LANGAGE, CHANT, DESSIN
Le malade étant congénitalement bègue, la difficulté d'expression qu'il présente peut être mise en partie sur le compte de cette infirmité. Assez longtemps après les ictus, il existe un certain degré d'aphémie. Cette aphémie s'exagère par la fatigue, et on voit se produire alors des phénomènes connexes comme Técholalie et l'intoxication par le mot antérieur. Ordinairement, il n'y a pas d'aphémie.
Il trouve difficilement les noms de lui-même, mais il les reconnaît quand on les lui dit.
Il comprend, en général, bien ce qu'on lui dit. A certains moments, il existe pourtant de la surdité verbale. Ainsi, le 16 septembre 1902, nous lui demandons : a Comment vous appelez-vous? » et il répond : « Laigre. — Quel âge avezvous? — Laigre. — Mais non, quel âge avez- vous? — Ah oui ! (jnel âge avez-vous?... Oui... Laigre ».
La cécité littérale et la cécité verbale sont à peu près complètes.
L. chante assez exactement les airs populaires qu'il connaît.
Voici les résultats d'un certain nombre d'expériences que nous avons faites sur lui relativement aux facultés de parler, de lire, de comprendre l'écriture et les mots imprimés, de chanter et de dessiner.
Parler. — Nous constatons, en général, dans les expériences
auxquelles nous soumettons L., qu'il articule bien. Il répète exactement « constitution, constitutionnel >, et même » anticonstitutionnellement » ; il a eu quelque difficulté pour « constitutionnellement », mais probablement parce que sa mémoire fléchissait au moment de Texpérience.
Le malade est souvent incapable, comme on a pu déjà le remarquer, de nommer des objets dont il connaît Tusage; ainsi, il lui arrivera de ne pouvoir nommer un crayon, et de savoir pourtant s'en servir.
Souvent, il nomme faussement des objets qu'il reconnaît; on en a vu des exemples précédemment : ainsi, il appelait, dans une expérience, un couteau « une éponge », une boite d'allumettes « une boîte de porte-plume », bien qu'il reconnût ces objets. Il a même parfois conscience que le nom qu'il donne à un objet n'est pas celui qui convient.
Lire. — Dans une expérience, nous l'invitons à nommer des lettres imprimées. Il répond pour toutes « sol, sô ».
Nous lui montrons un A et un B majuscules tracés au crayon, chacun sur un rectangle en papier. Il reconnaît le B et le nomme correctement.
Même expérience : « Montrez l'A ». Il met la main sur l'A et dit : « Voilà le B ».
Nous lui montrons une M : « C'est l'H ».
Nous lui montrons un B : « C'est D ».
Mous lui montrons B et M. Nous lui demandons s'il voit TM : « Non ».
Nous lui montrons une M. « Comment l'appelez -vous? — rf, e, /*».
Nous lui montrons un a minuscule, tracé au crayon sur un rectangle de papier. Il dit : « rf, e, /*, A, i, n,... » et continue à citer d'autres lettres. Il a eu beaucoup de peine à reconnaître que c'est une lettre; il nous a expliqué qu'il récitait la série des lettres rf, e, etc., pour retrouver ainsi le nom de celle qu'il voyait; on pourrait conclure de là qu'il reconnaît la lettre, mais ne trouve pas son nom. Nous lui citons a, il nous dit que ce n'est pas ça; il ne reconnaît donc pas la lettre.
Pour éliminer la diplopie, dans le cas où il en aurait existé, nous lui couvrons l'œil droit, pendant que nous lui présentons A et B, et nous lui demandons de nous montrer le B. H nous le montre, mais il appelle également B ensuite l'A. Cette dernière erreur pourrait être due, il est vrai, simplement à de la paraphasie.
B. BODRDON BT M. DIDE. — UN GàS D'AMNÉSIB OONTINUB 100
Même expérience, Toeil droit également couvert Nous lui demandons de nous montrer VK, Il dit qu*il n'y a pas d'A* Il ne reconnaît donc pas les lettres par la vue. Il ne les reconnaît pas non plus lorsqu'on les lui fait tracer, les yeux bandés, en guidant sa main.
Avec certains tsaractères manuscrits, il dit : « Ça, c'est le nom de ma fille ».
Dans une expérience, il ne reconnaît pas son nom écrit en caractères imitant les lettres imprimées. Dans une autre expérience, au contraire, il reconnaît son nom écrit en écriture ordinaire.
On lui présente un texte et on l'invite à le lire; il y lit des mots qui ne s*y trouvent pas, par exemple « officiers ».
Il ne peut pas lire Theure à une montre; il lit 10 heures alors qu*elle marque 3 h. 1/2. L'expérience a été faite avec les deux yeux, avec Tœil gauche et avec l'œil droit.
En somme, la cécité verbale est à peu près complète.
Écrire. — Prié d'écrire, il écrit généralement son nom. même lorsqu'on lui spécifie le mot à écrire. Il a écrit cependant sous la dictée « oui, bien, Alfred ».
Quand il réussit à écrire ce qu'on lui demande d'écrire, il écrit aussi correctement sans qu'on lui épelle les mots que si OQ les lui épelie.
On lui écrit « Botcazo », nom d'un interne présent; il lit a Benjamin » et recopie sur invitation quelque chose comme « bienjamienn ».
Prié d'écrire « Benjamin », il écrit a n, ng ». Il épelle « Benjamin n (de mémoire, croyons-nous, et non d'après le mot qu'il a sous les yeux) : « 6, t, e, n... »
L. a donc conservé la faculté d'écrire, mais ce qu'il écrit ne correspond généralement pas à ce qu'on lui demande d'écrire. Comme il a perdu la faculté de lire, il est incapable de copier exactement.
Parole mentale. — L. paraît avoir conservé, du moins à quelque degré, la parole mentale. Dans une expérience, en effet, où il faisait le simulacre do tracer des lignes droites dans sa main, il paraissait compter mentalement les barres qu'il traçait ainsi, car, à un moment donné, il s'est mis à compter à haute voix, comme en continuant ce qu'il faisait mentalement, et a dit : « 13, 14, 15, ça fait 15 fois ».
Chanter. — L. chante le premier couplet de la Marseillaise assez exactement, comme paroles et musique.
Il monte et descend assez exactement la gamme en prononçant <s do, ré... ».
Dessiner, — Prié de dessiner un rond, il écrit son nom correctement. On lui dessine un rond; prié d'en faire autant, il écrit toujours son nom.
Prié de tracer un trait, il écrit son nom incorrectement, quelque chose comme « Loungre », et il épelle ensuite ce mot, « /, a, i, g^ r, <?, », comme s'il était correctement écrit.
Nous lui demandons de dessiner un sabot. Il écrit « Laigre » .
Nous lui bandons les yeux, et le prions de dessiner un carré. Il écrit toujours son nom.
Nous lui montrons, derrière du papier transparent, un carré, et le prions de calquer ce qu'il voit. Il commence par écrire son nom; il finit par tracer des lignes, après qu'on l'a guidé pour commencer.
Nous lui mettons dans la main gauche une pièce de 10 centimes, et lui demandons de la dessiner. Il continue, avec son index et son pouce droits rapprochés comme pour tenir un crayon, de faire le simulacre de tracer des lignes droites (il en avait tracé un certain nombre immédiatement avant cette expérience) dans sa main gauche. Il continue ainsi pendant assez longtemps (intoxication par le geste).
Dans une expérience, il a essayé de dessiner au crayon un rond, quand nous lui avons demandé de le faire et a tracé un ovale irrégulier. Prié ensuite de dessiner un carré, il a tracé à peu près la même figure.