REVUE DE PÉDAGOGIE DES ANOBMA
La psychologie des enfants anormaux est une science e constitution. De toutes parts on l'étudié et partout on essi donner une orientation positive. Il ne pouvait en être ai car derpuis le jour où la question de la protection de ce s'est imposée à l'attention des sociologues, on a con l'exploration des processus psychiques chez les irréguli naît indispensable pour l'élaboration d'une méthode c ment rationnelle, et de plus, que cette étude présentait i majeur pour éclairer le mécanisme de la pensée che; normal.
Les quelques pages que nous consacrerons régulièrer psychologie des anormaux dans L'Année psychologique^ au but de faire connaître les recherches poursuivies dans ce elles se rapporteront aux aveugles, sourds-muete, enfants enfants criminels, idiots, etc. Nous devrons évidemme de côté la plupart des travaux relatifs aux problèmes c que soulèvent les questions de l'assistance, de la met Spéciale et du traitement médical proprement dit des a Cependant il est à remarquer que la science dont nous posons d'ébaucher les grandes lignes, est, quoique jeune, étendue, que ses frontières ne sont pas bien précisées, le fait même, elle est étudiée par des chercheurs qui sont comprendre de la même manière et qui l'envisagent sous différent. Dans ces conditions, notre tentative devient qu< ardue; c'est pourquoi il ne sera pas inutile, croyons-n cette première revue, de parcourir rapidement les diveri parcourues par cette nouvelle branche de nos conn afin de caractériser l'importance et la portée qu'elle a aujourd'hui.
Notons d'abord que, parmi les anormaux, l'aveugle et muet, pour des raisons qu'on conçoit très bien, ont été lei soumis l'i un traitement pédagogique spécial dont il fut rel facile de tracer les bases fondamentales; dans la majori la psychologie de ces enfants, en effet, ne diffère pas d'un bien essentielle de celle des normaux. Par contre les au maux et surtout les anormaux de l'intelligence ont été abandonnés : le pédagogue impuissant les reniait, et le
non préparé s'en dt*sin té rossait. Ce sont les sociologues et les philantliropes qui, témoins de la détresse de ces malheureux et conscients du danger quMls constituent j our la communauté, ont aftirmé la nécessité de leur protection et de leur étude. Le médecin parmi les anormaux de ce genre avait déjà distingué plusieurs types qu'il désignait : débile, imbécile, idiot. Déjà il avait observé aussi sous les termes que Téliologie do ces affections est multiple et que le traitement médical pur ou l'intervention chirurgicale restent inefficaces dans la grande majorité dos cas. Découragé par Tinsuccès de ses moyens d'actions ordinaires, il négligea le problème de l'enfance anormale et pendant longtemps — surtout dans nos pays du centre de l'Europe — il resta ainsi presque ignoré.
Il fallut, en faveur de l'instruction, de l'éducation professionnelle et de la protection des arriérés, le grand et beau mouvement qui se dessin<» actuellement d'une manière timide dans les nations latines, après avoir pris déjà une grande extension en Amérique, en Angleterre, en Suède, en Norvège, on Danemark, pour que le problème de leur assistance fut nettement posé. C'est de ce moment que date la création des écoles d'enseignement spécial, des écoles pour idiots, de celles pour intirraes, des établissements pour épileptiques, pour enfants délinquants ou atteints de déviations morales, et des organismes officiels ou non s'occupant de la protection et du patronage de ces déshérités.
Aussitôt le médecin et le pédagogue y ont eu l'occasion et ont été pour ainsi dire forcés, de porter leur attention sur les défectuosités psychiques de ces enfants, sur leurs activités physiologiques souvent déviées, et sur les annmalies de leurs facultés affectives : suivant que les institutions nouvelles eurent plutôt une direction médicale ou pédagogique, elles eurent des tendances un peu différentes. Mais dans toutes on reconnut comme indispensable l'exploration des sujets, dans toutes on dut procéder à l'étude de leur état intellectuel.
La péda.iioiïie actuelle est encore tout imprégnée des dé<luctions d'une psychologie essentiellement spéculative. Peu à peu cependant elle s'efforce de se dégager de la gangue étroite qui l'immobilise, de plus en plus, elle s'inspire des recherches positives poursuivies dans le but de définir exactement les processus multiples de la ffensée en voie d'évolution. Mais les travaux sont encore relativement peu nombreux et leurs résultats ne peuvent pas encore être tous considérés comme définitivement acquis. On est encore assez éloigna- de posséder des données scientifiques complètes sur les mulli[)les facultés de l'enfant. Si la pédologie psychologie de l'enfant normal) a encore tant de problèmes à résoudre, il est aisé de comprendre que la psychologie et la pédagogie de Tiinormal sont bien plus tA tonnantes et imprécises encore.
On s'est contenté jusqu'ici, par suite du défaut de méthodes, d'exameus grossiers superliciels, au juger, qui quoique ayant une valeur relative, ne sont cependant pas assez rigoureux pour servir de matériaux à une étude systématique. Des efTorts se manifestent toutefois de divers côtés en vue d'introduire en pédologie pathologique les procédés d'investigation utilisés en psychologie normale.
A ce propos il faut insister sur un point essentiel : Tenfant anormal doit être exploré au triple point de vue physique, psychique, pédagogique, et aussi au point de vue de ses aptitudes motrices. De là la difficulté d'un examen complet; sauf de rares exceptions il ne peut être fait par une seule personne, et par conséquent dans les circonstances habituelles il sera toujours, suivant la spécialité de l'examinateur, plus détaillé dans un sens ou dans un autre.
Les diverses faces de l'étude des anoimaux. — Examinons maintenant ce qui s'est fait dans les diverses directions qui viennent d'être indiquées :
Lanatomie pathologique des différentes formes de faiblesse mentale est encore loin d'être connue. Notamment en ce qui concerne les rapports entre la physionomie propre du travail rudimentaire de la pensée chez l'imbécile et l'idiot et la structure de la couche corticale du cerveau, les progrès réalisés depuis la publication du remarquable travail du regretté C. Hammarberg i sont peu sensibles. Le diagnostic anatomique de l'idiotie reste donc nécessairement vague.
L»'S sif/nea physiques, dans leurs rapports avec l'état intellectuel, sont encore l'objet de recherches plus ou moins précises et plus ou moins heureuses. Si l'on n'admet plus d'une manière intégrale le criminel né de Lombroso avec ses tares extérieures dénonciatrices, un s'efTorce encore de divers cotés de déterminer le signe anthropolngique qui permettrait de préjuger de la valeur intellectuelle : les liavaux de Binet, Simon, Mac Donald, Christophe, Lee, Lewenz, Pearson. etc., sont intéressants dans ce sens.
L'exploration psychiatrique est aujourd'hui encore extrêmement ardue, jwirce que l'examen objectif de diiïérenls éléments de l'idéation est diflicile. (inlce cependant aux efl'orts faits par les aliénistes et les psychologues de tous les pays, notamment par Kra'pelin, NVeygandt, AschatTenburg, Ziehen, Sommer, Tamburini, Santé de Sanctis. Ferrari, Binel, Toulouse, Vaschide, Sérieux et leurs élèves, il est permis de prévoir qu'on pourra quelque peu pénétrer dans le détail des activités de la pensée et arriver ainsi à fixer dans une certaine mesure si l'esprit est normal ou non. Ces tendances envahissent éj:alement le domaine de hi psychologie anormale des enfants;
\. Sludieii ilber Klinik und Pathologie der Idiotie ncbst Vntersuchungcn ilher din normale An/iiomie (1er llinirinde. Traduit du suédois par Berger, Leipzig, ISy.*), E. F. Kohler.
mais les obstacles sont énormes et les résultats obtenus jusqulcî sont encore fort restreints. Si Tobservation faite sur des enfants irréguliers a pu mettre expérimentalement en évidence des lacunes, notamment de la mémoire, de Tattention et de rassociation, on n'a encore trouvé jusqu'ici que bien peu de signes pathognomoniques d'un état mental morbide déterminé.
Parmi ceux qui ont acquis une certaine valeur, le symptôme étudié par J. Demoor, J. Philippe, Ley, Claparède et d'autres, connu sous le nom iïiUusion de poids, paraît être assez constant. Il est établi que l'enfant normal à six ou sept ans, possède généralement cette illusion remarquable, qui a pour effet que de deux poids égaux, le plus petit semble le plus lourd. Si à sept ou huit ans cette illusion ne se produit pas, c'est que l'intelligence a un développement insufiisant, au point que jamais elle ne pourra évoluer d'après les lois générales sur lesquelles table le régime des écoles ordinaires.
L'analyse attentive et positive des troubles de Vassociation des idées a permis à Sommer de proposer une formule, spéciale à l'épileptique, du catatonique et du maniaque.
Ziehen, dans son traité des affections mentales infantiles, signale des troubles caractéristiques, entre autres dans la manière d'être des sensations, des représentations, des temps de réactions, la forme des associations, etc.
Il est bien certain que, par l'exploration systématique des enfants anormaux, il sera possible d'arriver h une conception d'ensemble autrement nette que celle que nous avons actuellement. Ce jour-là l'étiicle des anormaux aura fait un grand pas, car au point de vue psychologique une entente deviendra possible entre tous les observateurs et les travaux poursuivis acquerront une valeur documentaire qu'ils ne possèdent que rarement aujourd'hui.
{.'exploration pédagogique des anormaux est une chose malaisée, car elle manque essenlielleuient de hase. Les méthodes éducatives de nos écoles ordinaires tendent toutes encore trop — malheureusement — à meubler l'esprit de l'enfant de clichés tout faits. L'idi'e disparaît sous les mois. Et c'est d'après ceux-ci que nous a|>précions la valeur d'un esprit. Sans doute le classement pédagogique dans les écoles est aisé. Mais s'il est facile, il est loin d'être toujours exact, car nous savons tous que ce classement n'est pas nécessairement en rap[)ort avec la valeur cérébrale vraie, et que la vie post-scolaire se charge, brutalement parfois, de le faire tout autre. Si cet obstacle existe déjà pour les normaux, on devine combien, pour l'anormal, la base de conipjiraison doit faire défaut quand il s'agit par exemple d'apprécier la valeur de son attention, de sa mémoire, de ses fonctions associatives, de sa résistance à la fatigue, de juger en somme de l'étendue des ressources intellectuelles dont il dispose pour son éducation, (jue sait-il? Que peut-il apprendre? Où en est-il comme développement? Telles sont les questions que h; p»'Mlngogue doit se poser, et résoudre s'il ne veut pas marcher en aveugle. Or étant donné la variabilité psychique très grande des
anormaux de rintelligence, cette question reste le plus souvent sans réponse ai^jourd'hui.
L*examen de ces sujets au point de vue de leur habileté et leurs aptitudes motrices est tout aussi diflicile, car les notions de rythme, de sens kinesthésique et stéréognostique, sont souvent rudimentaires chez eux, le système musculaire et l'innervation sont souvent troublés, les organes des sens sont défectueux et les centres supérieurs insuffisants. La capacité peut être ainsi modifiée, altérée pour de nombreuses raisons et il arrive fréquemment qu'on ne soit pas à même d'émettre à ce point de vue un jugement quelque peu justifié.
Sécessité (Tune terminologie. — Ce sont toutes ces difficultés que nous venons de signaler qui empêchent d'établir une terminologie uniforme pour désigner les multiples formes de faiblesse intellectuelle qui se rencontrent; en tout cas cette terminologie uniforme n'existe pas pour le moment. C'est là un fait essentiel que ne devraient pas oublier ceux qui, émigrés d'une autre science, consacrent à Fexploration des anormaux leurs connaissances spéciales. Leurs études n'auront un réel intérêt que lorsque les résultats de leurs recherches seront accompagnés d'une diagnose exacte des cas sur lesquels ont porté leurs explorations. L'histoire détaillée des sujets observés doit précéder l'exposé des expériences auxquelles ils ont été soumis; s'il n'en est pas ainsi, le travail est perdu car le lecteur ne pourra jamais imaginer les conditions psychiques qui encadrent les faits mis en évidence, et qui sont destinés à les expliquer ou à en dériver. Cette obseiTation nous est suggérée par les deux travaux importants, publiés en 1903, par Consoni : La mesure de Cattention chez les enfants faibles d'esprit {Archives de Psychologie, t. II, 3« fasc, et M. Lobsien, Einige Untersiœhungen nber dus Geddchtniss bei Schxcachbefàhigten (Die Kinder fehler , Jahrg. 8, IV, V Heft), et dans lesquels les auteurs définissent avec beaucoup de soin les méthodes suivies, mais ne nous donnent que des renseignements fort incomplets sur les sujets qui ont fait l'objet de leurs observations.
II faut convenir d'ailleurs que le diagnostic est difficile et que l'incertitude de la nomenclature est telle (}u'on ne peut jamais en déduire exactement la nature des cas.
Chaque pays et chaque école a sa classification particulière, et il n>sl pas possible d'établir une synonymie un peu sérieuse entre toutes les terminologies adoptées. D'ailleurs elles <»nt des points de départ et des buts divers; les unes sont d'ordre pédagogique, les autres d'ordre médical, et parmi ces dernières il en est qui se basent sur l'étiologie ou sur l'anatomie, d'autres sur la symptomatologie. Il serait désirable qu'une entente puisse intervenir. Sans doute il est et il restera toujours bon au point de vue pratique qu'il y ait des classements pédagogiques médicaux, mais au moins faut-il tendre à se mettre d'accord sur la valeur exacte des ternies.
Lorsqu'on se place au point de vue pédagogique^ c'est-à-dire au
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point de vue de la plus ou moins grande éducabilité, on groupe les anormaux intellectuels, en Allemagne et en Suisse par exemple, en bildungsfàhige et bildungsunfàhige.
Kôlle, à la dixième conférence allemande des écoles pour enfants faibles d'esprit, a proposé la nomenclature suivante :
f catégoiie. Idiotie primitive.
A. Faiblement doués (Schwachbefahigte).