‹ L'année psychologiqueChapitre 74 sur 205 · E. BLUM. —DÉVELOPPEMENT DES RECHERCHES PÉDOLOGIQUES · texte numérisé non relu

E. BLUM. —DÉVELOPPEMENT DES RECHERCHES PÉDOLOGIQUES

anthropométrique. II faudra craindre les statistiques encombrantes, adopter une méthode unique de mensuration pour éviter les erreurs siguah'*es par Binet », multiplier les laboratoires que chaque Université pourrait facilement aménager dans un de ses Instituts : les recherches bien limitées peuvent aboutir. Elles auront bientôt pour conséquences pratiques une adaptation rationnelle des programmes au sexe, à l'âge, à la force, au pays de l'écolier, et l'institution du livret de santé ; dont, après Welzi, nous avons indiqué le rôle. Le congrès d'hy;:iène scolaire en a réclamé l'institution.

A en juger par le nombre de publications qu'elle provoque, la pédologie introspective indirecte est très florissante : les questionnaires se multiplient, les réponses, d'abord très rares, se comptent maintenant par milliers, d'importants tableaux sont reproduits un peu partout jusque dans les journaux quotidiens. Sans aller jusqu'à repousser entièrement avec Hibot * l'enquête indirecte ou questionnaire, qui, bien employée, pourrait fournir d'utiles indications et contîrmations, il faut reconnaître avec lui que le maniement en est fort délicat, que la quantité remplace souvent la qualité, qu'en dépit de l'exemple venu de l'étranger, — où a sévi la manie des questionnaires, — il faudra en quelques expériences typiques examiner de très près la valeur de ce procédé comme moyen d'investigation pédologique. Lorsque dans le Manuel Général nous avons demandé aux instituteurs de créer la coopération pédayogique, et lorsque cet appel, repris par des hommes mieux placés pour se faire entendre, eut abouti à la création d'une société libre d'études psychologiques, il a semblé regrettable que celle-ci limite presque exclusivement son activité à des recherches par questionnaires : nous avions i)roposé l'institution d'enquêtes orales et les critiques décisives de Hibot contirment la thèse que nous avons soutenue. Il eût peut-être été préférable d'exhorter les sociétaires à instituer des enquêtes orales, directes, limitées, à dresser des rapports dont les résultats écrits auraient été soumis à la discussion des membres dv la société. La supériorité de l'enquête orale, précédée de la double critique des procédés et des témoignages, paraît établie par Bibot Mais si elle constitue en psychologie une méthode auxiliaire, elle a en ycdulogie un rôle essentiel.

Les recherches doivent suivre l'évolution du sujet à étudier : elles peuvt.'iit être subdivisées en sections. De l'enfance à l'adolescence il y a des périodes trop souvent confondues et qu'il faudra sé[)arer. Nous en distinguerions sept où seraient étudiés la vie inlra-utérine, le nouveau-né lOà 2 moisj, le nourrisson (deux sections, 2 à 12 mois, 1 an à 2 ans.!, le petit enfant. (2 t\ ;j ans), l'enfant (5 à 7 ans), l'écolier, 7 à 10 ans avec deux sections, la période anté, et la période post-pubère;, l'adolescent. Pour connaître les trois premières il faut recourir à Tobservation indirecte par voies de questionnaires ou d'tMU|uêtes près des parents, médecins, etc. Mais si on veut enlin

1. Année psychologique. Voir aussi les récentes communications faiUa i\. la Société liôj'C, etc.

subsliluer aux théories des adultes sur les enfants la connaissance de l'enfant lui-même, il faut laisser au psychologue l'introspection subjective et recourir en pédologie à l'enquête orale, — sous toutes ses formes. L'enfant est incapable de s'observer lui-même, et cependant c'est par lui et de lui seul que vous apprendrez à le connaître. L'enquête orale, avec ses auxiliaires, l'observation de la mimique, de récriture, du dessin, des imitations, des jeux, des rêves, des infractions à la règle, etc., reste le procédé essentiel d'investigation. Elle expose à de graves mécomptes que Ribot signale i : elle est restreinte, exige une connaissance suffisante du sujet, fausse en partie la réponse par l'intervention plus ou moins consciente de l'interrogateur. Celui-ci pourra suggestionner l'enfant. Mais l'enquête orale est indipensable, comme au demeurant elle est « un mode d'investigation légitime », il faut surtout s'efforcer d'en simplifier la technique et d'en critiquer soigneusement les résultats.

Le domaine de l'introspection directe restera donc très limité : le sujet, même adolescent, ne s'observera pas spontanément, et le podologue, s'il tente de reconstituer ses propres souvenirs d'enfance, sora le plus souvent victime de son imagination.

En somme si les études pédologiques commencent à provoquer en France l'intérêt qui leur est depuis longtemps acquis à l'étraniier, si elles ont reçu dans ces dernières années une sorte de consécration oflicielle, si on tente déjà d'en tirer sur plusieurs points importants les données d'une pédagogie scientifique, ce n'est pas par engouement pour telles ou telles importations allemandes ou américaines : un groupe de travailleurs s'est mis à l'oeuvre, a préféré aux généralisations hâtives et ambitieuses les rechen^hes limitées mais fructueuses, et il faut désormais reconnaître que la pédologie a son objet propre : l'enfant, — qui est un être spécial et non un petit homme, sa méthode, — notamment celle de l'enquête orale sous toutes ses formes, — ses divisions, et enlîn ses données actjuises, — dont nous nous proposons de suivre ici même chaque année la marche progressive.

Eugène Blum.

Annexe bihliooraphiouk. — La note précédente trouvera son complément et sa confirmation dans l'indicalion «l'un certain nombre d'ouvrages parus depuis la publication de notre dernier travail dans V Année psychologique :

PKDOLOGIK NORMALE

Bibliographie.

Ament (W.). Befjriff und Begriff'e der Kindersprache, 3o p., Berlin. An?iée psychologique (i-ix* années), Paris, Schleicher.

1. Th. Ribot, Sur la valeur des questionnaires, Journal de Psychologie, n" l, p. 5.

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