Développement des éléments nerveux
Il semble bien démontré par les travaux récents que le développement est moins univoque qu'on ne le croyait autrefois. Les centres de développement sont multiples et se soudent ensuite : le développement caténaire remplace le développement par un centre unique, par le corps cellulaire seul, poussant ses prolongements.
Cela prouve que le neurone n'est plus un centre embryologique. Soit. Mais d'abord cela n'ébranle môme pas son unité histologique ; car bien des unités histologiques de l'organisme adulte ont une origine embryologique multiple, sont des pluralités à la période embryonnaire.
De plus, et surtout, cela n'ébranle en rien et ne modifie pas la conception ancienne du neurone unité physiologique et clinique.
Seulement, et c'est là la chose nouvelle h retenir, le neurone ne représente plus une unité embryologique, le corps cellulaire du neurone n'est plus le centre unique du développement embryonnaire (le ce neurone.
îi. Ce que devient la loi de Waller.
La loi de Waller me parait être le terrain sur lequel les idées nouvelles sont le moins révolutionnaires.
Le fait de la dégénérescence du bout périphérique (après section) observé par Waller reste vrai. On peut appeler cette altération une régression cellulaire par défaut de fonctionnement. C'est possible. Mais le fait reste vrai.
Le bout central ne reste pas intact comme le voulait la loi de Waller. C'est vrai, mais cela prouve au contraire la solidarité des diverses parties du neurone. La section d'un prolongement agit à distance sur le corps cellulaire, et le bout central dégénère ensuite, comme le bout péripliériijue, du centre vei*s la périphérie.
Il faut lire, sur cette question grave, le Rapport de van Gehuchten, au dernier Congrès de Madrid, sur la dégénérescence dite rétrograde ou dégénérescence wallérienne indirecte*. Il conclut: « l-a proposition positive contenue dans la loi de Waller est vraie d une manière absolue >». Cette même loi « n'est pas vraie dans sa proposition négative ». « La dégénérescence qui peut survenir dans le bout central est une véritable dégénérescence secondaire, wallérienne, cellulifuge on centrifuge, identique à celle qui survient dans le bout périphérique. Klle est consécutive à l'atrophie rapide des cellules d'orii^nne et mérite d'être désignée, pour ce motif, sous le nom de dégénérescence wallérienne indirecte )>^ La dégénérescence directe (boni périphéri(|ue) est généralement en pleine évolution six, sept ou huit jours après le traumatisme; l'indirecte (bout central) ne commence que soixanle-dix jours après la lésion expérimentale.
De cela résulte que la méthode d'étude basée sur l'analyse des dégénérescences, soit expérimentales, s(Mt cliniques, reste vraie. Elle s'est rnénii^ coni[)lété(î par l'analyse des dégénérescences indirectes que van (iehuchten, notaninient, a brillamment appliquée à l'étudt^ de l'origine réiîlle et du trajet intracérébral des nerfs moteurs*.
H nr nous paraît donc pas possible de dire avec Durante (dans le passaiîe <iéjà cité), (pi'on ne peut i)lus placer avec sûreté dans les ci'lluUîs corticales h? point de départ du faisceau pyramidal, pas plus que nous ne ronnaissons avec certitude la terminaison de ces libr(»s. Les études anatoniocl iniques, arrunuilées depuis vingt-cinq ans, sur la dégénérescence des faisceaux pyramidaux après les lésions intracérébrales, restent parl'aiterncînt vraies. Tous les travaux
\. Van Gehuchten, Le Xévraxa, t. V, 20 avril !U03, p. 3. L>. Jtl., iOid., t. V, L>»i octobre V.m, p. Sti.i.
J. GRASSET. — NEUROPATHOLOGIE 281
récents qui complètent la géographie exacte de ces faisceaux dégénérés le prouvent bien.
On ne peut même pas dire qu'à ce point de vue le passage de la dégénérescence est partout indifférent, d'un neurone à un autre. En clinique, la lésion reste fréquemment limitée au système pyramidal ou aux cellules grises antérieures de la moelle. S'il y a continuité histologique entre les neurones corticaux du cerveau et les neurones médullaires antérieurs, il y a indépendance physiologique et clinique et même indépendance anatomique de ces neurones au point de vue de la propagation des lésions.
Donc, sur ce point, tous les anciens travaux sur la dégénérescence et les déductions qu'on en lire pour l'anatomie, la physiologie et la clinique (appareils de la vision, de la motilité, etc.) restent établis et leurs conclusions ont été, non ébranlées, mais complétées par les recherches récentes.