CONCLUSIONS
Les principales conclusions auxquelles le présent travail permet de s'arrêter sont les suivantes :
1"* Le nid de Chiracanthium camifex se prête particulièrement bien à Tétude expérimentale de la psychologie de cette espèce, notamment à celle de Tinstinct de Tamour maternel;
2"* Chez l'Araignée dont il s'agit, cet instinct consiste essentiellement en un penchant inné en vertu duquel la femelle qui a pondu demeure dans son nid qu'elle ferme complètement, non seulement k Torigine, mais chaque fois qu'une cause quelconque vient en déchirer Tenveloppe;
3° Enlevée de son nid et mise en présence de celui d'un autre d'individu de son espèce, la femelle de Chiracanthium camifex adopte ce nid. Au début, elle est relativement peu attachée à celui-ci, mais après y avoir été renfermée pendant un certain temps, elle le défend vivement, à peu près comme s'il était le sien;
4** Une femelle éloignée de son nid le reconnaît encore au bout de plusieurs jours et combat énergiquement pour rentrer en sa possession. Au bout d'un certain temps plus long, l'amour maternel disparait cependant par suite de la séparation d'avec le nid et la femelle ne revendique plus celui-ci;
5° La femelle se montre attachée surtout à l'ensemble du nid et des œufs ou des jeunes qu'il contient. Elle ne s'occupe d'aucun de ses petits pris en particulier;
6<» La femelle isolée de son nid, puis mise en présence de celui-ci où l'on a laissé s'installer une autre femelle, éprouve une violente colère se manifestant extérieurement par des signes non équivoques;
7** La femelle dont on détruit le nid de manière à le rendre irréparable, se comporte comme si elle éprouvait une grande souffrance; elle reste sur les débris de son nid pendant des journées entières Dans l'expérience réalisée dans le présent travail, elle est morte sans abandonner ces débris;
S"" Les jeunes ne manifestent aucun attachement pour la mère. Ce fait s'explique par cette remarque qu'ils ne reçoivent directement aucun soin de sa part, et que dans la série animale, r « amour filial » n'est pas un instinct affectif inné, mais au contraire se développe seulement, après la naissance, chez les petits pour qui la mère est une « source directe de bien-être ».
A. LÉCAILLON,
Préparateur de la chaire d'embryogénie comparée du Collège de France.
un cas d'amnésie continue avec asymbolie tactUjE, compuqué d'autres troubles
Antéoédents du malade. — Distinotions prèliminaireB. — Le goût. — L'odorat. — Le toucher : ohatooillement, pression; température, acuité tactile, douleur, poids, perception des membres, perception stérèognostique. — La vue : examen ophtalmosoopique, champ visuel, diplopie, sensibilité chromati<iue , sensibilité lumineuse, grandeurs, formes, reconnaissance d'objets. — Audition. — Force et mouvements : force, réflexes, réactions, temps de réaction, exécution de qael<iues mouvements. — Langage, chant, dessin : parler, lire, écrire, parler mentalement, chanter, dessiner. — Orientation dans le temps et dans l'espace. — Mémoire : mémoire pour les faits anciens, mémoire pour les faits récents, mémoire immédiate. — Résumé.
ANTÉCÉDExNTS ET ÉTAT GÉNÉRAL DU MALADE
L. est né en 1854. On possède peu de renseignements sur ses antécédents héréditaires. Il n'aurait point existé d'aliéné dans sa famille.
11 est marié et père de trois jeunes filles bien portantes. Il n'a jamais fait de graves maladies, mais il se serait livré à quelques excès de boisson. 11 a toujours eu un léger bégaiement.
Il a reçu une instruction primaire et a appris à lire et à écrire.
Il est entré à Thôpital de Fougères en janvier 1902, semblant plutôt affaibli intellectuellement que délirant. Cependant, en avril 1902, il est pris d'un violent accès d'agitation, devenant brutal, cherchant à frapper et présentant un délire tout à fait incohérent.
Il entre à l'asile d'aliénés de Rennes, où nous avons pu l'étudier, le 19 avril de la même année. Il présente alors de l'intertrigo très prononcé. D'ailleurs, depuis le mois d'août 1902, il est atteint de névrodermite localisée aux deux bras et aux oreilles; de petites vésicules sont écorchées par le malade;
entre les lésions de grattage il y a desquamation intense; les mains sont respectées, mais, le 16 septembre 1902, on note à ce niveau des taches de purpura.
L'agitation qu'il présentait k son entrée k Tasile de Rennes dure peu. Le 3 mai, on constate chez lui la cécité verbale complète sans cécité psychique : il reconnaît et nomme assez correctement les objets qui lui sont montrés; il ne présente pas de surdité verbale ni d*agraphie; il écrit sans faute son nom « Laigre Louis » spontanément; il écrit sous la dictée « Journal de Rennes », en mettant toutefois deux / à Journal. L'écriture copiée est impossible. Il est manifeste qu'il s'exprime difficilement, mais il peut s'agir là d'une exagération de son bégaiement congénital.
 ce moment, le malade présente une asymbolie tactile presque complète et un degré atténué de stéréo-agnosie '. Dès cette époque, il commet de grossières erreurs de localisation sur sa personne, confondant sa droite et sa gauche.
Ce malade a eu évidemment, le 9 septembre 1902, un ictus qui a passé inaperçu, car, k la visite, il est absolument confus et atteint de surdité verbale complète. Ce symptôme diminue un peu les jours suivants, mais, à partir du 16 octobre, il est pris d'agitation incohérente, prononçant des mots qui n'ont entre eux aucun rapport; il prend les objets qu'il trouve autour de lui et les jette au milieu de la salle. Son agitation se prolonge les jours suivants; le 20 octobre, on note des conceptions mystiques qui se traduisent par des génuflexions et des prières, entrecoupées de phrases dépourvues de sens, comme par exemple : « C'est bois chevalier ».
Le 18 novembre, le D*" Chardon, médecin en chef de l'asile, le trouve un peu amélioré et noie la réponse suivante : « Je ne suis pas idiot, on veut me faire passer pour idiot, ne cherchez pas à me brouiller ».
Le 10 mars 1903, L. a un ictus, la bouche est légèrement tournée à gauche, les yeux à droite. Les joues sont flasques an moment de l'expiration, gonflées à l'inspiration. Il est dans le stertor, complètement insensible; il est contracture et ses réûexes sont exagérés. Les jours suivants, son état s'améliore
1. La stéréo-agnosie est la perte de la faculté de reconnaître par le toucher la forme des objets, et Vasymbolie tactile la perte de la faculté de reconoallre par le même sens l'objet lui-même. (Voir pour ces distinctions, Claparéoe, Perception stéréognostique et stéréo-agnosie^ Année psychol., 5* année, 1899, pp. 65 et suiv., et le môme, Reviu: générale sur PagnosiCy même Revue, 6* année, pp. 74 et suiv.)
légèrement, mais il a des accès brusques de sommeil; après ces accès, il lui arrive de s'exprimer plus aisément.
Le 16 mars, ses filles et sa belle-sœur viennent le voir, et, fait très important, il les nomme correctement à leur arrivée et semble très heureux de les voir. Un peu après, il n'a pu arriver à répéter leurs noms.
Progressivement son état s'améliore, et, en août 1903, il est à peu près dans Fétat où il se trouvait Tannée précédente.
Les troubles névro-dermiques signalés ont reparu après une disparition momentanée.
Sous le rapport mental, L. n'est point un dément; il a conservé le souci de ne point paraître ridicule, la conscience affligée de son état défectueux, et, par instants, il manifeste une certaine bonne humeur qui ne manque pas de finesse. Il se prête volontiers, presque avec plaisir, aux expériences auxquelles on le soumet.
Ces expériences ont été faites pour la plupart en 1902.