. M. Barthou demanda au groupe républicain progressiste de s'opposer à la discussion immédiate du projet dé toi et d'exiger la commun ication| intégrale de l'en-
quête Mazeau à la Chambre ou à la commission. Le groupe républicain progressiste préféradécider d'accepter, sans conditions, les propositions dugou' v«rnement.
A la séance du 30 janvier, à la Chambre, M. le garde des sceaux Lebret déposa 1^ projet de loi arrêté par le gouvernement et donna lecture de Fexposé des rr tifs.
Une courte discussion s'engaga à propos du renvoi du projeta la commission déjà chargée des questions concernant la revision des procès criminels.
M. Georges Berry demanda la publication du dossier de Tenquête faite sur les magistrats de la chambre criminelle, et M. Millerand réclama la publication de toute Tenquête faite par les magistrats de la chambre criminelle eux-mêmes sur le procès Dreyfus.
Au premier, M. le président du conseil répondU que la commission serait saisie de toute Tenquête faite sur les magistrats dénoncés ; ati second, il déclara que la même commission pourrait, si elle le jugeait utile, décider la publication de toute Tenquète criminelle faite par la Cour sur le procès Dreyfus.
M. Marcel Habert et quelques autres députés nationalistes s^étonnèrent — non sans logique — que, les magistrats étant suspectés, Tenquôte faite par eux ne le fût pas.
Finalement la Chambre renvoya, par 346 voix contre 189, à la commission déjà saisie de propositions analogues présentées par des députés, le projet du gouvernement.
La commission étant réputée déjà en majorité hostile au projet, il sembla que lui en confier
:J4 LAN;«ÉE ROUTIOL'E.
r,examen indiquait des dispositions hoslik» de 1» Chambra eHe-méme.
Le mois de janvier ne fut marqué au Sénat par aucune discussion importante, sauf ceîle de L'accord commercial franco-italien.
Le 34 janvier, M. Jacquea^Hébrard, sénateur républicain de la Corse, questionna le miaîstre da commerce, M. Delombre, sur les retards apportés en Ck>rse à rélévatlon à 40 kilogrammes du poids maximum^ des colis postaux, mesure réalisée dans toute la France par le ministre do commerce do cabinet Méline, M. Boucher.
M. Delombre promit rassimilation prochaine de
,^^-— ta^oTse, à ce point de vue, aux antres dépar«-
temenls.
Dans la même séance, le Sénat entendit une question adressée au ministre de la guerre par Mè Viseur, sénateur républicain du Pas-de-Gaiafs, au sujet des conserves alimentaires dans l'armée et des dangers que faisait courir à la saifté des soldat» la consommation de conserves trop anciennes.
M. deFreycinet, ministre de la guerre, promit de veiller, tout en tenant compte des nécessités budgétaires, à la santé des troupes.
Puis le Sénat adopta, en première lecture, le projet de loi tendant à réprimer les fraudes dans la rente ^ de marchandises et les falsifications de denrées ali-
mentaires.
Le ^7 janvier, le Sénat commença la discussion à\ï
projet de loi portant relèvement des droits d'entrée
i; sur les vins, adopté par la Chambre, et la termina,
r le 30 janvier, par l'adoption du projet sans motlilî-
cation^ .
Le 31 janvier, 1« Sénat discuta — brièvement, d'ailleurs, — le projet de loi sur Taccord commcrcîa! frànco-italîen.
M. Firesacau, sénateur monarchiste du Morbihan, y fit opposition sous prétexte que le projet favorisait les intérèls de la Tripla-Alliance^ plus encore que les intérêts italiens, et cela aux dépens des intérêts français.
Aprè<: deux discours du rapporteur, M. Lourtie?, et de M. Delcassé, ministre des aiïaires étrangères, qui r^ctilièrent les appréciations manifestement exce«»ives de M. Fresneau, le Sénat adopta le projet par 248 voix contre 40.
La Oh&mbre des députés commença, dans sa séance du 16 janvier, la diseussion du budget de
- La discussion générale dura trois séance?. Elle fut marquée par des discours de MM. Aimond, député radical de Seine-et-Oise, l'abbé Gayraud, député réactionnaire du Finistère, Magniaudé, député radicalsocialiste de i' Aisne, Gauthier (de Clagny), député nationaliste de Seine-et-Oise, et Berthelot, déjvulé radical-socialiste de Paris.
Mais la grande nouveauté de cette discussion g'»nérale fut la présence de M. Camille Pelletan à la tribune comme rapporteur général du budget. Pins habitué à attaquer les budgets qu'à les soutenir. U\ fougueux député de Textrême-gauche prononça un discours pessimiste sur le budget de ■1899, dont il deofianda pourtant le vote en s^adressant plutôt à la résignation de la Chambre qu'à son enthousiasme .
M. Peytral, ministre des finances, s'efforça de démontrer qu« les appréhensions de M. Camille Pe^-
ILITIQUE.
commanda in!
et d'iiUpdt sur le reveiia
ité par la Chambre fut .Au lendemain des évé- B graves difficultés qu'ils i France et l'Angleteire, icaaioQ à la Chambre de ir la politique extérieure que les députés qui, à la
interpeller le gouverne.
Fachoda et leurs conséaoncé dans le patriotique ler, par des euplicatioDS I négociations pendantes le ministère des affaires
je ce ministère (S3 jan- ;lempE attendue, de rom-
secrétaire d'ambassade k arlhe, prit le premier la le Fachoda n'était qu'un :eH commises depuis seize l'Angleterre, le parti trop de manquer à ses pro- . France, la longue série le en Egypte depuis 1 883, rdes troupes, jusqu'à ces e ne sut pas profiter des elle d'agir au mieux de idant ne désespérait pas ite avec l'Angleterre sur ilnitives. A son avis l'ai'
lîance des deux pays les plus libéraux du monde serait un bienfait pour TElurope entière et devait assurer le maintien de la paix.
M. Denys Gochin, député conservateur de Paris, caractérisa en termes très heureux, suivant son habitude, la politique d'expansion coloniale suivie par la France depuis vingt ans. Il en proclama Tutilité et rintérèl. C'était un langage assez nouveau dans la bouche des membres de Topposition de droite.
Sur rincidenl de Fachoda^ M. Denys Gochin, comme M. Raiberli, député républicain de Nice, qui parla après lui, s'exprima avec mesure et fermeté. Il établit le bon droit de la France à poser des jalons, au même titre que TAngleterre, dans ces immenses régions confinant aux sources du Nil, et qui n'étant, ni sous Tautorilé du sultan, ni sous celle du khédive, se trouvaient en somme ouvertes à tous ceux qui pouvaient y venir. Mais il conclut qu'une guerre entre Ja France et l'Angleterre serait à la fois une absurdité et une calamité.
M. RIbol, ancien président du conseil et ancien ministre des affaires étrangères, intervint alors dans la discussion et prononça, avec la haute autorité de son talent et de ses anciennes fonctions, un magistral discours que nous donnons in extenso aux Annexes de ce volume.
H. Ribot passait jusqu'alors pour être un partisan fervent de l'alliance ou tout ou moins de l'entente franco-anglaise. Le début de son discours ne dé-> mentit pas cette réputation. IL rappela en effet que^ comme Thiers, Gambetta et Gladstone, il jugeait qu'une guerre entre les deux pays serait un malheur pour le monde.
Crète par la France, d'accord avec les autres grande»puissances, M. le ministre des affaires étrangères s'expliqua de la manière suivante sur l'affaire dite de Fachoda :
J'arrive aux événements du haut Nil. {Mout^ement.)
Et, tout d'abord, je voudrais rappeler les paroles que je prononçais, il y a un an, à cette même place, à propos de la discussion du budget de la marine. Je n parlais, il est vrai, que comme député, mais j'exprl • mais une conviction très forte résultant d'observations, de réflexions très longues, et cette conviction n'a pas été modifiée par mon arrivée aux affaires étrangères.
Je disais donc à la Chambre que, pour nombreux, pour importants que puissent être les différends qui, fatalement, doivent surgir entre des nations qui, comme la France et l'Angleterre , ont dans le monde tant de points de contact, — je n'en voyais aucun, toutefois, qui ne comportât une solution transactionnelle également favorable aux deux parties, solution d'aulantplus aisée à obtenir que, de part et d'autre, on serait persuadé que des intérêts communs et supérieurs, intérêts politiques, intérêts commerciaux, commandent de la rechercher. {Très bien! très bien!)
C'est de cette idée directrice que je n'ai pas cessé, quant à moi, de m'inspirer, — et sur ce point aucun doute n'est permis, pas plus au dehors qu'en France, — c'est dans cet esprit aussi que j'ai examiné et conduit l'affaire de Fachoda. On a beaucoup écrit sur Fachoda. Dès la première heure, on a prêté .au gouvernement bien des résolutions contradictoires, auxquelles pas une minute il n'a songé. Et l'on a pris acte de son silence comme d'un aveu sans paraître se douter qu'il peut ne pas convenir au-ministre des affaires étrangères d'un grand pays de négocier au jour le jour par la voie de la presse. {Vift applaudissements,)
Dès la première heure, on lui a intimé, prescrit des altitudes qu'on jugeait fières sans doute, mais qui n'eussent été que fanfaronnes, ne se demandant pas, né
L'ANNÉE POLITrQUE.
: pas savoir si la situalioa le comportait, ne qu'une chose, c'est qne le capitaine, aujourd'hui mandant Marchand, était au Nil, mais peu eue connaître dans quelles condiliona et sur quel . s'y trouvait, acclamant le but atteint sans réflél'on ne l'avait atteint qu'en s'afTaiblissant et que n pensait âtre une force élait devenu une difQ- Puis, devant la réalité qui peu à peu se dégalevant les proportions qu'on sentait que des po- Ç3 passionnées allaient donner à ce qu'on n'avait !ré au début que comme l'un des mille incidents 'ilitique coloniale, entrevoyant des périls qu'une : nation ne brave que pour sauvegarder un înté- J... (Très bien! très bien!) soudain tous les partis . tus, laissant le gonvememenl à sa tâche natiot l'union s'est faite, silencieuse et résolue, non éloquemment peut-être, plus édifiante à coup e cent discours tumultueux. {Applaudissemenls sur nd nombre de bancs.)
ieurs, au lendemain de la prise de Kharloum, nt — car les dernières nouvelles reçues remonau mois de mars — où se trouvait le commandant md, quelle devait être ma première préoccu- ? Je n'avais pas oublié que, quelques mois aant, à la Cbambre des lords, le marquis de Salissait déclaré que, Khartoum enlevé aux mah dis tes, ■ttille de canonnières remonterait aussitôt le Nil. ncontre avec Marchand et sa petite troupe était ossible;il fallait empêcher que ce ne fût un connflit déplorable à tous les points de vue, et congal, car, s'il a fallu à l'homme résolu qu'est Marde longs mois pour conduire 150 hommes à la, en dix jours, duCaire, on y peut expédier dea s d'hommes. Je prévins donc l'ambassadeur eterre que l'œuvre de civilisation que lord Kit- ■ et son «rmée accomplissaient au nord de l'anoiidan égyptien, nous, de notre côté, nous la liions au sud, et que, si, dans cette lutte contre ne barbarie, les officiers des deux nations dese rencontrer, j'espérais que ce serait non point aemis, mais en champions d'une même idée
civilisatrice, n^ayant aucune qualité pour trancher sur place la question des droits respectifs de leurs pays sur Je territoire où ils pourraient se trouver, et laissant le soin de la régler à leurs deux gouvernements. (Nouveaux apptauHssements sur les mêmes bancs,)
Cet espoir n'a pas été trompé. Le 49 septembre, le général Kitchener a trouvé à Fachoda le commandant Marchand, qui y était arrivé le iO juillet, avec huit officiers et sous-officiers et cent vingt soldats soudanais^ et leur conduite a été de tout point celle qu'on devait attendre de nobles représentants de grands États civilisés. [Très bien! très bien!)
Restait à résoudre la question de la présence sur le même point de la mission française et des troupes anglo-égyptiennes.
Vous connaissez la thèse du gouvernement anglais et sut quoi il a voulu la fonder. L'Angleterre, a-t-il dit^ a déclaré le 28 mars 1895, parla bouche du sous-secrétaire d'État au Foreign office, sir Edouard Grey, que la vallée du Nil était comprise dans la sphère d'influence britannique et qu'elle regarderait comme un acte non amical tout établissement étranger dans cette même vallée.
Je me borne àrappeler que, le 29 mars 1895, notre am* bassadeur à Londres avait, dans une lettre au chef du Foreing office, exprimé, au sujet des paroles dites la veille à la Chambre des communes par sir Edouard Grey, des réserves formelles que notre ministre des affaires étrangères devait renouveler le 5 avril devant le Sénat.
Mais vous voyez où aboutissait la thèse anglaise, si elle avait pu être adoptée. Le gouvernement brilannique ayant déclaré, le 28 mars 1895, que tout établissement étranger dans la vallée du Nil serait regardé par elle comme un acte non amical, la France, en envoyant, en. 1896, le commandant Marchand sur le Nil, se mettait délibérément en conflit avec l'Angleterre.
Contre cette supposition, j'ai élevé dès la première heure, je n'ai pas cessé depuis de maintenir et je maintiens à cette tribune une énergique protestation.
A l'appui de ces revendications, l'Angleterre a invo-
a L'ANNÉE POLITIQUE.
4pé ane convention conclue en 1890 avec l'Allemagne et aax terme» de laquelle l'Allemagne, en échaoge de concesiions h elles faite» par l'Angleterre, sor dirers points de l'Afrique, se serait engagée k ne pas lui disputer les rives du Nil.
Que l'Angleterre, le cas échéant, oppoiât celte couveution à l'Allemagne, tien de plus nxture]; mais qu'elle prétendit en même temps la tourner contre la France qui ne l'a pas signée, et qui n'a jomah Touln la reconnaître, ne serait-ce pas vraiment excessif? {Apptawtissemenli.)
Il ne serait pas plus juste d'affirmer que la mission Marchand a été, k l'égard de l'Angleterre, un acte non amical. En effet, il n'y a pas, il n'y a Jamais eu, à proprement parler, de mission Marcharid, au sens du moins où on l'entend de l'autre côté de la Hanche, c'eat-â-dire une expédition provoquée par le discoure de sir Edouisrd Grey, *■(■ pour mettre à néant les prétentions qui j/ sont exposées.
(^vérité, c'est qu'en 1896, le gonvemement français, -cnntinnant l'exécution de plans déjà anciens et voulant achever l'occupation des territoires que la convention franco-congolaise nous avait reconnus, envoya avec deux compagnies le commandant Marchand eomme lieutenant du gouverneur du Haul-Oubangui, M. Liotard, sous les ordres duquel il était placé.
Car le seul chef de la seule mission organisée dans CCS contrées est M. Liotard; et cette mission remonte non pas à 1896, mais en 1893, c'est-à-dire — retenez, messieurs, ce point capital — bien avant la reconquête do Soudan par les Anglais, bien avant les déclarations de sir Edouard firey. Je puis parler de cette mission avec connaissance de cause, puisque c'est moi, comme nrinislre des colonies^ qui t'ai décidée; et jp remplie un devoir en constatant, à cette tribune, devant la Chambre, la modéraliou, la méthode, l'esprit politique avec lesquels M, Liotard l'a conduite. [Applaudissevtenli )
Et, dès lors, messieur.', il reste on point à e.xaminer. Pouvions-nous en 1893, sans blesser aucun droit, essayer de doDDer à nos possessions de l'Onbangui une
issue vers le Nil? Messieurs, qui donc le pourrait con<tester? En 1893, en effet, le Soudan était depuis long* temps perdu pour TÉ^pte, et TEgyple, ccms^illée par l'Angleterre, n'avait encore rien fait, rien dit* même ^ni pût laisser supposer qu'elle en voudrait on jour reprendre la conquête. Et non seulement le Siradan était perdu pour TEgypte, mais encore, en ce qui coih cerne les deux provinces de TÉquateur et du Babr-el-^ Obazal, il était nommément, formellement, abandonné par elle.
A cet égard, les instructions de Gordon agissant Comme gouverneur général du Soudan, celles de Nubar pacha, président du conseil des ministres du khédive, sont des témoignages officiels qu'on ne peut récuser. Et tels étaient si bien d'ailleurs les sentiments de TAngleterre qu'à ce moment même elle conquérait, non pas, comme récemment Khartoum, pour le compte de l'Egypte, mais pour son propre compte, la province éqnatoriale ; et comment aurions-nous pu supposer en 1893 quelle nous aurait vos d'un mauvais cei) suivre, parallèlement à elle, l'exemple qu'elle-même nous donnait ? (Applaudissements.)
Ainsi, messienrs, on ne saurait plus, sans injustice, continuer à soutenir que la mission Liotard, dont Marchand a été un lieutenant, a été organisée en 1893 pour combattre des déclarations qui n*ont eu lieu que deux ans plus tard. {Très bien! très bien!) Il n'y a en de notre part que l'exercice d'une liberté dont l'Angleterre et d-autres puisfances usaient dans le même temps que nous, dans les iuémes régions évacuées, abandonnées par l'Egypte.
L*exercicede cette liberté, la protection de nos territoires contre les incursions des madhistes, ont ponssé le commandant Marchand jusque dans l'ancienne province de Khartoum, à Fachoda, et le gouvernement avait à se demander si un intérêt supérieur lui commandait de s'y maintenir.
Eh bien, messieurs, sans parler du personnel de la mission dont l'énergie morale était restée intacte, mais dont vous comprenez la fatigue après cette marche héroïque et si dure de trente mois à travers TAfriqué
ourlant demandé comme récompense supréms ? de la parcourir tout entière, des rives de l'Ât-
k la côte de la mer Rouge (Vi/!s applaudisseii vous considérez que pour communiquer rait au mois d'octobre avec Fachoda il a fallu ïer la voie égyptienne du Caire-Khartouro et t la même voie qui a dû solliciter le commanrchand quand il a jugé utile de venir au Caire e en rapport avec le gouvernement ; si, d'autre ■us réfléchisseï que non seulement Fachodu titue pas le débouché naturel que nous avons
en 1893, mais encore qu'on ne peut y accéder nt par le Congo que pendant la saison des hau- :, c'est-à-dire environ quatre mois de l'année ; , vous remarquez que l'ancienne province de m, dont fait partie Fachoda, évacuée comme Dces du Bahr-el-Gliazal et de l'Equateur, par pes égyptiennes, n'avait pas cependant été, ■Ues, formellement abandonnée, comment, mesle pas reconnaître que la solution à laquelle s'est ; gouvernement est la solution même qu'indi-
le bons sens, la raison, la claire intelligence rôts généraux de ce pays? [Très bien très bien!) est de cela seulement que le gouvernement a
préoccuper, puisque la question d'honneur, pu craindre un moment de voir poser, n'a pas, lé, été posée, puisque sis semaines se sont . entre la rencontre de la mission française et pea anglo-égyptiennes et l'ordre de retour, et , pendant ces six semaines, le cabinet de Lonit en constatant notre droit d'être à Facboda, stenu de tout acte, de toute parole qui nous
rendu l'abandon impossible, {Très bien! iris
elui-là serait indigne de représenter la France, r en son nom, qui ferait bon marché de l'hon* lional, criminel d'autre part serait celui qui encet honneur à la légère et qui, sans qu'aucun essentiel fût en jeu, exposerait allègrement, e aventure inexplicable pour les politiques, inlensible pour les masses populaires, les réser-
ves de force et d'argent, la flotte et l'armée de la France. [Vifs applaudissements.)
Ah ! qu'on me méconnaisse et qu'on me calomnie ; ma conscience, mon patriotisme clairvoyants médisent que si, au cours des derniers mois, j'ai pu rendre quelques services, soit en facilitant la cessation des hostilités entre deux grandes nations amies, soit en défendant l'influence séculaire de la France en Orient, soit en contribuant à faire prévaloir en Crète la solution légitime, la solution nationale, soit en travaillant, par un rapprochement économique avec l'Italie, à rélablir entre elle et nous les relations cordiales [ApplaudissemenU.)^ soit enfin en m'évertuant, par une politique loyale et ciaîi*e, à créer tout autour de la France un courant de confiance et d'estime, le service le plus précieux assurément a été de prévenir et de rend'^e en quelque sorte Impossible un conflit qui serait pour le monde uue calamité et qui pendant longtemps pèserait lourdement sur la politique des deux pays. [Nouveaux applaudissemen ts.)
La Chambre n'attend pas de moi que je traite à fond, à cette heure, toutes les questions qui ont été portées à la tribune, ni n'autres questions encore que des esprits, plus libres peut-être, ont soulevées et même résolues dans la presse et dans les discours publics. A cet égard, je ne puis donner — la Chambre ne me demandera de lui donner — qu'une indication générale.
C'est que, aujourd'hui comme hier, toujours calme et toujours digne, dominée toujours par la préoccupation de ses intérêts essenti*els, la France reste prête à tout examiner, à tout discuter avec l'esprit de conciliation et de transaction qui est la loi même de toute polique prévoyante, avec la volonté de ne rien prétendre que son droit, mais avec la conscience aussi que son droit n'est à la discrétion de personne. {Applaudissements prolonges.)
Messieurs, j'ai fini. Je prends la responsabilité des solutions données aux différentes questions que je viens de vous exposer, sans distinguer — cela importe peu au pays — entre celles qui découlent de ma propre