‹ L'année psychologiqueChapitre 12 sur 205 · DISTINCTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

DISTINCTIONS PRÉLIMINAIRES

Les troubles que présente notre malade sont très variés. Avant de les décrire en détail, il nous paraît important de rappeler brièvement un certain nombre de faits ou d'hypothèses.

Il y a lieu de distinguer les troubles de la perception des propriétés isolées d'un objet de ceux de la perception de l'objet considéré dans sa totalité. Ainsi, un malade pourra reconnaître par le toucher la forme d'un objet, alors qu'il ne pourra identiûer l'objet lui-même et se rappeler à quoi il sert. La stéréoagnosie (perte de la notion de forme) pourrait résulter, d'après Claparède, de troubles moteurs (parésie, ataxie, chorée) des doigts et de la main, de troubles de la sensibilité par affection des nerfs, de la moelle, enfin de troubles, par lésion corticale, de ce que Wernicke a appelé l'identification primaire *. Quant

1. • La perception purement stéréognostique d'un corps sera donc le processus par lequel Tesprit complétera l'impression sensible reçue par une escorte d'images musculo-lactiles provenant des expériences antérieures. Si la perception nouvelle, comparée aux images déjà déposées dans la mémoire, est trouvée identique, il y a reconnaissance de la forme, c'est-àdire que l'esprit identifie la sensation nouvelle aux images semblables qu'il a déjà emmagasinées; mais il ne s'agit là que d'une reconnaissance sensorielle, si l'on peut dire, d'une reconnaissance au premier degré. M. Wernicke a parfaitement caractérisé ce premier acte de l'esprit en le nommant identification primaire, » (Claparède, Année psychol., 1899, arl, cité, p. 72.)

B. BOURDON ET M. DIDE. — UN CAS D'ABfNÉSIE CONTINUE 87

à TasymboHe tactile, Claparède considère comme probable qa^elie résulte le plus souvent de la cécité tactile^ c'est-à-dire dune rupture des associations entre le centre des images mosculo-tactiles et le centre des images visuelles; on pourrait compléter Thypothèse précédente en citant, outre la rupture possible des associations, le simple affaiblissement des images Tisuelles.

La distinction d*une identification primaire et d'une identification secondaire, qui a été développée par rapport aux per^ ceptions du toucher, peut évidemment être appliquée à celles d un sens quelconque : ainsi, on peut concevoir qu'un malade sache reconnaître par la vue la forme ronde ou carrée d'un objet alors qu'il ne reconnaîtra pas l'objet lui-même et ne se rappellera pas à quoi il sert.

Dans la perception stéréognostique peuvent intervenir une pluralité de sensations; l'analyse de ces sensations laisse encore actuellement à désirer. On peut distinguer ici principalement, en considérant les organes, des sensations de la peau, des muscles, des tendons, des ligaments, des os, et des articulations. Les modalités principales simples des sensations cutanées sont le chatouillement, la douleur, le chaud, le froid, le contact et la pression, cette dernière, lorsqu'on presse la peau sur des os, étant déjà d'ailleurs une sensation complexe, où entrent comme éléments des sensations de la peau et des sensations des os; elle est également une sensation complexe lorsqu'on presse la peau au-dessus des muscles, en comprimant ainsi les muscles eux-mêmes et y produisant des sensations. Le mouvement, comme lorsqu'on promène sur la surface d'un membre immobile un objet, peut être considéré aussi comme une sensation complexe de la peau; des sensations complexes sont également celles de poli, de rude, de rond, de carré, etc.

Goldscheider * rapporte aux articulations et aux tendons trois sensations élémentaires : celles de mouvement, de poids, et de résistance. D'après lui, « c'est à la sensibilité articulaire profonde que nous devons la sensation de mouvement, du moins pour le principal » (p. 29). Il considère la sensation de poids comme une sensation des tendons, sans exclure cependant toute participation de la sensibilité des muscles. Enfin,

1. fioLDSCiiEir>ER, Gescwimelte AUiandlungen, Bel. 2, Physiologie des Mu^'kelsinnes, 1898.

d'après lui, la sensation de résistance est produite par le choc ou la pression des extrémités articulaires les unes contre les autres.

Il y a aussi à considérer les caractéristiques locales des divers points de la surface ou de la profondeur du corps qui peuvent être intéressés dans la perception stéréognostique. A cet égard, il est important de déterminer, chez les personnes qui présentent des troubles de cette perception, Vacuité tactile^ c'està-dire la distance de deux pointes pour laquelle ces deux pointes sont senties comme deux. La perception des positions des membres, les yeux fermés, fait intervenir évidemment ces caractéristiques locales. Cette perception repose d'ailleurs sur une complexité de sensations parmi lesquelles on peut citer des sensations de distension de la peau, de pression, de résistance et de poids; mentionnons aussi que, d'après certains, des sensations. des muscles des yeux (Delage) et des sensations provenant de Toreille interne (Breuer, de Cyon, etc.) contribueraient à nous renseigner sur la position de notre tête et de notre corps.

La mémoire intervient dans la perception stéréognostique. Reconnaître, en le touchant, à quoi sert un objet, implique évidemment un phénomène d'association d'idées et de mémoire. Le malade dont nous allons décrire le cas présentait d'ailleurs des troubles variés de la mémoire. Dans l'analyse de ces troubles, on peut faire les distinctions générales suivantes :

1. Troubles de la mémoire immédiate : par exemple, le malade ne peut répéter qu'un très petit nombre de chiffres immédiatement après les avoir entendus.

2. Amnésie pour les événements récents : par exemple, un quart d'heure après être entré dans une salle, le malade ne se souvient plus par où il est entré et ne sait par conséquent de quel côté se diriger pour retrouver la porte.

Vamnésie continue, c'est-à-dire le défaut de fixation du souvenir des événements récents, peut être considéré comme résultant de la combinaison de ces deux premières formes de l'amnésie.

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