Contiguïté ou continuité des éléments neneux
Faut-il ou non maintenir l'ancienne doctrine de la simple contiguïlii dos éléments nerveux?
Nous avons vu les arguments contre cette contiguïté et en faveur des anastomoses et de la continuité. Van (îehuchten * discute ces faits, admet que, s'ils prouv(»nt l'existenci» d'anastomoses, ils ne la prouvent pas dans la généralité des cas et que cette démonstration pour un(i partie des cas, .« dans un cas exceptionnel >►, ne sutlit pas à faire rejeter la doctrine de l'indépendance des éléments nerveux encon; admise |>ar la grande? majorité des neurologistes.
Je conclurai sur ce j»oint purement anatomique que la simple contiguïté ne peut plus être donnét; comme une loi universelle, s'appliquant absolument à Ions les élémenls nerveux. // ne faut plus faire figurer celle condition kislologique dans la car ac ter istique fondamentale de Vdlcment nerveux.
Seulement, si c(;ci est de nature à profondément modifier la définition analomiqw de l'élément nerveux, cela ne porte en rien atteinte à la définition physiologique et par suite clinique de l'élément nerveux. Les arguments anciens persistent pour établir l'indépendance de rerUiins neurones et de certains gr(>upes de neurones, les uns par rapjiorl aux autres.
:{. Les cellules et les rrsean.r.
(Jue penser des idées de H(Mli(; et d'Apathy, d'après lesquels les rentres nerveux sont en linéique sorte supprimés, les cellules n'ont
/. Va.v GEUIICIITE.N, Traité c'ilv, t. I, p. 2\1 et suiv.
J. GRASSET. — NEUROPATHOLOGIE 279
plus qu'un rôle absolument accessoire, les réseaux extra-cellulaires étant beaucoup plus importants que les cellules?
D'abord, l'accord n'est pas encore complet sur ces points parmi les histologistes. On trouvera dans le Traité de van Gehuchten ip. 226 et suivantes) une discussion très serrée des observations de Bethe, d'Apathy, de Nissl, etc. Il qualiQe d'étranges les faits observés par Apathy ; il faut attendre qu'ils soient confirmés par d'autres. Les afûrmations de Bethe ne reposent sur aucun fait précis et ne doivent être admises que comme de simples hypothèses. De même, le travail de Nissl ne renferme que de pures hypothèses ne reposant sur aucun fait d'observation bien précis, etc.
Je n'ai pas qualité pour intervenir dans le débat, qui reste, il faut bien le remaquer, un débat purement histologique.
Quelles que soient les conclusions qui triompheront, il n'en faut pas moins toujours pour le physiologiste et pour le clinicien des éléments centraux et des éléments conducteurs. Que les centres soient les réseaux intracellulaires ou les réseaux extracellulaires, ils n'en doivent pas moins exister. Quelle difTérence y a-t-il donc entre les deux doctrines? Différence de structure histologique des centres; voilà tout. Si les réseaux extracellulaires deviennent les vrais centres, cela voudra dire que l'ancienne conception histologique du protoplasma, avec son noyau autour des réseaux, n'est plus nécessaire pour constituer un centre. Mais ce ne sont là toujours que des questions d'histologie, fort intéressantes sans doute, mais qui laissent intacte l'ancienne conception physiologique et clinique de l'élément nerveux.
Quand van Gehuchten dit (p. 232) que Bethe arrive à cette conclusion étrange, qu'il n'y a plus de centres nerveux, il veut dire qu'avec les idées de Bethe il n'y a plus de caractéristique anatomique et histologique des centres nerveux. Mais l'existence physiologique et clinique de ces centres reste intacte et supérieure à toutes les discussions des histologistes.
Si les idées d'Apathy et de Bethe triomphent, l'ancienne caractéristique histologique disparaîtra et se transformera; mais l'existence même de ces centres n'en sera en rien ébranlée et nous garderons le droit d'appeler neurone cet élément nerveux dont la caractéristique anatomique n'est plus la même, mais dont la caractéristique physiologique et clinique reste la même.