L. a changé les poids de main comme ci-dessus
Perception de ses membres et de leur position. — L., les yeux bandés, a quelque perception de la position de ses membres. Couché sur une table, si on incline cette table, il se rend compte de la nouvelle position que prend alors son corps dans Tespace. Cependant, il commet de fréquentes erreurs relativement à la situation de ses organes et de ses membres. 11 confond parfois sa main gauche et sa main droite et indique avec sa main droite le dos de sa main gauche alors que c*est le dos de sa main droite que Ton a touché; ce dernier fait a été vérifié plusieurs fois. Dans un grand nombre de cas, il distingue correctement ses membres; ainsi, nous touchons fortement avec une pointe mousse certains de ses doigts : il désigne exactement le doigt touché.
Dans les expériences qui suivent, il a les yeux ouverts.
Nous touchons sa main droite. « Qu'est-ce que je touche? »; il y a hésitation, puis il répond : « C'est un sabot ».
Nous touchons un de ses genoux : « C'est mon pied. — Estce votre genou? — Oui. »
Nous touchons sa tête (les cheveux) : « Est-ce votre pied? — Non. — Est-ce votre tête? — Ma souche, en effet ».
Nous touchons Toreille gauche. Il la nomme correctement.
Nous touchons le nez : « Le nez » (après hésitation). Il touche lui-même son nez, pour s'assurer, semble-t-il, du membre touché; de même pour d'autres organes.
Pour le menton, la moustacîhe, il ne trouve pas les noms, mais il les reconnaît quand nous les citons parmi d'autres.
« Touchez votre nez ». Correct.
« Touchez votre oreille droite avec la main droite ». Il touche son nez et s'aperçoit qu'il s'embrouille. Nous insistons; il voit bien qu'il se trompe, cherche avec sa main, touche son menton, nous dit : « Voilà ». Il cherche de nouveau sur sa joue, touche encore son menton et dit : « Voilà ».
« Touchez votre barbe ». Il fouille dans sa poche avec sa main droite, cherche autour de lui du regard, et dit : « C'est-y malheureux de ne pas pouvoir toucher sa barbe ! »
« Montrez votre main droite ». Correct.
« Montrez votre main gauche ». Correct.
« Levez le pied droit ». Correct.
« Levez le pied gauche ». Correct.
« Mettez le doigt sur votre œil droit ». Nous lui montrons d'abord sur nous-mêmes ce qu'il faut faire. Il met son doigt sur son nez, mais il s'aperçoit qu'il se trompe.
B. BOURDON n M. DIDX. *^ UN CAS D'AMNASIE GONTINUB 99
Nous' lui toucliOiiB Tcefil gauche; il reconnaît que nous touchons son oeil gauche.
 la An de la séance, qui avait duré assex longtemps, il avait du Tcrtige une fois debout, et nous avons été obligés de le soutenir parce qu'il craignait de tomber.
Uoe antre fois, nous lui demandons de toucher son nez avec a main gauche : il réussit; — de toucher avec la même main son oreille , droito : il touche la gauche; — de toucher son oreille gauche : il touche la gauche, puis la droito; après peu de temps, il ne trouve plus son oreille et touche son nez.
Pereepiùm Miéréognoàtique. — Quelques expériences préliminaires sont faites avec un crayon, une clef ; L. ne reconnaît pas ces objets, bien qu*il les palpe avec soin des deux mains, li déclare un carré de cuivre de 2 centimètres environ de côté « earré ». Nous lui présentons d'autres objets, parmi lesquels une pièce de 2 francs; il ne la reconnaît pas; on la laisse tomber, il reconnaît alors au son que c*est une pièce de monnaie; on la lui remet dans les mains : il dit alors qu'il tient one pièce d*i franc. Nous lui découvrons les yeux qu'il avait bandés : il n'arrive même pas alors à reconnaître par la vue et le toucher une clef, et déclare toqjours tenir une pièce d'i franc; il parait d'ailleurs, à ce moment, assez fatigué.
Dans les expériences suivantes il a également les yeux bandés :
Boule en fer de 32 millimètres de diamètre dans la main gauche. Nous lui demandons : « Est-du bois ou du métal? » Il répond : « Du bois. — Est-ce rond ou carré? — C'est rond ».
Cube en bois de 3 centimètres de côté (main gauche). Il nous dit que c'est carré (questions comme tout à l'heure) et que c est du métal.
Disque en bois (diamètre = 4 cm., épaisseur ^1 cm.). Il nous dit que c'est carré et que « c'est de l'imitation de bois ».
Bouchon de liège. « C'est du bois »; il ne sait ce que c'est, ni à quoi cela sert.
Boule en fer (diamètre ^24 mm.). « C'est rond»; il hésite sur la nature de Tobjet et dit à la fin « bois » ; avec la main droite, il trouve que c'est « carré ».
Couteau. Pas reconnu.
Couteau et ciseaux^ un objet dans chaque main. Pas reconnus. 11 déclare que c'est bien distinct cependant.
Son chapeau entre les mains (grand chapeau de jonc k larges bords). Pas reconnu. « Est-ce plus gros que votre tête?— Oui.
— Est-ce votre chapeau? — Non. » Il ignore à quoi cela peut servir.
Boule de caoutchouc de 35 millimètres de diamètre, creuse. Il dit que c'est rond; il reconnaît que ce n*est pas dur, et la fait fléchir en pressant dessus avec ses doigts.
Triangle équilaiéral en bois (côté = 4 cm. , épaisseur = 6 mm .). « Combien de pointes? — Trois. — En quoi est-ce? » Il croit, mais en hésitant, que c'est du bois.
Tube en cuivre ( longueur = 9 cm . , diamètre extérieur = 24 mm.]. Il dit que c'est du v métal » (nous lui demandons toujours : « Est-ce du bois ou du métal?) « Quelle forme? Est-ce la forme d'un crayon? — Oui. — Est-ce creux? — Oui. Mettez votre doigt dans le trou; » il y introduit son index.
Petite éponge sèche. Il répond : « Mais non, ça n'est point rond, ça imiterait un objet qu'on laisse tranquille » (il semble vouloir dire par là que c'est rugueux et désagréable à toucher). « Est-ce dur comme un caillou? — Ohl dame non ». Il reconnaît que c'est rude. — « Est-ce sec? — Oui. » Nous mouillons ensuite l'éponge et la replaçons dans sa main; immédiatement il dit : « Oh! çà, c'est du frais ».
Nous lui faisons tracer des figures, les yeux bandés, en guidant sa main. Il ne les reconnaît pas.
Nous continuons les expériences, en lui laissant désormais les yeux libres.
Éponge placée dans la main : il la reconnaît aussitôt et dit spontanément « une fine éponge ».
Couteau, u C'est une éponge ». Il se reprend, essaie de l'ouvrir. — « Son nom ? — C'est facile à dire. — Est-ce des ciseaux?
— Non. — Est-ce un couteau? — Oui, ça imiterait un couteau ». Carré de bois (4 cm. de côté, 7 mm. d'épaisseur). « C'est
carré, c'est du bois ». Il n'y a pas eu d'hésitation.
La boule de caoutchouc, w C'est une jolie petite boule en bois. — Appuyez dessus. — Ça imite le caoutchouc ». Il a trouvé cette dernière phrase tout seul, sans que nous lui ayons parlé de caoutchouc d'abord.
ôoîle d'allumettes suédoises. Il l'appelle « porte-plume », se reprend aussitôt et dit « boîte d'ail... », sans pouvoir achever « allumettes », puis il dit « boîte de porte-plume ». — « A quoi ça sert-il? — Aux allumettes (spontané). — Servez-vous en; prenez une allumette »; il le fait assez maladroitement (nous notons, en général, qu'il se sert maladroitement de ses mains pour les exercices un peu délicats). — « Allumez-la »; il
B. BOURDON ET M..BIDB. — UN CAS D'AMNÉSIB OONTINUB 07
frotte maladroitement sar la boite, réussit à Tallumer, puis la souffle.
Bouchon de liige. « Liège » (spontané). N*a pas Tair de savoir à quoi cela serti fîrotte une allumette dessus.
BroMse à habUs. « Brosse » (spontané) ; il fait correctement le geste de s*en servir.
Ciseaux ouverts. « Est-ce un couteau? — Non. — Est-ce des ciseaux? — Oui (brusque). — Servez-vous-en; 'il le fUt très maladroitement, les ferme très difficilement et lentement. — Coupez ça » (du papier); il réussit, avec maladresse, à le couper.
En somme, il reconnaît beaucoup mieux les objets avec la vue et le toucher associés qu*avec le toucher seul. On verra plus loin qu'il les reconnaît mieux aussi avec la vue seule qu*il ne les reconnaissait précédemment avec le toucher seul. Quelquefois, alors qu*il reconnaît Tobjet, il hésite ou même se trompe sur son nom. Avec le toucher seul, il identifie assez facilement les impressions de sec, rude, dur, mou, frais, plus difficilement les formes ronde, carrée, la nature (bois, métal), pas du tout Tensemble de l'objet (couteau, chapeau, etc.).