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J. DENIKER. — REVUE D ANTHROPOLOGIE 301

Le calcul fait avec les « honours » de l«^ 2° et Z^ degré ne donne pas un meilleur résultat. La valeur de la corrélation pour la largeur et la longueur de la tête monte un peu, il est vrai, chez les intelligences tout à fait supérieures (!«' degré), mais cela peut tenir à ce que cette catégorie est formée d'hommes plus âgés que les deux autres (2* et S'' degré); et Ton sait, par les travaux de Pfitzner» que les deux diamètres de la tête croissent, quoique lentement, durant toute la vie *.

En somme, que Ton prenne les enfants ou les adultes, que Ton prenne comme critérium l'estimation des instituteurs et de professeurs ou celle des personnes elles-mêmes (ou de leurs parents, car ne se présentent aux « honours » que les étudiants qui s'estiment assez forts pour subir Tépreuve ou qui y sont poussé par leurs proches), on ne constate aucun rapport appréciable entre les dimejmons et la forme de la tête et les capacités intellectuelles.

3. PnTZNER (W.). Social anthropologische Studien. — Zeitschrift fur Morphologie, Strasbourg. 1, 1899, p. 325-373; III, 1901, p. 485- 575; IV, 1901, p. 31-98; V, 1902, p. 201-314.

Une série d'études fort intéressantes, arrêtée malheureusement par la mort de Tauteur, au quatrième Mémoire.

Dans le premier Mémoire Pfitzner cherche à établir d'après l'étude de plusieurs centaines de cadavres du service anatomique de Strasbourg Vinfluence de fdge sur les caractères anthropologiques et arrive à cette conclusion que tous les caractères changent avec l'âge, sauf Tindice céphalique, qui est remarquable par sa fîxité. Le caractère qui varie le moins est la couleur de Tiris; sont aussi relativement stables : la taille, l'indice de hauteur-largeur de la tête et l'indice facial. Dans le second Mémoire, basé sur l'étude de deux mille cadavres d'Alsaciens et de Badois, l'auteur s'occupe de l'influence du sexe sur les caractères anthropologiques et se résume ainsi : La femme est plus petite que l'homme, d'une façon absolue et d'une façon relative, en totalité et dans toutes ses proportions. Contrairement à ce que Havelock Ellis a trouvé en Angleterre, les hommes sont plus souvent blonds en Alsace que les femmes. Fait à noter : dans le cas de stature égale chez l'homme et chez la femme, les proportions du corps sont les mêmes chez les deux.

Le troisième mémoire est consacré à Vinfluence des couches sociales [et de la confession) sur les caractères anthropologiques. Il a pour base : !• l'étude de 3 000 cadavres h Thôpital; 2° des mensurations sur une série de femmes vivantes, 3° et l'enquête faite auprès des chapeliers de Strasbourg sur le prix de chapeaux et sur les dimensions correspondantes de ces chapeaux. Résultats principaux : les individus des I classes riches ou aisées ont la taille plus élevée, la circonférence de

I i. PnTzm, Zeilsch, f. MorphoL u, Anthropol.j I, 1899, p. 363.

la tête plus grande et le membre supérieur ou thoracique plus long que ceux de la classe pauvre. La confession ne parait avoir aucune influence directe sur les camctères somatiques; elle semble inteiTenir à cause de la diversité de races entre lesquelles se partagent les catholiques et les prolestants de l'Alsace.

Le quatrième mémoire traite des proportions de V homme adulte^ telles qu'elles résultent des mesures sur 4 899 cadavres. L'auteur y recherche : 1° les variations des mesures (leur exposant d'oscillation, les écarts moyens des cas individuels de la moyenne, etc.); 2° les corrélations des variations (il trouve par exemple que si telle mesure directrice, disons celle du tronc, augmente, une autre, disons la circonférence de la tête, augmente aussi mais dans une plus faible proportion); 3° les variations des proportions; 4° les corrélations des proportions; î>° les bases des proportions humaines (prenant la taille comme unité, et la seule unité rationnelle suivant l'auteur).

4. BOURNEVILLE et Paul BONCOURT (G.). — Considérations sur la morphologie crânienne dans ses rapports avec les états pathologiques du cerveau. — Bull, de la Soc. d'Anthropol. de Paris, 3« sér., III, 1902, p. 35-46, fig.

Deux observations. — Le crâne d'un idiot mort à 38 ans. aveuglené, assez habile pour les travaux manuels, mais dont le peu d'esprit était toujours et consciemment tourné vers les actions méchantes et nocives. La déformation de ce crâne (trigonocéphale et acrocéphule, avec une crête médiane sur le frontal) est due à la synostose prématurée de tous les os, provoquée probablement par des troubles circulatoires. Les lobes frontaux sont absents comme dans la deuxième observation, celle d'une fillette devenue idiote et morte à 9 ans, mais dont le crâne n'offre presque pas d'anomalies, parce qu'il n'y avait pas eu de synostose prématurée.

^). MATlE(iKA (H. — Ueber das Hirngewicht, die Schàdelkapacitàt, das kopfform, sowie deren Beziehungen zur psychischen Thàtigkeitder Menschen. — l Theil : Ueber das Hirngewicht des Menschen. — Sitzungsb. der K. Bolimischen Gesellsch. d. \N'issensch. in Prag, 1002 (2® classe); M»'moire n^' XX (séance du 7 mars 1902;.

Après les nombreux travaux de Wagner, Boyd, Bischof, Broca. Topinard, Manouvrier, sur les pesées du cerveau, il semble que tuut a été dit sur cette matière. Cependant le travail de M. Matiegka offre un point de vue nouveau, attendu que c'est le premier où le même observateur considère le poids cérébral sous tous ses aspects, inthien(?é qu'il est par les conditions les plus diverses, que l'auteur énumère sous 14 chefs (âge, sexe, taille, poids du corps, état de

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nutrition, musculature, anomalies c^^rébrales, intelligence, classe sociale et métier, dimensions du crûne, forme du crâne, hérédité et race, modifications pendant la vie, maladie ayant précédé la mort, nature de la mort).

Voici les conclusions principales de ce travail, fait d'après les pesées de 416 cerveaux (dont 322 d'aliénés) de Ilnstitut patholoiiique de IL'niversité de Prague, et de 590 cerveaux (dont 9 d'aliénés) de rinstitut de médecine légale de la même Université. Le nombre de cerveaux d'hommes et de femmes se répartit presque également dans les deux subdivisions de la première série; dans la deuxième série la proportion des hommes aux femmes est environ de 3,7 h 2 *.

1.2. A(/€ et sexe. — Le poids moyen du cerveau* est de 1 300 grammes pour les hommes, de 1 485 pour les femmes dans la première série; les chiffres correspondants pour la deuxième série sont : 4 442 et 1 290 grammes.

La différence est donc de 421 ou 151 grammes en faveur de Thomme comme il est connu depuis longtemps. Quant à Tàge, la différence entre le poids du cerveau des hommes faits (20 à 59 ans) et celui du cerveau des vieillards (60 à 90 ans) est de 98 ou 72 gram mes (suivant les séries) pour les hommes, et de 46 ou 74 grammes pour les femmes ^.

3. Taille. — La série de Tlnstitut de médecine légale a été seule examinée sous ce rapport. Le poids du cerveau monte en général avec la taille dans les deux sexes, mais pas aussi vite que la taille. Sur 1 centimètre de taille on a 9 grammes de cerveau chez les hommes petits (1"»,50 à 1"^59) et 8 grammes seulement chez les grands fl™,SO à 1™,89); chez les femmes de môme taille que les hommes, il y a d'ordinaire 0,7 de grammes en moins de cerveau par centimètre de taille. La femme a donc moins de cerveau que 1 homme et absolument et relativeiiient.

4. Musculature et os, — Le poids du cerveau est à son maximum avec la musoulalure puissante, au minimum avec la musculature faible chez les hommes. Il est au maximum avec l'ossature moyenne, au niinimuni avec l'ossature faible, dans les deux sexes.

.*'). L'état i/cnrral du corps, dépendant de la nutrition plus ou moins abondante, influe sur le poids du cerveau qui est au maximum avec une bonne nutrition chez l'homme, très bonne chez la femme; il est au minimum avec la mauvaise nutrition chez l'homme, avec la moyenne chez la femme.

6. Valiénution mentale, tout en abaissant le poids moyen du cerveau, fait ressortir un nombre beaucoup plus considérable que

1. Les résultats obtenus dans les deux séries sont considérés séparément, parre que la première représente les malades (45 p. 100 «le tuberculeux) et la seconde, des sujets relativement sains.

2. Pfsé df la même façon dans les deux séries, sans la dure-mère, et aussitôt après la mort sans laisser écouler le sang et les liquides.

3. Les cerveaux des individus âgés de 00 ans et plus ne sont pris en considéraliun que pour Tape et le sexe. Pour toutes les autres questions, il ne s'agit que des séries d'individus âgés de 20 à 59 ans.

parmi les normaux des cas extrêmes dans les deux sens; ceci confirme les faits connus déjà de la légèreté relative et de la grande 1 variabilité du poids des cerveaux pathologiques, suivant la forme | de la maladie (les déments, les alcooliques, cerveau plus petit; les 1 mélancoliques, les paranoïques, cerveau plus gi'and que les nor- j maux). Un fait intéressant a été constaté par M. Matiegka : le cerveau des aliénés de vingt à cinquante neuf ans est plus léger que celui des normaux, mais il est plus pesant chez les vieillards aliénés que chez, les normaux. L'auteur trouve la confirmation de ses observations dans les tableaux publiés par Tigges en 1880 et par d'autres savants pour lesquels le fait a passé inaperçu. Les différences sexuelles dans le poids cérébral sont moins marqués chez les aliénés que chez les individus sains.

7. L'intelligence influe sur l'augmentation du poids du cerveau. L'auteur cherche à le démontrer en passant en revue les travaux de BischofT, Wagner, AVelcker, Broca, Topinard, Manouvrier, Buschan et autres, à ce sujet, et en y ajoutant 3 ou 4 observations personnelles.

8 et 9. Influence du métier et de la position sociale, — Le poids du cerveau est au maximum (1 500 gr. en moyenne) dans le groupe d'étudiants, fonctionnaires et médecins; viennent ensuite : les marchands, les hommes d'afl*aires, les instituteurs, les artisans, les domestiques, gardiens, etc.; les ouvriers des fabriques et, enfin, avec le minimum (1 410 gr. , les journaliers. C'est une confirmation du rapport du poids du cerveau avec Tintelligence et avec Tétat général dépendant de la nutrition.

10. Poids (lu cerveau et dimensions du crâne (d'après l'étude sur 2 séries). — Le poids nioym augmente avec l'augmentation des dimensions du crdne en longueur et en largeur; toutefois Taugmentation en largeur a plus d'influence sur le poids comme on pouvait s'attendre à priori. Ceci reste vrai pour les deux sexes et aussi bien pour les normaux que pour les aliénés.

il. Poids du cerveau et forme du crâne. — Après avoir résumé la controverse entre anlhropologistes à propos de la supériorité des braohy ou des dolichocéphales, M. Matiegka donne les résultats de ses reclierches. Pour les hommes, dans la première série, les brachy ont le cerveau plus pesant r|ue les dolichocéphales; dans la seconde c'est le contraire. Pour les femmes, dans les deux séries, les brachycéphales ont le cerveau plus l(»urd. Évidemment la forme influe peu, surtout si Ton ne prend pas en considération les dimensions absolues et la hauteur du crâne.

12. Race. — Les cerveaux étudiés par M. Matiegka appartenaient tous aux individus du peuple tchèque; la comparaison de sa moyenne avec celle qu'avait trouvé Weisbach sur une cinquantaine de cerveaux tchèques est satisfaisante, après correction. La comparaison av»*c les données sur d'autres peuples est plus difflcile. Mais autant qu'on i»eut en juger la ra«'e na que peu «l'influence sur le poids du cerveau; la plupart des différences peuvent s'expli(|uer par la diversité de la taille, de l'état général, etc., toutes les fois qu'il est possible de comparer les pesées des individus de même âge.

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13, 14. L'influence de la maladie et de la nature de la mort sur le poids du cerveau sont très variables.

6. MARCHAND (F.). — Ueber das Hirngewicht der Menschen. — Abhandl. d. mathem.-phys. Classe Siichsisch. Gesell. d. XN'issensch., 1902, XXVII, p. 391-481.

Ce travail peut ^tre mis en parallèle avec celui de Matiegka. Ils se complètent mutuellement, d'autant plus que les pesées ont Hé faites d'une façon à peu près semblable (cependant Marchand paraît avoir pesé avec la dure-mère). Le trait particulier du Mémoire en question c'est les données sur les cerveaux des enfants depuis l'Age de cinq semaines (les différences sexuelles se manifestent déjà à cet dgeî) et les nombreuses comparaisons des chiffres de l'auteur avec ceux de Vierordt, Bischoft, Boyd, Retzius, Zichen et autres, que M. Matiegka passe sous silence. Le nombre de pesées est de 1234 cerveaux de malades, morts à la clinique de l'Université de Marbourg (Hesse), des deux sexes, de zéro à quatre-vingts ans. Le poids moyen entre quinze et cinquante ans est de 1 400 grammes pour les hommes, de 1 275 grammes pour les femmes *. Ce poids augmente avec la taille dans les deux sexes et à tous les âges, comme il a été déjà constaté par Matiegka; les chiffres du poids par centimètre de taille sont un peu moins élevés que chez cet auteur. Entre vingt et cinquante ans. Marchand trouve 7,7 à 8,8 grammes de cerveau chez l'homme et 7,0 à 8 grammes chez la femme par centimètre de taille. De plus, comme Matiegka, il constate qu'à taille égale la femme a toujours moins de cerveau que l'homme.

Voici, résumées, quelques données sur la croissance du cervoau. Le poids de l'encéphale du nouveau-né double dans le courant du dixième mois: il triple avant trois ans; ensuite l'augmentation »st faible, plus faible chez la femme que cliez Thomme. L'organe atteint son poids maximum entre dix-neuf vA vingt ans chez l'homine, 11410 gr.), entre seize et dix-huit ans chez la femme 1293 gr). Le poids reste alors presque stationnaire assez longtemps, jusqu'à cinquante ans; il diminue légèrement entre cinquante et soixante-dix ans (1 370 gr chez l'bomme, entre soixante et soixante-dix chez la femme et ne commence à diminuer fortement (jue vers quatre-vingts ans chez l'homme (i 329 gr.), vers soixante-dix ans chez la femme fi 215 gr.), avec des variations individuelles notables. 11 y a là quel- <ïiies divergences avec les résultats obtenus par Matiegka, parce que ce dernier prend en bloc les cerveaux des gens de soixante ans fl au-dessus. Si l'on réunit les deux caté.L^ories d'après les pes»'*es de Marchand on obtient le résultat à peu près identique à celui de

1. Les chilTres pour les <^ges correspoinJants. calculés par M. Marchand 'l'après les observations des autres savants, sont : d'après HiseholT, 1 Dr.i; et I 235 grammes; d'après Hetzius, 1 410 et 1 27U grammes.

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Malicgka. D'ailleurs la comparaison avec les tableaux de Boyd, BischofT, Hetzius et Tigges confirme les conclusions de Marchand. In tableau de pesées individuelles et une liste bibliographique do ir» articles terminent cet excellent mémoire.

7. (;hIJNS g.). — Bestimmungen der einiachen Reactionszeit bei Europàern und Malayen. — Archiv f. Anat. u. Physiol. (Physiol. Abtheil.), 1002, p. 1-10.

L'auteur a examiné, dans son laboratoire de physiologie à Weltevreden (faubourg de Batavia), 30 Européens ayant séjourné dans les l)ays tropicaux de un an et demi à treize ans, 21 Européens débarqués seulement depuis 2 ou 3 jours à Java, et 19 Malais de TArchipel Asiatique. Cet examen a été fait eu vue de déterminer le temps de réaction simple, d'après les procédés connus. M. Grîjns s'est servi, pour compter le temps, d'un Pantoxymographion d'Ëngelmann; et pur l'excitation de la peau, d'un courant très faible. Le résultat principal peut se résumer ainsi : Le temps de réaction <*st plus court chez les Malais que chez les Européens examinés en général. Parmi ces derniers, les Européens ayant séjourné plus d'une année dans les régions tropicales accusent un temps de réaction plus lung t|ue les Européens fraîchement débarqués dans ces régions.

Pour faire les comparaisons avec les observations exécutées en Europe, rappelons que, calculé en millièmes de seconde, le temps de réaction chez les Européens (pour l'excitation lumineuse, la mieux comparable avec l'excitation faible de la peau) varie d'après Kraeplin do 172 à 222; la moyenne de il séries d'observations diverses est de 184, presque égale à celle (187) qu'avait trouvée M. (irijns dans les 5 observations donnant le temps le plus court chez les Européens fraîchement débarqués; mais sensiblement plus courte que la valeur moyenne, pour ces derniers, qui est de 20y millièmes de la seconde, avec l'erreur probable de l,o. Chez les Européens ayant séjourné sous les tropiques, le temps de réaction est plus loni! de 14 [». 100 (par rapport aux fraîchement débarqués), ou de 10 jK 100 ;par rapport à la moyenne européenne générale} : leur temps de réaction est do 312, avec Terreur probable de 3,4; pour les Malais, le temps de réaction est de 2o3, avec erreur probable do 4,i 174 pour les 5 observations minima), donc plus lent ((ue pour les Européens en général observés en Europe tout en étant plus rapide (luo pour les Européens observés sous les tropiques.

«. MYEHS (CiiARLES-S.). — Some émotions in the Murray Islander. — .

Ileport of 71*' meeting of the Brit. Assoc. advanc. Science ;(;iasgow, lOOii, London, 1001, p. 801-802.

On dit ( ouramment qu'une dos difl'érences entre le caractère des eivilisés et dos incultes git dans le faible degré de contrôle que

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ces derniers exercent sur leurs impulsions et leurs émotions; ils passeraient de l'excitation h Tacte presque sans l'intervention du raisonnement. Les études auxquelles s'est livré M. Myers, comme membre de l'expédition au détroit de Torres, organisée par TUniversilé de Cambridge, donnent un démenti formel à cette allirmation. Le savant anglais a trouvé les habitants de Tîle Murray (Papous du détroit de Torres) très vifs, très excitables, mais pas plus que, par exemple, les paysans de l'Europe méridionale. Il croit (jue si différence il y a, elle doit être cherchée dans les sanctions et les coutumes sociales, plutôt que dans les qualités psychiques différentes.

Ce qui domine dans l'âme de ces insulaires incultes c'est la peur; et surtout la peur du voisin, toujours prêt, par ses sorcelleries, à causer un dommage soit à votre vie, soit à votre bien. La pudeur est éveillée souvent par des causes qui nous paraîtraient étranges : naissance de jumeaux, ou rappel du nom d'un des parents de l'épouse. Tout bien considéré, l'expression des émotions ne diffère en rien de ce qu'on observe chez les Européens. Fait à noter : les différences individuelles dans les tempéraments sont considérables.

9. BOAS (Franz). — The mind of primitive man {Lcsprit de Ihomme primitif), — Science, New- York, t. XIll, no 321, p. 281 (22 février 4001).

C'est dans un discours que lui imposaient ses fonctions de président de la Société du Folklore américain que M. Boas a résuma les résultats d'une longue série d'observations sur les peuples incultes, principalement sur les Esquimaux et les Indiens du nordouest de l'Amérique; il y a joint quelques idées que lui suggérèrent ses conversations avec le D"* L. Farrand au sujet do la psycholoi;ie des peuples incultes.

M. Boas est partisan de la doctrine de l'unité de l'esprit humain dans toutes les races, quant à ses caractères essentiels; d'après ce concept, les variations ne sont dues qu'à l'inlluence du niilieu social ambiant, qui pèse sur l'esprit de l'individu de tout le poids de ses traditions accumulées.

Pa5s;inl ensuite en revue les trois facultés principales de l'esprit qui différencient l'homme de l'animal : faculté de l'abstraction, celle de l'inhibition des impulsions, et celle du rhoix raisonné entre les différentes perceptions et les actions suivant leur valeur, M. Boas arrive à la conclusion que les différences dans ces facultés chez diverses races ne sont pas essentielles. Que l'individu sacluî compter d'après le système décimal comme nous autres civilisés, on d'après le système duel ou ternaire, romnie les Australiens, l'acte d»* i'abstniction est le môme au fond. Quant à l'inhibition des impulsions elle est aussi forte chez les sauvages que chez les civilisés •.

rÉsquimau, par exemple, qui, même affamé, ne tue pas le phoque dans certaines circonstances imposées par les conventions sociales (quand il est « tabou »), fait preuve d'autant de vertu civique que n'importe quel civilisé. Reste le choix parmi les perceptions. Nous touchons ici au domaine de Part et de Téthique et nous voyons que les peuples incultes se rendent bien compte de la valeur des choses dans ces domaines; seulement le critérium du « beau » et du « moral » n'est pas souvent le môme chez nous et chez eux ; mais cela n'empêche point que les sensations qui se rattachent à la recherche de ce critérium sont, au fond, les mêmes dans tout le genre humain.

Ainsi donc, la tradition accumulée est le seul facteur qui produit la diversité dans la somme d'esprit des différentes races; c'est sous son inQuence que croît l'enfant, que se développe le jeune homme, qu'agit l'adulte; et cette dépendance de la tradition est beaucoup plus grande chez les incultes que chez les civilisés. La logique est presque absente de leurs abstractions; l'habitude règle presque tous leurs actes, et la tradition les guide, beaucoup plus que nous, dans le domaine artistique et moral.

10. TEN KATE. — Zur Psychologie der Japaner. Globus, 1902, LXXXII, n^ 4.

C^î polit article mérite d'arrêter lattention car il sort de la plume d'un anlhropologiste le plus indépendant que je connaisse, et certainiMin'nt lo seul qui ait observé et étudié directement presque tous les peujdos «le la terre. Établi depuis plusieurs années au Japon, comuKï médecin, après avoir parcouru, pendant vingt ans, les cinij parties du monde, il étudie les Japonais et n'est pas tendre pour »;ux. Il ne cache pas ses antipathies, et peut-être y a-t-il un peu de parti pris dans son travail. Néanmoins il est fort int»'ressant comme «Hude de psychologie ethni(iue. Comme traits saillants de la « rare » Japonaise *, il trouve : manque de Tamour de la vérité; man(iue de la profondeur du sentiment et d'esprit; incapacité pour les conceptions abstraites. Comme traits propres au " peuple » japonais, il s'arrête au manque d'individualité, à la stupeur, à la suggestibilit*', à l'inconstance, etc.

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I. 11 aurait été bon de préciser ce que rauleur entend sous le nom de

• rnro japonaise •. A notre avis il n'y a pas de race de ce nom. Le peuple

• japonais • est composé du mélange (Vau moins 3 races : aïno, indonésienne et mongole.

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J. DEiNIKBR,

Prc'siilont de la Société d'anthropologie de Paris.

NOTE SUR IiE DÉVELOPPEMENT DBS RECHERCHES PÉDOLOGIQUES EN FRANCE

Les précursears. — L'adhésion des pouvoirs publies. — XjSS divisions de la pédologie. — La méthode : l'introspection indirecte. — Les subdivisions. — Part restreinte de l'introspection subjective. — Les conséquenoes pédagogiques.

Nous avons essayé d'indiquer ici même, — Année psychologiquciS9Hy — les raisons qui exigeaient rinslitution, en tant que science devant avoir son objet et sa fin propre, de la pcdoloyie. base d'une rénovation de Tart pédagogique traditionnel. On a dit que le mouvement qui ranima en France les études pédagogiques avait « le caractère d'un réveil » — et on ne pouvait mieux dire, — car on s'est surtout borné à « réveiller » le souvenir de procédés empiriques mais éprouvés. On devait viser à la pratique, aller vite, ménager le sens commun, insinuer discrètement la pédologie au milieu d'élégantes dissertations de psychologie morale : cette période de transition nécessaire a duré plus de vingt ans. C'est beaucoup : la psychologie scientifique achevait de se constituer, la pédagogie, sous le nom équivoque et incommode de psychologie de l'enfant, avait produit en Allemagne, en Amérique et en Angleterre des œuvres considérables auxquelles nous ne pouvons opposer que quelques pages de Taine et d'Egger. Pourtant la renaissance de la psychologie en France, — due aux travaux de Ribot, — les missions à l'étranger (mission Buisson), — les traductions des ouvrages importants, l'ouverture du Laboratoire de psychologie de la Sorbonne, la publication d'un dictionnaire où il fallut au moins poser certaines questions (Dictionnaire Buisson)^ la création d'une chaire en Sorbonne et enfin l'apparition des ouvrages psychologiques de Bernard Ferez, Guyau, Gabriel Compayré, le développement concomitant de la pédiatrie devaient susciter de divers côtés le projet d'instituer des recherches pédologiques comparables à celles qu'avaient entreprises ceux chez lesquels il n'avait pas fallu d'abord « réveiller » le goût de la pédagogie empirique et préparatoire aux études positives.

L'impulsion était donnée : quiconque en a suivi depuis dix ans

los résultats continus^ peut témoigner qu'ils sont honorables et encourageants. D'abord est acquise la bienveillance des pouvoirs publics — sans laquelle dans un pays centralisé comme le notre on risque de perdre sou temps et sa peine. Il suffira de mentionner les discussions ouvertes au troisième Congrès international de l'Enseignement supérieur 1900 *, Tenquête parlementaire suivie de rapports spéciaux et d'un rapport général publié par M. A. Hibot^, les encouragements accordés à deux nouveaux laboratoires, la mission Chabot *, la participation oflicielle de la haute administration universitaire au récent congrès d'hygiène scolaire, enfin l'allocution prononcée par M. Liard à la quatrième assemblée g/Miérale » de la Société libre pour l'étude psychologique de Tenfant. Bien plus, on vient de découvrir que l'École Normale a été créée pour former des professeurs d'enseignement secondaire ; il paraît même qu'on est décidé à tirer de cette notable découverte la conséquence qu'elle comporte, — l'institution de conférences consacrées à la pédologie et à la déontologie professionnelle. Enfin ce terme horrilique de pédologie, — que nous avons été le premier et pendant longtemps le seul à employer, — a reçu une sorte de consécration officielle. La Faculté de I.yon l'a introduit dans le programme d'un certificat d'études supérieures. Le temps est proche ou l'on pourra demander qu'on réseiTe aux questions pédologiques et pédagogiques une place dans le programme des licences et des agrégations sans se heurter à d'invincibles préventions.

Cette adhésion « du monde officiel » n'implique nullement l'abandon de fart pédagoi^ique traditionnel, — qui sera longtemps encore indispensable, — ni la dévotion aveugle à une nouvelle •< idole >' dont le culte tiendrait lieu de talent et de savoir. Elle semble motivée par l'impossibilité, consciencieusement reconnue, — de laisser les seuls professeurs français ignorer la philosophie de leur nu' lier futur et par fimportance que les études pédologiques ont [»rise désormais en France.

La pédologie a fixé ses cadres : il y a une pédologie normale et un»' pédologie pathologique. La première comprend d'abord la pédologie rétrospective, qui ne se confond pas avec l'histoire de la pédagogie, la pédologie anthropologique et la pédologie instrospective, indirecte et directe.

Heaucou[) moins cultivée en France qu'à l'étranger, la pédologie anthropologique dispose déjà de documents sérieux : citons les travaux de la Société d'anthropologie, les livres de Letourneau, les (d).servations de Hinet. 11 serait bon d'utiliser les fiches du service

1. Nous avuns essayé de le faire dans la revue générale que nous juihlions périodiquement, sous le litre de Mouvement pédologique y dans la « Revue philosophique ».

'1. Compte rendu général publié par F. Picavet, pp. 206-41 (la Préparation des Maîtres) et 441-80 ^L'Enseignement secondaire de la Philosophie).

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