L. Arrêat
LE DANTEC. — Instinct et servitude. — Rev. phil., février ol mars 1903.
Travail intéressant mais peu susceptible d'analyse. On y retrouvera les qualités et les caractères qu'on rencontre dans tous les travaux de Tauteur, la profondeur de la pensée, la subtilité du raisonnement, une logique serrée s'appuyant plus parfois sur la théorie que sur les faits, et par-dessus tout un déterminisme scientilique d'une rigueur infaillible.
La volonté, l'instinct, la liberté dans les sociétés animales et chez riiomme, l'égalité et la fraternité sociales, tels sont les sujets traités dans ces pages. Elles ne sont du reste que le développement des idées bien connues de l'auteur, telles qu'elles se trouvent dans son livre : du Déterminisme bioloyique et dans ses dilîé rentes publications.
H. Beaunis.
METCHMKOFF (Élie). — Études sur la nature humaine. Essai de philosophie optimiste. — ln-8o, 307 p., Paris, Masson, 1903.
Ce livre, d'une originalili' incontestable, a été analysé par toute la firosse avec de grands éloges, qu'il mérite d'ailleurs. 11 a produit sur moi Timprossion d'un ouvrage étrange. L'auteur cherche à nous enlever la crainte de la mort, et à nous réconcilier avec l'idée df l'anéantissement. 11 me semble que la crainte de la mort ne tourmente pas tellement les individus bien portants, et qui sont en pleine vie active. Les consolations que nous offre M. MetchnikolT sont extrêmement curieuses; il ne croit, ce me semble, à aucune esp^'ce de survivance; je dirai plus : pour traiter un pareil sujet, il n'a tait appel à aucune des n'ssources qu'auraient pu lui procurer les idiénomènes psychiques. Il est resté tout naturellement dans son domaine;, qui est celui du naturaliste, domaine où il semble (ju'à première vue la philosophie optimiste ne doit pas trouver beaucoup d'arguments. Il nous en a donné deux, cependant, qui, lorsqu'on les dépouille de tout luxe accessoire, paraissent un peu insulfisants. L'étude des éphémères lui ayant montré que l'instinct (le conservation peut disparaître chez certaines espèces animales, il en tire des raisons pour admettre que si l'homme parvenait à une longévité sufllsante pour accomplir entièrement son évolution biologiiiue individuelle, l'instinct de la vie pourrait être remplacé par un instinct de la mort naturelle. A cet argument vient s'ajouter une soite do recette de longue vie, qui consisterait, outre quelques
bizarres conseils d'alimentation, dans l'ablation du gros intestin, où se fait une putréfaction nuisible à l'organisme. Malgré toutes les objections (fu'on pourrait faire à cette philosophie optimiste, nous nous plaisons à reconnaître toute la hardiesse de son originalité. Voilà bien le livre d'un homme sincère.
Alfred Binet.
NOHDAU (Max). — Vus du dehors. Essai de critique scientifique et philosophique sur quelques auteurs français contemporains. — Paris, Alcan, 1903, in-S'», 332. p.
L'auteur, bien connu par sa critique au vitriol, exécute aujourd'hui 7 romanciers, 3 princes de la poésie et il auteurs dramatiques. Rien n'est plus amusant, pour ceux qui forment la galerie, que la verve impitoyable avec laquelle l'auteur attaque des personnalités connues et généralement très respectées. Malheureusement, quand on cherche dans ce livre autre chose que les exaspérations d'un tempérament violent, par exemple un principe directeur de critique, on ne le trouve pas.
A. BlNET.
SANFORD(E.-C.). Psychology and Pbysics (Psychologie et physique), The Psychol. Rev., mars 1903, X, n° 2, p. 105-119.
Discours présidentiel prononcé à l'Association américaine de psychologie à Washington, en décembre 1902. Dans ce discours, l'orateur traite, avec des développements inégaux, deux points :
1^ Il montre que le psychologue a le tort d'employer souvent le point de vue et même le langage du physicien. On a parlé de chimie des sensations, d'ayrégrat d'idées, d'inertie des images, etc. ; la psychologie ancienne, celle de Herbart, est imprégnée de- ces métaphores : on les retrouve dans la théorie de la perception de la couleur, chez Helmholtz, et dans celle de la perception de l'espace, chez Wundt. L'hypothèse d'une interaction du physique et du moral est d'ordinaire rejetée par suite de considérations qui sont de nature purement physique sur la conservation de l'énergie : or, ce principe peut, tout en étant exact pour la physique, ne pas convenir au mental. L'auteur à ce propos réduit beaucoup le contraste du physique et du mental, en montrant que le monde physique est essentiellement une élaboration de sensations musculaires, qui par cotiséquent font partie du monde mental; les deux mondes ne diffèrent que par le point de vue, la direction de l'attention.
2* La psychologie est une science anthropomorphique; et c'est par une anthropomorphie simplifiée, plutôt que par des raisons mécaniques, qu'il faut expliquer les phénomènes mentaux des animaux.
SANFORD et TITCHENER. — American Journal of P8ycholog|y. Gommemorative Nnmber (Journal américain de psychologie. Mtîmoire commémoratif). — 434 p., juillet-octobre 1003.
Les collègues, les élèves et les amis de Stanley Hall, le vétéran de la psychologie expérimentale et de la psychologie enfantine en Amérique, lui ont dédié, pour le 25« anniversaire de son doctoral en philosophie, ce beau volume, qui contient d'intéressantes études de Hyslop, Jostrow, Leuba, Chamberlain, Patrick, Titchener, Ber^'strôm, Pilsbury, Cattel,Dresslar, Beaunis, Buchner, Kûlpe, etc. Ce volume contient en outre une bibliographie des 1% publications de Stanley Hall.
THORNDIKE (E.-L.). — Educational Psychology (Psychologie cdvcationnelle), — In-8°, New-York, 1903.
Livre curieux, qui expose surtout les méthodes de calcul ou de précision pouvant être utilisées en psychologie, quand on fait des expériences scolaires. Il y a des chapitres sur la mesure des traits mentaux, leur distribution, leurs relations entre eux, leurs relations avec les caractères physiques. Il y a des résumés de la littératun*, et beaucoup de formules dont l'application, à mon sens, ne donnerait que des résultats décevants.
VILLA (G.) — La psychologie contemporaine. — 481 pages, avec préface de Boutroux; traduit de l'italien par C. Hossiuneux, Paris, (iiard et Brière, iUO.'L
Nous nous bornons à signaler l'apparition de ce volume, plein d'une ('rudilitni eonipacle, écrit par un philosophe très au courant des reclierclies psychologii[ues, aussi au courant du moins qu'on peut l'être (luand (►n n'a pas fait soi-même de rexpérimentaliou. La conclusion la plus im[)oitante de l'ouvrage, telle qu'elle est soulignée par Boutroux dans sa préface, est « l'impossibilité où s'est trouvée la psychologie de se séparer de la philosophie, et de se suffire, à l'imitation des autres sciences, comme elle y avait d'abortl prétendu •>.